
Racine se lie ensuite avec la Champmeslé, qui interprète Bérénice, Roxane
dans Bajazet, puis Iphigénie. Il règne sur la scène parisienne.
En 1677, après l’échec momentané de Phèdre (dû à une cabale), où la
Champmeslé joue le rôle-titre, il devient l’historiographe du roi, statut plus
considéré que celui d’auteur dramatique. Il épouse une petite-fille de
notaire qui ne connaît pas ses pièces, puis retourne à la piété et Port-Royal.
Lorsque la Cour est tentée par la dévotion sous l’influence de Mme de
Maintenon, Racine écrit, pour les demoiselles de Saint-Cyr, Esther puis
Athalie. En 1690, il est gentilhomme de la Chambre du roi, charge qui
devient héréditaire trois ans plus tard. Il passe les derniers mois de sa vie
dans une atmosphère pieuse et demande à être enterré à Port-Royal des
Champs. En 1711, après la destruction de Port-Royal, ses cendres sont
transférées, avec celles de Pascal, à Saint-Etienne du Mont.
Plus que dans des liens biographiques improbables, c’est dans les œuvres
de Racine qu’un rapport peut être trouvé avec Descartes, ce qui
expliquerait la présence du portrait de Descartes dans le cabinet de travail
de Racine.
Les tragédies de Racine doivent à Descartes l’intérêt accordé au corps dans
l’expression des passions. Le lien entre passions et modifications du corps
constitue l’innovation du traité des Passions de l’âme (1649). Racine
retient de Descartes que les passions mêlent psychologie et physiologie,
d’où le lien entre certains vers raciniens et des articles du traité des
Passions. Amoureux de Junie, Néron relate :
« Cette nuit, je l’ai vue arriver en ces lieux (…)
J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue ; » (Britannicus, II, 2).
L’article 73 des Passions dit que l’étonnement mêlé à l’admiration rend le
corps « immobile comme une statue ». Les manifestations des passions
sont diverses : Bérénice pleure, soupire, gémit, éprouve de la langueur.
Titus pleure, frémit, soupire (Bérénice). Lorsque Phèdre aperçoit
Hippolyte, elle confie son trouble physique :
« Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire (…)
J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes », (II, 5).
Ces vers font écho à l’aveu de l’acte I, scène 3 :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue :
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler ; »