Les attributs de l'intention entrepreneuriale chez les étudiants : étude empirique

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Les attributs de l’intention envers la création d’entreprise
chez les étudiants : une étude empirique
Khalid EL OUAFA
FPD de Safi, Université Cadi Ayyad
E-mail : kh_elo@yahoo.fr
Abdelaali ABBASSI
FPD de Safi, Université Cadi Ayyad
E-mail : abbassi82@gmail.com
Abstract:
The present research examines the contribution of different factors relating to entrepreneurial
intention for a student group. It is mainly based on intention’ attributes applied by the theory of planned behavior
(Ajzen, 1987, 1991). In addition, the work sets a second objective: to attract the attention of policymakers on the
ability of training programs to forge an entrepreneurial spirit among students. The sample consists of students
enrolled in the last year of (Licence) program of economics and management at the Poly-disciplinary Faculty of
Safi. The results strongly support the validity of Ajzen model. Moreover, they confirm the importance of attitude
and perceived behavioral control as essential determinants of entrepreneurial intention
.
Key Words:
Entrepreneurial intention, Ajzen model, Entrepreneurship
Résumé
Notre étude, à l’instar de plusieurs études empiriques s’intéressant à l’acte entrepreneuriale dans dautres pays,
s’interroge sur la contribution de différents facteurs explicatifs de l’intention de créer son entreprise chez une
population d’étudiants. Elle repose principalement sur les attributs de l’intention soutenus par la théorie du
comportement planifié d’Ajzen (1987, 1991), en l’occurrence l’attitude personnelle, la norme sociale et le
contrôle. De plus, cette étude se fixe un deuxième objectif : attirer l’attention des décideurs sur la capacité de la
formation et des programmes à forger un esprit entrepreneurial chez les étudiants. Elle est réalisée sur un
échantillon d’étudiants inscrits en troisième année de licence en sciences économiques et de gestion à la faculté
polydisciplinaire de Safi. Les résultats de notre étude corroborent la validité du modèle d’Ajzen et confirment le
rôle de l’attitude et de la capacité perçue comme déterminants essentiels de l’intention entrepreneuriale.
Mots clés: Intention entrepreneuriale, Mole d’Ajzen, Entrepreneuriat
Introduction
Ces derniers temps, et devant la saturation du modèle salariale, les décideurs politiques dans
plusieurs pays développés et dans certains pays en voie de développement ont pris conscience
de l’importance du modèle entrepreneuriale. D’où lintérêt d’insuffler l’esprit entrepreneuriale
chez les jeunes à travers les programmes scolaires et universitaires. Il s’agit ainsi de
développer un ensemble des valeurs, des qualités, des habilités ou tout simplement d’une
culture entrepreneuriale qui doit s’apprendre dés le jeune âge à travers l’orientation des
programmes scolaires et universitaires. Selon Pink (2001), l’économie américaine s’appuie
aujourd’hui sur les free-lances, ou les indépendants, les SOHO (Small Office Home Office) et
autres home based heroes (héros installés à la maison).
Conscients de l’importance du modèle entrepreneurial, au Maroc, les gouvernements qui se
sont succédés ces deux dernières décennies ont entrepris plusieurs programmes pour relever le
défit. Cependant, ces programmes ne s’intéressent généralement qu’aux adultes qui
s’apprêtent à accéder la vie professionnelle à travers l’intégration des modules de
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l’entrepreneuriat dans la deuxième ou la troisième année universitaire. Or, la culture
entrepreneuriale doit être inculquée dés le jeune âge et intégrée dans les programmes scolaires
à travers la mise en pratique des cas concrets permettant de déceler l’entrepreneur dans
l’esprit de chaque élève. Ainsi, plusieurs questions se posent : quel est l’intérêt de ces
programmes visant à promouvoir l’entrepreneuriat ? Est ce que les étudiants sont-ils
intéressés par la création de leur entreprise ? Est-ce qu’ils valorisent la carrière
entrepreneuriale ou non ? Autant de questions auxquelles notre étude essaye d’éclairer en
analysant l’attitude d’un échantillon d’étudiants envers l’entrepreneuriat, l’impact de leur
milieu social et leur aptitude.
Sur le plan théorique, plusieurs recherches académiques ont essayé d’expliquer l’acte
entrepreneurial, en mettant l’accent aupart sur les trais caractéristiques de la personnalité et
sur les variables contextuelles (démographie, environnement..). Ensuite, des approches
interactionniste ont tenté de réconcilier entre les deux premières approches. Cependant, ces
approches ont prêté moins d’attention à l’intention entrepreneuriale qui est sensée le principal
facteur explicatif de l’acte entrepreneurial. Dés lors, des approches basées sur l’intention
entrepreneuriale ont essayé de l’expliquer en se férant à plusieurs variables, en l’occurrence
l’attitude, la norme sociale et la faisabilité (Par exemple, chez Ajzen 1987, 1991) et par les
notions de désirabilité et faisabilité (Chez Shapero, 1975).
Dans le cadre de notre étude nous tentons d’expliquer les déterminants de l’intention
entrepreneuriale chez les étudiants de la licence en sciences économiques et de gestion de la
faculté polydisciplinaire de Safi (Université Cadi Ayyad, Maroc). Elle se fère
principalement aux apports de la théorie du comportement planifié d’Ajzen (1987, 1991) pour
déterminer quels sont les principaux facteurs explicatifs de l’intention entrepreneuriale.
Avant de présenter les résultats de cette étude, nous présentons, tout d’abord, un cadre
théorique regroupant les principales approches explicatives de l’entrepreneuriat. Ensuite, nous
exposant un cadre méthodologique relatif à l’étude empirique.
1. Le cadre théorique
Les premiers travaux en entrepreneuriat ont cherc a expliqué l’acte de création dentreprise
en se référant à plusieurs approches, en l’occurrence l’approche par les traits de personnalité,
l’approche démographique, l’approche environnemental et l’approche interactionniste.
Cependant, c’est travaux ont accordé moins d’importance au processus décisionnel,
pertinemment considéré par les modèles reposant sur les intentions qui ont permis de fournir
un cadre intégrateur de l’ensemble des variables pouvant être mobilisées pour expliquer
l’intention d’entreprendre.
1.1 Les premières approches explicatives de l’entrepreneuriat
Selon cette approche certains trais et caractéristiques psychologiques de la personnalité
peuvent prédire l’acte de l’entrepreneuriat. Ainsi, ces traits permettent de caractériser les
entrepreneurs et les différencier des non entrepreneurs. Dans cette perspective, plusieurs
attributs sensés marqués la personnalité de l’entrepreneur ont été étudiés, principalement, le
besoin d’accomplissement (McClelland, 1961), l’internalité du lieu de contrôle (Brockhaus,
1982), la propension à la prise de risque (Brockhaus, 1980), la tolérance à l’ambiguïté
(Schere, 1982), l’esprit d’entreprise, l’autonomie, le leadership, la créativité, loptimisme
(Gasss, 2002)…. Toutefois, les résultats de ces études ont été mitigés et incapables de dresser
un ensemble d’attributs exhaustif permettant de caractériser le profil type de l’entrepreneur.
De plus, elles pênent à montrer le lien de causalité qui peux exister entre ces caractéristiques
et l’acte de créer son entreprise
D’autres travaux ont mis l’accent sur l’impact des caractéristiques démographiques
(Reynolds, 1991). Ils se sont intéressés notamment au sexe, l’âge, le niveau et le type de
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formation suivie. Généralement, ils ont montré que les créateurs d’entreprise sont en majorité
des hommes, ils ont un niveau d’éducation supérieur à la moyenne des citoyens. Cependant,
ce courant de recherche accuse une certaine limite car il suppose, à l’instar de l’approche sur
les traits caractéristiques de personnalité, que les différents attributs (psychologiques et
démographiques) auraient les mêmes conséquences quel que soit le contexte dans lequel est
situé l’entrepreneur potentiel.
Par ailleurs, l’approche contextuelle est venue pour compléter l’approche par les traits
caractéristiques en supposant que l’entrepreneuriat peut être influencé par le contexte social,
culturel, politique ou économique. Les facteurs contextuels et de situation peuvent être
regroupés en trois catégories : ceux liés au contexte immédiat (elle intègre les déplacements
positifs et négatifs pouvant influencer la vie d’une personne), ceux liés à l’environnement
proche (milieu dans lequel une personne grandit et évolue au quotidien : famille, groupe de
travail, etc.), et ceux relatifs à l’environnement global (régional, national). Cependant,
l’approche contextuelle se contente d’analyser l’entreprenariat que d’un point de vue
contextuelle, c'est-à-dire en mettant l’accent sur le contexte de l’entreprise, tout en niant
l’importance des traits caractéristiques de la personnalité. D’où l’importance d’une nouvelle
approche qui réconcilie entre les deux visions, en l’occurrence l’approche interactionniste.
Selon l’approche interactionniste, les facteurs à caractère personnel et les facteurs contextuels
interagissent d’une façon contingente pour affecter lacte dentreprendre. Ainsi, selon vision
l’acte d’entreprendre est un phénomène multidimensionnel et complexe.
1.2 . Les approches fondées sur les intentions
Selon modèles basés sur les intentions, l’entrepreneuriat ne peut être considéré comme un
simple acte résultant du hasard, il s’agit ainsi d’un acte réfléchi et planifié dans lequel
l’intentionnalité est considéré comme pièce centrale dans ce processus décisionnel. Dés lors,
l’entrepreneuriat est considéré comme le résultat d’un comportement intentionnel et planifié.
Les approches fondées sur les intentions complètent les approches psychologiques en
considérant que les traits caractéristiques de la personnali ne constituent que des
dispositions générales. Or, l’acte d’entreprendre nécessite une attitude particulière qui est
l’intention.
On s’intéresse dans cette partie aux deux fameux apports : la théorie du comportement
planifié d’Ajzen (1987,1991) et le modèle de l’événement entrepreneurial de Shapero (1975,
1982).
1.2.1. La théorie du comportement planifié
La théorie du comportement planifié est considérée comme une extension de la théorie de
l’action raisonnée d’Ajzen et Fishbein (1980) qui est limitée par son incapacité de prédiction
de l’objectif de l’action. Ainsi, l’apport de la théorie du comportement planifié postule, tout
d’abord, que l’intention de réaliser un comportement constitue un déterminant immédiat de
l’action. La théorie propose que le comportement soit non seulement prédit à partir des
intentions mais aussi de l’aptitude à contrôler le processus menant à sa réalisation effective (il
s’agit du contrôle perçu).
Par ailleurs, l’intention est supposée déterminée par lattitude personnelle envers ce
comportement, la norme sociale perçue et le contrôle que l’on pense pouvoir exercer sur la
réalisation de l’acte (contrôle perçu). L’attitude est une prise de position vis-à-vis dun
comportement en fonction de l’évaluation qu’a une personne envers ce comportement
(favorable ou favorable). Ensuite, la norme sociale perçue concerne notre perception de ce
que les gens importants dans notre entourage pensent de la réalisation du comportement en
question. Enfin, le contrôle correspond à la perception de l’individu quant à la facilité ou
difficulté à réaliser le comportement cible.
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Ces variables (l’attitude, la norme sociale et le contrôle) sont exprimées dans le schéma (voir
figure1) adopté par Ajzen (1987, 1991) en termes de croyances. Cest ces croyances qui
représentent l’information (vraie ou fausse) qu’on a sur le monde. Toutefois, les variables
relatives aux traits caractéristiques de la personnalité, aux éléments géographiques sont
considérées comme des variables externes et ne sont supposées affecter les intentions
qu’indirectement, en influençant sur les croyances.
Figure 1 : Modèle de la théorie du comportement planifié
1.2.2. Le modèle de l’événement entrepreneurial de Shapero
Le modèle de l’énement entrepreneurial de Shapero tente détudier les facteurs explicatifs
du choix entre l’entrepreneuriat et une autre voie professionnelle. Selon ce modèle
l’événement entrepreneurial résulte de la combinaison de quatre variables (voir figure 2) :
- Un état précipitant l’acte entrepreneurial (déplacement négatifs, positifs ou situations
intermédiaire) : il regroupe l’ensemble des événements déclencheurs qui interviennent dans
la vie personnelle ou professionnelle d’une personne. Ces événements agissent en
provoquant une rupture psychologique et/ou matérielle, dans un sens positifs ou négatifs,
perturbant ainsi la trajectoire de vie et contribuant à précipiter la décision entrepreneuriale.
De plus, ces événements peuvent affecter les perceptions de désirabilité et de faisabilité.
- Les perceptions de désirabili : l’acte de la création d’une entreprise est fonction de son
système de valeur qui constitue le résultat de son environnement culturel et social. Cette
variable est équivalente à la norme sociale introduite par Ajzen (1991), elle se forme par
l’influence de la famille, des proches, des contextes professionnels, scolaires et culturels.
- Les perceptions de faisabilité : cette variable est apparente à celle du contrôle perçu chez
Ajzen (1991). Elle concerne la faisabili en termes de moyens (techniques, financières,
humains, etc.) nécessaires à la réalisation du projet. Shapero attribue à cette variable une
importance extrême dans l’explication de l’événement entrepreneurial.
- La propension à l’action : cette variable reflète la composante psychologique des
intentions. Elle s’apparente aux traits de personnalité relatifs à la capacité de mettre en
œuvre les moyens nécessaires pour parvenir à ses fins. Elle fait référence aux croyances
des individus quant à leur contrôle des événements. Les individus qui ont un lieu de
contrôle interne ont tendance à attribuer les évènements de leur vie à leurs propre actions,
Variables externes
Variables
démographiques
Age, sexe, statut,
éducation
Traits de la
personnalité
Locus de contrôle,
Besoin
d’accomplissement,
tolérance à
l’ambigüité,
propension à la prise
de risque
Croyances
comportementales et
évaluation des
conséquences de
l’action
Croyances
normatives et
motivation à se
comporter
conformément à
l’opinion d’autrui
Croyances de
contrôle et de
conditions facilitantes
Attitude
Norme
sociale
Contrôle
perçu
Intention Comportement
Source : Ajzen (1987, 1991)
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alors que ceux qui ont un lieu de contrôle externe les attribuent à l’environnement (par
exemple, la chance, le destin, etc.).
Figure 2 : Formation de l’événement entrepreneurial (Shapero et Sokol, 1982)
Changement de trajectoire
Déplacement négatifs
Emigration forcée
Perte d’emploi
Ennui
Atteinte de l’âge moyen
Divorce ou veuvage
Situation intermédiaire
Sortie de l’armée
Sortie de l’école
Sortie de prison
Déplacement positifs
Du père
D’un mentor
D’investisseurs
De clients
Perception de
désirabilité
Culture
Famille
Pairs
Collègues
Mentors
Perception de
faisabilité
Aide financière
Autres aides
Modèles
Mentors
Partenaires
Formation
d’entreprise
Les modèles d’Ajzen et Shapero se partagent une part importante des variables explicatives
du comportement entrepreneuriale. Néanmoins le modèle de Shapero ne met pas l’accent
explicitement sur la notion de l’intention dans la création de lentreprise. Cest Krueger
(1993) qui, en adoptant le modèle de Shapero, l’a introduit dans sa modélisation (figure 3)
Figure 3 : Modèle de Kreger (1993)
Source : Kreger (1993)
2. Cadre méthodologique
2.1. Hypothèse et opérationnalisation des variables
En se basant sur la littérature existante (Emin, 2003 ; Tounes, 2003 ; Boissin et al.2009), nous
proposons une adaptation des construits à notre champ d’analyse, en l’occurrence, l’intention
entrepreneuriale chez les étudiants de la facul poly-disciplinaires de Safi. Dans ce cadre,
notre modèle s’appuie sur celui d’Ajzen (1991) et nous supposons que l’intention des
étudiants de devenir des créateurs d’entreprises s’explique par l’attrait pour la création
d’entreprise, leur capacité à mener à bien un projet entrepreneurial et leur milieu social.
Conformément à la théorie du comportement planifié nous supposons l’hypothèse suivante :
Source : S. Emin (2003)
Expériences
Désirabilité perçue
Faisabilité perçue
Intention
(Crédibilité)
Initiation de l’acte
Propension à l’action Déplacement
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