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Vol. 24 No. 1 2013 Quiz FMH
Quiz FMH 52
Toutes ces complications sont secondaires
à l’insulinothérapie, sauf une:
A. Lipodystrophie
B. Hypoglycémie
C. Anticorps anti -insuline
D. Acidocétose
Réponse et commentaires:
Depuis les premières insulinothérapies
dans les années 20 jusqu’à aujourd’hui, un
traitement par insuline amène son lot de
complications. À travers les décennies, la
fréquence de certaines des complications
s’est modifiée, mais la plupart surviennent
encore avec les insulines analogues mo-
dernes.
A. Lipodystrophie
C’est une des complications observées
fréquemment lors de l’insulinothérapie. Il
s’agit d’une hypertrophie du tissu adipeux
qui apparaît lors d’injections répétées d’in-
suline au même endroit. Le postulat physio-
pathologique est une stimulation de la
croissance locale des adipocytes causée
par l’insuline injectée toujours à la même
place.
Les problèmes engendrés par les lipodys-
trophies sont principalement de deux
ordres: 1) un problème esthétique engen-
dré par une «bosse» locale de tissu adipeux;
2) un problème plus important de variabi-
lité de l’effet de l’insuline injectée dans le
lieu de la lipodystrophie. Parfois à l’inspec-
tion, la lipodystrophie n’est pas visible,
mais la palpation des sites d’injections
donnera à sentir un tissu sous-cutané avec
une texture modifiée (le plus souvent
graisse sous-cutanée dure et irrégulière).
Typiquement, la même dose d’insuline in-
jectée montrera une grande variabilité
d’effet jours après jour, ce qui entraînera
hypoglycémies et hyperglycémies qui
peuvent sembler inexpliquées si on ne
prête pas attention aux lipodystrophies. Le
réflexe du médecin qui observe une varia-
bilité majeure des glycémies de son patient
sans explication est de contrôler qu’il ne
s’agit pas de problèmes d’absorption de
l’insuline injectée dans des lipodystrophies.
Inciter le patient à plus varier ses lieux
d’injection résoudra le problème. Toutefois,
souvent l’enfant et l’adolescent n’aiment
pas varier le lieu d’injection, car ils trouvent
parfois qu’injecter l’insuline toujours au
même lieu donne moins de douleurs, ainsi
souvent les localisations de lipodystrophie
sont aussi les parties du corps où le patient
à l’impression que les injections sont moins
douloureuses.
Enfin, il faut noter que les lipoatrophies, qui
sont devenue beaucoup plus rares avec les
insulines modernes ont une cause toute
différente. Il s’agit là d’une réaction immu-
nologique locale qui détruit le tissu adi-
peux, réaction causée soit par l’insuline
elle-même, ce qui était bien plus souvent le
cas avec les insulines animales, ou encore
par les substances injectées avec l’insuline
(zinc, protamine, etc.).
B. Hypoglycémie
L’hypoglycémie est la complication iatrogé-
nique la plus fréquente d’une insulinothéra-
pie. Chez un patient diabétique de type 1,
sans insuline injectée il n’y a pas d’hypogly-
cémie, mais dans le même temps l’absence
d’injection d’insuline amène une acidocé-
tose et une issue fatale. L’hypoglycémie
peut créer autant des problèmes psycholo-
giques que physiques, et même si cela
reste rare c’est une complication qui peut
être fatale.
Bien souvent, la peur de l’hypoglycémie est
un obstacle majeur pour atteindre des va-
leurs cibles de glycémie. Lors de l’étude
«diabetes control and complications trial»
(DCCT) en 1993, il a été montré qu’un
meilleur contrôle métabolique amène un
nombre supérieur d’hypoglycémies, et la
plupart des études récentes vont toujours
dans ce sens, même si l’espoir persiste
qu’avec les insulines modernes et les
moyens techniques modernes, on puisse
diminuer le nombre d’hypoglycémies sé-
vères.
En moyenne, un diabétique de type 1 pré-
sente deux hypoglycémies symptomatiques
par semaine, sur des années cela va repré-
senter des milliers d’hypoglycémies.
Celles-ci peuvent avoir un impact sur la vie
de tous les jours comme un examen qui
sera raté, ou une baisse de performance
lors d’une activité physique. L’impact de
ces hypoglycémies sur le long terme reste
à définir plus précisément. Des études
montrent par exemple une baisse de la
mémoire spatiale chez des enfants de
moins de 5 ans avec des épisodes d’hypo-
glycémies sévères. D’un autre côté, le suivi
des patients de l’étude DCCT sur 18 ans ne
montre pas de déclin cognitif malgré des
épisodes nombreux d’hypoglycémies sé-
vères.
C. Anticorps anti-insuline
Au début de l’insulinothérapie, l’apparition
d’anticorps contre l’insuline était un phéno-
mène très fréquent qui est devenu plus
rare, mais qui existe toujours avec les insu-
lines analogues. Durant les années 20 avec
des insulines animales qui étaient peu puri-
fiées, des réactions allergiques contre l’in-
suline étaient fréquentes, et dès qu’il a été
possible de doser les anticorps anti-insu-
line, on a noté que ceux-ci apparaissaient
souvent déjà 2 semaines après le début de
l’insulinothérapie.
Actuellement avec l’utilisation d’insulines
analogues, il semble qu’il y ait moins d’anti-
corps anti-insuline avec aussi des titres
moins hauts. Certaines publications attri-
buent à ces anticorps anti-insuline des cas
de résistance marquée à l’insuline, toute-
fois les études faites sur un plus grand
nombre de patients n’ont pas pu mettre en
évidence un lien entre anticorps anti-insu-
line et instabilité du diabète ou résistance
à l’insuline. De même, la présence d’anti-
corps anti-insuline n’implique pas obligatoi-
rement une allergie à l’insuline. Les aller-
gies à l’insuline restent rares (< 1% des
patients traités), elles peuvent présenter
tout un ensemble de symptômes, de l’urti-
caire à la réaction anaphylactique, mais là
encore la présence d’IgE anti-insuline n’im-
plique pas systématiquement des signes
cliniques d’allergie à l’insuline. Plus fré-
quemment que l’insuline, c’est souvent le
liquide dans lequel est diluée l’insuline qui
contient des agents qui déclenchent l’aller-
gie. En général lors de l’apparition de symp-
tômes pouvant évoquer une allergie à l’in-
suline la démarche la plus fréquemment
utilisée est de changer la thérapie pour une
autre préparation d’insuline.