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morbidité et la mortalité qui leur sont associées [3]. Remarquablement, la douleur
favorise aussi les troubles cognitifs postopératoires dont la durée dépassera la
période postopératoire [4]. D’autre part, il est maintenant bien établi que la prise
en charge multimodale postopératoire (antalgie, physiothérapie, mobilisation
rapide, reprise de l’alimentation, sociale, etc.) améliore la réhabilitation, diminue
les complications respiratoires, la morbidité postopératoire et la durée d’hospi-
talisation, d’où un impact socio-économique non négligeable [5].
L’intensité de la douleur péri-opératoire est aussi associée avec une aug-
mentation du risque de développer des douleurs chroniques post-chirurgicales.
Ces dernières, d’ailleurs sous-diagnostiquées, peuvent survenir même à la suite
d’actes chirurgicaux qualifiés de banals (hernie inguinale, césarienne, cholécystec-
tomie, etc.) [1, 6] et ont des conséquences à long terme néfastes sur la qualité
de vie des patients. Le passage de processus adaptatifs ou mal adaptatifs mais
réversibles pendant la phase postopératoire à des phénomènes persistants,
souvent irréversibles, permet de formuler l’hypothèse d’un bénéfice à long terme
d’une antalgie précoce et agressive, ciblée sur les mécanismes opérant dans le
système nerveux, pour prévenir la chronicisation des douleurs.
2. MÉCANISMES
2.1. NOCICEPTION
La nociception (de nocere, nuire) est le système physiologique qui permet
de détecter les stimuli menaçant l’intégrité de l’organisme. Ce système d’alarme
hautement spécialisé est activé par un stimulus nocif via des senseurs/transduc-
teurs présents à la membrane des terminaisons libres de neurones sensoriels
primaires spécialisés, les nocicepteurs. Ces nocicepteurs, de type C s’ils
possèdent des axones non-myélinisés, ou de type A delta s’ils sont finement
myélinisés, ont leurs corps cellulaires regroupés dans les ganglions spinaux. La
partie périphérique de l’axone chemine dans le nerf périphérique pour aboutir
dans son tissu cible (la peau, les os, les viscères, etc.). Les terminaisons cen-
trales cheminent dans la racine dorsale et vont faire synapse avec les neurones
secondaires de la corne dorsale de la moelle épinière. Les synapses excitatrices
sont principalement glutamatergiques, mais il y a également libération de divers
neurotransmetteurs et facteurs trophiques possédant la capacité de moduler la
réponse post-synaptique. L’information thermique, mécanique ou chimique en
périphérie est ainsi « transduite » en un signal cellulaire, convertie en potentiel
d’action, et transmise au neurone suivant dans la corne dorsale de la moelle
épinière. L’information douloureuse est conduite ensuite au thalamus via les voies
ascendantes spinothalamiques et spinoréticulaires puis distribuée dans le cortex
somato-sensoriel. La douleur active aussi de multiples aires cérébrales respon-
sables de sa perception sensorielle et émotionnelle. Les voies descendantes
convergent vers la moelle épinière qui devient le premier site d’intégration du
signal douloureux par :
• L’action excitatrice de la périphérie.
• La modulation de la réponse post-synaptique par les neuromodulateurs de la
périphérie.
• L’action des interneurones inhibiteurs de la moelle épinière.
• L’action pré- et post-synaptique, souvent inhibitrice et opioïdergique, des voies
descendantes.