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concurrencer ou entraver le fonctionnement des entreprises privées et les décisions
prises par les intervenants sur le marché;
•la nécessité d’appuyer la diversité culturelle et des autres valeurs au Canada, par
l’intermédiaire d’une tolérance généralisée et d’une acceptation sociale des
« différences », ainsi que par le biais d’un rôle de soutien important des groupes
minoritaires par le gouvernement fédéral et les provinces. Cette diversité était
perçue comme l’expression d’une citoyenneté active, c’est-à-dire comme
l’exemple d’une manifestation de l’égalité sociale dans l’expansion de l’État
providence, ainsi que comme un moyen d’assurer des liens plus étroits de solidarité
sociale et de partage d’un sentiment national dans une fédération socialement
diversifiée.
Il existait donc en général un vaste consensus sur le caractère souhaitable d’une
« économie mixte » et, par conséquent, un accord sur la valeur d’une participation
importante de l’État dans l’économie, même si elle demeurait modeste selon les normes
européennes. Et ce consensus en matière de valeur se conjuguait à une synergie générale
en faveur d’un consensus portant sur une plus grande équité distributive. Ces deux
valeurs fondamentales du contrat social de l’après-guerre au Canada étaient
complémentaires, même si leur expression sous la forme de politiques entre les mains de
différents partis et gouvernements ne l’était pas.
Mais, après 1985, ce vaste consensus fut fortement remis en question, puisque la
nouvelle droite a rejeté les choix de valeurs et la complémentarité des valeurs qui
formaient le cœur du « contrat social de l’après-guerre ». Le Parti réformiste, l’Alliance
canadienne et divers partis provinciaux (les progressistes conservateurs, le crédit social et,
plus récemment, les libéraux en Colombie-Britannique) ont rejeté la notion selon laquelle
une citoyenneté active ou la liberté individuelle nécessitait un État interventionniste qui
devait s’employer à pratiquer une « ingénierie sociale » pour atteindre une plus grande
égalité en matière de revenu, de sexe et d’ethnie. Leur vision différente des choses prévoit
le respect du contrôle et du caractère distinct des régions, mais elle suppose que les
Canadiens doivent choisir entre les valeurs de base les plus importantes qu’ils partagent.
À cet égard, les citoyens sont tenus de choisir entre la liberté et l’égalité sociale, entre
la liberté et un État interventionniste, entre la liberté et le soutien de l’État en faveur de la
diversité culturelle, et entre le contrôle régional et un État fédéral envahissant. En
s’appuyant sur une définition de la liberté largement formulée en termes de comportement
sans contrainte des marchés et d’une absence de la participation de l’État à d’autres
relations dans la société civile, ces choix sont à la fois inévitables et manifestes dans le
contexte de cette nouvelle orientation de la droite. La campagne de la nouvelle droite
repose sur une redéfinition de la liberté qui est incompatible avec les arrangements
largement acceptés par les Canadiens dans l’après-guerre, selon lesquels des réductions
modestes de l’inégalité sociale favorisées par l’État sont perçues comme des conditions
préalables, et non pas des obstacles, à une liberté significative pour la plupart des
citoyens.