déclin de la mondialisation? - RBC Gestion mondiale d`actifs

Repères économiques
Vue d’ensemble pour les investisseurs
DÉCLIN DE LA MONDIALISATION
?
La mondialisation – pour le meilleur ou pour le pire – a
ressemblé au cours des dernières décennies à un train fou
happant tout ce qui se trouve sur son passage. Dernièrement
toutefois, elle commencé à perdre de sa vigueur (gure 1). Le
commerce international a soudainement amorcé une trajectoire
beaucoup plus lente et soulevé un sérieux questionnement :
cette décélération est-elle un simple soubresaut ou le signal d’un
déclin de la mondialisation (gure 2) ?
Pour répondre à cette question, nous abordons dans ce
rapport l’histoire de la mondialisation, examinons le degré
de contraction des échanges commerciaux, les raisons du
ralentissement du commerce (gure 3), les perspectives pour
l’avenir et les répercussions sur l’économie mondiale.
En bref, nous concluons qu’environ la moitié des changements
qui touchent la dynamique du commerce sont de nature
POINTS SAILLANTS
ERIC LASCELLES
Économiste en chef
RBC Gestion mondiale d’actifs Inc.
La croissance des exportations mondiales a récemment perdu de son élan, après
des décennies d’essor du commerce.
Cette baisse de performance s’explique par des raisons cycliques et structurelles.
On compte parmi les raisons cycliques les séquelles persistantes de la crise
nancière, une légère tendance vers le protectionnisme et les conits géopolitiques.
Parmi les raisons structurelles, mentionnons la croissance durablement plus faible
des marchés émergents, l’augmentation de la parité concurrentielle, la saturation
des marchés étrangers et le rééquilibrage des comptes courants.
Les facteurs cycliques devraient partiellement rebondir dans les années à venir,
contrairement aux composantes structurelles, ce qui imposera une contrainte légère
mais durable sur la croissance économique et entraînera une hausse modeste de
l’ination.
NUMÉRO 31 • AOÛT 2014
structurelle, ce qui signie une perte permanente. L’autre
moitié semble être de nature cyclique, ce qui laisse entendre
une reprise partielle de la croissance des exportations dans
les années à venir, à mesure que se redressera la croissance
mondiale. Ce bilan contrasté est plutôt apaisant, mais indique
néanmoins l’érosion d’un important soutien de la croissance
mondiale. Un tel constat a des répercussions particulières sur la
croissance des marchés émergents, et peut également avoir des
incidences sur l’ination et les inégalités.
L’histoire du commerce
L’ère moderne de la mondialisation a commencé de façon
intermittente à la n de la Deuxième Guerre mondiale, s’est
raffermie dans les années 1970 et 1980, puis a explosé dans les
années 1990 et 2000 lorsque la Chine et le bloc soviétique ont
commencé à s’ouvrir au monde (gure 4).
1850
1863
1875
1888
1900
1913
1925
1938
1950
1968
1975
1988
2000
2013
?
Figure 2 : Hauts et bas de la mondialisation
30
35
40
45
50
55
60
-50
-40
-30
-20
-10
0
10
20
30
40
2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
Indice mondial des directeurs
d'achats du secteur manufacturier
Exportations mondiales
(variation sur 12 mois en %)
Exportations mondiales (g.)
Indice mondial des directeurs d'achats du
secteur manufacturier (d.)
Nota : L’indice mondial des directeurs d’achats du secteur manufacturier a une
avance de quatre mois. Sources : FMI, JP Morgan, Markit, Haver Analytics, RBC GMA
Figure 1 : Le commerce international échit
Sources : Obstfeld and Taylor (2004), « Global Capital Markets: Integration, Crisis,
and Growth », RBC GMA
2
REPÈRES ÉCONOMIQUES Numéro 31 • Août 2014
-18
-15
-12
-9
-6
-3
0
3
6
9
12
15
18
1980 1991 2002 2013
Variation annuelle en %
Échanges commerciaux mondiaux réels
PIB mondial réel
Le
commerce
dépasse à
peine le
PIB
Le commerce croît habituellement deux fois
plus rapidement que le PIB
Figure 6 : Les échanges commerciaux devraient croître plus
rapidement
25
30
35
40
45
50
55
60
65
70
1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012
Exportations et importations
mondiales (% du PIB)
Nota : Exportations et importations mondiales des biens et des services.
Sources : UNCTAD, RBC GMA
Figure 5 : La mondialisation stimule l’orientation du commerce
Sources : OCDE, Haver Analytics, RBC GMA
Le commerce international a monté en èche pendant cette
période, soutenant un taux de croissance près du double de celui
de l’économie. Par conséquent, le commerce1 est passé d’un peu
moins de 35 % de la taille du PIB au milieu des années 1980 à
plus de 60 % aujourd’hui (gure 5).
Cette mondialisation a déclenché une hausse incessante de
la demande, une capacité de production et une innovation
stimulée par la concurrence, lesquelles ont propulsé l’économie
mondiale vers de nouveaux sommets. Les marchés émergents
ont proté de la croissance économique démesurée et de la
hausse du niveau de vie. Les pays développés ont bénécié de
prix avantageux, d’un meilleur choix de produits, de nombreuses
occasions d’investissement et de coûts d’emprunt abordables.
Bien sûr, la mondialisation a aussi présenté des dés, comme
l’évolution rapide du contexte économique que plusieurs
1 La somme des exportations et des importations.
travailleurs et entreprises ont eu du mal à suivre, et un monde de
plus en plus interconnecté et donc vulnérable à la transmission
de chocs négatifs entre les pays.
Le déraillement du commerce
Il convient de noter que la mondialisation – particulièrement
dénie sous l’angle du commerce2 – semble ralentir.
Loin de la doubler, la croissance des exportations réelles a à
peine égalé celle du PIB depuis le début de 2011 (gure 6).
Le commerce obtient de meilleurs résultats 90 % du temps. Si
elles avaient maintenu leur trajectoire initiale, les exportations
mondiales annuelles auraient à ce jour gagné 1,4 billion de
dollars américains de plus (gure 7).
2 Une dénition plus large pourrait inclure la circulation des capitaux et des
personnes, voire le domaine culturel. Les ux de capitaux ont aussi ralenti,
mais pas la circulation des personnes et des biens culturels.
0,5
0,8
1,1
1,4
1,7
2,0
2,3
2,6
2,9
1973 1983 1993 2003 2013
Ratio de la croissance réelle du
commerce par rapport à la
croissance réelle du PIB
Étape la plus
intene de la
mondialisation
Performance
inhabituellement
solide des
exportations
Performance
inhabituellement
faible des
exportations
Moyenne
historique
Figure 4 : Le rythme de la mondialisation culmine dans les
années 1990 et 2000
Figure 3 : Raisons du ralentissement des échanges commerciaux
Source : RBC GMA
FACTEURS CYCLIQUES FACTEURS STRUCTURELS
Éléments géopolitiques Ralentissement des
marchés émergents
Persistance de la crise
financière Parité concurrentielle
Protectionnisme Saturation des échanges
commerciaux
Rééquilibrage du compte
courant
Nota : Tendance sur 5 ans de la croissance réelle du commerce et tendance sur
5 ans de la croissance réelle du PIB. Moyenne historique depuis 1973.
Sources : OCDE, Haver Analytics, RBC GMA
Repères économiques
Nota : La variation de la croissance réelle des exportations correspond à la
moyenne de la croissance annuelle de 2011 à 2013 moins celle de la période
de 1980 (ou, si indisponible, la date la plus rapprochée possible) à 2013. Le
calcul de la variation en pourcentage de la croissance du commerce par rapport
à la croissance du PIB est basé sur les mêmes périodes. Le Brésil a été exclu
car le repli des exportations rendait le ratio insigniant. Sources : OCDE, Haver
Analytics, RBC GMA
3
8,3 %
9,2 %
5,0 %
6,4 %
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Biens Services
Croissance nominale des
exportations (% annualisé)
2000-2013
2011-2013
Sources : OCDE, Haver Analytics, RBC GMA
Figure 9 : Le échissement des exportations s’étend aux biens et
services
Pour donner une image précise de l’ampleur de la déception, la
Maison Blanche a déclaré au début de 2010 vouloir doubler les
exportations américaines en cinq ans. À un an de la période cible
toutefois, elle avait atteint moins d’un tiers de son objectif. Les
déceptions s’accumulent.
Conrmation du diagnostic
Nous devons nous assurer, en évaluant cette faible performance,
de ne pas mal diagnostiquer ni surestimer le problème.
La faiblesse des échanges commerciaux serait-elle attribuable
au fait que la croissance économique provient des secteurs de
l’économie orientés vers l’intérieur ? Les dépenses publiques
ont, par exemple, constitué un moteur disproportionné de
la croissance économique au cours des dernières années, et
les gouvernements dépendent moins des produits importés
que d’autres secteurs. Cela explique peut-être la baisse
des échanges commerciaux. Mais lorsque nous comparons
individuellement l’augmentation des échanges avec d’autres
composantes économiques comme la consommation, les
investissements des entreprises et les dépenses publiques,
nous constatons que la croissance des importations est
beaucoup trop lente3.
Est-il possible que la survenue de graves problèmes dans un seul
pays ou une seule région soit la cause du ralentissement des
échanges commerciaux ? Non. Les principaux pays du monde ont
tous étonnamment connu une faible croissance des exportations
(gure 8).
Devrait-on attribuer à des secteurs isolés la responsabilité du
ralentissement des échanges commerciaux ? Une fois de plus,
non. Les biens et services se partagent la responsabilité à parts
égales (gure 9).
Enn, si le ralentissement des échanges commerciaux n’était
qu’une illusion provoquée par la faiblesse des prix ou la
uctuation des taux de change ? C’est impossible. L’immense
majorité de nos calculs repose sur le volume des échanges
commerciaux et non sur leur valeur, ce qui élimine la possibilité
d’une explication par les prix. Par ailleurs, la valeur du dollar
américain – monnaie habituellement utilisée en matière de
commerce international – n’a pratiquement pas changé depuis le
ralentissement des échanges commerciaux.
Alors, à quoi attribuer les piètres résultats des échanges
commerciaux ? La réponse s’explique par des facteurs cycliques
et des facteurs structurels.
Facteurs cycliques
Certaines causes sont de nature cyclique ; c’est-à-dire que,
si elles exercent actuellement des pressions négatives, elles
niront tôt ou tard par lâcher leur emprise. Nous plaçons dans
cette catégorie les effets des conits géopolitiques, certains
3 Cette analyse a été réalisée en tenant compte de l’économie américaine.
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Échanges commerciaux mondiaux
réels (billions $ US en 2005)
Réel
Ratio commerce/PIB historique
Si le ratio
commerce/PIB
avait été normal,
les échanges
commerciaux
mondiaux auraient
augmenté de
1,4 billion $ US de
plus
-60
-50
-40
-30
-20
-10
-10
-9
-8
-7
-6
-5
-4
-3
-2
-1
0
Monde Brésil Chine Inde Japon É.-U. Allemagne
Croissance du commerce par
rapport à la croissance du PIB
(% de variation)
Variation de la croissance réelle
des exportations (pp)
Variation de la
croissance réelle des
exportations (g.)
Variation de la
croissance
réelle du commerce
par rapport à la
croissance du
PIB (d.)
Nota : Échanges commerciaux mondiaux réels trimestriels, annualisés.
Sources : OCDE, Haver Analytics, RBC GMA
Figure 7 : Les échanges commerciaux mondiaux devraient être
plus élevés
Figure 8 : Fléchissement du commerce par pays
4
REPÈRES ÉCONOMIQUES Numéro 31 • Août 2014
Nota : Cycle économique normal. L’amplitude relative correspond au ratio de
l’écart type de la croissance des exportations par rapport à celui du PIB global.
Avance/Retard par rapport au PIB en nombre de trimestres. Sources : RBC GMA,
Haver Analytics
Nota : Part des échanges commerciaux sino-japonais, dénie comme la somme
des exportations chinoises vers le Japon et des exportations japonaises vers la
Chine, en % du total des exportations japonaises et chinoises.
Sources : FMI, Haver Analytics, RBC GMA
Source : RBC GMA
9,0
9,5
10,0
10,5
août 2012 déc. 2012 avr. 2013 août 2013 déc. 2013
Part des échanges commerciaux
sino-japonais (%)
Début du conflit sino-
japonais à propos des
îles en mer de Chine
orientale
L'écart
représente à
peine 0,12 %
du commerce
international
Figure 10 : Les facteurs géopolitiques n’ont nui que légèrement
aux échanges commerciaux entre la Chine et le Japon
Malaise économique à moyen terme
Récession à
court terme
Crise financière
Crise de la dette Crise bancaireDésendettement
Éclatement de la bulle
Formation d'une bulle
Faibles taux
obligataires Dette publique
importante Niveau de
vie stagnant Troubles Protectionnisme
Figure 11 : Schéma de la progression de la crise
-4
-3
-2
-1
0
1
2
3
4
Amplitude relative
PIB des É.-U.
Exportations des É.-U.
Exportations
Amplitude : 3,3x
Retard : 2 trimestres
Figure 12 : Cycle des exportations : nervosité et retard
éléments persistants de la crise nancière et le éau du
protectionnisme.
1) Géopolitiques
Les tensions géopolitiques – qui sont nombreuses – pourraient
expliquer le ralentissement des échanges commerciaux.
La Chine et le Japon, deuxième et troisième économies du
monde, se disputent chaudement un chapelet d’îles en mer
de Chine orientale, et on rapporte anecdotiquement que les
consommateurs des deux pays boudent les marchandises de
l’adversaire. Le conit en Ukraine a dressé la Russie contre
l’Europe et entraîné une escalade de sanctions économiques.
Pendant ce temps, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord restent
instables tant sur le plan politique qu’économique.
Toutefois, il faut en bout de ligne reconnaître que les facteurs
géopolitiques n’expliquent pas fondamentalement le recul des
échanges commerciaux. Le conit sino-japonais s’est intensié
en septembre 2012 et a eu des répercussions sur les échanges
commerciaux des deux pays (gure 10), mais à un faible degré
seulement, avec peut-être entre 20 et 30 milliards $ de pertes en
échanges commerciaux. Un tel chiffre gruge à peine le décit de
1,4 billion $ de la balance commerciale.
Il est encore trop tôt pour dire si le conit en Ukraine aura
d’importantes répercussions sur le commerce international. Mais
il faut noter que, le conit n’étant survenu qu’il y a sept mois,
il ne peut expliquer fondamentalement le recul des échanges
commerciaux depuis trois ans et demi. De plus, les sanctions
en place au moment de la rédaction du présent rapport restent
limitées (quoiqu’elles s’additionnent rapidement).
Même si le printemps arabe s’inscrit dans la chronologie du
ralentissement des échanges commerciaux depuis 2011, les
économies des pays touchés sont trop modestes pour expliquer
la situation à l’échelle mondiale.
2) Crise nancière persistante
Les crises nancières entraînent de nombreux effets
indésirables, dont certains durent des années. Comme le montre
la gure 11, les conséquences habituelles comprennent, entre
autres, une croissance économique inférieure à la normale et
le retour du protectionnisme. Ces éléments pourraient-ils, par
conséquent, expliquer le ralentissement du commerce ?
Une économie plus faible
Il ne fait aucun doute que, depuis la première reprise qui a
suivi la récession de 2009, la croissance économique a été plus
lente que d’habitude. Cet élément pourrait, chronologiquement
parlant, expliquer le repli de la croissance du commerce.
Dans l’absolu, le ralentissement de la croissance économique a
entraîné le recul des exportations. Ce constat est indiscutable.
Repères économiques
5
Nota : Le ratio résulte du modèle créé en fonction des liens historiques existant
entre la croissance du commerce et la croissance du PIB. Sources : OCDE, Haver
Analytics, RBC GMA
Nota : Moyenne pondérée appliquée des taux tarifaires mondiaux pour les
produits manufacturés. Sources : Banque mondiale, Haver Analytics, RBC GMA
1,2x
1,7x
2,0x
2,1x 2,2x
0,5
1,0
1,5
2,0
2,5
23456
Croissance réelle du PIB mondial
(variation annuelle en %)
La croissance du commerce
devrait se situer à près de 5 %
par année, compte tenu du
contexte du PIB
Ratio de la croissance du commerce
international par rapport à la croissance
du PIB
2,5
3,0
3,5
4,0
4,5
5,0
5,5
1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012
Taux tarifaire mondial (%)
Figure 13 : Réaction exagérée du commerce par rapport au PIB Figure 14 : Les tarifs douaniers ont baissé, mais d’autres
obstacles se sont dressés
La question à poser est de savoir si ce ralentissement pourrait
avoir de graves conséquences sur la croissance du commerce.
Les exportations ne dépassent peut-être pas le PIB du simple
au double dans les périodes de croissance modeste. En outre,
le commerce semble comporter un élément de nervosité,
provoquant une amplitude de mouvements trois fois plus
violents que dans le cas du PIB (gure 12).
Cette nervosité expliquerait-elle en partie la faiblesse du
commerce ? La réponse est sans conteste « oui ». Selon
nos estimations et en tenant compte du rythme récent de la
croissance économique mondiale, les exportations réelles
devraient croître à seulement 5 % par année, plutôt qu’à la
norme de 6 % (gure 13).
Les exportations réelles n’ont même pas réussi à atteindre ce
pourcentage, afchant une croissance annuelle d’à peine 3 %.
Nous pouvons par conséquent attribuer 30 % de la sous-
performance du commerce au contexte de léthargie économique,
mais nous sommes loin d’expliquer la totalité du phénomène.
Une carence dans le nancement du commerce
international ?
Le « nancement du commerce international » est un terme
accrocheur pour les lettres de crédit garantissant le paiement
lorsqu’une commande est passée à l’échelle internationale.
Quoique peu connues, elles facilitent grandement le
commerce international ; en effet, 20 % des exportations
américaines dépendent de ces facilités permettant de réduire le
risque de négociation.
La crise nancière a naturellement mis les banques sur la
défensive, les incitant à conserver leurs capitaux et à réduire
le risque. Cette situation a, au départ, nettement limité l’accès
au nancement du commerce international et a donc nui au
commerce. Mais les organismes gouvernementaux de crédit
à l’exportation ont rapidement comblé le vide laissé par
les banques. Les pays des marchés émergents, la Chine en
particulier, sont énergiquement intervenus pour créer leurs
propres agences de nancement du commerce pendant cette
période, augmentant encore davantage leur capacité.
On peut discuter du fait que le nancement public du commerce
international fausse le marché en raison des subventions
accordées à certaines entreprises et à certains pays par rapport
à d’autres (nous aborderons la question du protectionnisme
sous peu), mais on ne peut expliquer la faible croissance des
échanges commerciaux par une insufsance dans le nancement
du commerce international.
3) Protectionnisme
Les conditions économiques mondiales sont incontestablement
propices à une vague de protectionnisme :
Une longue période de difcultés économiques tend à
accentuer la xénophobie et incite à l’adoption de politiques
défavorables au libre-échange et à l’immigration.
Comme les gouvernements déploient des ressources pour
répondre aux besoins sociaux accrus et creusent davantage
leurs décits budgétaires, ils sont particulièrement vigilants
pour que les mesures de relance ne s’orientent pas vers
l’étranger.
L’attention accrue portée aux inégalités donne envie de
réfréner l’un des principaux facteurs ayant contribué à ce
phénomène, soit la mondialisation4.
On se souciait jusqu’à tout récemment de supprimer les
obstacles commerciaux – la création de l’Union européenne (UE)
en est un bon exemple – mais le courant semble avoir tourné. En
témoignent la montée en Europe des partis « eurosceptiques »,
4 L’automatisation et le recul des taux de syndicalisation constituent, dans les
pays développés, des facteurs d’inégalité au moins aussi importants, et le taux
du rendement du capital peut également jouer.
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