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magées ou commencent à montrer des
signes de vieillissement.
À cet égard, tout comme un
médecin se lie avec ses patients, le
restaurateur se lie avec les œuvres
sur lesquelles il travaille. Quand il
remarque quelque chose d’anormal,
c’est comme déterminer le traitement
approprié pour un patient malade.
« Le plus important est d’obser-
ver. Tout comme le corps médical
conserve des dossiers détaillés pour
chaque patient, nous élaborons des
rapports sur l’état des œuvres d’art et
le vérions à intervalles réguliers. Ceci
constitue le fondement de notre travail.
Ces rapports nous investissent d’une
grande responsabilité, car ils sont la
seule trace de restauration permettant
aux futurs restaurateurs d’en tirer des
enseignements », explique Mme Iwai.
« Pour les restaurations, on me
cone une œuvre d’art pour une
période allant de six mois à un an. Je
commence par en consigner l’état, puis
je réalise des tests sur des éléments
tels que les matériaux la constituant.
Je n’effectue le travail proprement dit
qu’après détermination complète du
type de traitement requis. »
Adopter un rôle
invisible et lire dans les
pensées de l’artiste
Mme Iwai a été impliquée dans la
restauration des peintures pour la pre-
mière fois en 1974. Son père effectuait
des travaux de construction dans un
musée d’art et c’est lui qui l’a introduite
dans le métier. À l’époque, elle était
encore une étudiante envisageant une
carrière de peintre, mais la restauration
des peintures a piqué son intérêt au
point que c’est devenu une occupation
de toute une vie. Elle s’est formée aux
techniques de restauration au Japon et
a aussi étudié dans les musées d’art de
Londres.
Bien qu’elle ait assurément acquis
des techniques à Londres, les idées
qu’elle y a puisées se sont avérées
encore plus utiles.
« J’ai beaucoup appris sur la valo-
risation de l’originalité. Les méthodes
de traitement pour un même artiste
diffèrent naturellement pour chacune
de ses œuvres », dit-elle.
L’expérience peut être utile pour
prendre des décisions sans équivoque,
mais l’humilité est d’une importance
tout aussi vitale. Si l’on surestime son
propre tour de main, on peut facilement
ravager une œuvre d’art.
« Je considère tout d’abord la façon
dont je peux utiliser l’esprit de l’artiste
pour ramener l’œuvre plus près de son
état d’origine et la façon de maintenir
cet état. Je crois qu’un restaurateur
doit adopter un rôle invisible ; si la res-
tauration se démarque excessivement,
l’œuvre perdra son originalité propre. »
Des outils
soigneusement choisis
protègent l’originalité
des œuvres
Des outils très variés sont utilisés selon
les procédés de restauration, englobant
des équipements de haute technologie
tels que loupes, microscopes, hygro-
mètres et luminomètres tout comme
des scalpels, du matériel de menuise-
rie, des pinceaux de calligraphie, des
gommes à effacer et même des produits
chimiques.
Les retouches sont effectuées en
dissolvant les pigments avec des maté-
riaux tels que des résines synthétiques.
« Les restaurations ont des styles
associés et la science en toile de fond
progresse rapidement, mais il faut
toujours choisir des matériaux n’en-
dommageant pas l’original et pouvant
être éliminés en toute sécurité lors des
retouches futures », explique Mme Iwai.
C’est pourquoi les retouches de
peintures à l’huile n’utilisent pas de
peintures à base d’huile. Elles font
appel à des matériaux dont la sécurité
a été longuement éprouvée. Mais cette
sécurité à elle seule ne garantit pas
que la texture de l’œuvre ne sera pas
endommagée : prendre la bonne déci-
sion revêt une importance vitale.
Parmi ses nombreux outils, Mme
Iwai a beaucoup utilisé l’indicateur
portable d’humidité et de température
Vaisala HUMICAP® HM34 au cours de
ces vingt dernières années.
« Il m’a été recommandé par un
spécialiste de la conservation dans
un musée d’art national au Royaume-
Uni et je l’utilise depuis. Il lui suft de
quelques secondes pour prendre les
mesures et l’afchage numérique le
rend facile à lire. Et surtout, il est extrê-
mement précis », dit Mme Iwai.
Pour la conservation, il est très
important de vérier les niveaux d’hu-
midité dans les salles d’exposition. Le
prêt d’une œuvre d’art à l’étranger fait
l’objet de dispositions contractuelles
extrêmement détaillées, prévoyant par
exemple de maintenir l’œuvre dans un
environnement avec un niveau d’humi-
dité de 50 % +/-5 et une température de
20 °C +/-2. Le matériel, les méthodes,
l’emplacement des appareils de mesure
et le nombre d’appareils varient toute-
fois tous d’un musée d’art à l’autre.
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