
par un sujet de façon à comprendre le comportement des autres (voir Gordon 1986,1995, 2000, 2004 ;
Goldman 1989 a, b, 2000, 2004 ; Gallese et Goldman 1998 ; Goldman et Gallese 2000).
J’emploie l’expression « simulation intégrée » en tant que mécanisme fonctionnel
automatique[2], inconscient et pré réflexif dont la fonction est de modeliser les objets, les agents et les
évènements. Par conséquent la simulation, telle qu’elle est conçue dans ce présent article, n’est pas
nécessairement le résultat d’un effort cognitif voulu et conscient, tendu vers l’interprétation des
intentions cachées dans le comportement évident des autres, mais plutôt un mécanisme fonctionnel
basique de notre cerveau. Cependant, parce qu’il génère aussi un contenu représentationnel, ce
mécanisme fonctionnel semble jouer un rôle majeur dans notre approche épistémique du monde. Il
représente le résultat des actions, émotions ou sensations possibles que l’on peut accomplir ou
ressentir, et sert à attribuer ce résultat à un autre organisme en tant que but réel de ce qu’il essaye
d’occasionner, ou qu’émotion ou sensation réelles qu’il ressent.
Une perception réussie requiert la capacité à prédire des évènements sensoriels à venir. De la
même façon, une action réussie requiert la capacité à prédire les conséquences attendues d’une action.
Comme cela est suggéré par un nombre impressionnant et cohérent de données neuroscientifiques
(pour un compte-rendu, voir Gallese 2003 a ; Gallese et Lakoff 2005), ces deux types de prédictions
semblent dépendre des résultats d’états neuronaux inconscients déclenchés automatiquement, pouvant
être décrits fonctionnellement comme des processus de simulation.
Jusqu’à quel point la simulation intégrée est-elle un phénomène moteur ? Selon l’utilisation que
j’en ai faite, la simulation intégrée n’est pas conçue comme étant exclusivement réservée au domaine
du contrôle moteur, mais plutôt comme une faculté plus générale et plus basique de notre cerveau. Elle
s’applique non seulement aux actions ou aux émotions, où peuvent prédominer les composants
moteurs ou viscéraux moteurs, mais aussi aux sensations comme la vision et le toucher. Elle est
mentale parce qu’elle a un contenu. Elle est intégrée non seulement parce elle est réalisée
neuronalement, mais aussi parce elle utilise un modèle corporel pré existant dans le cerveau réalisé par
le système sensori-moteur, et par conséquent implique une forme non propositionnelle de
représentation du moi.
Conclusions
Nous avons découvert quelques-uns des mécanismes neuronaux qui mettent en relation la
connaissance que nous avons de notre corps vécu à de multiples niveaux de notre expérience et les
certitudes implicites que nous recevons simultanément des autres. Une telle connaissance acquise par
l’expérience de notre propre corps nous permet de comprendre directement quelques-unes des actions
effectuées par les autres, et de décoder les émotions et les sensations qu’ils ressentent. Notre capacité
apparemment sans effort à concevoir les corps en action qui habitent notre monde social comme
personnes orientées vers des buts comme nous dépend de la constitution d’un espace interpersonnel,
« nous-centrique », signifiant et partagé. Je propose que cet espace partagé multiple (voir Gallese
2001,2003 a, b, 2004) puisse être défini à un niveau fonctionnel en tant que simulation intégrée, c'est-
à-dire un mécanisme spécifique, constituant probablement un trait fonctionnel basique au moyen
duquel notre système cerveau/corps modèlise ses interactions avec le monde.
Les systèmes de neurones miroir appariés et les autres groupes neuronaux non moteurs en miroir
représentent une sorte particulière d’ instanciation sous personnelle de simulation intégrée. Avec ce
mécanisme nous ne faisons pas que « voir » une action, une émotion ou une sensation. Parallèlement
à la description sensorielle des stimuli sociaux observés, les représentations internes des états du corps
associés à ces actions, émotions et sensations sont évoquées chez l’observateur, « comme si » il ou elle
accomplissait une action ou ressentait une émotion ou une sensation similaires. Cette proposition
ouvre aussi de nouvelles perspectives intéressantes pour l’étude des bases neuronales des états
psychopathologiques, des relations psychothérapeutiques (voir Gallese et Migone, en préparation) et
des expériences esthétiques (voir http://plaisir.berkeley.edu/).