
pas moins d'inspirer la politique allemande.
À l'assemblée du Reichstag, les deux partis traditionnels, les conservateurs et les
nationaux-libéraux, soutiennent la politique impérialiste du chancelier. Mais la
domination prussienne commence à être contestée dès mars 1871 par un parti du Centre,
le Zentrum, composé d'une soixantaine de députés catholiques issus d'Allemagne du sud
et de Rhénanie. C'est précisément contre les catholiques que Bismarck va mener son plus
difficile combat, le « Kulturkampf » ou « combat pour la civilisation ». Un combat dont il
aurait tout aussi bien pu se passer !
Tout commence avec sa protection accordée aux catholiques qui refusent le nouveau
dogme de l'infaillibilité pontificale, proclamé lors du concile Vatican I (1870). Par les
« lois de Mai » (votées en mai 1873, mai 1874, mai 1875), il multiplie les brimades à
l'encontre des catholiques en Prusse et dans l'ensemble de l'Allemagne : contrôle de l'État
sur le patrimoine de l'église, surveillance des candidats à la prêtrise, dissolution de la
compagnie de Jésus (les jésuites)...
La résistance s'organise sous l'égide du député Ludwig Windthorst, un ancien camarade
d'université du chancelier. « Vous voulez détacher les catholiques allemands de
l'obéissance au Saint-Siège pour les soumettre au knout de votre police », lance-t-il.
Bismarck clame son refus « d'aller à Canossa ». Les esprits s'échauffent... Le 13 juillet
1874, aux bains de Kissingen, un jeune ouvrier tonnelier catholique du nom de Louis
Kullmann, quelque peu déséquilibré, tire sur le chancelier et le blesse à la main, mais
Bismarck n'en arrive pas moins à ceinturer son agresseur !
La montée des socialistes à l'extrême-gauche et la progression du Zentrum d'une élection
à l'autre obligent le chancelier à réfréner sa haine du catholicisme. Après la mort de Pie
IX en 1878 et l'avènement d'un pape plus conciliant en la personne de Léon XIII, il va
progressivement abolir la plupart des lois de Mai, discrètement et par petites touches de
façon à ne pas perdre la face.
Le socialisme d'état
S'étant allégé du fardeau catholique, le chancelier s'empare de la question sociale. À la
différence de la République française qui avait évacué celle-ci par le massacre de la
Commune, en 1871, l'Empire allemand est confronté à la percée électorale des socialistes
après la fusion de leurs mouvements au Congrès de Gotha, en 1875. Sous l'influence de
Ferdinand Lassalle, ils mettent en avant des revendications réformistes dans le cadre d'un
état bourgeois et s'opposent à un autre théoricien du socialisme, Karl Marx, partisan d'une
« dictature du prolétariat ».
Les catholiques du Zentrum et même le roi Guillaume 1er rejoignent les socialistes dans
leurs revendications en faveur d'une amélioration du sort des classes laborieuses.
Bismarck, de son côté, a pris en haine les socialistes après que le député August Bebel,
leader du mouvement marxiste, se soit opposé au Reichstag à l'annexion de l'Alsace-
Lorraine, en 1871. L'année suivante, le député et deux de ses amis sont envoyés en
forteresse sur une fausse accusation.
Prenant prétexte de ce que le 11 mai 1878, un ouvrier plombier, Max Hodel, a tiré sur
l'empereur Guillaume 1er, le chancelier fait voter le 19 octobre 1878, la première de ses
lois antisocialistes. Elle interdit tout simplement pour deux ans les organisations
socialistes et social-démocrates. Leurs représentants n'ont le droit de se faire élire au
Parlement qu'en qualité de candidat indépendant.
Cette loi et les suivantes n'empêchent pas pour autant les partis socialistes et