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Figure 4. Gangrène digitale chez un patient atteint
de maladie de Wegener.
14 | La Lettre du Rhumatologue • No 360 - mars 2010
Traitement du phénomène de Raynaud
associé aux maladies systémiques auto-immunes
MISE AU POINT
Il faut s’habiller chaudement, de la tête aux pieds :
– superposer des couches de vêtements est plus effi-
cace que de porter une seule couche pour garder la
chaleur, que ce soit pour le corps ou les mains (gants
de soie recouverts de gants en polaire) ;
– privilégier les chaussures doublées en cuir, proscrire
les baskets, source d’humidité, porter des chaus-
settes chaudes ;
– se couvrir le cou et la tête, car l’organisme perd
beaucoup de chaleur par le cuir chevelu ;
– avant de sortir, ne pas toucher d’objets froids et
mettre des gants ;
– avoir toujours une paire de gants à portée de
la main pour éviter les variations thermiques des
endroits climatisés et des secteurs frais des grandes
surfaces alimentaires.
L’utilisation de chaufferettes pour les mains et les
pieds est parfois d’un bon secours. Elles sont vendues
dans les magasins d’articles de sport.
➤
Certains médicaments inducteurs de crise de
Raynaud ou facteurs aggravants d’ischémie digi-
tale doivent être évités, essentiellement les bêta-
bloquants (même en collyre) et les antimigraineux,
ainsi que la bromocriptine. Il ne s’agit cependant
pas d’une contre-indication absolue. Tout dépend
de l’indication et de l’importance de l’aggravation
du phénomène induit pas le médicament. Bien
entendu, si un bêtabloquant est nécessaire après
un infarctus du myocarde, il ne faut pas hésiter à le
prescrire et, ensuite, en évaluer les conséquences
cliniques. Un bêtabloquant cardiosélectif est bien
entendu préférable.
➤
Lorsque ces mesures simples ont échoué et que
le handicap reste important, on peut être amené
à opter pour un traitement médicamenteux, les
inhibiteurs calciques se trouvant en première ligne.
Au cours des 20 dernières années, plusieurs études
randomisées ont été menées concernant le phéno-
mène de Raynaud idiopathique ou associé à la ScS.
La nifédipine est la seule molécule commercialisée
(avec l’indication phénomène de Raynaud) ayant fait
l’objet d’études randomisées sérieuses (nifédipine
versus placebo, nifédipine versus iloprost i.v., nifédi-
pine versus losartan). Comparativement au placebo,
la nifédipine diminue significativement le nombre et
la sévérité des crises. Thomson et al. ont rassemblé
les données de 8 études contrôlées menées chez
des patients atteints de connectivites (n = 109). Le
bénéfice des inhibiteurs calciques apparaît tout à
fait modeste : ils réduisent de 8,3 fois le nombre de
crises de Raynaud sur une période de 2 semaines et
réduisent de 35 % la sévérité des crises (2). Néan-
moins, leur utilisation systématique au cours de
la ScS diminue de près de 6 fois le risque de sur-
venue d’un premier épisode d’ulcération digitale
(HR = 0,17 ; IC95 : 0,09-0,32) [3].
Le losartan est un antagoniste spécifique des
récepteurs de type I de l’angiotensine II. Une étude
pilote limitée en nombre de patients a montré une
légère supériorité du losartan sur la nifédipine en
termes d’efficacité sur la sévérité des crises de
Raynaud (4).
Le sildénafil, à la dose de 50 mg/ j, pourrait apporter
un bénéfice sur le phénomène de Raynaud associé
à la ScS, mais le faible niveau de preuve ne permet
pas, aujourd’hui, d’utiliser ce médicament dans cette
indication (5).
Traitement
des ulcérations digitales
➤
Le traitement des ulcérations digitales de la ScS
est d’abord préventif : éviter les activités à risque de
blessure ou de coupure des extrémités, avoir une
bonne hygiène cutanée et unguéale, protéger ses
doigts, les laver à l’eau et au savon et appliquer des
soins locaux en cas de plaie. L’arrêt du tabagisme est
un objectif majeur chez les patients fumeurs, dont
le risque d’ulcérations digitales est 4 fois plus élevé.
➤
En cas d’ulcérations évolutives, la détersion
mécanique est toujours nécessaire.
➤
En cas de phénomène de Raynaud sévère, l’ilo-
prost i.v. est recommandé en cure de 5 jours. L’ iloprost
i.v. a en effet montré sa supériorité sur les traitements
conventionnels en cas d’ischémie digitale sévère ou
de gangrène digitale. Dans une étude randomisée
versus placebo, il apportait un bénéfice en termes de
fréquence de crises du phénomène de Raynaud et de
délai de cicatrisation des ulcérations (6).