
————————————————————————— L’OMC et les négociations commerciales multilatérales 9
Le jeu des négociations multilatérales
L’OMC est une organisation internationale intergouvernementale « dirigée » par
ses membres, c’est-à-dire par les États. Mais ceux-ci sont eux-mêmes au carre-
four d’intérêts divergents et contradictoires.
Les acteurs
A première vue, la description des acteurs est aisée. L’OMC est une organisation
member driven et les membres sont les États (avec quelques territoires douaniers
autonomes comme Hong Kong). Les négociations sont donc menées par les re-
présentants des gouvernements (ministres, ambassadeurs, hauts fonctionnaires).
Le Directeur général de l’OMC, et ses services, ne se substituent pas aux États
membres. Ils n’ont qu’un rôle d’assistance et de coordination. Cette dernière tâche
peut néanmoins se révéler stratégique en cas de crise. C’est le Directeur Général
qui, à l’issue d’un Conseil général, a décidé de suspendre les négociations de
Doha en juillet 2006. Le Directeur général peut également assumer une fonction
de médiateur influent. Aux différentes étapes de la négociation, il rédige les projets
de textes (drafts) qui prennent acte des points qui lui semblent acquis et laisse en
blanc les points qui restent soumis à négociations ; ces drafts donnent d’ailleurs
souvent lieu à plusieurs versions révisées par les États membres avant d’être sou-
mis à discussion pour être, ou ne pas être, validés.
Toutefois, au-delà de ces acteurs visibles, d’autres intervenants défendent des
points de vue susceptibles d’être relayés par les négociateurs officiels. Plusieurs
types de groupes de pression sont physiquement présents dans les couloirs des
négociations, notamment lors des « grandes messes » des Conférences ministé-
rielles.
Les premiers sont les organisations socioprofessionnelles. Menacées par l’ouver-
ture de leur marché aux importations plus compétitives, elles défendent, en géné-
ral, des positions défensives. C’est notamment le cas des puissants lobbies
agricoles européens ou américains (mais aussi japonais, coréens, etc.). Ces grou-
pes avaient obtenu, dès les années 1950, que l’agriculture échappe au mouve-
ment général de libéralisation des échanges. Dans les années 1970, le lobby
textile avait également réussi à faire adopter des règles dérogatoires aux principes
même du GATT en permettant aux pays industriels d’instituer des quotas discrimi-
natoires à l’encontre des pays exportateurs (accords multifibres).
Les seconds sont les représentants des grandes firmes exportatrices, souvent
multinationales, qui militent en faveur de l’ouverture des marchés aux biens et aux
services ainsi que pour une plus grande sécurité juridique en matière, notamment,
de propriété intellectuelle. Lors de l’Uruguay Round, ces groupes ont ainsi obtenu
l’extension des règles du GATT aux services. Ils ont réussi à faire adopter un ac-
cord sur la propriété intellectuelle qui les protège certes des contrefaçons mais qui
entretient parfois des situations monopolistiques contestables quoique légales
(voir Tirole et al., 2003 ; Siroën, 2004b).