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Beaucoup trop aux yeux des critiques, qui jugent que l’on transforme des comportements excentriques en
maladies de l’âme.
En s’allongeant de décennie en décennie, le DSM finit par laisser croire que l’on est tous le fou de quelqu’un
d’autre. «C’est l’idée que tout le monde se sente concerné et, en effet, comment ne pas l’être quand un manuel
de psychologie de 900 pages représente la vie humaine. Si on ne se reconnaît pas dans le DSM, c’est qu’on
n’existe pas!», lâche Marcelo Otero, professeur de sociologie à l’Université du Québec À Montréal (UQÀM). Ces
changements dans le manuel risquent d’augmenter la proportion de personnes susceptibles de recevoir des
diagnostics psychiatriques, d’être stigmatisé inutilement et d’augmenter les prescriptions de médicaments.
»On ne se pose pas les bonnes questions»
Déposé il y a un an par le commissaire Robert Salois, le rapport sur l’état de la santé mentale au Québec propose
cinq grandes recommandations et 15 actions concrètes afin d’améliorer la performance du système de santé et
des services sociaux dans le secteur de la santé mentale au Québec. Outre la lutte à la stigmatisation, le rapport
préconise la prévention des troubles mentaux auprès des jeunes de moins de 25 ans, de consolider les liens
entre les différents services de soins en santé mentale, d’assurer un accès équitable à des services de
psychothérapie et de favoriser la participation sociale des personnes atteintes de troubles de santé mentale.
«Nous avons déjà mis en place des mesures de prévention des troubles de santé mentale, notamment auprès
des gens suicidaires avec l’aide d’organismes communautaires. Des travaux sont également en cours afin
d’assurer des soins de santé équitables», précise Marie-Claude Lacasse, chargée des relations de presse au
ministère de la Santé et des Services Sociaux. Elle ne peut en dire plus pour le moment, un nouveau plan
d’action devant être publié prochainement.
«La discussion du rapport Salois n’est, selon moi, pas très intéressante parce que la définition de la maladie
mentale n’y est étudiée qu’à partir de la psychiatrie et on ne la remet pas en question, critique Marcelo Otero.
On ne se pose pas les bonnes questions car on réduit tout à la question de la maladie comme si elle nous
tombait dessus, mais on oublie qu’un problème de santé mentale est une problématique à la fois médicale et
sociale.»
Alain Bachand, auteur de L’imposture de la maladie mentale, écrit que cadrer la question en termes de maladie
cache le fait que «nous avons affaire à une forme déguisée de discours moral… Si les comportements
inconvenants sont susceptibles d’être interprétés comme des signes de maladie mentale, les conduites
convenables sont interprétées comme des signes de santé mentale». La maladie est ainsi un problème médical
et non plus une détresse humaine à situer dans son contexte social.
La pression professionnelle
La dépression a augmenté de manière fulgurante depuis les trente dernières années à tel point qu’elle
deviendra d’ici 2030 la première cause de morbidité. Les Occidentaux dépressifs sont de plus en plus nombreux
et les récents changements sociaux et démographiques ne sont pas étrangers à cela. Dans son livre, Tous Fous,
publié aux éditions Écosociété, Jean-Claude St-Onge affirme que «les exigences de performance qui n’en
finissent plus de porter la barre plus haut, le devoir de bonheur, l’idéologie du «tout est possible», la tyrannie de