Situation économique et financière de Hong Kong

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Service économique de Hong Kong
Mai 2016
Situation économique et financière de Hong Kong
1/. Présentation de l’économie hongkongaise
Territoire exigu de 1100 km² (moins de la moitié d’un département français), Hong Kong compte 7,3 millions
d’habitants (soit 6500 habitants/km²), pour un PIB de 290,9 Mds USD en 2014 (10% environ de l’économie française).
Dans le cadre du principe « un pays, deux systèmes » qui régit ses relations avec la Chine continentale depuis la rétrocession
de 1997, Hong Kong dispose d’un système juridique hérité de la colonisation britannique, qui garantit l’indépendance de la
justice et la protection de la propriété intellectuelle, et d’une autonomie quasi-totale en matière économique avec : (i) une
monnaie totalement convertible, arrimée au dollar américain par un régime de caisse d’émission (currency board ou peg), qui
a fait du HKD l’une des monnaies émergentes les plus crédibles et les plus stables ; (ii) une autonomie totale en matière
budgétaire, fiscale et douanière.
Avec un PIB par tête de 40 169 USD en 2014, Hong Kong a connu un véritable miracle économique, fondé sur sa
proximité avec la Chine et son ouverture totale aux échanges internationaux. Engagé à la fin de la seconde guerre
mondiale, le développement de Hong Kong connait une accélération dans les années 1980 avec la politique d’ouverture de la
Chine de Deng Xiaoping (« open door policy ») : Hong Kong délocalise alors ses activités intensives en main d’œuvre
(textiles, électronique, plastiques) en Chine du Sud, se tertiarise et devient la porte d’entrée commerciale vers la Chine et son
principal fournisseur de services financiers. Aujourd’hui encore, 50% des IDE en Chine viennent de Hong Kong qui reçoit
40% des IDE de Chine continentale. A l’exception notable de la période 1997-2002 marquée par la crise asiatique et
l’épidémie de SRAS, Hong Kong a affiché un taux de croissance moyen de supérieur à 5% sur les trente dernières années.
Contrairement à d’autres pays asiatiques développés dont la performance a été tirée par l’Etat et les grandes
entreprises (Corée du Sud, Japon, Singapour), Hong Kong s’est bâti sur le principe de la libre entreprise. Classé n°1
par l’« Index of Economic Freedom 2016» de l’Heritage Foundation pour la 22ème année consécutive et n°5 du classement
« Doing Business » de la Banque mondiale, Hong Kong a un taux de dépenses publiques faible (de l’ordre de 20% du PIB),
un droit du travail minimal et une fiscalité simple et faible en niveau (impôt sur les bénéfices et les revenus proportionnels de
l’ordre de 17%). Des pans entiers de l’économie hongkongaise sont toutefois dominés par des conglomérats familiaux et de
facto fermés à la concurrence (grande distribution, électricité, gaz, transport par bus). Toutefois, sortie rapidement de la crise
de 2008, l’économie hongkongaise est l’une des plus compétitives au monde (7ème selon le World Economic Forum).
2/. L’économie hongkongaise est aujourd’hui à 93% une économie de services, fondée sur 4 piliers :
-
commerce et logistique (24% du PIB) : 3ème port de containers du monde, 1er aéroport pour le fret, 11ème aéroport pour
le trafic passager, Hong Kong se classe parmi les 10 premiers contributeurs au commerce mondial. Ce poids sans
commune mesure avec la taille de son économie reflète un vaste commerce de transit, essentiellement tourné vers la
Chine pour plus de la moitié des flux ;
-
secteur financier (16,5% du PIB) : avec une croissance deux fois plus rapide que celle du reste de l’économie sur la
dernière décennie, Hong Kong est l’un des principaux sinon le premier centre financier international en Asie et le
troisième au monde. 70 des 100 plus grandes banques du monde sont présentes à Hong Kong, les actifs bancaires
représentant 765% du PIB (contre environ 400% en France). Le marché actions est au 5ème rang mondial pour la
capitalisation boursière et au 1ème rang mondial pour les introductions en bourse en 2015. Hong Kong, qui a fait le pari
de devenir le centre de financement de la Chine, est, de très loin avec 70% de part de marché, le premier centre du RMB
offshore (CNH) : l’ouverture récente de la connexion entre les bourses de Shanghai et Hong Kong est le dernier
exemple du rôle majeur qu’entend jouer Hong Kong dans ce domaine. Hong Kong est par ailleurs le principal centre de
gestion d’actifs en Asie. La compétitivité financière de Hong Kong repose sur la qualité des infrastructures de marché,
de la réglementation et de la supervision, conformes aux standards internationaux. Hong Kong met en œuvre Bâle III
depuis 2013 et le régulateur (HKMA) a imposé en janvier 2014 la constitution d’un coussin de capital contra-cyclique
supérieur aux exigences de Bâle III, pour prévenir d’éventuels effets négatifs du resserrement monétaire américain). La
place de Hong Kong fait cependant face à la concurrence de Singapour, toutefois davantage positionné sur l’Asie du
Sud-est, de Shanghai qui cependant n’offre pas le même niveau de sécurité juridique ni la convertibilité de la monnaie,
mais aussi de New York en particulier s’agissant des grandes IPO des géants chinois de la technologie (en raison des
règles strictes de gouvernance appliquées par la bourse de Hong Kong, Alibaba a préféré New York pour réaliser l’IPO
la plus importante de l’histoire en septembre 2014) ;
-
tourisme (5% du PIB) : Hong Kong a accueilli plus de 59 millions de visiteurs dont 45 millions de Chinois du continent
en 2015. Ces derniers ont contribué à 38% des ventes de détail sur le territoire. Cet afflux de visiteurs bénéficie
particulièrement au secteur du luxe, en l’absence de TVA à Hong Kong. Néanmoins la fréquentation touristique s’est
infléchie depuis l’été 2015 (-2,5% pour l’ensemble de l’année 2015, -4,3% au premier semestre 2016).
-
services professionnels (12,5%), i.e. auditeurs, comptables et avocats, tirés par le dynamisme du secteur financier et la
libéralisation progressive de la prestation de services dans le cadre de l’accord de libre-échange Chine / Hong Kong
(Closer Economic Partnership Agreement). A compter du 1er juin 2016, 153 secteurs de services seront totalement ou
partiellement ouverts aux entreprises hongkongaises (soit 95,6% des secteurs de services tels que définis par l’OMC).
3/. Situation conjoncturelle
Hong Kong jouit d’une situation macroéconomique encore enviable. Sortie rapidement de la crise après une récession en
2009 (-2,5%), Hong Kong a retrouvé un taux de croissance élevé dès 2010 (6,8%), supérieur à 3% jusqu’en 2012 et
désormais établie à un rythme plus lent (2,5% en 2014 et 2,4% en 2015), dans un contexte de quasi plein-emploi (3,4% de
chômeurs). Du fait de sa petite taille et de sa grande ouverture au commerce international, Hong Kong est néanmoins très
sensible aux fluctuations de la conjoncture internationale. Le solde de la balance des biens enregistre un déficit de 30 Mds
USD en 2014 compensé par un excédent de la balance des services de 30,3 Mds USD.
Hong Kong est le deuxième destinataire de flux d’IDE dans le monde en 2014, après la Chine continentale, à 111 Mds
USD. Inversement, Hong Kong est la 5ème source d’IDE mondiale, à 91,5 Mds USD (CNUCED, 2014). Ces données doivent
être interprétées avec prudence : plus de la moitié des investissements entrants et sortants à Hong Kong proviennent de ou
sont à destination de centres d'optimisation fiscale et 40% sont liés à la Chine continentale. Il est donc difficile d’identifier la
proportion des investissements véritablement destinée au / en provenance de Hong Kong. Toutefois, selon l’institut
statistique de Hong Kong, 7904 filiales d’entreprises étrangères étaient établies à Hong Kong (+13,8% sur 5 ans) en 2015,
dont 315 filiales d’entreprises françaises (+8,6% sur 5 ans).
4/. Politique économique
Le projet de budget 2016-2017 vise un excédent de 11,4 Mds HKD (1,3 Mds EUR), soit 0,5 point de PIB (soit la 13ème
année consécutive que le gouvernement hongkongais présente un budget en excédent). Le surplus cumulé atteindrait 870
Mds HKD (environ 102 Mds EUR) à la fin de l’année 2016-2017 (mars 2017), soit 21,4 mois de dépenses publiques, ou 36%
du PIB. La part des dépenses publiques dans le PIB est faible (de l’ordre de 20%). La dette publique de Hong Kong au sens
strict s’élève d’après le FMI à 0,1% du PIB. Toutefois, le gouvernement garantit des obligations émises par la HKMA afin de
bâtir une courbe des taux et développer le marché obligataire. L’encours de ces obligations était de 99,9 Mds HKD en janvier
2016 (environ 4 pts de PIB). Dans ce contexte, Hong Kong bénéficie d’une notation souveraine de qualité, en dépit de mise
sous surveillance négative récentes : AAA-Négative pour S&P, Aa1-Négative pour Moody’s et AA+-Stable pour Fitch.
L’inflation est contenue et s’est élevée à 3% en 2015. La politique monétaire réplique celle de la FED et se limite au strict
maintien de la parité avec le dollar US. La HKMA a donc entamé un resserrement monétaire suite à la décision de la FED en
décembre dernier. Hong Kong a en outre accumulé d’impressionnantes réserves en dollars au cours des dernières années
(358 Mds USD en décembre 2015, soit environ 122% du PIB ou 28 mois d’importations).
La dette externe de Hong Kong est de 422% du PIB en 2015, ce qui reflète le rôle de centre financier international
majeur de Hong Kong, composée aux deux tiers de dépôts de non-résidents, au premier rang desquels la Chine, le Japon,
Singapour et le Royaume-Uni. La liquidité des filiales hongkongaises de banques étrangères repose en particulier de manière
significative sur le financement interbancaire en provenance de l’étranger (pour plus de 50%).
5/. Perspectives et réformes structurelles
L’économie de Hong Kong, au-delà des risques liés à la taille du secteur financier, présente des prix immobiliers
extrêmement élevés, multipliés par 3 depuis 2003. Cette situation s’explique à la fois par des facteurs macroéconomiques
(environnement de taux faibles liés au QE, afflux de capitaux chinois), structurels (manque de foncier, peu de construction,
situation oligopolistique du secteur immobilier). Le coût de l’immobilier constitue l’un des éléments de cristallisation de la
crise politique récente (mouvement des parapluies, automne 2014). Hong Kong voit en effet pour la première fois émerger
une génération au sort moins favorable que la précédente, alors même que la situation relative des voisins chinois s’améliore
dans le même temps. Les inégalités demeurent fortes (coefficient de Gini à 0,42 après transferts – moyenne OCDE à 0,31).
Un tiers des plus de 65 ans vit en dessous du seuil de pauvreté faute de véritable système de retraite et Hong Kong fait face
au défi du vieillissement avec un taux de fécondité particulièrement bas et une des longévités les plus importantes au monde,
qui représente un enjeu de long terme pour les finances publiques. Autre faiblesse de l’économie de Hong Kong : la part de la
R&D dans le PIB s’élève à seulement 0,74%. Il n’existe pas ou peu de capital risque à Hong Kong, qui peine à renforcer le
contenu technologique de son économie. Les autorités ont cependant pris conscience de l’enjeu et l’environnement tend à cet
égard à se modifier, avec l’apparition d’un écosystème plus favorable. Un bureau de la technologie et de l’innovation a été
mis en place en décembre 2015 et le budget 2016-2017 comporte des mesures de soutien à l’innovation, dont le
gouvernement fait désormais une de ses priorités.
Hong Kong pourrait à l’avenir pâtir davantage de sa forte sensibilité à la conjoncture internationale, et plus
particulièrement à la conjoncture économique de la Chine Continentale. En outre, la RAS devra sans doute redéfinir
à l’avenir son positionnement vis-à-vis du reste de la Chine. La transformation du modèle de croissance chinois se traduit
déjà par un ralentissement de la croissance de Hong Kong, même si elle reste à un niveau enviable. Dans l’hypothèse d’un
« hard landing » de l’économie chinoise, les secteurs de la logistique et du tourisme pourraient être fortement affectés. Par
ailleurs, les récentes inquiétudes sur la croissance chinoise ont eu un fort impact sur le marché boursier hongkongais, l’indice
Hang Seng ayant perdu 33% de sa valeur depuis avril 2015, revenant à son niveau de juin 2012.
Cependant, dans un contexte marqué par l’échec de la réforme politique (printemps 2015) qui semble avoir ouvert
une période plus tendue dans les relations entre Hong Kong et Pékin, des réflexions sur l’avenir économique de Hong
Kong commencent à se structurer : avec l’émergence des nouvelles métropoles chinoises et à l’ouverture économique de la
Chine, notamment celle du compte financier chinois, qui pourrait remettre en cause à terme le positionnement même de sa
place financière, Hong Kong doit faire face à une concurrence accrue. Le gouvernement cherche à préserver les avantages
compétitifs de Hong Kong, tout en diversifiant son économie (investissements pour le tourisme et pour l’innovation,
orientation vers des services logistiques à haute valeur ajoutée, positionnement ambitieux comme facilitateur pour le projet
chinois des Nouvelles Routes de la Soie (initiative « One Belt, One Road » du gouvernement central chinois).
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