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REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - FÉVRIER 2011 - SUPPLÉMENT AU N°429
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53es JOURNÉES DE BIOLOGIE CLINIQUE NECKER – INSTITUT PASTEUR
des particules virales ressemblant à des virus de la famille
Herpes par microscopie électronique et a secondairement
isolé le virus qui porte aujourd’hui son nom. L’EBV infecte
naturellement les cellules épithéliales de l’oropharynx où
il établi une infection lytique. Les particules infectieuses
ainsi produites infectent ensuite les lymphocytes B naïfs
du tissu lymphoïde de l’amygdale où le virus établit ensuite
une infection latente, c’est-à-dire sans production de
virions infectieux. Pendant cette phase de latence, seuls
quelques gènes viraux sont exprimés et impriment un effet
marqué sur les lymphocytes B qui hébergent le génome
viral. On décrit aujourd’hui un premier programme d’ex-
pression des gènes de latence de l’EBV appelé latence
de type III ou programme de transformation et de crois-
sance, qui récapitule l’effet immortalisant du virus sur des
lymphocytes B en culture. Sous l’action du gène EBNA2,
plusieurs gènes cellulaires impliqués dans la prolifération
(notamment c-myc) sont induits. EBNA2 active aussi plu-
sieurs autres gènes viraux impliqués dans la transformation
cellulaire notamment LMP1 et LMP2. LMP1 agit comme
un analogue constitutivement activé du récepteur CD40,
délivrant au lymphocyte B un puissant signal de costimu-
lation identique à celui qu’il reçoit normalement au cours
de la réponse du centre germinatif par le truchement du
CD40L exprimé sur les lymphocytesT CD4. LMP2 délivre
un signal de survie semblable à celui qui émane du récep-
teur B (immunoglobuline de surface) et active notamment
plusieurs molécules de transduction du signal, convergeant
vers l’activation de la voie NFkB. Les gènes EBNA3A,
3B et 3C sont également activés par EBNA2 et exercent
secondairement un rétrocontrôle négatif sur la proliféra-
tion et sur l’effet d’EBNA2, conduisant nalement à une
transition vers une latence de typeII (LMP) puis de type
I (EBNA1) à mesure que le lymphocyte B, sous l’action
coordonnées des gènes de latence de l’EBV, se différencie
en lymphocyte B mémoire qui va re-circuler tout au long
de la vie de l’individu, hébergeant quelques copies du
génome viral quiescent. Contrairement aux protéines LMP1
et LMP2, la protéine EBNA1 n’est pas à proprement parler
oncogénique. Elle permet en revanche au génome viral,
contenu dans les cellules infectées de manière latente, de
se répliquer en même temps que le génome cellulaire, au
cours de la division cellulaire, en cooptant la machinerie
réplicative de la cellule eucaryote, sans intervention par
conséquent de la polymérase virale uniquement active au
cours du cycle lytique. Par la suite, au cours de différents
stimulus, certains lymphocytes B mémoires infectés par
l’EBV vont, en se différenciant en plasmocytes, réactiver
le cycle lytique du virus, conduisant à la mort de la cellule,
à la libération de plusieurs particules infectieuses qui vont
ainsi pouvoir recommencer un cycle en infectant de nou-
veaux lymphocytes B naïfs et ainsi perpétuer l’infection.
Si l’EBV est immortalisant pour les lymphocytes B in vitro,
il n’est impliqué que dans une minorité de lymphomes B
chez l’Homme. La plupart des lymphomes B associés à
l’EBV surviennent chez des patients immunodéprimés,
soit au cours de l’infection par le VIH, soit de façon théra-
peutique (transplantation d’organe ou de cellules souches
hématopoïétiques, utilisation d’immunodépresseurs), soit
en n au cours de dé cits primitifs de l’immunité. In vivo,
les lymphocytes T CD8 sont en effet induits tôt au cours
de l’infection, et les lymphocytes subissant l’effet des
gènes de latence (programme III et II) exposent à leur
surface des peptides antigéniques dérivés des différents
gènes de latence. Ces peptides antigéniques induisent
une puissante réponse immunitaire cellulaire cytotoxique
qui contribuer va brider la prolifération B sous in uence du
virus, en même temps que la transition vers une latence
de type I, non ou très peu immunogénique, va permettre
l’émergence de lymphocytes B infectés de manière silen-
cieuse (stealth infection) non immunogéniques.
En cas de dé cit immunitaire, un moindre contrôle par les
lymphocytes T cytotoxiques et une accélération du cycle
de réinfections de lymphocytes B naïfs par l’EBV peut
donc contribuer, en augmentant le pool de lymphocytes
infectés et proliférant, au développement de lymphomes.
Ainsi, la détection du génome de l’EBV (hybridation in
situ) ou de protéines de l’EBV (immunohistochimie), ou
encore la détection de génome de l’EBV dans le sang à
un taux augmenté (RQ-PCR quantitative) constituent des
arguments pour impliquer l’EBV dans le développement de
certains lymphomes et doivent faire rechercher un dé cit
immunitaire sous-jacent. Comme argument supplémentaire
pour attribuer à l’EBV un rôle causal dans le développe-
ment de certains lymphomes, on citera la régression de
lymphoproliférations associées à l’EBV après injection de
lymphocytes T spéci ques de l’EBV après transplantation
par exemple.encore la détection de génome de l’EBV
dans le sang à un taux augmenté (RQ-PCR quantitative)
constituent des arguments pour impliquer l’EBV dans le
développement de certains lymphomes et doivent faire
rechercher un dé cit immunitaire sous-jacent. Comme
argument supplémentaire pour attribuer à l’EBV un rôle
causal dans le développement de certains lymphomes,
on citera la régression de lymphoproliférations associées
à l’EBV après injection de lymphocytes T spéci ques de
l’EBV après transplantation par exemple.
4.2. Le virus du Kaposi, KSHV (HHV8)
Le KSHV est le seul autre membre des gamma-herpesvirus
infectant l’Homme. Comme tous les gamma-herpesvirus,
il est lymphotrope et infecte les lymphocytes B. Il est impli-
qué dans le sarcome de Kaposi dans 100 % des cas, où
il est retrouvé dans les cellules fusiformes, dérivées de
cellules endothéliales qu’il transforme. Depuis le milieu
des années90, il a été impliqué dans le développement de
certains lymphomes B, très rares, survenant essentiellement
dans le contexte de l’infection par le VIH. On le retrouve
dans les lymphomes dits des cavités, ou lymphomes
primitifs des séreuses. Les cellules de ces lymphomes
très agressifs sont de nature B, bien qu’elles aient perdu
l’expression du CD20 et de l’immunoglobuline de surface.
Le mécanisme précis de transformation est plus dif cile à
établir et l’EBV est souvent présent conjointement. Quoi
qu’il en soit, comme son homologue EBV, KSHV code
pour plusieurs gènes dont les produits exercent un effet
remarquable sur le cycle cellulaire et l’apoptose, et qui
peuvent être soit directement oncogénique soit promoteur
de la transformation cellulaire dans des systèmes expé-
rimentaux. L’épidémiologie de KSHV est très différente
de l’EBV. Contrairement à l’EBV qui infecte 95 % des