
B) La remise en cause cinglante de la relation de Phillips par les monétaristes et les
théoriciens des anticipations rationnelles
Toutefois, au milieu des années 70, la relation de Phillips va être subitement ébranlée. Au niveau
empirique, la stagflation inflige un démenti aux analyses antérieures : chômage et inflation apparaissent
non plus comme deux phénomènes alternatifs, mais bien comme deux phénomènes peuvent se cumuler.
Ainsi, les courbes de Phillips, si tant est qu’elles existent toujours, se déplacent vers le « nord-est » (en
haut, à cause de la forte inflation, à droite, à cause de forts taux de chômage simultanés).
Milton Friedman présente alors une nouvelle approche de la relation entre inflation et chômage
Selon son analyse, les comportements des agents économiques reposent sur des anticipations
adaptatives :
ils rectifient donc leurs anticipations en fonction de l’évolution effective des grandeurs
économiques Il existe autant de courbe de Phillips « de court terme » que d’anticipations de prix : plus les
agents anticipent un niveau de prix élevé, plus le taux d’inflation correspondant à un taux de chômage donné
est fort.
Pour Friedman (mais aussi Edmund Phelps), une relance
non anticipée par les agents
économiques, peut, en raison d'une mauvaise évaluation du nouveau taux inflation, faire
quelque peu diminuer le chômage à court terme. Mais très vite, les anticipations s'adaptent, le
caractère artificiel de la relance apparaît, et l'on retourne au taux de chômage de départ (ou
taux de chômage « naturel ») : les effets de la relance disparaissent et il restera seulement un
taux plus élevé d'inflation. La courbe de Phillips de long terme est donc pour eux une droite
verticale (au niveau du chômage naturel), sur laquelle se déplace l’économie.
Ainsi, si l'illusion d'une courbe de Phillips peut exister à court terme, le résultat final sera
seulement un peu plus d'inflation et, au mieux, un taux de chômage égal. Ce taux de chômage
naturel est pour les monétaristes celui qui correspond à un équilibre général de longue période.
Il constitue pour eux le NAIRU : lorsque le taux de chômage courant est inférieur au NAIRU,
l’inflation s’accélère ; lorsqu’il lui est supérieur, il y a désinflation.
Les théoriciens des anticipations rationnelles (Lucas, Sargent, Wallace) vont radicaliser ce
raisonnement, en éliminant les courbes de Phillips de court terme et en ne conservant que la
courbe verticale de long terme.
La signification de cette courbe est claire : la politique économique est incapable de faire
reculer le chômage. Tout au plus va-t-elle accroître le taux d’inflation. Cette interprétation de la
courbe de Phillips est en parfaite adéquation avec la recherche prioritaire de la stabilité des prix
prônée par ces économistes.
En conclusion, si la relation historique originelle constatée par Phillips entre les salaires (ou
l’inflation) et le chômage semble aujourd’hui dépassée, elle a été le point de départ de débats et
d’évolutions économiques majeurs.
Les chocs pétroliers des années 70 ont introduit une cause exogène d’augmentation des coûts de
production que les entreprises, pour maintenir leurs marges, ont dû répercuter dans les prix. L’inflation a
donc mécaniquement augmenté sans que cela ne soit causé par une évolution positive du marché de
l’emploi, ni n’ait d’influence sur les négociations salariales (car le chômage augmentait en parallèle à
cause de la conjoncture difficile et mettait les salaires sous pression).
La relation inflation-chômage a donc évolué et prend désormais en compte les mécanismes
d’apprentissage des agents économiques ainsi que les paramètres structurels et sociologiques qui influent
sur les rapports de force dans les négociations salariales.
Sources :
- C.D. ECHAUDEMAISON, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, 5ème éd., Nathan.
- P. SAMUELSON/W. NORDHAUS, Economie, 18ème éd., Economica.
- J. STIGLITZ/C. WALSH, Principes d’économie modernes, 3ème éd., De Boeck.
- http://www.melchior.fr/La-courbe-de-Phillips.3910.0.html.