
FRONTIERES DE
L’ECONOMIE
SOCIALE
nouveau monde virtuel »
5
. Selon lui, l'imprimante 3D va révolutionner la production industrielle
comme le PC a révolutionné nos modes de travail. Il faut en effet constater que les inventeurs,
bricoleurs et autres makers s’affranchissent des organisations industrielles classiques pour
tester leurs idées puis les diffuser à travers la planète. Selon les experts de cette tendance, on
fabriquera à l’avenir soi-même des objets tout comme on retouche aujourd’hui ses photos. Ou
à tout le moins, on entrera dans un atelier 3D comme on entre chez un commerçant. Une
nouvelle révolution industrielle serait donc à portée de bras. Le message est amplifié par
Jeremy Rifkin, connu pour populariser des tendances d’abord marginales, et a été repris par
Barack Obama lors de son discours d’inauguration de 2013
6
. Il avait été annoncé plus
discrètement par le penseur écologiste André Gorz
7
.
Un secteur économique s’est rapidement crée autour des makers. Sur le terrain, des
entreprises, des start-up, des bricoleurs et des petits ateliers ont émergé en quelques années
tandis que les grandes foires de « makers » rassemblent déjà plus de 30.000 personnes aux
Etats-Unis. Le marché des produits et des services d’impression 3D est évalué à près de 3
milliards d'euros pour 2016
8
.
Le mouvement citoyen essaime également via des lieux spécifiques qui naissent dans toutes les
grandes villes du monde. Les Fab labs (contraction de « fabrication laboratory ») sont des
ateliers équipés de divers outils, entre autres des imprimantes 3D et des machines-outils de
menuiserie pilotées par ordinateur. Ils sont ouverts au public et parfois liés à une faculté de
sciences technologiques d’une université et à des programmes de recherche. Il y en a déjà plus
de 150 dans le monde (dont l’OpenFab et le Fablab de la VUB à Bruxelles) et ils suivent une
charte commune de principes.
Tout comme les plateformes de consommation collaborative, les Fablabs et les imprimantes 3D
permettent à des citoyens de poursuivre des finalités différentes. Un fan de smartphone peut y
imprimer une nouvelle housse en résine polymère et en changer tous les mois, tandis qu’une
association locale peut envisager de produire demain des pièces de remplacement nécessaires
à la réparation du jouet cassé des enfants du quartier. Hyper-consumérisme ou relocalisation et
réappropriation citoyenne de l’économie –dans des repair cafe 2.0
9
– les deux voies sont
ouvertes, et vont coexister.
Le financement collaboratif
Le financement collaboratif ou distribué est mieux connu en Belgique. Il s’agit de l’ensemble
des systèmes qui offrent la possibilité de trouver un financement auprès d’autres citoyens, sans
intermédiation d’une banque
10
. Le mode de financement collaboratif le plus connu est le
crowdfunding (financement par la foule) qui mobilise déjà des centaines de milliers de
donateurs inscrits sur Ulule ou Kisskissbankbank, les deux plus grandes plates-formes
européennes, ou sur une myriade d’autres initiatives moins connues. Les donateurs contribuent
via des micro-dons à financer le lancement de projets très divers tels des documentaires, des
jeux vidéo, des nouveaux produits, entreprises et commerces. Ils reçoivent des contreparties à
hauteur de leurs dons : symbolique pour des dons minimes (un « merci » sur facebook ou
l’envoi d’une newsletter), tangible pour les dons plus substantiels (un DVD, une invitation à la
première du film, ou un exemplaire du futur produit). Le mécanisme fonctionne : la plateforme
Ulule a déjà financé plus de 6.000 projets depuis sa création en 2010, pour un total de plus de
5
Chris Anderson, Makers: The New Industrial Revolution, Crown Business, 2012, 272 p. Cité par Frédéric Joignot,
« Fabrique-moi un mouton », Le Monde, Cultures et idées, 4 avril 2013.
6
Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro, L'internet des objets, l'émergence des communaux
collaboratifs et l'éclipse du capitalisme, Les Liens Qui Libèrent, 2014, 512 p.
7
André Gorz, Ecologica, Editions Galilée, 2008, 158 p.
8
Frédéric Joignot , « Fabrique-moi un mouton », Le Monde, Cultures et idées, 4 avril 2013.
9
Un repair café (littéralement ‘café de réparation’) est un temps dédié à la réparation d'objets et organisé à un niveau
local, entre des personnes qui habitent ou fréquentent un même endroit (un quartier ou un village, par exemple)
(Définition Wikipedia).
10
Michel Bauwens, Synthetic Overview of the Collaborative Economy, P2P Foundation / Orange Report, April 2012, p.
229. Accessible sur http://www.orange.com/fr/actualites/2012/septembre/quand-l-economie-devient-collaborative