
PHYSIOLOGIE DE LA PERCEPTION ET DE L'ACTION 423
nement. Nous dirons qu'il
s'agit
d'un référentiel allocentré. Cette distinction est
importante car il semble que la plupart des animaux soient capables de réaliser
un codage égocentré mais que seuls le primate et l'Homme sont capables d'utiliser
un codage allocentrique vrai. La puissance de ce référentiel est de permettre une
manipulation mentale des relations entre les objets sans avoir à les référer en
permanence au corps propre. Nous avons décrit l'exemple du triple référentiel
utilisé par la chorégraphe Eshkol, qui distinguait un référentiel égocentré, un
référentiel allocentré et un troisième référentiel « relatif » codant les mouvements
des danseurs les uns par rapport aux autres. L'éthologiste Golani a utilisé cette
description pour une remarquable étude du combat de chiens, montrant qu'au
cours de ce combat des contraintes de position relative des animaux dictent le
comportement de l'attaque et de la défense.
Lorsque l'on cherche à préciser la nature du référentiel égocentré, on ne peut
envisager un référentiel unique parce que l'espace mental et physiologique est
fragmenté en sous-espaces. D'après Grüsser, le cerveau organise la perception
des mouvements selon plusieurs espaces dits personnels et extra-personnels :
l'espace de saisie (entre la main, le bras tendu et le corps), c'est-à-dire l'espace
dans lequel nous manipulons les objets ; un deuxième espace, plus étendu, grâce
auquel nous saisissons les objets avec un instrument ; un troisième espace appelé
par les physiologistes et les psychologues l'espace proche ; un espace d'action
plus lointain, que l'on atteint avec la locomotion ; enfin, un dernier espace, qui
est simplement l'environnement visuel. La première preuve expérimentale d'une
base neurale de la distinction entre espaces personnel et extra-personnel a été
donnée par Ivarinen puis reproduite par Mountcastle et ses élèves. Par exemple,
les neurones situés dans le cortex pariétal du singe déchargent à chaque fois que
quelqu'un pénètre avec du raisin dans l'espace de saisie de l'animal.
Les référentiels utilisés par le cerveau ne sont pas seulement multiples ; ils
sont également flexibles et dépendent de l'action en cours. Par exemple, pour
lever le bras et pointer le doigt vers une cible, le cerveau simplifie de façon
remarquable la commande en adoptant un référentiel centré sur l'épaule et en
contrôlant deux variables cinématiques, l'élévation et l'azimut de l'extrémité du
bras. Autre exemple : lors de la marche ou de la course, nous avons montré, avec
Pozzo, que la tête est parfaitement stabilisée dans l'espace en rotation et constitue
donc une véritable plate-forme de guidage stabilisée. Donc, la marche et la
locomotion, le saut et de nombreux autres mouvements sont contrôlés, non pas à
partir des pieds, mais à partir d'un référentiel stabilisé, la tête, qui sert de guidage.
La tête elle-même est stabilisée grâce à l'utilisation de la gravité, appelée par
Paillard « référentiel géocentrique ». Dans les stations spatiales où la gravité est
absente, les astronautes utilisent comme référentiel les parois de la station mais
nous avons montré qu'ils basculent aussi vers un référentiel lié au corps propre,
appelé par Mittelstaedt « idiotropique ».
L'idée que le cerveau peut choisir différents référentiels en fonction de la tâche
et du contexte est illustrée par des neurones découverts par Gross. En effet, les