Conférence sur la guerre d`Algérie et ses mémoires (6 et 7

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Conférence sur la guerre d’Algérie et ses mémoires (6 et 7 novembre 2013)
Tramor QUEMENEUR, Professeur à l’université de Paris VIII
Intro :
-Mémoires de guerre d’Algérie = questions sensible, suscitent d’intenses débats, même entre
historiens
-Mémoires militaires et pieds-noirs commencent dès 1954, d’où la nécessité d’observer l’histoire
longue (de conquête à la phase de pré-décolonisation
-importance de l’avant colonisation (par ex. la présence ottomane –important dans la transmission
du droit) + les rapports franco-algériens sont bien antécédents (cf : sous Henri IV ; la piraterie à
laquelle la France est confrontée) Rem : des pirates chrétiens convertis à l’islam (les frères
Barberousse font construire un port en eau profonde et dvpent le commerce).
I. La période coloniale avant 1954
1) La Conquête
-1689-1789 : paix de Cent Ans : relations franco-algériennes se détendent ; tension nvelle des
relation avec Napoléon Bonaparte (dette de blé contractées par la France que les Français refusent
de rembourser au Dey d’Alger)
-En juin 1830 : retour la piraterie en Méditerranée. Départ de Toulon avec 37.000 hommes ; 1ères
batailles dans la plaine d’Alger (dont Fort l’Empereur pris aux janissaires ottomans). Le Dey Hussein
capitule le 5 juillet 1830 (d’où la fête de l’indép. Algérienne le 5 juillet 1962, pas le 3 juillet comme
pour les Français)
Dès le départ, violation des accords (confiscation des biens du Dey, pillages et viols à Alger)
Que faire d’Alger ?
-juillet 1830 : les 3 Glorieuses chassent Charles X, d’où flottement stratégiques. Donc une conquête
au coup par coup, menée le longs des côtes (Constantine prise le 4 janvier 1831). Intérêt également
pour l’intérieur des terres (richesse agricole : vergers, agrumes), notamment la plaine de la Mitidja
(qui sera la plus valorisée par les Français)
-Le Maréchal Bugeaud (le « saigneur de l’Algérie ») organise alors la conquête de l’Algérie « par les
armes et par la charrue ».Conquêtes très violentes (politique des « enfumages ») Dès les années
1830 débute la politique de peuplement de l’Algérie.
-Résistance algérienne : l’émir Abd el-Kader (« émir des Croyants à 24 ans mais très européanisé
dans son organisation étatique) : il suscite débat en Algérie : négociateur avec les Français ou
résistant patriote ?) La guérilla se propage (1835 : défaite de la Maqta) mais Abd el-Kader négocie
également (1/3 ouest de l’Algérie reste sous sa domination), adapte la guérilla à la tactique de
Bugeaud (déplacement rapide)
-Au niveau mémoriel, comment qualifier la conquête des années 1830 ? : génocide ? (Algérie perd
près de 50% de sa population en 40 ans !) ; extermination ? (pratique du massacre, villages rasés)
pourtant pas de volonté de génocide ni d’extermination.
-Rem : La Smala d’Abd el-Kader, ville itinérante de centaines de tentes, donc centralité d’un pouvoir
itinérant : prise en 1841 et reddition d’Abd el-Kader (trahi par les Marocains ?) le 26 décembre 1847
-Dès lors, conquête de l’Est : le Bey Ahmed de Constantine cède ; la résistance kabyle prend fin en
1857 (reddition d’une femme combattante et religieuse « Jeanne d’Arc du Djurdjura : Lalla Fatma
M’Soumer) –cf : La Kaïna, femme combattante (juive ?) contre les musulmans en Kabylie.
-poursuite de la résistance : 1871 : révolte d’El Mokrani ; 1916 dans les Aurès ; années 1930 :
poursuite de la conquête dans le Sahara (1937 : Tindouf)
2) La colonisation
-Dès le départ : dans l’Oranais, arrivée de travailleurs, de commerçants… Les premières installations
agricoles françaises commencent (cultures intensives sur des fermes de 1000 ha et +). Mais
beaucoup de mvt (retours très nombreux, compensés par les arrivées)
-Installation de population européenne et pas uniquement française
-Parmi les Français, beaucoup de paysans pauvres (auvergnats, alsaciens lorrains)
-Départementalisation de l’Algérie sous la Seconde République (Constitution, chap. 10) : loi du 9
décembre 1848 (Algérie du nord uniquement : 3 dépts) Les territoires du Sud ont un autre mode de
gestion
-Dès 1847, mesures de cantonnement des Algériens sur une partie de leurs terres : spoliation des
terres. D’abord les terres du Bey, ensuite les terres Abbous (appartiennent aux confréries religieuses)
1868-1869 : famines et choléra. La question de la propriété n’a jamais été réglée, même pas au
moment de la décolonisation (pas de titre de propriété)
-Second Empire : régime toujours largement militaire mais qui va se détendre. Ismaël Urbain
gouverneur de l’Algérie sous Napoléon III (rêve de faire de l’Algérie un « empire arabe », nostalgie de
l’Egypte de Napoléon 1eret rêve de reproduire le modèle de l’empire ottoman 1868 : voyage de
napoléon III en Algérie)
-Révolte menée par el Mokrani sous la IIIe Rép.: écrasée dans le sang (déportation de plus de 200
individus en Nvelle Calédonie)
-Politique de naturalisation des populations d’Algérie : hostilité des colons qui refusent d’acquérir la
nationalité française ! et résistance des Algériens. IIIe Rép (années 1871-1875) : lois républicaines
appliquées durement (plus que sous Napoléon III !) Les juifs d’Algérie sont automatiquement
naturalisés français. Naturalisation par le droit du sol des Européens d’Algérie dès 1889.
-Dichotomie forte entre villes (quartiers arabes, quartiers européens) et bled (Algériens presque
uniquement)
-« pied noir » : popularisé au moment de la décolonisation par les Européens d’Algérie ; serait né
d’une épidémie de phylloxéra ayant rendu noirs les pieds de vigne ; autres suppositions : les bottes
noires des militaires colons ? le foulage du raisin ? par rapport aux mémoires pied-noires, grdes
différences entre grands propriétaires latifundiaires absentéistes (partis avant 1956 !) et populations
urbaines (celle-là plus qualifiée de « pieds noirs »). Mixité possible (cf : Bellecourt à Alger, quartier
mixte Français et Algérien -A. Camus) Mémoire de Camus très controversée –cf : Expo Camus de
Marseille 2013 critiquée, alors que Camus commençait à être réhabilité en Algérie.
-Code de l’indigénat (1834) se cristallise à partir des années 1870 : code très flou, sauf pour la liste
des interdits : indigènes soumis au bon vouloir administratif + les peines administratives peuvent être
beaucoup plus lourdes que le code pénal (amendes collectives possibles, mesures d’éloignement sine
die du douar) Suppression définitive du code par l’ordonnance de mars 1944 ; il s’assouplit durant le
1er XXe s., notamment à partir de 1919 (eu égard à la 1GM) De 1944 à 1949, succession des statuts.
-loi du 7 mai 1946 : sont Français tous citoyens des territoires d’Outre-Mer
-Statut de 1947 (possibilité de la citoyenneté et de vote pour les hommes algériens mais dans un
collège propre –pour 9M de PAX contre le collège de 1M de français d’Algérie : entravé par le « parti
colonial » ; Cf : projet Blum Violette de 1936 (accès de l’élite algérienne à la citoyenneté française
pleine et entière) le statut de 1947 est voté mais jamais appliqué.
-montée progressive du nationalisme : celui du petit-fils d’Abd el-Kader, le parti des Jeunes algériens
(volonté d’obtenir des améliorations) Mais bascule avec l’émigration des Algériens (surtout kabyles)
en France début XXE s pour échapper à la situation coloniale : Messali Hadj (né à Tlemsen, a fait la
1GM, s’installe en France, y fait ses études, épouse une Française –cf : thèse de Benjamin Stora) Fin
années 20 : il intègre l’Etoile Nord-africaine (créée par le PCF) puis se détache du PCF car il est le 1er à
parler d’indép. algérienne, tire un journal propre ; le Front Populaire interdit ce journal. Interdiction
du parti de Messali Hadj, il est arrêté, mis en résidence surveillée dans le grand Sud algérien puis
entre en clandestinité. Ferhat Abbas : est dans une politique de négociation avec les autorités
françaises mais bascule vers la question de l’indép. Sous l’influence de Hadj ; Les oulémas (Ibn
N’Baadis, principal ouléma) (gardiens de la foi) : dans une politique de négociation, ne se rallient à
l’indép. qu’en 1956.
-Manifestations de mai 1945 (dès le 8 mai) : réclame l’indép de l’Algérie, la libération de M. Hadj +
flotte le drapeau algérien. Répression à partir de Sétif : vers Constantine, Guelma (mai-juin 1945) ;
massacre d’1 centaine de Français, répression, émeutes (sur fond de famines depuis 1943 !)
Répression : de 10.000 à 45.000 morts. A Guelma, massacres par les milices privées qui condamnent
à mort, assassinent (charniers, disparition des corps dans 1 four à chaux) cf : JL Planche et JP
Perreloup. L’armée doit réprimer ces milices ! La Guerre d’Algérie a-t-elle commencé en 1945 ? (ce
sont pourtant les origines directes de la guerre. 1945 = une rupture : l’indép. est la seule solution et
elle ne pourra être acquise que par les armes) Les efforts de négociations postérieurs sont anéantis.
-Naegelen, gouverneur de l’Algérie après 1945 : truquage systématique, d’où la déconsidération des
élus, qui renforce la détermination des Algériens.
3) l’après 1945
-Abbas est élu (parti : Union démocratique du manifesta algérien –UDMA) ; à l’inverse Hadj entre en
clandestinité : crée l’OS (Organisation Spéciale) OS démantelé, responsables arrêtés et torturés + grd
procès en 1950 (env. 50 PAX) 1ères contestations côté français (André Mandouze, chrétien
progressiste, enseignant à Alger ; Francis Gençon, philosophe ; claude Bourdet, ancien résistant,
publie « Y a-t-il une gestapo en Algérie ? » dans L’Observateur). Une partie des messalistes se
détache de Messali Hadj vieillissant ; les « centralistes » opèrent la scission clandestine et créent le
FLN en octobre 1954, à l’aube de l’insurrection. Les messalistes restés fidèles à hadj sont vaincus.
II. La guerre d’Algérie (1954-1962)
1)Le contexte.
-Les indépendances GB (surtout l’Inde) + discours tiers-mondistes.
-1952-1953 : événements en Tunisie et au Maroc ; 1955-début 1956 : textes militants, tracts
évoquent la situation « en Afrique du nord » (revendications globales).
2)La mise en place de la guerre (1954-1955).
-1er novembre 1954 : env. 70 attentats, partout en Algérie, sur les PAX et sur les biens. NB : sur la
mémoire de ces événements, l’instituteur Guy Ménerault exécuté « par erreur » (il s’est interposé
entre assaillants et un caïd présent dans le bus).
-A partir de 1955, les directives du FLN stipulent de ne pas s’en prendre aux civils et appellent le
peuple algérien à l’indép.. Courant octobre 1955 : le climat se dégrade ; déplacement de F.
MITTERRAND (il devra s’expliquer le 12 nov. 1954, à l’Assemblée nationale, sur son discours de
1955).
-Fin 1954-1955 : 1ers bombardements contre les douars (dans les Aurès : interv. lourdes contre la
guérilla algérienne –bilan humain : rapport de 1 pour 10). Augmentation des effectifs : de 60.000
militaires présents en nov. 1954 (seuls 5000 à 6000 opérationnels) à 76.000 en janv. 1955 (militaires
face à une « insurrection généralisée).
-Messali Hadj pris de court : son parti (le PPAMTLD) est interdit, la répression s’abat sur le PPAMTLD,
les maquis de la clandestinité se développe. Les tensions augmentent entre le MNA (Mvt National
Algérien) fondé par Hadj et le FLN. Egalement l’opinion publique, en France, est persuadée que c’est
Hadj qui est à la tête des maquis, d’où renforcement de la répression contre les messalistes. L’état
d’urgence (nvelle disposition créée dans le droit français car toute déclaration guerre de la France
contre la France est inenvisageable) est décrété (au départ en Kabylie et dans les Aurès, étendu à
toute l’Algérie dès la mi-1955). Instauration de décrets de maintien et de rappel sous les drapeaux
(jusqu’à 36 mois) NB : les appelés ne connaissent pas alors leur date de libération (rappel possible
sous les drapeaux même 3 ans après le service militaire. Cela engendre des protestations (avec
tracts) posant déjà le problème de la désobéissance. Ex : 600 PAX manifestent Gare de Lyon (« Le
Maroc aux marocains ! ») ; tract de la messe en l’église Saint-Séverin fin sept. 1955 (« nous ne
sommes pas prêt à tirer sur nos frères musulmans », « en lutte pour leur indépendance » (terme
souligné dans le tract) ; mutinerie à Petit-Quevilly (caserne mise à sac par des militaires avec cocktails
molotov). Cela contribuera à la chute du gouvernement en 1955 et à la victoire du «front
républicain» le 2 janvier 1956. Rem : Guy MOLLET n’était alors pas attendu à la présidence du Conseil
(on attendait MENDES-FRANCE). Manif. du 6 février 1956, d’où l’orientation progressive vers une
politique de répression (retour des mesures de rappel et de maintien sous les drapeaux dès avril
1956). Janv.-mars 1956 : période d’hésitation : implosion du mvt anticolonialiste, tension avec
l’extrême-droite (explosion du courant poujadiste en 1956).
-Les premières contestations voient le jour très tôt : les anticolonialistes (trotskistes, militants
libertaires –cf : Daniel GUERIN) dès nov. 1954 ; déc. 1954 : organisation de meetings de protestation
favorables à Messali Hadj. Protestaion contre la répression et pour l’indép. + sur les méthodes de la
guerre et de la répression (cf : article de Claude BOURDET, janv. 1955 : «votre gestapo d’Algérie» ;
Fr. MAURIAC, dans L’Express : «La Question»). Dès 1955, tous les aspects de la contestation
concernant la guerre d’Algérie sont déjà abordés. Fort militantisme fin année 1955 : dans les tracts,
protestation contre une « nouvelle sale guerre » (PCF, en référence à l’Indochine, activisme de
Prévert, Picasso).
-20 août 1955 : insurrection du Constantinois : une insurrection populaire cette fois (l’ALN encadre
des paysans algériens, partant à l’assaut de villages, dont el Aliya : pop. européenne –dont enfantsmassacrés) ; répression française très brutale (entre 5.000 et 10.000 morts ; à Philippeville, Algériens
décimés dans un stade). Virage approfondissant la guerre.
-mise en place de la politique de pacification en 1955 avec P. MENDES-France et Jacques SOUSTELLE
(ethnologue, opère des constats en Algérie et tente d’établir un contact avec la pop française
d’Algérie). S’appuis sur Vincent MONTEIL et Germaine QUILLON (ethnologue, thèse sur les Aurès,
résistante et déportée). Mise en place des SAS (Sections Administratives Spéciales) et des EMSI
(structures médicales) : volontaires française, infirmiers et médecins du contingent ; on se penche
sur le système éducatif (« déculturation » de la pop. algérienne depuis 1830 constatée : en 1954, 90
% d’analphabétisme ! Perte de la culture arabe et pas d’accès réel à la culture française ; G. QUILLON
évoque une « clochardisation culturelle », que confirme les bidonvilles et les enfants des rues durant
les années 1950). Résultats de la politique de pacification : Vers 1960, 1 Algérien sur 2 est scolarisé. +
mesures d’aide économique, grands travaux, aides aux indigents, renforcement des contacts avec la
pop. (pour le renseignement), dvpt des contrôles d’identité pour établir les cartes d’identité (même
dans les villages, avec femmes voilées ! – cf : Marc GARANGER, photographe qui a exposé ses
photos : on y décèle le regard rempli de haine de femmes algériennes). Egalement pratique de la
torture dans le cadre des SAS !
-Mise en place des troupes supplétives en 1955, dont les harkis, mais d’autres statuts sont créés (le
terme « harki » est par la suite devenu générique).
-Le PC Algérien est interdit le 10 sept. 1955 : il était divisé sur la question de la libération, cette
dernière tendance a pris le dessus (d’anciens communistes algériens rejoindront les rangs de l’OAS).
Les combattants communistes de la libération fondent un maquis (le « maquis rouge », à Beni
Boudouane, au centre de l’Algérie, également repère de harkis (= une «harka» = «troupe en
mouvement», aujourd’hui «traitre» en Algérie) et où le FLN n’est pas implanté ; Denis MAILLOT
déserte l’armée française (en 1956) pour rejoindre et équiper le « maquis rouge » ! il sera tué et le
maquis rouge démantelé par la suite : opacité sur les protagonistes du démantèlement du « maquis
rouge »).
2)La guerre change d’échelle (1956-début 1958)
-Développement de la contestation et de la désobéissance : de janvier à juin 1956, env. 300
manifestations en France ; le PCF se rapproche des socialistes ; les jeunes se retrouvent seuls (film de
René GAUTIER : «avoir vingt ans dans les Aurès»), trahis par les aînés. Renforce le mvt social (Paul
NIZAN : «J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.»).
Mutineries en 1956 (une locomotive explose près de Grenoble) ; la situation pourrit sur place et
nourrit l’indiscipline, la résistance passive (refus de saluer, de se couper les cheveux, de se raser la
barbe, tenue débraillée).
-Mars 1956 : pouvoirs spéciaux : (article 5 : le pouvoir civil passe aux main du pouvoir militaire) ;
congrès de la Soumam (août 1956) : naissance d’un proto-Etat algérien militarisé ; fin 1956 :
arraisonnement de l’avion de Royal Air Maroc transportant les dirigeants algériens, dérouté vers
Alger (Ben Bella emprisonné ; NB : l’avion aurait dû exploser mais présence à bord de Français des
Services Secrets français).
-Activisme, attentats se multiplient : du Milk Bar fin 1956 (les militantes déposent les bombes) suite
aux attentats perpétré en août par les tenants de l’Algérie française. Premières exécutions à la
guillotine ; répression féroce :bataille d’Alger (1957) par les généraux (Général MASSU et
Commandant AUSSARESSE –des Services Secrets) : répression contre les cellules FLN d’Alger (Film
italo-algérien de Gillo PONTE CORVO, 1966 : La bataille d’Alger : torture systématisée pour remonter
jusqu’au commandement du FLN d’Alger ; exaltation de l’acte guerrier, tant pour la répression que
pour la résistance du FLN). Environ 3000 disparus à la bataille d’Alger (source du préfet TEITGEN).
-Véritable institutionnalisation de la torture : mise en place des DOP (Dispositifs Opérationnels de
Protection (de torture)) clandestins ; renforcement du système de renseignement. Début du débat
sur la torture en 1957, notamment par les témoignages (dossier JEAN MULLER, scout insoumis mais
poussé à aller en Algérie, mort dans une embuscade mais ayant nourri une correspondance
abondante : témoigne sur la torture, les exécutions de groupe).
-Le ministre de la Défense André MAURICE tente de fermer le territoire algérien : la «ligne Maurice»
à l’intérieur du territoire algérien (but = empêcher infiltrations de militants et d’armes) :
électrification et complexification progressive du barrage + champs de mines (restés en place après
1962, la France n’ayant fourni les plans des champs de mines qu’à la fin des années 2000 !). Pb des
réfugiés : l’armée algérienne des frontières se développe au Maroc et en Tunisie (on y trouve
Boumediene ou Bouteflika). Dispositif efficace (en 1959, l’ALN éprouve les plus grandes difficultés à
s’approvisionner). Création des zones interdites : 2 millions de PAX déplacées au total ! Actions
extrêmement brutales, aménagement de «villages de regroupement», surveillance de la population
dans des conditions sanitaires dramatiques (absence de points d’eau, d’arbres couvrants, de bons
lieux de pâturage ou de terrains de culture) ; tir sans sommation sur tout individu présent en zone
interdite (où se concentrent pâturages et champs de blé : destruction des champs de blé au lanceflammes par les troupes françaises). Emploi du napalm («bidons spéciaux») dans les bombardements
(Quid de l’impact environnemental de la guerre d’Algérie ?) juin 1956 : découverte du gaz et du
pétrole en Algérie (recherches poursuivies depuis 1945) + l’enjeu nucléaire (1er essai nucléaire à l’air
libre dans le Sahara en février 1960 ; incident en mai 1962 : fuite et irradiation due à 1 essai
souterrain) : construction de pipe-lines vers le littoral ; donnée stratégique pour les tenants de
l’Algérie françaises.
-Février 1958 : bombardement de Sakhiet Sidi Youssef, en Tunisie (camp de l’ALN) : isolement
progressif de la France à l’international car nombreux morts civils (une école est touchée) + la
délégation de la Croix Rouge est bombardée. La France est condamnée : l’affaire franco-française
tourne définitivement à une affaire internationale : l’ONU missionne une intervention angloaméricaine. NB : position de l’URSS ambiguë du fait de l’engagement du PCF et de l’anticommunisme
patent de nombreux algériens. Certains pays aident l’ALN : la Hongrie pour la radio ; la Yougoslavie
de Tito également. Des municipalités en Europe accordent leur soutien au FLN.
-Exécutions et condamnations de militaires français par l’ALN en réponse aux militants algériens
exécutés à la guillotine : accélère le changement de République de 1958. Massacre de Mellousa (Beni
Ilmane) : répression terrible de la part du FLN (300 victimes messalistes, certains abattus à coups de
pioches).
-La «guerre en France», algéro-algérienne : entre le FLN et les messalistes. FLN implanté en France
dès 1955, développe les meurtres, les revendique, refoule le messalisme au Nord de la France,
collecte des impôts auprès de l’immigration algérienne.
3)Le tournant de la guerre (mai 1958-1962)
-Mai 1958 : appel au Général De Gaulle («Je vous ai compris») : manifestations d’Alger
(fraternisations entre Français et Algériens, dévoilement de femmes algériennes : propagande
efficace). Création du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) en sept. 1958
avec Ferrat Abbas : figure politique essentielle qui rend la négociation inévitable. Dans 1 premier
temps, De gaulle propose la «paix des braves» (que les combattants algériens retournent dans leurs
foyers) : c’est une certaine reconnaissance des Algériens en tant que combattants (et plus
terroristes). Jacques SOUSTELLE organise la campagne pour le référendum d’août 1958.
-1959 : renforcement de la guerre : «rouleau compresseur» du plan CHALLE dans l’Ouest algérien qui
met à mal les maquis de l’ALN (les qatiba : groupes de combattants). Envoi massif d’appelés du
contingent en renfort des troupes d’élite.
-Sept. 1959 : l’autodétermination : 1 rupture : en janvier 1960 : journées de barricades = une
insurrection française contre le pouvoir français. Réseaux clandestins de «porteurs de valises»
anticolonialistes et réseaux d’aide aux Algériens (dès 1955, notamment à Lyon –réseaux chrétiens
démocrates, prêtres ouvriers- et Paris avec Francis JEANSON, secrétaire des Temps modernes proche
de JP SARTRE). Egalement des réseaux de désobéissance (fin 1958 : le réseau «Jeune résistance»
formé en Suisse, Belgique, Allemagne). Autre réseau : le « Groupe François » ; présence de Sonny
RUPAIRE, insoumis en 1961, a rejoint l’ALN, appartenance aux « pieds rouges », revient en
Guadeloupe en 1967 (loi d’amnistie pour les insoumis et déserteurs en 1966). Arrestations dans tous
ces réseaux. 1960 : est soulevée la question de la désobéissance (condamnation par des journaux,
des publications (censurées)). Pierre VIDAL-AQUET (engagement pour la résistance) a évoqué
l’omniprésence de la problématique de la désobéissance, phénomène bien supérieur aux actes réels.
Des syndicats (l’UNEF), le PSU (Parti Socialiste Unifié) en avril 1960 aborde également cette question.
Sept. 1960 : «Manifeste des 121» (Sartre, Beauvoir, Breton, Glissant : interdit de séjour en
Martinique jusqu’en 1965). 1962 : vote créant le statut d’objecteur de conscience.
-Fév. 1961 : naissance de l’OAS + putsch des généraux n’empêche pas les négociations de se
poursuivre en dents de scie, jusqu’à l’indépendance algérienne. Discussions entre militaires français
et ALN. L’OAS perpètre des attentats ciblés contre des Algérien, des Européens libéraux (l’avocat Me
POPIE). 17 octobre 1961 : manifestation à Paris pour l’indépendance (répression par Maurice Papon,
Préfet de la Seine) : corps jetés dans la seine (env. 200 morts).
-Accords d’Evian (signature le 18 mars, entrée en application le 19) : politique la terre brulée de la
part de l’OAS (journée sanglante surtout entre Français le 19 mars). Juillet 1962 : attentat et incendie
contre les réserves de pétrole à Oran. Période entre mars et juillet 1962 = période d’incertitudes, de
l’entre-deux, car Français et Algériens doivent rétablir l’ordre conjointement. Multiplication des
enlèvements d’Européens (entre 1000 et 4000) avec disparition des corps, des exécutions
sommaires. Manifestation de la rue d’Isly, à Alger (mars 1962) : organisée par l’OAS contre les pieds
noirs qui avaient réé un camp retranché à Bab el-Oued contre l’OAS (mot d’ordre : «la valise ou le
cercueil») ; Journée du 5 juillet 1962 : massacres à Oran (environ 50 morts). Provoque des départs
massifs des pieds noirs. Cependant il reste, fin 1962, 300.000 pieds noirs (1/3 du total) en Algérie
(aujourd’hui autour de 30.000).
III. Les mémoires de la Guerre d’Algérie
NB : 1992 : début de l’ouverture des archives (délai de proscription des trente ans passés) REM : en
2008, ce délai passe à cinquante ans.
1)La mémoire pieds noirs
-Concentration dans le Sud-Est de la France. Rem : le dispositif d’aide au retour existe depuis 1961,
mais l’Etat n’avait pas anticipé un tel afflux, d’où le débordement des autorités + rancune d’une
partie de l’opinion publique (faire porter pour partie la responsabilité de la guerre d’Algérie sur les
épaules des pieds noirs) d’où un certain rejet (banderole d’accueil à Marseille : « rentrez chez
vous ! »). (Alexandre Arcadi : Le Coup de Siroco).
-Années 1990-2000 : cristallisation des mémoires avec la mémoire des anciens combattants, le
développement d’un discours mettant l’accent sur les bienfaits de la colonisation. Transmission de la
mémoire par la jeune génération nourrissant le culte d’une Algérie perdue idéalisée.
2)L’Etat, producteur de mémoire
-20 mars 1962 : processus d’amnistie (par décrets) : des combattants algériens d’abord, des forces de
l’ordre de la répression (responsables de la torture) ensuite.
-1964 : amnistie pour les faits s’étant déroulés en Algérie (crimes et délits contre la sûreté de l’Etat)
-juillet 1968 : dernière loi d’amnistie : en faveur des putschiste sd’avril 1961 et des personnalités de
l’OAS.
-loi de 1982 : rétablit dans leur carrière certains activistes (promesses électorales de F.
MITTERRAND).
-2001 : reconnaissance officielle (monument à Paris) du massacre du 17 octobre 1961.
3)La mémoire de la torture durant la guerre d’Algérie
-Une mémoire occultée : de la part de l’opinion publique (mémoire lourde et « sale », d’où une
certaine volonté d’oubli) Benjamin STORA : La gangrène et l’oubli.
-Années 1960 et 1970 : libération des mémoires : Pierre VIDAL-NAQUET : La raison d’Etat (1962), où
il est question de la torture ; Yves COURRIERE : La Guerre d’Algérie ; Général MASSU : Ma bataille
d’Alger. Film de Pierre SCHÖNDORFER : L’Honneur d’un capitaine (témoignage) ; René GAUTIER :
Avoir vingt ans dans les Aurès.
-à noter : une mémoire de la gestapo et une admiration pour la rigueur de l’armée allemande parmi
les légionnaires et parmi l’armée d’élite (notamment parachutiste).
-Fin années 1990-début années 2000 : la venue d’Abdelaziz Bouteflika en France repose la question
de la torture. Juin 2000 : témoignage de Louisette GUILLARIZE dans Le Monde. Question de la
repentance du Gal MASSU. Appel des 12 en 2000 : Vidal Naquet, Guillarize, Simonne de Bollardière)
publié dans L’Humanité, avec des témoignages (plus de 10.000 signataires). Prise de parole des
appelés (douleur du témoignage). Depuis, moins de témoignages (« hyperamnésie » mémorielle).
4)La mémoire de l’immigration algérienne en France
-Années 1980 : « marche pour l’égalité » (« marche des beurs ») : de mars à décembre 1983.
SOS racisme (1984).
-Résurgence d’une mémoire du 17 octobre 1961 chez les immigrés algériens. Création de
l’association « au nom de la mémoire ». Ratonnade à Paris (étude journalistique) 1998 : procès
Papon (le 17 octobre a constitué une des premières questions posées à l’accusé).
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