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découpage. Les règles conventionnelles (et donc soumises à une certaine dose d'arbitraire ) qui
président à la définition des contours du secteur touristique, rendent le travail de l'économiste plus
délicat6 que pour appréhender d'autres secteurs d'activité. Cette incapacité à présenter de man 1
ère précise le champ retenu, la diversité des branches et des acteurs a envisager (hôtels,
restaurants, cafés, agences de voyages, ... complexifie la tache de l'économiste.
- Une troisième raison semble résider dans la nature singulière du secteur auquel notre objet
appartient. En effet, dans le langage schématique de Colin Clark- le tourisme relève du secteur
tertiaire, celui* des services. Même si' le tourisme tire avantage de facteurs matériellement
favorables, comme l'eau, la montagne, la forêt, il ne fait pas produire des biens, comme les
agriculteurs, forestiers, pêcheurs du secteur primaire. Le tourisme, quoi qu’on ait dit, n'est pas non
plus une industrie .- même s'il aménage un bien naturel (une plage, par exemple), il ne le
transforme pas en un produit nouveau destiné à une consommation lointaine, comme le secteur
secondaire" (M.Boyer, 1972, p. 171 ). Les prestations touristiques sont donc des activités de
services qui sont rendues à des agents économiques particuliers que ]'on qualifie de "touriste". En
fait, pour être plus juste, le produit touristique doit davantage être perçu comme un produit
composite offrant une combinaison de biens matériels et de prestations immatérielles. Comme le
précise Christine Richter (1988), il serait préférable de le classer parmi les « services dits mixtes ».
L'appartenance du tourisme au secteur tertiaire n'a pas été un facteur en faveur du développement
d'une réflexion économique à caractère théorique. En effet, alors que depuis la. seconde guerre
mondiale, les économies des pays développés se sont progressivement transformées en société de
services, il semble bien que l'étude des mutations structurelles qui ont affecté la société Industrielle
ait été relativement délaissée par les économistes ou tout au moins que ces études aient fonctionné
principalement "sur le mode de la transposition des méthodes ayant fait leurs preuves dans
l'industrie" (J. Gadrey, 1996, p.30). Ainsi, la domination de la représentation industrielle du
produit et des méthodes d'approche et d'analyse qui lui sont associées, a eu, en particulier, pour
conséquence de limiter le développement de travaux capables de rendre compte de la spécificité
des activités de service, Comme le précise Jean Gadrey (1996), "c'est bien sur la base de concepts
industriels de produit et de productivité que la tradition économique, dans ses variantes classiques,
marxistes, néoclassiques, micro ou macroéconomique, construit ses modèles interprétatifs
universels et les applique indifféremment à toutes les activités, incluant les Services" (p. 30-31). A
cet égard, l'économie du tourisme n'a pas été épargnée par cette orientation épistémologique qui,
comme nous allons J'exposer dans la suite de notre analyse, appréhende le tourisme comme "un
bien dont l'utilité marginale est faiblement décroissante" (A. 0. Bull, 1996. p. 23). Ainsi, dans un
cadre de pensée dominé par la production industrielle classique ou fordiste, le fait que la
consommation émanant des touristes soit principalement constituée d'activités de service s'est
révélée être, au moins partiellement, un obstacle à l'émergence d'une réflexion théorique adaptée.
- Enfin, ce faible développement de la recherche dans le domaine du tourisme pourrait s'expliquer
par l'existence de sous-domaines de réflexions. En effet, et ceci est une conséquence directe du fait
que les frontières du secteur sont relativement floues, il existe, au sein de la science économique et
de la science de gestion, différents champs de recherches qui s’interrogent sur des objets
particuliers. Parmi ceux-ci, on peut repérer des travaux portant sur l'économie des transports (Yves
Tinard, 1992), sur l'économie et la gestion des activités rattachées à la restauration, sur l'économie
des modes d'hébergement (Yves Tinard, 1992), ou encore sur l'économie de la culture (Françoise
Benhamou, 1996), de l'animation et du patrimoine monumental (Xavier Greffe, 1990). L'étude des
entreprises touristiques, de leurs organisations, de leurs performances, de leur structuration (hôtels,
cafés, restaurants, agences de voyage, musées ... ) relève traditionnellement de l'économie
industrielle (François Coulomb, 1994). La dimension "touristique", dans chacun de ces travaux,
intervient mais de manière plus ou moins marginale. On fait alors l'hypothèse que J'ensemble de
ces éléments de recherche qu 1 Porte Sur ni) aspect Ou sur ni, sous-produit touristique constitue le
champ de l'économie touristique. En ce sens, on peut se demander ce qui légitime un discours
général sur l'économie du tourisme et une autonomisation de ce champ de réflexion alors que