Défense de l'identité africaine dans La ronde des jours

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THEME : LA DEFENSE DE L’IDENTITE
AFRICAINE DANS LA RONDE DES JOURS DE
BERNARD DADIE
INTRODUCTION
Publié en 1956, La ronde des jours constitue une étape
charnière dans la production littéraire de Bernard Binlin-Dadié.
À travers vingt-huit poèmes aux formes variées, l'auteur ivoirien
déploie une parole de témoin qui porte un regard à la fois
critique et lucide sur son continent. Dans un contexte marqué
par la domination coloniale, l'œuvre s'érige en véritable
manifeste pour la sauvegarde et la valorisation de l'identité
noire. Nous verrons comment Dadié défend cette identité en
célébrant la grandeur de l'Afrique, en s'insurgeant contre
l'aliénation culturelle, en s'engageant pour la libération de
l'homme et, enfin, en proposant un humanisme africain ouvert
sur le monde.
I. LA CELEBRATION DE LA
GRANDEUR ET DE LA BEAUTE DU
CONTINENT NOIR
La défense de l'identité africaine chez Bernard
Dadié commence par un acte de réhabilitation
esthétique et spirituelle. Dans des poèmes tels
que « Couronne à l’Afrique » ou « Ode à
l’Afrique », le poète compose un hymne vibrant
à la terre mère, la présentant comme un
berceau de la nature et de l'humanisme. Il
utilise un lexique riche, emprunté au monde
végétal luxuriant et à l'univers de la parure,
pour parer l'Afrique de « perles » et «
d'émeraudes », lui redonnant ainsi sa dignité
face aux clichés coloniaux. Cette célébration
n'est pas qu'extérieure ; elle souligne une
symbiose profonde entre les éléments de la
nature, les astres et les esprits, illustrant la
richesse de la cosmogonie africaine. En
magnifiant son origine, Dadié transforme
l'appartenance géographique en une source de
fierté inaltérable.
II. LE REJET DE L’ALIENATION ET LA
DENONCIATION DES MODELES
IMPOSES
Défendre l'identité africaine impose
nécessairement une rupture avec les modèles
de pensée et de comportement importés
d'Occident. Bernard Dadié exprime ce refus de
l'assimilation à travers une poésie de la révolte,
notamment dans le texte emblématique « Je
n’aime pas ! ». Il y dénonce avec virulence les
attributs de l'aliénation culturelle et de la
bureaucratie coloniale, symbolisés par des
objets comme la cravate, le casque ou la
montre. Par l'usage répété de modalités
négatives et d'anaphores, le poète manifeste
son exaspération face à une civilisation qu'il
juge inhumaine et mortifère. En s'attaquant aux
« chaînes » et aux « geôles » de l'esprit, il
invite l'Africain à rejeter les « loques » de
l'imitation pour retrouver sa vérité intérieure.
III. LE MILITANTISME POETIQUE AU
SERVICE DE LA LIBERATION DE
L'HOMME
L'identité africaine, dans La ronde des jours,
est indissociable d'un engagement politique et
social actif. Le recueil est défini comme une
poésie militante où l'écrivain se fait le héraut de
la libération. Pour Dadié, la poésie ne peut
remplir sa mission de libération si elle reste
prisonnière des formes classiques
européennes ; c'est pourquoi il choisit une
écriture libre, faite de rythmes répétitifs et de
jaillissements spontanés qui reflètent les
valeurs nègres. Ce militantisme s'accompagne
d'une lucidité exemplaire : le poète met en
garde les élites africaines contre
l'autosatisfaction et la paresse intellectuelle qui
pourraient trahir les idéaux de la lutte. La
défense de l'identité devient alors un acte de foi
en la capacité de l'homme noir à forger son
propre destin.
IV. UN HUMANISME AFRICAIN FONDE
SUR LA FRATERNITE
UNIVERSELLE
Enfin, la défense de l'identité chez Dadié
n'aboutit jamais à un repli identitaire stérile,
mais débouche sur un rêve de fraternité
mondiale. Dans des poèmes comme « Les
lignes de nos mains », il affirme que l'identité
noire est une composante essentielle de
l'identité humaine globale. Il appelle à l'unité
par-delà les races et les couleurs, utilisant la
symbolique des mains pour montrer que tous
les hommes partagent des destins communs.
Cette vision optimiste se manifeste jusque dans
sa conception de la mort, perçue non comme
une fin tragique, mais comme une fête et une
renaissance. En prônant l'abolition des
barrières et la célébration de l'Amour avec un
grand « A », Dadié démontre que l'identité
africaine est avant tout porteuse d'un message
de paix et de solidarité pour le monde entier.
CONCLUSION
En somme, la défense de l'identité africaine dans La
ronde des jours est une entreprise totale qui allie
lyrisme, révolte et espoir. Bernard Dadié réussit le tour
de force de réhabiliter la culture noire tout en proposant
un projet de société universel. Par sa plume libérée des
carcans, il redonne à l'Africain sa place de sujet de
l'histoire, capable d'apporter sa pierre à l'édifice de
l'humanité. Cette œuvre reste, encore aujourd'hui, un
témoignage puissant de la résilience et de la générosité
de l'esprit africain.
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