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Senik rappelle l’existence d’autres indicateurs que le PIB ou PNB, qui peuvent d’ailleurs
inclure le PIB :
Les Nations unies développent depuis les années 1970 un indice de
développement humain (IDH) englobant le PNB, mais aussi l’espérance de
vie et l’éducation, approche inspirée par la théorie des capacités
d’Amartya Sen. L’indicateur de l’OCDE (Better Life Index) s’appuie sur une
série de mesures de bien-être objectif et subjectif déclinées dans onze
dimensions (logement, revenu, emploi, communauté, éducation,
environnement, engagement civique, santé, satisfaction dans la vie, sécurité,
équilibre travail-famille). En Nouvelle-Zélande, le gouvernement mesure le
bien-être dans les environnements urbains afin de guider la politique publique.
Au Royaume-Uni, l’Office for National Statistics est très avancé dans la
collecte de données de bien-être subjectif (bonheur, satisfaction dans la vie,
anxiété, etc.). 1227-1234
Elle rappelle que la mise au point de nouveaux indicateurs est souvent liée au thème de
la décroissance : la croissance ne nous rendrait pas nécessairement heureux. L’auteur rappelle
les difficultés de tout ordre que rencontrerait la mise en place de la décroissance. La fin du texte
montre que, parmi ces difficultés, il y a la psychologie humaine (l’envie dont il a été question
plus haut : « l’hypothèse de l’utilité relative, selon laquelle l’intérêt de la richesse consiste
précisément à dépasser les autres ») :
L’idée de décroissance est portée par des courants très divers. Certains y
voient un projet de société plus heureuse, tandis que d’autres la justifient par
la nécessité de préserver la planète. Or la difficulté de mettre en œuvre des
mesures écologiques de respect de l’environnement tient surtout aux
problèmes de coordination de ces politiques au niveau mondial. Autrement
dit, le problème écologique ne vient pas uniquement de la croissance, mais de
la difficulté des hommes et des pays à affronter ensemble une situation
nouvelle, à s’entendre et à s’organiser pour produire tout en respectant
l’environnement. On l’a vu, un projet de décroissance au niveau mondial
poserait exactement les mêmes problèmes de coordination, chaque pays étant
soumis à la tentation de se comporter de manière stratégique, non coopérative :
en l’espèce de croître davantage que les autres pour s’assurer un surcroît de
pouvoir d’achat (donc de puissance). Par ailleurs, pourrait-on demander à des
pays encore peu développés de ralentir leur croissance ? La difficulté serait
grande si l’on en croit l’hypothèse de l’utilité relative, selon laquelle l’intérêt
de la richesse consiste précisément à dépasser les autres. Serait-il acceptable
de figer les niveaux de vie relatifs des différents pays ? Les problèmes de
coordination potentiellement soulevés par le projet de décroissance semblent
bien de nature à le rendre impraticable. 1175-1185
Le goût pour la progression, que ce courant de recherche a permis d’illustrer,
implique même que la croissance, en tant que processus davantage qu’en tant
que résultat, est un ingrédient essentiel au bonheur des individus.1640-1643