Impact du toucher dans les soins infirmiers : résultats d'étude multicentrique

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ÉVALUATION DE L'IMPACT DU TOUCHER DANS LES SOINS INFIRMIERS
– RÉSULTATS STATISTIQUES D'UNE ÉTUDE MULTICENTRIQUE,
PROSPECTIVE ET RANDOMISÉE
(Suite de la recherche précédente)
F Hentz, Aurelien Mulliez, Bénédicte Belgacem, C. Noirfalise, H. Barrier, J. Gorrand,
C. Paniagua, B Mathé, Laurent Gerbaud
Association de Recherche en Soins Infirmiers | « Recherche en soins infirmiers »
2009/2 N° 97 | pages 92 à 97
ISSN 0297-2964
DOI 10.3917/rsi.097.0092
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2009-2-page-92.htm
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F Hentz, Cadre supérieur de santé, CHU Clermont-Ferrand
A Mulliez, Statisticien/soutien méthode, CHU Clermont-Ferrand
B Belgacem, Statisticien/soutien méthode, CHU Clermont-Ferrand
C Noirfalise, Statisticien/soutien méthode, CHU Clermont-Ferrand
H Barrier, Infirmière, CH Ambert.
J Gorrand, Infirmière, formatrice au toucher, CHU Clermont-Ferrand.
C Paniagua C, Infirmière, CH Riom
B Mathé, Cadre de santé, CH Riom
L Gerbaud, Professeur santé publique, CHU Clermont-Ferrand
ÉVALUATION DE L’IMPACT DU TOUCHER DANS LES SOINS
INFIRMIERS – RÉSULTATS STATISTIQUES D’UNE ÉTUDE
MULTICENTRIQUE, PROSPECTIVE ET RANDOMISÉE
RECHERCHE EN SOINS INFIRMIERS N° 97 - JUIN 2009
92
RECHERCHE
INTRODUCTION
Le Toucher dans les soins est un ensemble de
pratiques infirmières visant à améliorer la perception
par le patient d’actes de soins potentiellement dou-
loureux ou anxiogènes et basé sur des techniques de
contact cutané développant et approfondissant
l’utilisation du Toucher.
C’est une pratique professionnelle qui nécessite
l’application de la démarche de soins et intègre le
concept de “prendre soin”:
- Se mettre en capacité d’écoute (se rendre disponible),
- Analyser la situation pour repérer les besoins de la
personne soignée,
- Apporter une réponse personnalisée.
Le Toucher dans les soins est un acte de soins de nature
communicative, un contrat bienveillant, un enchaîne-
ment de gestes pratiqués durant le soin. Son but est de
communiquer, soulager, rassurer, détendre, apaiser,
apporter confort et confiance et préserver les res-
sources individuelles de la personne soignée. Le com-
portement professionnel adapté à la situation de soin
par le Toucher suppose comme préalable l’acquisition
de connaissances pour une maîtrise de la pratique. Que
ce soit dans les soins techniques ou dans les soins de
nursing les infirmiers et les aides-soignants ont toujours
utilisé le Toucher: ces mains qui sont un outil de travail
sur le plan technique n’auront pas le même impact selon
la façon dont on va les utiliser. Un même geste à la per-
sonne soignée peut être perçu comme agressif ou ras-
surant. Un Toucher calme et organisé avec réflexion
sera de nature apaisante. Par exemple lors d’une prise
de sang au lieu de tapoter pour faire apparaître les
veines, effectuer des gestes glissants, enveloppants à
pleines mains sur le bras donnera le même effet sur les
veines mais en plus apportera confiance au patient.
Cette pratique professionnelle a rarement fait l’objet
d’une évaluation scientifique, et les rares études sur
le sujet sont pour la plupart limitées au nombre de
patients étudiées [1-2,8].
Le premier Programme Hospitalier de Recherche
Clinique (PHRC) en soins infirmiers de la région
Auvergne a eu pour but d’évaluer l’impact du Toucher
dans les soins au travers de deux champs de la pra-
tique professionnelle: la douleur et l’anxiété.
MATÉRIELS ET MÉTHODES
Quatre centres hospitaliers (dont un centre univer-
sitaire), soit 16 services de soins ayant des spéciali-
tés offrant un panel hétérogène et pluridisciplinaire,
ont participé à cette étude afin de remplir l’objectif ini-
tial de 98 inclusions pour chacune des huit situations
de soin suivantes: lors d’une toilette, avant une inter-
vention ou un examen invasif, lors d’un pansement,
lors de la recherche d’un meilleur sommeil, lors de la
recherche de bien être, lors d’un lever, lors d’une
prise de sang et avant une pose de voie veineuse péri-
phérique cf. (tableau 1).
Chaque inclusion a fait l’objet d’une randomisation
(stratifiée par établissement et par situation de soin)
débouchant sur la réalisation d’un soin avec ou sans
Toucher. Dans les faits, lorsqu’un patient était inclus,
Suite de la recherche précédente
Mots clés : Soins infirmiers, douleur, anxiété, Toucher, soins relationnels, recherche clinique.
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l’investigateur procédait au tirage au sort d’une enveloppe
pour la situation de soin concernée.
En cas de Toucher plusieurs parties du corps ont été pro-
posées en fonction du soin:
Chevilles, mains, bras, dos, trapèzes…
Nos outils d’évaluation principaux ont été l’échelle visuelle
analogique (EVA) pour la douleur et le test de Spielberger
pour l’anxiété situationnelle. Ce test est un questionnaire
composé d’affirmations (je me sens calme, je suis tendu…)
auxquelles le patients répond en fonction de son ressenti
(pas du tout, un peu, modérément, beaucoup). Au final un
score entre 0 (anxiété maximal) et 100 (aucune anxiété)
est attribué pour chaque item du questionnaire et un score
global d’anxiété a été calculé en faisant la moyenne des
scores de tous les items le composant.
Pour les situations de toilette, pansement et lever, la dou-
leur a été mesurée avant et après le soin. Pour les situa-
tions d’examen invasif, de pose de voie veineuse et de
prise de sang, la douleur était évaluée ponctuellement.
Quelques critères secondaires spécifiques à chaque situa-
tion de soins ont été mesurés, comme par exemple l’ap-
préhension de la personne soignée, la réussite du geste
ou l’instauration d’un climat de confiance plus favorable
à la réalisation du soin
L’analyse statistique s’est appuyée sur le test de Student
pour la comparaison de moyennes, le test du Chi-deux d’in-
dépendance pour la comparaison de proportions et une
analyse de variance a été utilisée pour l’étude multivariée.
Le risque de première espèce a été fixé à 5 %. Le logiciel
utilisé pour les analyses est le système SAS V8.
La qualité de la randomisation a pu être vérifiée en étudiant
la répartition des patients pour chaque situation de soin.
Aucune différence statistiquement significative n’a été mise
en évidence, validant ainsi la qualité du tirage au sort.
RÉSULTATS
Nous présenterons nos résultats sous la forme nombre
(pourcentage) pour les variables catégorielles (sexe, tou-
cher) et sous forme de moyenne ± écart type pour les
variables continues (âge, scores…).
INCLUSIONS
Au total 888 patients nécessitant un des 8 soins sélec-
tionnés ont été randomisés. 457 (51,5 %) ont reçu un
soin avec une pratique du Toucher et 431 (48,5 %) ont
eu le soin sans Toucher.
DESCRIPTION
DE LA POPULATION (tableaux 2-3)
Nous avons inclus 637 (74,1 %) femmes et 223 (25,9 %)
hommes. 28 patients n’ont pas mentionné leur sexe. L’âge
moyen de cette population était de 58,8 ± 18,2 ans
(62 patients n’ont pas renseigné leur âge).
VALIDATION DE LA
RANDOMISATION (tableau 4)
La qualité de la randomisation a pu être vérifiée en étudiant
la répartition des patients pour chaque situation de soin.
Aucune différence statistiquement significative n’a été mise
en évidence, validant ainsi la qualité du tirage au sort.
Nous avons aussi comparé, pour chaque situation de soin,
les caractéristiques des patients (sexe, âge) selon le groupe
tiré au sort, et nous n’avons remarqué aucune différence sta-
tistiquement significative. Les groupes (toucher/témoins)
sont donc comparables, quelle que soit la situation de soin.
ANALYSE DE L’IMPACT DU
TOUCHER SUR L’ANXIÉTÉ
(tableau 5)
Pour la toilette, le sommeil, le lever et la pose de voie
veineuse périphérique, nous n’avons pas mis en évidence
de différence statistiquement significative entre les
patients qui ont eu un Toucher et ceux qui n’en ont pas
eu. Nous remarquerons tout de même que les patients
ayant eu un Toucher ont une anxiété un peu plus faible.
Pour l’examen invasif nous notons une différence impor-
tante entre les patients qui n’ont pas eu le Toucher et ceux
qui en ont bénéficié, dans le sens ou ces derniers ont
exprimé moins d’anxiété. Pour les soins de pansements, de
recherche de mieux être et de prise de sang, les patients
ayant eu un Toucher ont aussi exprimé une anxiété moindre.
ANALYSE DE L’IMPACT DU
TOUCHER SUR LA DOULEUR
(tableau 6-7)
Pour les 3 situations dans lesquelles nous mesurions la
douleur avant et après le soin, nous avons noté une dif-
férence statistiquement significative entre les patients
ayant eu un Toucher et les autres. Pour les situations de
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INFIRMIERS – RÉSULTATS STATISTIQUES D’UNE ÉTUDE
MULTICENTRIQUE, PROSPECTIVE ET RANDOMISÉE
RECHERCHE
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toilette, de lever et de pansement nous concluons à
une baisse plus importante de la douleur pour les
patients ayant eu un Toucher.
Parmi les 3 soins pour lesquels nous mesurions une
douleur ponctuelle, nous n’avons pas noté de diffé-
rence de douleur pour les examens invasifs et les prises
de sang. Cependant, les patients ayant eu un Toucher
ont à chaque fois exprimé une douleur moindre que
ceux qui n’en ont pas bénéficié.
Pour les poses de voies veineuses périphériques, il
existe une différence statistiquement significative entre
les patients qui n’ont pas eu de Toucher et ceux qui
en ont eu un, dans le sens où ces derniers ont ressenti
moins de douleur.
DEMANDES DE RENOUVELLE-
MENT DE LA PRATIQUE
Nous avons demandé aux patients qui avaient eu un
Toucher s’ils souhaitaient que cette pratique soit
renouvelée. Sur les 457 patients, 410 (94,3 %) ont
répondu par l’affirmative, 25 (5,7 %) par la négative et
22 patients n’ont pas répondu à cette question.
DISCUSSION
Nous avons noté une importante représentation fémi-
nine dans notre population (74,1 %) et nous l’avons
comparée à la population qui fréquente habituellement
les services qui ont participé à l’étude, qui était elle
aussi composée d’une majorité de femmes (59,8 %),
mais dans une moindre mesure.
Nous avons donc procédé à une analyse de l’impact
du Toucher sur nos critères d’évaluation, en fonction
du sexe.
Pour l’anxiété nous n’avons noté aucune différence
significative entre les hommes et les femmes, que ce
soit dans le groupe avec Toucher (p = 0,19) ou dans le
groupe sans Toucher (p = 0,22).
Il en est de même pour les douleurs évolutives où la
différence n’est pas significative entre les hommes et les
femmes, tant dans le groupe avec Toucher (p = 0,13)
que dans le groupe sans Toucher (p = 0,06).
Pour les situations d’évaluation ponctuelle de la
douleur, il n’existe pas de différence statistiquement signi-
ficative selon le sexe, tant pour le groupe avec Toucher
(p = 0,72) que pour le groupe sans Toucher (p = 0,26)
L’existence d’un potentiel biais de sélection sur le sexe,
lié à l’acceptation d’inclusion ou à la proposition du
protocole, est donc très limité dans la mesure où il ne
se répercute ni sur l’anxiété ni sur la douleur.
Nos résultats démontrent donc une amélioration signi-
ficative de l’anxiété et de la douleur apportant ainsi des
preuves supplémentaires du bienfait du toucher [5-6].
Alors que d’autres études [13] ne montraient aucune
réduction de douleur. Notre étude a été la cible d’un
large public « tout venant », alors que les précédentes
investigations ciblaient des sujets très spécifiques. Ainsi,
nous avons pu inclure une conséquente quantité de
patients, permettant de conclure sans équivoque (biais
limités, puissance statistique honorable).
Par ailleurs, nous avons constaté une meilleure influence
du Toucher dans les situations les plus douloureuses
(comme la pose de voie veineuse périphérique), alors
que nous n’avons pas noté de différence pour les prises
de sang, celles-ci ayant été le plus souvent réalisées avec
du matériel limitant la douleur (épicrânienne).
Pour la toilette, nous obtenons des résultats mitigés
(douleur à peine significative, anxiété non), ceci pouvant
s’expliquer par le caractère privilégié de ce soin où le
contact physique soignant/soigné est omniprésent
(même lorsque le Toucher n’était pas réalisé).
La durée de l’étude a été plus longue que prévue pour
de multiples raisons: carence de reconnaissance dans
la politique institutionnelle pour la prise en compte de
ce type de recherche, non priorisation de la recherche
par les soignants (absence de culture de recherche et
activité à flux tendu), manque de moyens octroyés mal-
gré le financement ministériel, turn-over des person-
nels formés au Toucher dans les soins et abandon d’un
des centres investigateurs.
CONCLUSION
L’intérêt de la méthode est prouvé dans 7 situations sur
les 8 évaluées, soit pour la douleur, soit pour l’anxiété,
soit pour les deux. Seule la situation de recherche d’un
meilleur sommeil n’a pas aboutit à une amélioration de
l’anxiété (douleur non évaluée dans cette situation).
Que ce soit pour l’anxiété et/ou la douleur, même en
l’absence de différence statistiquement significative, nous
avons toujours remarqué un effet positif du Toucher.
Cette pratique professionnelle, outil supplémentaire
dans l’arsenal du soignant, mérite donc d’être plus lar-
gement développée et reconnue dans la prise en charge
du patient. Elle participe efficacement à l’amélioration
de la qualité des soins.
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INFIRMIERS – RÉSULTATS STATISTIQUES D’UNE ÉTUDE
MULTICENTRIQUE, PROSPECTIVE ET RANDOMISÉE
Finalement, l’évaluation scientifique est en faveur
d’un impact positif du toucher dans les soins.
L’intégration de cette pratique professionnelle devrait
se développer et offrir de nouvelles solutions aux soi-
gnants pour la prise en charge du patient et l’amé-
lioration de la qualité des soins dans le cadre de l’éva-
luation des pratiques professionnelles.
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