Revue du livre de Badie 'L'État importé' sur l'occidentalisation de l'ordre politique

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Review
Reviewed Work(s):
L'État importé. Essai sur l'occidentalisation de l'ordre politique
by Bertrand Badie
Review by: Réjean Pelletier
Source:
Canadian Journal of Political Science / Revue canadienne de science politique
,
Sep., 1994, Vol. 27, No. 3 (Sep., 1994), pp. 649-651
Published by: Canadian Political Science Association and the Société québécoise de science
politique
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/3229388
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politique
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L'Etat importe. Essai sur I'occidentalisation de l'ordre politique
Bertrand Badie
Coll. < L'espace du politique >>
Paris: Fayard, 1992, 334 p.
Depuis plus de 15 ans, l'Etat est au coeur des preoccupations de Bertrand
Badie. De Sociologie de l'Etat publie avec son collegue Pierre Bimbaum en
1979 jusqu'a L'Etat importe en 1992, en passant par Les deux Etats (en Occi-
dent et en terre d'Islam) en 1987 et une sociologie de la scene internationale
(avec Marie-Claude Smouts) egalement publiee en 1992, deux themes majeurs
ont retenu l'attention de Badie. D'une part, aux theses developpementalistes et
a une vision trop etroitement economiciste, il a oppose une approche cultura-
liste liant les origines et la configuration de l'Etat au facteur culturel qui joue,
selon lui, un role explicatif decisif dans la construction de l'Etat; le referent
culturel domine egalement les << deux Etats >> en Occident et en terre d'Islam.
De l'autre, la crise de l'Etat-nation a servi de fil conducteur a une sociologie de
la scene internationale (dans Le retournement du monde) a une epoque ou
s'impose le phenomene de la mondialisation.
Dans l'ouvrage qui nous int6resse ici, these culturelle et crise de I'Etat-
nation se conjuguent pour donner une oeuvre tout a fait originale presentee
comme un essai sur l'occidentalisation de l'ordre politique. II faut voir, en ef-
fet, cet ouvrage comme un essai et non comme le resultat d'une recherche em-
pirique de grande envergure sur diff6rents pays et continents. Aux multiples
exemples qui viennent etayer ses theses, on pourrait toujours opposer des
exemples contraires qui pourraient sinon contredire, du moins nuancer cer-
taines affirmations. Mais, en s'appuyant sur des situations aussi diverses que
celles vecues en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient ou en Amerique latine,
l'auteur se place sur un terrain solide pour faire de L'Etat importe un ouvrage
original.
Selon Badie, l'occidentalisation de l'ordre politique, phenomene a la fois
d'exportation et d'importation, a conduit a une greffe difficile dans les societes
du Sud et cette occidentalisation manquee a ete cause de desordres aussi bien
interieurs qu'internationaux. C'est la le theme central de cet ouvrage.
Pour demontrer cette these, Badie analyse d'abord les ressorts de l'expor-
tation du modele etatique occidental. II note d'un c6te, une logique de la de-
pendance qui, malgre des flux internationaux importants, est avant tout poli-
tique et s'effectue par l'Etat, contrairement a la vision economiciste de l'ecole
de la dependance. Elle resulte d'une solidarite active et d'une convergence
d'interets entre les elites du Nord et celles du Sud, ces dernieres etant appelees
a systematiser leurs pratiques patrimoniales a l'interne et a maintenir une
strategie clientelaire a l'externe. De l'autre, il souligne les pretentions univer-
salistes de l'Etat qui fondent la diffusion du modele etatique selon trois axes
majeurs: diffusion du principe de territorialite comme depassement d'une lo-
gique sociale communautaire, diffusion d'un systeme normatif fortement
marque par la conception occidentale du droit, et construction d'un systeme in-
teretatique qui obeit a cette logique universalisante tout en s'alimentant de la
fiction juridique de la souverainete.
En depit de ces pretentions universalistes, il faut voir, souligne Badie,
I'extreme diversite des dynamiques qui, pour certaines, poussent dans le sens
de cette universalisation et, pour d'autres, jouent a contresens de celle-ci en
fonction surtout des resistances culturelles qui marquent les societes extra-
occidentales. La logique d'exportation du modele universel etatique trouve
alors ses limites dans les conditions de mise en oeuvre de la logique d'importa-
tion au sein des societes d'accueil (120). A des resistances culturelles peuvent
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alors s'opposer des strategies d'acteurs politiques qui ont int6ret a importer ce
modele.
Du cote des importateurs, la logique de la dependance tient a l'imitation
aussi bien chez les acteurs du pouvoir pour mieux le conserver que parmi la
classe d'importateurs dont la perennite est liee a la sauvegarde des processus
d'importation. I1 en est de meme des intellectuels dont l'oeuvre d'invention
glisse vite vers celle d'importation, sans oublier l'entreprise contestataire qui
est souvent porteuse de messages ou de thematiques empruntes a l'Occident.
Du c6te des produits importes, la dependance renvoie au dysfonctionne-
ment de ces produits: ils sont porteurs de significations nouvelles qui tendent a
reconstruire la scene politique dans laquelle ils s'inserent selon des formes re-
nouvelees qui, au total, la rendent encore davantage dependante (177). Ceci
vaut aussi bien pour le jeu politique importe, celui des partis qui n'ont plus
qu'une faible capacite mobilisatrice ou celui de 1'administration qui a dfu en-
tretenir une orientation neo-patrimoniale pour toucher l'administre, que pour
le droit importe qui n'a qu'une faible capacite de penetration et de mobilisation
au sein des societes extra-occidentales. Meme le debat politique est importe. II
oppose le discours developpementaliste tenu par le Prince au discours cultura-
liste tenu par les clercs et entrepreneurs de la tradition, les deux faisant cepen-
dant appel a l'enjeu democratique.
Dans les societes importatrices, l'importation cree un desordre qui bous-
cule les systemes de sens, le processus d'identification, les modes d'action col-
lective tout comme les formes de gouvernement (224). En contrepartie, ce
desordre suscite des pratiques politiques nouvelles: creation de mouvements
sociaux qui tendent a construire un espace concurrent de legitimite, change-
ment de nature de la communaute politique qui abandonne son ref6rent stato-
national, demultiplication des espaces sociaux vides au sein desquels l'Etat ne
peut plus imposer son autorite. Ce divorce profond entre gouvernms et gouver-
nants conduit ceux-ci a opter pour des strategies populistes permettant aux
princes de se reinserer dans le tissu populaire.
A ces desordres interieurs s'ajoutent des desordres internationaux.
L'echec de l'Etat importe favorise l'essor des flux transnationaux, c'est-a-dire
de relations internationales plus ou moins formalisees qui contournent les ins-
titutions etatiques et ignorent leur pretention a monopoliser la fonction di-
plomatico-militaire (270). Les individus investissent dans des reseaux de soli-
darite transnationale, entrainant une logique de l'appartenance multiple; la
montee en force des supports de communication vient confirmer la faible
maitrise des Etats extra-occidentaux sur les flux mediatiques; enfin la logique
du desordre separe davantage l'Etat de la fonction securitaire et se traduit
egalement par l'eclatement du discours international, celui des elites institu-
tionnelles en concurrence avec celui des multiples acteurs issus des reseaux re-
ligieux, ethniques, economiques, demographiques oiu domine souvent le
discours de l'exclusion.
Mais ce desordre, tant interieur qu'international, peut degager des formes
d'innovation politique, a l'interne au sein des societes locales et par la creation
de reseaux sociaux extra-politiques, et a l'externe par l'emergence d'un pro-
cessus de regionalisation du monde et surtout par la reconciliation de l'ordre
interne ou se meut l'individu-citoyen et de l'ordre exteme reserve aux seuls
Etats. Desormais, la scene internationale se peuple d'une infinite d'acteurs in-
dividuels. En ce sens, le divorce entre les elites, qu'elles soient conservatrices
ou revolutionnaires, et les autres acteurs sociaux n'est pas que source de desor-
dre, il peut aussi produire de l'innovation.
Au total, Badie presente ici un essai fort stimulant, qui ouvre des pistes
multiples pour de futures recherches et qui peut interesser aussi bien l'analyste
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des politiques internes que celui des relations internationales, le specialiste des
pays compares que celui des Etats nationaux et de leurs leaders.
Impossible greffe etatique dans le monde extra-occidental? Une telle con-
clusion est probablement trop hative. Certes, on peut soulever le probleme des
dysfonctions des partis, de l'administration, du droit import6 au sein de ces so-
cietes, mais ce probleme ne se pose avant tout que confronte au modele occi-
dental. En realite, on voudrait que ces societes assimilent en moins d'un siecle
le modele etatique occidental qui a pris des siecles a se construire au prix de
dysfonctions multiples par rapport a l'ancien ordre f6odal et communautaire et
au prix de luttes et de guerres sanglantes que les pays extra-occidentaux repro-
duisent souvent, mais a une echelle qui n'a pas necessairement depasse les
atrocit6s du monde occidental.
L'Etat ne paraissait-il pas importe lui aussi pour bien des couches de la
societe occidentale au 19e et meme au 20e siecle? L'anomie du monde rural,
I'exteriorite du monde ouvrier, les reseaux de clienteles, la contre-legitimite
des reseaux socialistes et communistes se reclamant d'une <<Eglise interna-
tionale temoignent a leur maniere d'une difficile greffe de l'Etat. Celui-ci a
pu s'imposer au prix d'une extension du suffrage populaire, d'une mobilisa-
tion des nouveaux citoyens par les partis politiques, d'une int6gration de tous
les partis (y compris communistes) dans le jeu politique, et surtout d'une ex-
tension des benefices etatiques a tous les citoyens, ce qui venait briser les re-
seaux traditionnels de clientele. C'est a ce prix que le divorce entre les elites et
les autres acteurs sociaux a pu s'attenuer, sans jamais totalement disparaitre
comme en temoigne la contestation actuelle des moyens traditionnels de
mobilisation-syndicats, partis, Eglises dominantes-et de l'Etat lui-meme.
Bref, une these seduisante et stimulante defendue par Bertrand Badie,
mais qu'on peut relativiser lorsqu'on la resitue dans l'evolution meme du
monde occidental. Ce qui ne nous exempte nullement de lire cet ouvrage qui
temoigne d'une vaste culture, d'un sens aigu de l'observation et d'une con-
naissance profonde de l'Etat.
REJEAN PELLETIER Universite Laval
About Face?: The United States and the United Nations
Robert W. Gregg
Boulder: Lynne Rienner Publishers, 1993, pp. vii, 181
The United States and the Politicization of the World Bank: Issues of
International Law and Policy
Bartram S. Brown
London: Kegan Paul International, 1992, pp. xvii, 295
Conceived in San Francisco in 1945 and nurtured along the banks of New
York City's East River, the United Nations has not always been warmly em-
braced by its American host. Despite playing a major role in its creation and
contributing the lion's share of its budget, the United States has remained one
of the United Nations' harshest critics. Yet, as Robert Gregg points out in his
excellent analysis of US-UN relations, the United States is beginning to per-
ceive the United Nations in a far more favourable light. Gregg remains cau-
tiously optimistic about the future of US-UN relations but argues that in the
post-Cold War era, the United States will be more willing to support the efforts
of the United Nations to maintain international peace and security. No longer
concerned that Russia and its former client states will overtly challenge its for-
eign policy goals, Gregg argues that the United States may come to view the
des politiques internes que celui des relations internationales, le specialiste des
pays compares que celui des Etats nationaux et de leurs leaders.
Impossible greffe etatique dans le monde extra-occidental? Une telle con-
clusion est probablement trop hative. Certes, on peut soulever le probleme des
dysfonctions des partis, de l'administration, du droit import6 au sein de ces so-
cietes, mais ce probleme ne se pose avant tout que confronte au modele occi-
dental. En realite, on voudrait que ces societes assimilent en moins d'un siecle
le modele etatique occidental qui a pris des siecles a se construire au prix de
dysfonctions multiples par rapport a l'ancien ordre f6odal et communautaire et
au prix de luttes et de guerres sanglantes que les pays extra-occidentaux repro-
duisent souvent, mais a une echelle qui n'a pas necessairement depasse les
atrocit6s du monde occidental.
L'Etat ne paraissait-il pas importe lui aussi pour bien des couches de la
societe occidentale au 19e et meme au 20e siecle? L'anomie du monde rural,
I'exteriorite du monde ouvrier, les reseaux de clienteles, la contre-legitimite
des reseaux socialistes et communistes se reclamant d'une <<Eglise interna-
tionale temoignent a leur maniere d'une difficile greffe de l'Etat. Celui-ci a
pu s'imposer au prix d'une extension du suffrage populaire, d'une mobilisa-
tion des nouveaux citoyens par les partis politiques, d'une int6gration de tous
les partis (y compris communistes) dans le jeu politique, et surtout d'une ex-
tension des benefices etatiques a tous les citoyens, ce qui venait briser les re-
seaux traditionnels de clientele. C'est a ce prix que le divorce entre les elites et
les autres acteurs sociaux a pu s'attenuer, sans jamais totalement disparaitre
comme en temoigne la contestation actuelle des moyens traditionnels de
mobilisation-syndicats, partis, Eglises dominantes-et de l'Etat lui-meme.
Bref, une these seduisante et stimulante defendue par Bertrand Badie,
mais qu'on peut relativiser lorsqu'on la resitue dans l'evolution meme du
monde occidental. Ce qui ne nous exempte nullement de lire cet ouvrage qui
temoigne d'une vaste culture, d'un sens aigu de l'observation et d'une con-
naissance profonde de l'Etat.
REJEAN PELLETIER Universite Laval
About Face?: The United States and the United Nations
Robert W. Gregg
Boulder: Lynne Rienner Publishers, 1993, pp. vii, 181
The United States and the Politicization of the World Bank: Issues of
International Law and Policy
Bartram S. Brown
London: Kegan Paul International, 1992, pp. xvii, 295
Conceived in San Francisco in 1945 and nurtured along the banks of New
York City's East River, the United Nations has not always been warmly em-
braced by its American host. Despite playing a major role in its creation and
contributing the lion's share of its budget, the United States has remained one
of the United Nations' harshest critics. Yet, as Robert Gregg points out in his
excellent analysis of US-UN relations, the United States is beginning to per-
ceive the United Nations in a far more favourable light. Gregg remains cau-
tiously optimistic about the future of US-UN relations but argues that in the
post-Cold War era, the United States will be more willing to support the efforts
of the United Nations to maintain international peace and security. No longer
concerned that Russia and its former client states will overtly challenge its for-
eign policy goals, Gregg argues that the United States may come to view the
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