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Le rein filtre le sang de manière non spécifique de sorte que les composants aqueux du plasma se retrou-
vent dans l’urine aux mêmes concentrations que dans le plasma. La présence de protéines dans le fil-
trat urinaire est d’autant plus faible que leur poids moléculaire (PM) est élevé: normalement, très peu
de protéines de PM supérieur à 70000 passent la barrière de filtration. Environ 20 % du débit rénal est
filtré vers l’urine primitive. Ensuite, 65 à 70 % du filtrat initial est réabsorbé au niveau du tube contour-
né proximal. Ce mécanisme permet que les substances nécessaires à l’organisme, telles que le glucose
et les acides aminés, redeviennent disponibles, tandis que les déchets hydrosolubles, inutiles à l’orga-
nisme, restent dans l’urine et sont éliminés.
Pour un grand nombre de composants hydrosolubles, comme la créatinine, sous-produit du métabolisme
musculaire, le taux d’excrétion dépend du débit de filtration glomérulaire (DFG). Des substances dont
le PM est relativement bas sont également transportées activement depuis le plasma vers le filtrat tubu-
laire. Des transporteurs spécifiques sont capables de sécréter des acides ou des bases organiques depuis
les capillaires péritubulaires vers la lumière des tubes contournés proximaux. Il existe de nombreux
exemples de tels transporteurs. L’un des mieux connus est capable de sécréter les pénicillines dans le
liquide tubulaire. Les pénicillines étant très hydrophiles, elles restent dans l’urine tandis que l'eau est
réabsorbée. Ainsi, après l’administration d’une dose standard de pénicilline G à un chat, la concen-
tration urinaire peut être 300 fois plus élevée que la concentration plasmatique.
Tandis que cette première partie du néphron (tube contourné proximal) est chargée de faire retourner
les plus grosses molécules et les électrolytes vers le plasma, les sections suivantes sont chargées d’affi-
ner le contrôle de la composition urinaire. L’anse de Henlé est impliquée dans l’obtention d’un gra-
dient de concentration en captant le chlorure de sodium et l’urée dans le tissu interstitiel du rein. Cette
fonction est assurée par un système amplificateur à contre-courant: la partie descendante de l’anse de
Henlé est imperméable au chlorure de sodium mais perméable à l’eau tandis que la partie ascendante
de l’anse, plus épaisse, est imperméable à l’eau et transporte activement du chlorure de sodium vers le
tissu médullaire interstitiel.
Le chat est parfaitement adapté à la production d’une urine concentrée car une large proportion de
ses néphrons possède une anse de Henlé très longue. Le chat est capable de produire de l’urine d’une
densité supérieure à 1080 et la capacité maximale de concentration n’a pas encore été mesurée chez
cet animal. Cela signifie que le chat peut vivre avec très peu d’eau et lorsqu’il est nourri avec un ali-
ment humide, il n’a pas besoin de boire beaucoup puisque l’eau contenue dans l’aliment est souvent
suffisante. La capacité de produire une urine concentrée et, par conséquent, d’économiser l’eau,
dépend fortement du nombre de néphrons fonctionnels disponibles pour créer un gradient de concen-
tration du chlorure de sodium au niveau de l’interstitium médullaire. Chez le chat, le sodium ali-
mentaire (chlorure de sodium) et l’eau contenue dans les aliments sont très efficaces pour stimuler la
consommation d’eau et la diurèse (Burger et coll, 1980). Une diurèse accrue favorise la dilution de
l’urine (Figure 2).
Le contrôle fin de la composition urinaire est assuré par les dernières parties du néphron. L’urine pri-
mitive présente dans l’anse de Henlé doit être hypotonique (par rapport au plasma) lorsqu’elle arrive
dans le tubule collecteur cortical. En effet, l’excrétion du chlorure de sodium est plus importante que
celle de l’eau. Ce processus se poursuit au niveau de la première partie du tube distal, où la réabsorption
du sodium se fait indépendamment de la réabsorption d’eau. Dans la dernière partie du tubule distal,
la réabsorption du sodium est contrôlée par l’aldostérone, hormone tendant à retenir le sodium. La com-
position ionique du liquide tubulaire (calcium, hydrogène et potassium) est également sous contrôle hor-
monal (parathormone [PTH], aldostérone) au niveau du tube distal et du tubule collecteur cortical
(également appelé partie terminale du tube distal). Les dernières parties du tubule collecteur cortical et
les tubes collecteurs sont eux sensibles à l'action de l’hormone anti-diurétique (ADH), qui contrôle
la perméabilité à l’eau et à l’urée. La sécrétion d’ADH par l’hypophyse est régulée par l’osmolalité du
plasma et la prévention de la déshydratation est assurée par le rein, qui réduit au minimum les pertes
d’eau en concentrant l’urine au maximum lorsque c’est nécessaire.
Il est important de garder à l’esprit, pour interpréter les données cliniques de laboratoire concernant
les chats, que la composition urinaire est très variable. Physiologiquement, le rein est capable d’in-
2-Physiologie rénale
252
F
IGURE
2 - I
NFLUENCE DU SODIUM
ALIMENTAIRE SUR LE VOLUME
URINAIRE CHEZ LE CHAT
(Biourge et coll, 2001)
L’aliment témoin contient 1,1 g de sodium
pour 1000 kcal et le régime étudié en contient
2,5 g/1000 kcal.
Cette étude montre qu’une consommation
importante de sodium augmente la diurèse
(différence significative : p<0,05) :
le volume urinaire est pratiquement doublé
avec un aliment sec (4000 kcal/kg) contenant
1% de sodium comparé avec un aliment
à 0,4% de sodium.
Reins
*11 ± 5
*20 ±7
Volume urinaire (mL/kg/jour)
Aliment témoin
Aliment enrichi en sodium
Moyenne ± écart-type
*