Présenté par :
M. Francis KOUTOUZI
Doctorant en Economie Monétaire et Bancaire
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Appliquée
Université de Douala
BP. 4032 Université de Douala
BP. 11650 Yaoundé-Cameroun / Tél (00237) 9 .59.25.16
e-maill: franciskoutouzi@yahoo.fr
L’INTEGRATION MONETAIRE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE :
Une évaluation de l’optimalité en zone CEMAC
RESUME
Nous voulons montrer que l’un des aspects des conditions de l’intégration
économique africaine doit nécessairement passer par la coopération monétaire en Afrique
comme on a vu se développer parallèlement à la théorie des unions douanières une théorie de
l’intégration monétaire à travers les zones monétaires optimales
La zone franc de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
(CEMAC) est-elle une zone monétaire optimale (ZOM) ?
L’INTEGRATION MONETAIRE EN AFRIQUE
SUBSAHARIENNE :
Une évaluation de l’optimalité en zone CEMAC
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L’objet de la présente communication est une évaluation de l’optimalité de cette zone
monétaire, afin de juger de sa capacité à soutenir sur une longue période la parité de sa
monnaie (le franc CFA) avec l’euro ainsi qu’elle a été définie le 31 décembre 1998.
A défaut d’avoir des taux de change différenciés de leurs monnaies en fonction des
performances économiques de chaque pays, en nous appuyant sur les travaux de
CARTAPANIS, DROPSY et MAMETZ (1998, 1999), les pays membres de la zone franc de
la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale devraient mettre en place
une grille d’indicateurs d’alerte leur permettant de prévenir les crises de change.
Mots clés : critères d’optimalité, indicateur d’alerte, solidarité, vulnérabilité, zone
franc, zone monétaire optimale.
INTRODUCTION
La zone franc (1) de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
constitue un espace monétaire et économique. Cet ensemble formé d’Etats de territoires très
différents les uns des autres, est issu de l’évolution des transformations de l’ancien empire
colonial français et d’Etat qui n’étaient pas des colonies françaises comme la Guinée
Equatoriale. Après l’accession à l’indépendance, la plupart des nouveaux Etats ont choisi de
rester dans un ensemble monétaire homogène, dont le cadre institutionnel a été rénové et qui
a été structuré par un système d’échange commun. Leurs devises sont des contre- valeurs à
parité fixe avec l’euro, dont la valeur est garantie par le Trésor Public Français, dans le cadre
du traité de Maastricht.
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La question de la détermination d’une zone monétaire optimale (ZMO) préoccupe de
nombreux économistes depuis les années 60. Le problème généralement posé a trait aux
critères de reconnaissance d’une ZMO, autrement dit aux conditions dans lesquelles un
groupe de pays a intérêt ou non à maintenir un régime de changes fixes entre leurs différentes
monnaies ou à opter pour une monnaie unique, véritable aboutissement d’une ZMO.
C’est en fait le projet de création d’une union monétaire en Europe qui a renouvelé
l’intérêt pour l’analyse théorique des ZMO, à un moment la principale préoccupation des
économies est de prévenir les crises de change. Et cette question se pose avec acuité dans les
pays africains de la zone franc de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale car l’arrimage, depuis janvier 1999, du franc CFA à l’euro alimente de nombreuses
interrogations et inquiétudes quant à l’avenir de cette zone monétaire. La préoccupation
essentielle a trait à la nature et à l’intensité de la coopération entre les pays de la CEMAC,
d’une part, entre les pays de la CEMAC et pays européens, d’autre part. A cet égard, il
apparaît urgent de déterminer si les pays de la CEMAC ont toujours intérêt à garder une
monnaie commune (le franc CFA) ou si chacun d’entre eux gagnerait plutôt à créer sa
monnaie propre. Et dans le premier cas, la liaison fixe entre le franc CFA et l’euro exclut-elle
nécessairement la définition de taux de change différenciés en fonction des performances
économiques de chaque pays ou de chaque groupe de pays
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? Autant de questions qui sont
révélatrices des choix auxquels les pays de la Communauté Economique et Monétaire de
l’Afrique Centrale vont être soumis dans un proche avenir.
Même s’il paraît difficile de déterminer avec précision ces gains (L.A. RICCI, 1997),
la ZMO constitue à de nombreux égards un moyen efficace de se prémunir contre les crises
de change. Aussi sommes-nous intéressé à une évaluation de l’optimalité de la zone franc de
la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, afin d’apprécier la capacité
de cette zone monétaire à soutenir sur une longue période la parité (2) de sa monnaie (le
franc CFA) avec l’euro, ainsi qu’elle a été définie le 31 décembre 1998.
Nous prendrons donc appui sur les différents critères d’optimalité d’une zone
monétaire pour montrer que si la zone franc de la CEMAC n’est pas une ZMO par référence
à ces critères, elle s’en rapproche néanmoins par rapport à sa finalité. En effet, une analyse
fine du fonctionnement de la zone franc de la CEMAC, à travers la crise qui frappe les pays
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Il existe en fait deux francs CFA : le franc de la Communauté Financière Africaine, émis par la BCEAO et le
franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale, émis par la BEAC. s lors, on peut tout à fait
imaginer plusieurs francs CFA dont la parité serait définie en fonction des performances économiques de
chaque sous-zone ou de chaque pays imaginer plusieurs francs CFA dont la parité serait définie en fonction des
performances économiques de chaque sous-zone ou de chaque pays.
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membres depuis les années 80, le comportement de ces pays face aux chocs externes, et
notamment la décision en 1994 d’un taux de dévaluation unique du franc CFA par rapport au
franc français (50%), ainsi que les performances qu’ils enregistrent comparativement aux
autres pays de l’Afrique subsaharienne, nous incline à soutenir ce point de vue.
Notre réflexion s’articulera donc autour de trois axes principaux : le caractère non
optimal de la zone franc de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
par rapport aux critères connus (première section), les critères de convergence d’une zone
monétaire optimale (deuxième section), la définition d’un nouveau critère consacrant
l’optimalité de la zone franc de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale (troisième section) et enfin la conclusion.
I- LA ZONE FRANC DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE
DE L’AFRIQUE CENTRALE N’EST PAS UNE ZONE MONETAIRE OPTIMALE
SELON LES CRITERES CONNUS
Existe-t-il des critères économiques qui doivent être considères pour que les espaces
nationaux indépendants se rassemblent en une zone monétaire unique caractérisée par une
monnaie commune ou par des parités fixes irrévocables ?
Ainsi précisé la question d’opportunité et de l’efficacité de l’unification monétaire a
donné lieu à une abondante littérature sur la zone monétaire optimale (ZMO) qui fait
aujourd’hui l’objet de deux types de classification qui distinguent les analyses traditionnelles
et les analyses modernes, d’une part, les analyses en termes réels et les analyses en termes
monétaires, d’autres part (L.A. RICCI, 1997).
Notre réflexion reposera, pour des commodités de démonstration, sur la première
classification. Ainsi, nous passerons en revue les principales analyses traditionnelles.
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A-les analyses traditionnelles
Initiée par MUNDELL (1961), McKINNON (1963) et KENEN (1969), la théorie des
ZMO s’est concentrée sur les coûts d’une union monétaire et sur la définition des contours
optimaux des zones monétaires.
La question fondamentale posée par MUNDELL est : quels sont les critères
économiques selon lesquels diverses gions du monde peuvent décider d’adopter une
monnaie commune ?
Une zone monétaire est optimale quand les coûts de renonciation aux taux de change
comme instrument d’ajustement à l’intérieur de la zone sont inférieurs aux gains résultant de
l’adoption d’une monnaie commune ou d’un régime de changes fixes.
Un des éléments déterminants l’optimalité ou non d’une zone monétaire est de savoir
si l’ensemble des pays qui en sont membre subissent essentiellement des chocs symétriques
ou encore des chocs asymétriques .un choc asymétrique est d’un choc qui affecte de manière
différente deux pays qui ont décidé de faire monnaie commune. A contrario, un choc
symétrique affecte de la même façon, avec des amplitudes et des degrés de propagation
variables les pays de la zone considérée.
Pour un pays subissant essentiellement des chocs asymétriques, rentrer dans une
union monétaire lui fait perdre la possibilité d’un ajustement autonome par l’ajustement de
son taux de change .l’ajustement se réalise alors par d’autres instruments de politique
économique ou par la mobilité des facteurs de production entre pays membres. En cas de
choc symétrique, par contre, chaque pays de l’union n’a plus besoin ou a moins besoin, d’un
ajustement autonome. Le coût de l’abandon pour chaque pays membre de sa souveraineté
monétaire devient quasiment nul, car l’ajustement se réalise au niveau communautaire.
Ainsi, les instruments de stabilisation ou d’ajustement seront différents suivant la
nature du choc subi.
Si les chocs asymétriques impliquent des modes de gestion exclusivement
communautaires et en particulier un dosage adéquat entre les politiques monétaires et les
politiques budgétaires décidées au niveau national.
Les pays de la zone Franc de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale subissent des chocs relativement violents, d’une amplitude sans commune mesure
avec les chocs que subissent les pays développés. Il s’agit en particulier de chocs climatiques,
de chocs liés aux prix internationaux des matières premières qu’ils exportent ou aux
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