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REPÈRES ÉCONOMIQUES Numéro 26 • Novembre 2013
objectifs, parfois opposés, en matière d’inflation et de
chômage – laisse entrevoir la possibilité que l’inflation soit
supérieure à l’objectif, surtout au cours des prochaines années6.
En revanche, l’inflation a stagné dernièrement sous la barre
de 2,0 %, la population vieillissante milite généralement en
faveur d’une baisse de l’inflation7, et l’adoption, qui fait depuis
longtemps l’objet de discussions, d’autres régimes de ciblage
6 Le risque est particulièrement élevé au cours des prochaines années, car
les banques centrales composent avec des bilans imposants et semblent se
préoccuper davantage des taux de chômage considérables. De fait, la Réserve
fédérale a indiqué explicitement qu’elle tolérerait, s’il le fallait, un taux d’inflation
allant jusqu’à 2,5 %.
7 Les personnes âgées préfèrent généralement que l’inflation soit faible,
puisqu’elles comptent sur leurs économies pour assurer leur subsistance.
L’expérience du Japon en matière de faible inflation appuie cette thèse (quoique
d’autres facteurs importants contribuent à expliquer pourquoi le Japon est aux
prises avec la déflation).
Ainsi, alors que le taux neutre des fonds fédéraux s’est sans
doute établi en moyenne à 4,75 % entre 1995 et aujourd’hui4,
le taux médian (et donc normal) des fonds fédéraux ne s’est
élevé qu’à 3,13 % au cours de la même période. En nous
fondant sur cette asymétrie, nous avons élargi et abaissé la
fourchette de projection de ce modèle, qui s’échelonne donc de
4,00 % à 5,00 %5.
3) Lien avec l’économie : de 4,00 %
à 4,25 %
Une technique naturellement prisée par tout économiste
consiste à estimer les taux obligataires en exploitant le lien
historique entre la croissance nominale de l’économie et les
taux obligataires (figure 7).
Ce lien s’explique aisément. Lorsque l’économie est forte, les
banques centrales haussent leurs taux et, par ricochet, les taux
obligataires montent. De façon similaire, lorsque l’inflation –
qui fait partie du produit intérieur brut (PIB) nominal – s’accroît,
la composante des attentes inflationnistes du marché
obligataire fait de même. Du point de vue de la microéconomie,
les taux obligataires s’établissent naturellement à un niveau
auquel l’offre est égale à la demande. Si les taux obligataires
sont sensiblement inférieurs au taux de croissance du PIB,
les épargnants n’achèteront pas d’obligations et préféreront
investir directement dans l’économie. Dans la situation
contraire, les emprunteurs ne passeront pas à l’action, car ils
ne pourront pas tirer un rendement suffisant de leurs projets
pour justifier le recours à l’emprunt.
Quelle sera donc la croissance « normale » du PIB nominal
dans dix ans ? Cette question peut être décomposée en deux
éléments, à savoir la prévision d’inflation et le PIB réel. À son
tour, la croissance du PIB réel découle de l’application de
hausses du nombre de travailleurs et de la productivité
(figure 8).
Inflation
La Réserve fédérale vise actuellement à maintenir le taux
d’inflation à 2,0 %. Toutefois, l’inflation se maintient en
moyenne à un niveau un peu plus élevé, soit 2,25 %, depuis
1870 ; il pourrait être tentant de faire reculer légèrement la
dette publique en laissant augmenter l’inflation, et le double
mandat de la Réserve fédérale – parvenir à concilier ses
4 L’année de début sélectionnée est 1995, puisqu’elle correspond sans doute
au début de la période pendant laquelle les banques centrales ont finalement
commencé à fixer des cibles d’inflation et à vraiment obtenir des taux d’inflation
qui nous paraissent normaux. Le taux neutre passé est supérieur au taux neutre
futur en raison de la diminution du taux potentiel de croissance économique.
5 Nous hésitons à trop abaisser la prévision, étant donné qu’une partie de l’écart
entre le taux neutre passé de la Réserve fédérale et le taux normal a trait à la
conjoncture inhabituelle des dernières années.
Nota : Croissance annuelle moyenne du PIB nominal sur des périodes de cinq ans.
Sources : BEA, Haver Analytics, RBC GMA
0
2
4
6
8
10
12
14
16
1960 1973 1986 1999 2012
%
Croissance du PIB nominal
Taux des obligations du Trésor américain à 10 ans
Figure 7 : Évolution en tandem du PIB nominal des É.-U. et du
taux à 10 ans
+4,0 % à +4,25 %
+
PIB nominal
Taux obligataire
nominal
Démographie
+0,5 %
Productivité
+1,5 % à +1,75 %
Inflation
+2,0 %
=
PIB réel
Figure 8 : Équation de l’économie
Sources : RBC GMA