La dévaluation est-elle une solution pour résorber le

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La dévaluation est-elle une solution pour résorber
le déficit commercial ?
Parfois présentée comme la solution pour accroître la compétitivité des
exportations, la dévaluation n'est pas forcément indiquée.
L'examen du solde de la balance commerciale depuis 2000, fait apparaître un déficit
structurel qui ne cesse de s'aggraver depuis 2003, avec une accélération depuis 2010.
En effet, avec la flambée des cours mondiaux de l'énergie et des produits alimentaires, la
part des importations d'énergie est passée de 17% en 2000 à 28% en 2012, alors que le
solde commercial du secteur agricole, excédentaire en 2000, est devenu déficitaire.
Ainsi, selon une étude du ministère de l'Industrie, du commerce et des nouvelles
technologies publiée en avril 2013, le déficit commercial a progressé de 16% par an en
moyenne entre 1998 et 2012, la moitié de cette hausse étant imputable aux importations
d'énergie.
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Les causes du déficit de la balance commerciale sont donc à la fois conjoncturelles et
structurelles. Ainsi, aux effets de la crise mondiale et du décalage conjoncturel entre la
dynamique de croissance de l'économie marocaine et celles de ses principaux
partenaires étrangers, qui sont temporaires, s'ajoutent des causes plus profondes : le
caractère peu diversifié et peu élastique de l'offre exportable, la dynamique de croissance
tirée par la demande interne ou encore les différentes politiques économiques,
commerciales, budgétaires et monétaires menées jusqu'à présent.
La ponction sur les réserves de changes
L'aggravation du déficit commercial sur 2011 et 2012 est telle que l'excédent de la
balance des services, les transferts reçus de l'étranger et les investissements directs ne
parviennent plus à compenser. Si bien que le pays a dû puiser dans ses réserves pour
éponger le déficit global de la balance des paiements.
Les réserves de changes exprimées en mois d'importations ont ainsi été divisées par
deux entre 2009 et 2012 pour atteindre 4,4 mois. Sur la même période, les charges de la
dette du Trésor (principal et intérêt) se sont accrues de 43%, passant de 7,8 milliards de
dirhams en 2009 à 11,2 milliards en 2012, selon les chiffres de la Trésorerie générale du
royaume.
Quel serait l'impact d'une dévaluation ?
ace à une telle dégradation du déficit commercial, l'idée d'une dévaluation du dirham a
F
ressurgi pour booster la compétitivité des exportations et décourager les importations.
Dans la théorie économique, une dévaluation a des effets positifs et négatifs sur
l'économie. Elle engendre un effet compétitivité qui encourage les exportations - puisque
le prix des produits nationaux exprimé en monnaie étrangère diminue - et réoriente la
demande intérieure vers la production nationale, en renchérissant le prix des produits
importés exprimé en monnaie nationale.
Plus d'inflation et un service de la dette plus lourd
n revanche, elle entraîne un accroissement de l'inflation, à la fois par l'augmentation
E
directe des prix des produits finis importés, et par l'augmentation des prix des
consommations intermédiaires importées qui se traduit par une augmentation des coûts
de production et donc des prix. Enfin, la dévaluation renchérit le coût du service de la
dette extérieure, par nature contractée en devise.
oncernant le solde de la balance commerciale, une dévaluation a deux effets de sens
C
opposés : un effet-prix qui, dans un premier temps, dégrade le solde - puisque la
dévaluation accroit le prix des importations et diminue celui des exportations - et un effet
quantité qui, dans un second temps, l'améliore, puisque compte tenu de l'évolution des
prix les quantités exportées sont censées augmenter et celles importées diminuer.
La durée de la période transitoire de dégradation du solde dépend de l'élasticité-prix des
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importations et des exportations et de la capacité de la production nationale à se
substituer aux importations. La dévaluation a un effet positif sur le solde commercial
lorsque l'effet-quantité l'emporte sur l'effet prix.
Dévaluation de 10% : retombées limitées
Jamal Bakhti et Moulay Ali Sadiki du Haut commissariat au plan (HCP) ont réalisé une
simulation d'une dévaluation du dirham de 10% à l'aide du modèle économétrique
Presimo désagrégé dont les résultats ont été publiés dans les Cahiers du Plan N°42
(janvier-février 2013).
elon eux, les retombées de la dévaluation seraient limitées et cela en raison de la
S
nature même des importations et des exportations du Maroc. En effet, une part
importante des importations est de nature incompressible (énergie, produits de première
nécessité, matière première et biens d'équipement) tandis que les exportations, en dépit
de la montée de nouveaux secteurs, restent dominées par le secteur des phosphates,
dont les prix sont fixés par les cours mondiaux. De plus, l'effet de compétitivité est
essentiellement un effet de court terme, alors qu'à long terme, l'effet inflationniste joue à
plein.
ces conclusions, il faut ajouter le renchérissement de la charge de la dette extérieure
A
qui va peser sur les finances publiques et donc aggraver le déficit budgétaire. Par
ailleurs, plus de 70% des exportations sont des réexportations suite à un
perfectionnement actif (ATPA). Une partie de l'effet compétitivité serait donc gommé pour
ces exportations par un renchérissement des coûts des importations initiales.
Par conséquent, tous les effets directs et indirects d'une dévaluation doivent être pesés
avant d'en décider la mise en œuvre. Par ailleurs, ce choc conjoncturel ne dispense
en aucune manière le pays de mesures visant le renforcement structurel de la
compétitivité des exportations marocaines, telles que l'amélioration de la qualité des
produits ou encore le développement des nouveaux secteurs d'exportations intensifs en
innovations technologiques par la mise à niveau des facteurs de production nationaux,
capital et main d'œuvre.
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