Chers amis représentant l`économie sociale et solidaire

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Discours du Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Economie sociale
et solidaire, Monsieur Nicolas Schmit, à la séance d’ouverture de la
conférence « Boosting Social Enterprises in Europe »,
le 3 décembre 2015 à Luxembourg
Altesses Royales,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis représentant l’économie sociale et solidaire,
Il est un honneur particulier pour moi d’ouvrir cette Conférence de la
Présidence luxembourgeoise en présence de Vos Altesses Royales.
Monseigneur, Madame, en assistant à cette séance d’ouverture, vous
manifestez une fois de plus non seulement votre intérêt, mais votre
attachement à tous ces projets qui visent un développement économique
axé sur le progrès social. Vous contribuez activement à la modernisation de
l’économie luxembourgeoise.
Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire joue un rôle de plus en plus
important au Luxembourg, en Europe et dans un nombre croissant de pays
dans le monde. Elle a une longue tradition, rassemblant des femmes et des
hommes guidés par l’idée de solidarité, souvent par simple nécessité, mais
toujours par la profonde conviction que l’humain doit se trouver au centre de
toute activité économique.
Nous sortons difficilement d’une crise financière économique, sociale et
écologique provoquée précisément par le fait que ces valeurs ont été
ignorées, voire bafouées. Les conséquences sont néfastes : près de 23
millions de chômeurs en Europe, une pauvreté qui n’a pas reculé mais qui a
fortement augmenté, les inégalités sociales se creusent. Un certain nombre
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de pays sont confrontés à un chômage des jeunes qui produit une génération
perdue et la pauvreté des enfants va peser sur leur avenir. L’Europe était
longtemps synonyme de progrès économique et de progrès social. Nous
assistons aujourd’hui à une divergence économique et sociale grandissante,
tant au sein des pays qu’entre eux. On a par trop oublié que le bien public le
plus précieux c’est la cohésion sociale, un moteur pour une économie
compétitive et innovatrice.
Il est donc plus que temps de réfléchir à d’autres modèles de
développement, à d’autres façons d’entreprendre, à faire du capital un
instrument non pas en vue d’une rentabilité maximale mais au service du
travail et dans l’intérêt de la société. Déjà à la fin du XIX siècle, l’économiste
Charles Gide, un des promoteurs des coopératives en France et fondateur de
la Ligue des Droits de l’homme et du citoyen, a beaucoup réfléchi sur une
autre relation entre capital et travail. Cette réflexion que Vous,
Représentants de l’Economie sociale et solidaire, transformez en actions et
en projets très concrets, est plus actuelle que jamais.
Il nous a donc paru particulièrement opportun de faire de la promotion de
l’Economie sociale et solidaire une des grandes priorités de notre Présidence.
Nous ne partons certainement pas de zéro. L’Economie sociale et solidaire
est une réalité bien établie en Europe et ailleurs. Quatorze millions d’emplois
dans l’Union européenne, des centaines de milliers d’entreprises sociales, de
coopératives, d’associations très diverses, poursuivant une pluralité
d’activités et pourtant liées par des principes communs, et partageant la
même conviction que l’économique et le social, ne sont nullement
antinomiques et que l’impact social ou environnemental vaut tous les cours
de la bourse.
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Ce qui nous importe aujourd’hui c’est de travailler ensemble pour donner
une plus grande visibilité à ce quatrième secteur pourtant présent dans tous
les autres, à travers les coopératives agricoles, les associations prestant toute
sorte de services, notamment aux personnes et même au niveau des activités
industrielles.
Notre démarche s’inscrit donc dans la longue série d’initiatives qui visent à
promouvoir l’économie sociale et solidaire en Europe et au-delà. De la
grande conférence de Strasbourg de 2009, à laquelle avaient participé pas
moins de trois membres de la Commission européenne, à la réunion de Rome
sous Présidence italienne, en passant par les nombreux autres événements,
comme l’Impact au Carré à Paris, les Rencontres du Mont-Blanc etc, nous
poursuivons tous le même objectif : faire avancer ce grand projet que
représente l’Economie sociale et solidaire, par l’échange, par l’innovation,
par un engagement toujours renouvelé.
Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont accompagnés et aidés dans cette
démarche et tout particulièrement le Parlement européen et son
Intergroupe, le Comité économique et social européen, qui a élaboré, à notre
demande, un avis sur le thème « construire un écosystème financier pour
promouvoir les entreprise sociales, la Commission européenne, l’OCDE dont
le Rapport sur l’Investissement d’impact social enrichit notre réflexion et
ouvre de nouvelles perspectives… et finalement tous les acteurs ici
représentés ou qui nous on conseillés. Je voudrais tout particulièrement
remercier l’ULESS, l’Union luxembourgeoise des entreprises sociales, pour
son appui tout le long de la préparation de cette conférence mais aussi
pendant l’élaboration de notre législation dont j’espère que nous pourrons
l’adopter au début de l’année prochaine.
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Altesses Royales,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes maintenant réunis à Luxembourg non seulement pour donner
une visibilité à l’Economie sociale et solidaire, tout important que cela est.
Nous voulons consacrer nos échanges à l’élaboration d’idées nouvelles, de
concepts et d’approches innovateurs pour effectivement « booster
l’entreprise sociale ». Le potentiel est considérable tout comme la demande.
Le moment y est plus que favorable car nos sociétés et nos économies se
trouvent
dans
un
processus
de
mutations
profondes :
sociales,
démographiques, technologiques, environnementales … Ce sont de nouveaux
défis qu’il faut transformer en réelles opportunités.
L’économie sociale et solidaire doit y jour un rôle encore plus actif que par le
passé ! Elle doit s’adapter à ces nouvelles réalités. Elle doit être à la pointe de
l’innovation sociale et de l’innovation tout court. Nos sociétés réclament des
réponses différentes aux problèmes auxquelles elles sont confrontées. Il faut
repenser notre Etat Providence, certainement pas pour le démanteler, mais
pour le moderniser et le faire bénéficier par des approches innovatrices qui
émanent de l’Economie sociale et solidaire.
Le chômage reste une plaie dans tous nos pays, même si c’est à des niveaux
différents. Comment réinsérer des personnes vulnérables dans l’emploi,
comment les former, les qualifier, les requalifier : chômeurs de longue durée,
NEETS, personnes handicapées et puis comment intégrer les réfugiés dans
nos sociétés, nos économies.
L’Economie sociale et solidaire offre des réponses - elle peut contribuer à
mieux résoudre des problèmes - à condition qu’elle puisse disposer d’un
cadre qui lui permette de se développer. Ce cadre est local, il est national, il
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doit être européen et il ne faut plus négliger le volet international de ce
développement.
Si sans aucun doute la dimension humaine reste indispensable et cruciale - à
savoir l’engagement personnel, la créativité, la volonté d’entreprendre
autrement - nous avons pertinemment bien que ce développement a aussi et
avant tout besoin d’un écosystème financier qui lui permet de s’accélérer et
de s’épanouir. C’est pour cette raison que nous allons consacrer une grande
partie de cette conférence au financement de l’Economie sociale et solidaire.
L’avis du Conseil économique et social européen nous fournit des pistes de
réflexions aussi diverses qu’intéressantes. Il n’en faut exclure aucune. Les
financements publics restent incontournables et, j’ajouterais que cela ne
vaut pas uniquement pour l’Economie sociale et solidaire, l’économie privée
y a recours et nous savons qu’il n’y a pas d’innovation, de progrès
technologique sans un Etat actif. L’innovation sociale a donc besoin
d’investissements publics et je salue que, grâce au Parlement européen, le
Plan d’investissement de la Commission mentionne aussi l’Economie sociale
et solidaire comme un secteur pouvant bénéficier de ces fonds.
Mais il faut diversifier encore davantage les sources de financement en
misant bien sûr sur le développement de la finance solidaire, mais en
facilitant aussi l’accès à d’autres moyens. Les liquidités à l’échelle
européenne comme internationale sont abondantes. Il faut les orienter vers
des investissements, y compris dans l’Economie sociale et solidaire. Cela
implique que nous construisons de nouveaux cadres, de nouvelles approches.
Dans la mesure où les valeurs mêmes de l’Economie sociale et solidaire ne
sont pas dénaturées, cela me paraît nécessaire. C’est le sens que nous
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donnons à la construction d’un écosystème financier pour l’Economie sociale
et solidaire.
Nous pourrons ainsi libérer de nouvelles énergies et des initiatives créatrices,
surtout parmi les jeunes. Nous pourrons mieux affronter les grandes
mutations sociales que la révolution technologique va et est déjà en train
d’entraîner.
Je souhaite à cette conférence des échanges stimulants, des idées qui n’ont
pas peur de quitter les sentiers battus. Le monde est aujourd’hui plus déchiré
que jamais, les menaces sont considérables - nous l’avons appris de nouveau
il y a un peu plus de deux semaines à Paris. Nous avons besoin de
reconstruire une cohésion sociale, des solidarités concrètes chez nous mais
aussi avec nos partenaires du sud, au Maghreb, en Afrique notamment.
L’essor de l’Economie sociale et solidaire en est un moteur. Nous pouvons
aujourd’hui et demain rendre ce moteur plus puissant et cela sans pollution
supplémentaire.
Je vous remercie.
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