2013-11-16-CR Pause Philo

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PAUSE PHILO
Viroflay
SUJET du JOUR : Est-il possible de pardonner ?
PRECISION SUR LA PROBLEMATIQUE :
Dois-je pardonner ? Est-ce une bonne chose ?Quel est l’intérêt du pardon (est-ce que ce n’est pas ce
donner une bonne image de soi) ? Qu’elle est la part du conditionnement dans le pardon ? N’y a-t-il
pas une obligation de pardon du fait de notre éducation ?
Qu’est-ce que le pardon ? Pardonner est-ce Excuser ? Qu’est- ce que l’intérêt ? Y a-t-il un lien entre
intérêt et pardon ? Faut-il ou pas pardonner ? Est-ce que le pardon s’exprime, doit-il se dire ? Quelle
est la fonction du pardon ? Existe-t-il un pardon désintéressé ? Jusqu’où peut aller le pardon : peuton faire table rase de ce qui c’est passé, ou y a-t-il un devoir de mémoire l’événement afin d’en tirer
une leçon pour l’avenir. Le pardon s’adresse-t-il à moi ou à l’autre ?
EXPLORATION DU SUJET :
1- Qu’est-ce que le pardon (Pardon vs Excuse) ?
L’objet de l’Excuse, comme du Pardon, est une faute commise par accident ou volontairement
portant atteint à l’intégrité morale de l’individu. Cette faute engage la responsabilité de celui qui l’a
commise.
A la différence de l’Excuse qui est de l’ordre du protocole social (« vous êtes tout excusé ! »), le
Pardon est quelque chose de très profond qui engage l’être, de l’ordre du don et de l’Amour
(impliquant une compréhension, une démarche d’humilité pour considérer l’Autre comme son égal,
et une confiance dans l’être humain.)
Entre la faute que l’on excuse et celle qu’on pardonne, il y a une différence de gravité : on excuse une
faute légère, on pardonne une faute grave.
Le pardon doit-il se dire ? Si je dis à l’autre que je le pardonne, n’est-ce pas l’accabler sous le poids
d’une dette, d’une domination ? Cela présuppose que l’autre va se sentir redevable.Par ailleurs, si le
fautif demande pardon, ne pas le dire le laisserait en proie à l’incertitude, au doute et au remord.
2- Hypothèse : il est plus facile de pardonner à un être proche
Le pardon est facilité par la compréhension que l’individu a de la faute, plus une faute est
compréhensible, plus il est envisageable de Pardonner. La difficulté à pardonner dépend également
de la gravité de la faute, plus la faute est lourde, plus elle est difficile à pardonner. Le pardon dépend
aussi du degré de Responsabilité de l’autre (il peut y avoir des circonstances atténuantes, « Pardonne
leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »…).
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Le Pardon demande de la distance par rapport à ses propres émotions, il peut donc sembler plus
difficile de pardonner à un proche car les émotions en jeu sont plus fortes (lien d’attachement).
Néanmoins, Il semble plus facile de pardonner à un être proche car on l’aime plus (ex : l’amour d’une
mère à son enfant lui fait pardonner bien plus qu’à tout autre).
Le pardon est un acte d’Amour, de compréhension de l’Autre, c’est un don que l’on fait à l’autre et à
soi-même. Pour Pardonner, il faut aimer l’Autre.
Mais peut-on aimer l’inhumain ?
Est-ce qu’un humain qui pose un acte inhumain est encore Humain ? L’Humanité n’est pas
uniquement biologique, la forme humaine (le corps) ne suffit pas à définir notre Humanité qui soustend le respect de valeurs universelles. Un Humain qui pose un acte inhumain sort de l’Humanité (ex :
criminel contre l’Humanité). Le fautif peut apparaître comme inférieur, comme inhumain ou comme
malade à celui qui subit la faute.
Dans la différence entre l’étranger et moi, il y a de la négativité (On retrouve l’étranger en soi comme
sur un négatif de photo argentique, comme l’autre côté de la médaille) qu’il faut assumer : pardonner
c’est être capable de vivre la différence avec l’Autre. Quelqu’un qui pardonne, est quelqu’un qui
s’individualise vraiment en acceptant l’individualité de l’Autre, quelqu’un qui atteint pleinement son
Humanité. (Hannah Arendt décrit la « Banalité du Mal »))
3- Hypothèse : il faut pardonner pour se sentir bien
Si l’individu ne pardonne pas, il garde son ressentiment, il s’empoisonne. Le Pardon est comme une
réparation, une libération de l’âme.
Le Pardon libère du ressentiment et soulage l’individu qui a subit la faute. Pour pardonner il faut
aimer l’Autre. L’éducation, l’intérêt de vivre en société, la Philosophie, la réflexion, etc., permettent à
l’individu de se considérer le fautif comme un être humain, et ainsi de créer un lien d’Humanité,
d’Egalité, basé sur des valeurs universelles (« Si » de Kipling, cf. ci-dessous).
Chercher à pardonner n’est pas la démarche d’un homme idéal, mais la tendance que tout homme
ordinaire peut avoir à s’améliorer, à progresser vers son idéal (le sur-homme). Si on n’a pas d’idéal,
on ne peut pas grandir. L’idéal n’est pas fait pour être atteint, mais pour croître, pour se dépasser :
c’est une mort à soi même pour se renouveler. (Pierre dit à Jésus : « mais c’est impossible ! » Jésus
répond « Ce qui est impossible pour l’homme est possible pour Dieu ».) Pour Hegel la mort est
essentielle pour qu’il y est renouveau (comme les feuilles tombent puis laissent la place aux
bourgeons, etc..). La mort est un accomplissement. La vie est un dépassement de soi.
Mais le pardon est-il toujours possible ?
Vivre est un dépassement de soi, c’est accepter l’étranger (ex : la faute incompréhensible) pour
grandir, dans le cadre de la capacité de l’individu à le faire (« ce qui ne tue pas rend plus fort »,
Nietzsche), dans le cadre de sa capacité à aimer (inné/acquis). Il faut tendre vers le sur-homme pour
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vivre pleinement. Un être unique, est un être dans la Mort. Si l’individu assume sa négativité rien ne
lui appartient plus, il n’a plus d’attaches, on ne peut plus lui faire de mal (ex : détachement
bouddhiste).
On peut vouloir pardonner (parce que notre éducation nous le demande, parce que notre réflexion
philosophique nous a amenez à comprendre que ce serait le mieux) et pourtant ne pas y parvenir. On
ne peut décider de ne plus avoir de ressentiment, ce n’est pas de l’ordre de la volonté. « Il faut
pardonner » présuppose que le Pardon est possible et que c’est un acte de volonté. Hors ce n’est pas
le cas : on ne peut décider du moment où le Pardon sera effectif.
Le pardon est un processus de deuil (dans lequel se succèdent colère / tristesse / compréhension /
incompréhension puis arrive le lâcher prise) qui ne dépend pas de la volonté de l’individu mais de sa
capacité à éliminer (au sens digestif) le mal qu’on lui a fait, la souffrance qu’on lui a infligé. Pour
utiliser l’image d’une digestion : la faute indigeste n’est pas forcément « absorbée » mais
« éliminée » (lâcher prise sans forcément une compréhension intellectuelle totale).
Le processus de deuil implique un processus de maturation. Hegel : L’Histoire est la réalisation de la
Vie. Le Mal a sa fonction et le Temps fait son œuvre et tout est digéré. L’Homme vit dans un moment
de l’Histoire, il est donc possible qu’il ne puisse pas pardonner car il n’a pas une vue de long terme
sur l’avenir. La croissance se déroule selon son rythme (« Kairos ») les choses se font au moment
opportun, la vie fait son œuvre.
Apparaît ici le risque de la passivité dans l’action, et la question de comment rester actif pour tendre
vers notre idéal et vivre pleinement notre vie d’être humain.
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POUR ALLER PLUS LOIN :
Notes pour creuser ce sujet :
12345-
Aller voir le film « Il était une fois la forêt »
Lire Nietzsche « Ainsi parlait Zaratoustra » et « Humain trop Humain »
Lire Hegel
Lire Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal
Lire « Si » de Kipling (cf. ci-dessous)
6789-
L’opposition Amour / Passion / Raison et L’opposition Amour / Attachement
L’opposition Inné / acquis
L’opposition Moi / Etranger / Maladie et l’opposition Soi / Autre
L’opposition Négatif / Positif et L’opposition Vie / Mort
Autres pistes pour prolonger sur le sujet :
1- Ne pas pardonner, n’est-ce pas entrer dans la mal ?
2- Qu’est-ce qu’il y a comme autres attitudes que le Pardon ? Une société peut survivre sans pardon
en utilisant la méthode du bouc-émissaire par exemple (René Girard).
3- Chaque individu dispose-t-il de la même capacité d’Amour ?
AUTRES SUJETS DU JOUR PROPOSES :
Frédéric : « En démocratie, est-il encre possible de faire accepter une décision »
Luis-Joseph : « Qu’est-ce qu’un vrai choix ? Un choix est-il une illusion ? »
Charles : « Qu’elle est ma part de responsabilité dans mon comportement ? »
Jean-Yves : « Tout peut-il se prêter à un discours philosophique »
Meite : « La vertu s’acquiert-elle ? Est-elle innée ou acquise ? »
Ingried : « Qu’est-ce que l’Art apporte à la Philosophie »
(Le sujet du jour a été proposé par Chantale)
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Si...
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !
Rudyard Kipling
Ce poème fut écrit en 1910, à l'intention
de son fils, John, alors âgé de 12 ans.
John mourut lors de la 1ère guerre mondiale.
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