
moyenne 1,1 kilogramme de morphine par an, soit une quantité suffisante
pour traiter environ 3% seulement du nombre estimé des personnes qui en ont
besoin. D’autres services destinés à aider les personnes à atténuer
certaines douleurs et souffrances accompagnant la fin de vie ne sont, dans
une large mesure, pas disponibles non plus.
Human Rights Watch a identifié les obstacles suivants qui entravent un
traitement effectif de la douleur en Arménie :
L’absence de morphine absorbable par voie buccale : La morphine à
absorber par voie buccale, le principal médicament pour le traitement des
douleurs chroniques aiguës, n’est pas disponible en Arménie.
Des lois restrictives : La procédure à suivre pour prescrire des opioïdes
injectables est complexe, lente et passe par une bureaucratie lourde. Seuls
les oncologues sont habilités à prescrire des analgésiques opiacés à leurs
patients en consultation externe, et uniquement à des malades atteints de
cancers. Les oncologues peuvent prescrire des opioïdes seulement après que
plusieurs médecins aient rendu visite au malade à son domicile et aient
donné leur aval à la décision ; de multiples signatures et sceaux sont
nécessaires pour chaque ordonnance.
Des dosages inadéquats : Bien que les règles en vigueur en Arménie
n’imposent pas de plafonds aux dosages, la pratique habituelle consiste à
commencer le traitement du patient avec une seule injection d’opioïdes par
jour, puis d’ajouter une seconde injection quotidienne au bout d’environ
deux semaines. Mais l’effet sédatif de la morphine injectable dure entre
quatre et six heures, ce qui laisse le malade sans calmant adéquat de la
douleur pendant la majeure partie de la journée.
Des procédures compliquées pour chercher les médicaments : Une fois que
des analgésiques opiacés ont été prescrits, les malades du cancer ou leurs
aides-soignants doivent aller retirer l’ordonnance à la polyclinique
locale, puis aller chercher le produit dans un grand centre médical
régional ou, à Erevan, à l’unique pharmacie qui en dispose, et enfin
restituer les ampoules vides, avant qu’une nouvelle ordonnance puisse être
émise. Ils doivent renouveler ce processus tous les deux jours ou, dans
certains cas, chaque jour car dans la pratique, les médecins ne prescriront
d’opioïdes puissants qu’en doses de 24 ou 48 heures.
Des procédures strictes de contrôle par la police : Tous les oncologues
interrogés pour les besoins de ce rapport ont affirmé qu’ils devaient
remettre à la police des rapports écrits mensuels contenant des
informations détaillées sur l’identité et le diagnostic de malades qui
reçoivent des analgésiques opiacés, en violation du droit des malades à la
confidentialité de ces informations.
Les étudiants en médecine et en infirmerie arméniens ne reçoivent
pratiquement aucune formation sur les soins palliatifs et sur les méthodes
adéquates de traitement de la douleur, et les personnels de santé manquent
de sensibilisation, de formation et de directives sur l’utilisation à des
fins médicales des analgésiques opioïdes.
Les obstacles importants qui entravent l’administration de soins palliatifs
de qualité en Arménie privent les malades de traitements adéquats et
constituent une violation du droit à la santé, a affirmé Human Rights
Watch. L’inaction de l’Arménie afin d’améliorer l’accès à des sédatifs
essentiels pourrait aussi constituer une violation de son obligation de
protéger les malades de tout traitement cruel, inhumain ou dégradant.