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alimentaire et participer à l’équilibre de la balance commerciale, tout en permettant aux
exploitations agricoles traditionnelles d’évoluer vers des exploitations modernes et intensives
et d’augmenter leur niveau de vie (Poncet et al., 2010).
Aujourd’hui l’objectif du million d’hectares irrigué est atteint
et l’irrigation, qui consomme
80% des ressources mobilisées, est la première cible des programmes incitant à l’économie
d’eau dans un contexte de rareté croissante des ressources en eau, comme au Maghreb.
Pour promouvoir l’économie d’eau en irrigation, l’Etat marocain a mis en place depuis 1986
plusieurs programmes incitatifs à la reconversion à l’irrigation localisée. Les taux de
subvention concernant la conversion au goutte-à-goutte sont progressivement passées de 10 et
30 % en 1996, à 60% en 2007 et finalement à 80% en 2010 (100% pour les exploitations de
moins de 5ha avec des plafonds par tranches d’équipement), dans le cadre du Programme
National d’Economie de l’Eau d’Irrigation (PNEEI). Le PNEEI vise la reconversion de
550 000 ha à l’horizon de 2025.
Toutes ces mesures, si elles visent à l’adoption massive de l’irrigation localisée par les
agriculteurs, notamment par les plus petits, dépassent les seuls objectifs d’économie d’eau à
l’échelle nationale. L’importance des zones irriguées comme moteur du développement rural
et promoteur de la modernisation de l’agriculture marocaine est toujours mis en avant
(Gueddari, 2004) et les objectifs de la nouvelle politique d’économie d’eau semblent
inchangés par rapport à ceux de la politique des barrages, à savoir améliorer l’équilibre de la
balance commerciale, moderniser l’agriculture et si on ne parle plus d’autosuffisance
alimentaire, les objectifs de sécurité alimentaire sont encore très présents. Le PNEEI prévoit
en effet, outre l’économie d’eau et des effets environnementaux positifs, des effets et sociaux
économiques importants, notamment, comme la mise à niveau des exploitations pour une
agriculture « plus intensive et plus moderne », l’augmentation des exportations de denrées
alimentaires, l’amélioration de la valorisation de l’eau, l’augmentation des revenus agricoles,
… Aussi, tout en participant aux objectifs d’économie d’eau, qui permettent au pays d’obtenir
des prêts au niveau international
, le Maroc poursuit la mise en œuvre de sa politique agricole
de modernisation et d’intensification de l’agriculture.
L’analyse spatio-temporel du SI du goutte-à-goutte dans le Gharb nous a permis de mettre en
évidence 4 phases de développement : i) une phase de diffusion des connaissances suite à la
délocalisation du SI autour de la fraise de la Huelva (Espagne), ii) une phase de structuration
du SI autour du goutte-à-goutte, iii) une phase de développement du système (extension et
intensification) et iv) une phase de stabilisation du SI du goutte-à-goutte et l’émergence de
nouveaux systèmes d’innovation.
L’étude de l’origine du SI autour du goutte-à-goutte dans le périmètre du Gharb a montré que
ce système est du à un premier SI sectoriel et régional. Le SI autour de la fraise dans le Sud de
l’Espagne a en effet donné naissance à un système d’innovation autour de la fraise dans la
zone côtière du Gharb, ce qui a permis l’introduction du goutte-à-goutte dans la région. Le
développement du SI autour du goutte-à-goutte dans le Gharb est aussi dû au SI local autour
du goutte-à-goutte du Souss (région d’Agadir au Maroc). C’est ce même SI au Souss qui est à
l’origine de la diffusion du goutte-à-goutte dans le périmètre du Tadla (région de Beni Mellal
au Maroc), lui-même actuellement influencé par le SI autour du goutte-à-goutte du Gharb.
1 458 150 ha au niveau national en 2007 (PNEEI, 2007)
En 2007, la Banque Mondiale a accordé au Maroc un prêt de 100 millions de Dollars sur une échéance de 18
ans à travers la BIRD, pour la mise en œuvre du PNEEI. En 2010, dans le cadre du partenariat stratégique 2010-
2013, la Banque Mondiale a accordé un prêt de 70 millions de Dollars pour la modernisation de l’agriculture
irriguée dans le bassin de l’Oum Errabia. Le projet porte sur 22 000ha et prévoit notamment l’amélioration du
service fourni aux agriculteurs dans les périmètres du Tadla, du Houz et des Doukkala, pour satisfaire les
conditions de l’irrigation au goutte-à-goutte (www.worldbank.org).