
Vol. 15, No. 1, hiver 2014 • Revue militaire canadienne 19
LE CANADA DANS LE MONDE
prouvées
26
. L’Energy Information Administration (EIA) des
États-Unis prévoit que si les résultats continuent de répondre
aux attentes, la production pétrolière du Canada devrait passer
de 3,7 millions de barils par jour à 6,6 millions d’ici 2035,
tandis que la consommation nationale devrait demeurer stable,
à 2 millions de barils par jour27. D’après les conclusions d’un
influent groupe d’étude, la hausse du prix du pétrole fait des
pays « fournisseurs » comme le Canada des « puissances
économiques » en devenir28. Cela dit, pour saisir les occasions,
il faut que les éléments de la chaîne d’approvisionnement éner-
gétique permettent un accès fiable à des marchés rentables29.
À l’heure actuelle, 99 p. 100 des exportations du pétrole
canadien se font vers les États-Unis30. En 2012, le Canada a fourni
à ces derniers 28 p. 100 des 7,4 millions de barils (soit 2,1 millions
de barils) par jour du pétrole qu’ils ont importé. Or, le Canada a
beau être « la principale source des importations énergétiques des
États-Unis », le marché a atteint sa maturité et risque d’amorcer
un déclin, car les États-Unis s’efforcent de devenir autonomes en
approvisionnement pétrolier, misant surtout sur leur exploitation
récente de l’huile de schiste par fracturation hydraulique, mais
aussi sur des gains en efficacité et la transition à d’autres sources
d’énergie
31
. L’EIA prévoit d’ailleurs que le pays diminuera ses
importations de pétrole à 6,8 millions de barils par jour d’ici
2021, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) « […] dit que
ces mêmes importations continueront à baisser jusqu’en 2035, ce
qui est largement dû à la montée de la production américaine de
pétrole […]
32
». Malgré la divergence entre les prévisions de l’EIA
et celles de l’AIE, le Canada a donc vraiment besoin de trouver
d’autres débouchés fiables que le marché américain pour écouler
son éventuel excédent de pétrole à compter de 2035.
D’une part, le Canada doit composer avec la diminution de
ses exportations pétrolières aux États-Unis; d’autre part, la Chine
doit gérer la croissance de son PIB, ce qui présente des occasions
pour les marchés pétroliers du monde entier. Même si l’estimation
des besoins varie, les analystes s’entendent pour dire que le PIB de
la Chine croîtra plus rapidement que celui d’économies en pleine
maturité, y compris celle des États-Unis, pendant au moins une
dizaine d’années. À titre d’exemple, le taux de croissance du PIB
de la Chine est censé être de 5,9 p. 100 par année de 2014 à 2019
et de 3,5 p. 100 de 2020 à 2025, alors que celui des États-Unis
devrait être de l’ordre de 2,4 p. 100 par année de 2014 à 2019 et de
1,7 p. 100 de 2020 à 202533. Par conséquent, et ce, même si les
prévisions quant à l’autosuffisance pétrolière des États-Unis
s’avéraient erronées, le ralentissement de la croissance du PIB
des États-Unis laissera au Canada d’éventuels surplus de pétrole
à écouler.
Puisqu’un accès fiable à des marchés rentables est la clé de la
sécurité énergétique du Canada, le pays doit chercher à diversifier
les marchés où il exporte son pétrole pour inclure la Chine. Fait
important, le Canada possède les réserves prouvées nécessaires
pour fournir à la Chine 4,6 des 14,4 millions de barils par jour
dont elle aura besoin d’ici 2040.
La sécurité énergétique bénéficie à la Chine
et au Canada
Si vous vous mettez à la place des Chinois, vous vous
dites que les États-Unis ont de vastes réserves de pétrole
et de gaz, mais que c’est aussi le cas pour le Canada, et
que le Canada, lui, est relativement plus accommodant
en affaires34.
U
n autre argument en faveur de la vente de pétrole canadien
à la Chine est que l’amélioration de la sécurité énergétique
contribue aussi à rehausser la sécurité nationale des deux pays.
Du point de vue de la Chine, l’importation de pétrole sûr du
Canada pourrait concourir à assurer l’approvisionnement énergé-
tique suffisant, fiable et abordable dont elle a besoin pour soutenir
Photo Reuters RTR3052Q prise par Aly Song
La digue sur les rives du euve Huangpu avant l’Heure pour la Terre à Shanghai, le 31 mars 2012.