1.1 Travail d’appropriation d’un certificat de formation
Les pages que vous vous apprêtez à lire sont donc le travail d’appropriation
nécessaire à la validation d’une formation dont la consigne est : « élaborer un travail
original de réflexion et/ou de recherche à partir des thèmes abordés durant la
formation, mis en lien si possible avec l'insertion professionnelle de l'auteur. »2
Pour ma part, cela me donne l’occasion d’approfondir une hypothèse qui émerge de
ma pratique. J’ai appris à être un aumônier intégré dans les équipes soignantes. Je
les ai systématiquement invitées à s’ouvrir à cette perspective. J’ai été aidé en cela
par ma formation et par ma volonté de devenir « un parmi » les soignants à même de
rendre compte de la tâche que j’accomplis. J’ai une infinie reconnaissance pour
toutes les personnes et les équipes qui, jusqu’ici, ont accepté ma présence. Cela
génère, dès le début de mon activité, une conviction que ce travail permet d’aborder
et de thématiser : la spiritualité peut servir de levier thérapeutique. C’est-à-dire que
cette dimension de l’être possède intrinsèquement des facultés pour faire face à
l’adversité de l’existence. C’est là le moteur de mon ministère d’accompagnement
auprès des personnes souffrant de troubles psychiques souvent chroniques.
Comme le dit Paul Ricoeur3 : « L’autre est maintenant cet être souffrant dont nous
n’avons cessé de marquer la place en creux dans notre philosophie de l’action, en
désignant l’homme comme agissant et souffrant. La souffrance n’est pas uniquement
définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais par la
diminution, voire la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir-faire, ressenties
comme une atteinte à l’intégrité du soi.
[…] Dans la sympathie vraie, le soi, dont la puissance d’agir est au départ plus
grande que celle de son autre, se retrouve affectée par tout ce que l’autre souffrant
lui offre en retour. Car il procède de l’autre souffrant un donner qui n’est précisément
plus puisé dans sa puissance d’agir et d’exister, mais dans la faiblesse même.
[…] Un soi rappelé à la vulnérabilité de la condition mortelle peut recevoir de la
faiblesse de l’ami plus qu’il ne lui donne en puisant dans ses propres réserves de
force. » Cette certitude-là fonde la présence que je veux amener en psychiatrie ; rien
ne peut si profondément atteindre et blesser un être humain que sa dignité en est
affectée. Le cœur existentiel de l’homme demeure cette part où la faiblesse peut être
une force4, où la joie peut survivre dans l’épreuve la plus sombre.
Le jour où cette persuasion me quitte, je ne pourrai plus être accompagnant spirituel
en psychiatrie car je ne serai plus habité de ce feu qui veut la vérité à l’intime de
l’autre, sa propre vérité, celle qui le rend libre5, qui libère de l’angoisse.
2 : Thierry COLLAUD, Michel FONTAINE, « Directives pour les travaux exigés en vue de
l’obtention du certificat « éthique et spiritualité dans les soins », 10.9.2009.
3 : Paul RICOEUR, « Soi-même comme un autre », L'Ordre Philosophique, Paris, Éditions du
Seuil, 1990, pp. 223-225.
4 : Référence à la Deuxième épître de Paul aux Corinthiens (2Co 12, 9).
5 : L’Evangile de Jean (8, 32) est cité par Gérard DORSAZ, « Psycho spiritualité l’alliance qui
guérit » Presses de la Renaissance, Paris, 2008, p. 226.