
REVUE MÉDICALE SUISSE
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29 janvier 2020
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Café et chocolat mythes et vérité
CAFÉ
À notre époque où il faut considérer l’évaporation des béné-
fices de santé liés à l’alcool1 où le syndrome métabolique et le
surpoids deviennent épidémiques, où la mortalité par cirrhose
du foie augmente et où le besoin de performance est prépon-
dérant, le café serait-il l’antidote, l’élixir à consommer?
À écouter nos parents ou grands-parents, il ne fallait pas
abuser de ce stimulant riche en lipides. Des risques d’hyper-
tension, de tachycardie, d’hypercholestérolémie, d’hyperaci-
dité gastrique, voire de troubles du rythme étaient à craindre,
comme de l’anxiété, des modifications de l’humeur et de
l’insomnie. À consommer avec modération, si vraiment.2
Depuis quelques années, le café, contenant de la caféine, de la
méthylxanthine qui inhibe la phosphodiestérase (effet anti-
inflammatoire et immunomodulateur) et est antagoniste du
récepteur à l’adénosine (propriétés stimulantes), semble
avoir démontré dans de (très) grandes études observation-
nelles des effets étonnants sur la santé. En premier lieu, un
bénéfice sur la mortalité, dose-dépendant, atteignant une
diminution du risque de 14% (hazard ratio: 0,86; IC 95%:
0,77-0,95) pour plus de 8 tasses par jour. Cette étude anglaise
de 2018 a été effectuée auprès de 498 134 participants.3 Cette
réduction est principalement due à un effet bénéfique sur les
maladies cardiovasculaires, le diabète et les maladies hépa-
tiques. Une gigantesque méta-analyse (plus de 3,8 millions de
sujets) plus récente - et ayant pris en compte de potentiels
facteurs confondants - confirme un bénéfice sur la mortalité,
avec une diminution du risque relatif de 15% (RR: 0,85; IC
95%: 0,82 - 0,89) maximal pour 3,5 tasses par jour. Dans cette
étude, pour la première fois, un bénéfice (plus restreint) a été
démontré pour la mortalité liée aux cancers (RR: 0,96; IC
95%: 0,94 - 0,99) pour 2 tasses par jour.
Pour la dépression également, une diminution du risque rela-
tif global de presque 25% a été démontrée (RR: 0,76; IC 95%:
0,62 - 0,92), avec un risque relatif diminuant de 8% par tasse
consommée par jour.4
Peut-on vraiment croire que ces effets soient liés au café? En
tout cas, plusieurs critères de Hill,5 utilisés pour renforcer la
vraisemblance d’une causalité par rapport à l’influence de
facteurs confondants, sont retrouvés dans ces études épidé-
miologiques: une forte association, une relation dose-effet,
une reproductibilité des résultats et une plausibilité biolo-
gique (présence d’anti-inflammatoires et d’antioxydants dans
le café).
Au rayon des précautions, il faut citer les problèmes cardio-
vasculaires non compensés, les troubles anxieux et du som-
meil, ainsi qu’un sevrage pouvant se produire chez la moitié
des consommateurs réguliers (maux de tête et fatigue sur-
tout). En revanche, le risque de développer un syndrome de
dépendance tel que défini dans la classification internationale
des maladies (CIM-10) relève du mythe.6
Enfin, il est à noter que certains de ces effets sont sans doute
associés à des antioxydants faisant partie du café et non à la
caféine elle-même, et que les boissons énergisantes doivent
être considérées différemment en raison de leur haute teneur
en sucre.
C’est bien le café qui nous permet enfin de pouvoir tenir un
discours différent que ceux de prudence et de modération
habituels: si vous l’aimez et le tolérez bien, faites-vous plaisir
et consommez du café, il est très certainement bon pour votre
santé physique et mentale!
CHOCOLAT
Les civilisations Mayas et Aztèques utilisaient le fruit de
l’arbre du Paradis que le Quetzalcoatl protégeait. Utilisant
soit la pulpe blanchâtre plus douce, soit le cacao mélangé à de
l’eau, des épices, de la vanille ou du miel. On lui prêtait déjà
des vertus médicinales (contre les morsures de serpents ou
pour le tonus sexuel) et il faisait office d’offrandes aux morts
ou aux Dieux.
Le Tchocoatl fût importé en Europe par le conquistador Hernan
Cortès en 1519. Les médecins anglais l’utilisèrent alors pour
traiter la tuberculose. Le caco sera mélangé à du lait et de la
cannelle par les moines espagnols. C’est Rodolphe Lindt qui
posera un brevet en 1879 pour la recette du Chocolat fondant
par le procédé de conchage.
Longtemps offert comme un présent de luxe ou un médica-
ment subtil, le chocolat est aussi diabolisé comme faisant
prendre du poids, donnant des boutons, constipant, mauvais
pour le foie.
Mais que contient le cacao pour que l’on puisse lui attribuer
de multiples vertus ou effets secondaires? Plus de 800 molé-
cules, dont des antioxydants, les vitamines B3, C et E, du
magnésium, du calcium, du potassium, du fer, du zinc, du
phosphore, de la théophylline, de l’octopamine, entre autres.
Il est bien entendu que dans cet article nous parlons unique-
ment du chocolat noir, avec au minimum 70% de cacao, dont
les bienfaits ou méfaits cités le sont pour 30 grammes de choco-
lat (soit 4 carrés environ):
• Exerce un effet antioxydant (flavonoïde, catéchines, antho-
ISABELLE CORDONIER a et Dr THIERRY FAVROD-COUNE b
Rev Med Suisse 2020 ; 16 : 176-8
a Clinique de Crans-Montana, HUG, 3963 Crans-Montana, b Unité des dépen-
dances, Service de médecine de premier recours, HUG, 1211 Genève 14