Bac blanc, décembre 2003, texte d`Eric Weil (1905

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Le bon usage de la raison.
Exercice sur texte, le sujet 3 – un texte suivi de 3 questions
« Le langage est tel que la discussion peut aboutir à l'accord. L'homme peut faire confiance au
langage, parce que le langage ne mène pas à la contradiction, qu'il est raisonnable. L'homme n'est
homme - et non pas animal- que dans la mesure où il participe de cette raison. Et il n'y participe
plus dans la mesure où il est celui-ci ou celui-là, où il cherche à avoir raison avec son désir, mais
dans la mesure où il possède la raison, où il exprime ce que chacun peut et doit dire, où il est
universel. C'est en tant qu'universel qu'il est individu pensant [...]. Il n'y a pas de différence de
raison entre les individus, puisque le sens de la discussion est précisément de faire disparaître la
contradiction ; les différences sont de l'ordre des faits, injustifiés et injustifiables ; elles n'existent
qu'au début de la discussion, pour être éliminées par le travail commun, la réalisation de la raison.
Dans son essence, l'individu n'est pas un homme, c'est l'homme. »
Éric Weil Logique de la philosophie
QUESTION 1 Idée centrale. La raison est la faculté de l’universel, autrement dit elle se montre
comme la faculté de mettre d’accord les esprits entre eux. Elle rend possible l’arbitrage.
Démonstration 1 : vous avez froid dans cette salle mais moi je trouve qu’elle est tiède. (Vous –
moi) Alors nous. Nous allons nous mettre d’accord en inventant le thermomètre. Le voici en place.
Il fait 18 degrés Celsius. Libre à chacun de trouver qu’il fait chaud ou froid. Nous avons désormais
un élément objectif et stable d’appréciation. Oui la raison rend possible l’arbitrage.
Démonstration 2 : reprendre le texte d’Epictète : « … nous avons inventé la balance pour
déterminer le poids » - pas au jugé, pas à vue de nez ; de même il faut une norme pour penser en
commun, comme / un, universellement, avec la raison. « L’opinion de chacun n’est pas suffisante
pour déterminer la vérité. »
Exemple : le bonheur. Penser le bonheur avec les concepts appropriés à inventer (comme le
thermomètre, la balance) avec les philosophes Aristote, Pascal, Kant, Schopenhauer, etc. dans
leurs livres plutôt que dans des revues hebdomadaires éphémères qui traitent de « Les Français et
le bonheur » à coups de sondages d’opinions, entre deux pages de publicité : pour autant de
Français, c’est d’abord la famille, puis la santé et le travail, etc. Penser, est-ce faire le tour des avis
de chacun, au bas de la pyramide, dans la caverne souterraine (Platon) ? N’est-ce pas s’élever
(élève) à la vérité universelle, commune, comme / une, par exemple à la vérité du cube, le vrai
cube qui a 6 faces et non pas, ou une pour moi, ou deux pour toi ou trois pour un autre encore. Il
faudrait pouvoir définir par concept (c’est la méthode de Socrate) le bonheur, la justice, le courage,
etc. comme on a défini - pour construire l’astronomie - l’équateur, l’écliptique, le méridien qui
n’existent pas, pas plus que la droite d’Euclide qui est une « longueur sans épaisseur », que le
cercle qui n’est pas un rond.
Conclusion. Penser, c’est privilégier la compétence sur la conscience. La compétence repose sur
la démonstration : on démontre que le nombre 0, 9999 avec une infinité de 9 est égal à 1. « La
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science fait l’accord des esprits compétents. » Gaston Bachelard 1884-1962. Figurons-nous ce
que serait la société humaine si chacun se servait d’une table de multiplication à lui, ainsi que
d’unités de longueur et de poids particulières. La conscience, elle, donne simplement son avis en
son « âme et conscience » comme le juré (le citoyen appelé à siéger dans le jury d’une cour
d’assises) comme l’électeur dans l’isoloir. On fait le compte des voix, le quantitatif l’emporte sur le
qualitatif. Et quand on obtient 51 % contre 49, qui a raison ? On sait que si l’on jette en l’air une
pièce de monnaie 10 000 fois, le « côté face » sortira à peu près 5 000 fois et le « côté pile » à peu
près 5 000 fois. Telle est la loi des grands nombres. Faut-il remplacer les jurés par des magistrats
professionnels, compétents ? Faut-il voter selon le principe « un homme, une voix » ou laisser
gouverner ceux qui savent ? Deux sujets à méditer :
- Est-il légitime de dire que, depuis qu’il existe des démocraties, le démagogue a été le type du
chef politique ?
- La démocratie : tyrannie de l’incompétence.
Etapes du raisonnement. Deux parties. 1) Les 3 premières phrases, jusqu’à « où il participe de
cette raison » : l’idéal de l’homme défendu dans ce passage est celui de l’homme animal
raisonnable. 2) Les 3 autres phrases : ne pas faire un usage purement individuel de la raison,
éliminer les différences d’opinions dans une discussion raisonnable.
QUESTION 2
a) « C’est en tant qu’universel qu’il est individu pensant. » Associer pensant à universel. Il n’y a
pas de pensée solitaire. Nul ne pense pour soi. Penser, c’est faire société. L’universel c’est ce qui
vaut pour tout esprit. L’universel est le lieu des pensées. La vérité n’est pas ce que tout le monde
pense mais ce que tout le monde doit penser. Ligne 5 du texte : « il exprime ce que chacun peut et
doit dire, il est universel. » On ne vous demande pas de dire ce que vous pensez, on vous
demande de penser. (tout le contraire de l’opinion, que Hegel qualifie de subjective, quelconque,
fantaisiste, à moi ).
b) « Dans son essence, l’individu n’est pas un homme, c’est l’homme. » L’essence c’est la nature,
ce qui fait que l’homme est vraiment homme, ce qui le définit essentiellement. L’homme est
essentiellement homme non pas quand il est un homme, untel, tel un prisonnier à telle place dans
la caverne, (le nez sur le cube, faisant son caprice), mais quand il est l’homme, capable de tout
l’homme. Il y a une universalité de l’homme ; je construis l’universel en me choisissant ; en me
choisissant, je choisis tous les hommes ; tout projet, quelque individuel qu’il soit, a une valeur
universelle. « Tout projet, même celui du Chinois, de l’Indien ou du nègre, peut être compris par un
Européen. » Sartre (1905-1980). Il n’est pas un de nos actes qui, en créant l’homme que nous
voulons être, ne crée en même temps une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être.
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QUESTION 3
Prendre des exemples de négociations, de tables rondes, dans le monde du travail entre les
syndicats et les employeurs. Les participants n’ont pas réussi à éliminer les différences d’opinions
dans une discussion raisonnable, à s’élever par la raison à l’universel (élève), à quitter la seule vue
de leur point de vue. Ils n’ont pas compris que leurs opinions sont injustifiables (cf. à quoi ça tient ?
Le choix de telle religion, politique, profession, du conjoint, etc.) qu’elles ne reposent sur rien
d’objectif. Ils préfèrent – mais ont-ils choisi ? - retomber dans leurs envies, caprices, désirs,
pulsions, instincts, passions, élans, émotions, coups de cœur, bref dans l’illusion du moi-je et
flotter au gré de leurs passions mobiles, de leurs humeurs évanescentes : « je suis comme je
suis » ; « regardez-moi : c’est moi. » Dans l’expression « ma pensée », « ma » possessif est pour
eux plus important que « pensée ». Peu importe, disent-ils, ce que je dis – aussi bien, à chacun sa
vérité ! – ce qui compte, c’est que moi, je > pense que. Bien distinguer réfuter (par la raison) et
refuser (par la violence, l’expression « je ne veux pas le savoir ! »). Ou la raison, ou la violence :
voilà l’alternative. Que peut un homme raisonnable devant des hommes qui ne veulent rien
entendre, devant des sophistes, devant des enfants qui préféreront
toujours, dit Platon, le
confiseur au médecin ? Sujet de Bac session 2002 : Que peut la raison pour exclure la violence ?
« On est dans le mythe du spontanéisme. On entend partout qu’avec de la bonne volonté, on peut
y arriver. Du coup, on nous laisse croire que la difficulté vient de l’autre. Et on passe son temps à
l’accuser. C’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur et qui engendre une violence
terrible. » Jacques Salomé, psychosociologue, conférence le 28 novembre 2003 à Lambersart.
Socrate, « le patron de tous les philosophes », selon Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) n’a pas
craint d’être éliminé, physiquement. Aristote, pour éviter aux Athéniens, qui avaient jadis
condamné Socrate, de « pécher une fois de plus contre la philosophie » a préféré fuir Athènes où il
avait fondé le Lycée dans un gymnase voisin du temple d’Apollon Lycien, une école rivale de
l’Académie fondée par Platon.
« Obligés de se soumettre au joug de la raison, les hommes reconnaîtront que la raison constitue
le plus puissant des liens, celui dont on sera en droit d’attendre d’autres conciliations. » Sigmund
Freud, psychiatre autrichien, fondateur de la psychanalyse (1856-1939)
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