Psychopathologie et psychologie de l'enfant Dossier L1 Rennes 2

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Psychopathologie et psychologie de l’enfant
Pour commencer, je vais définir la psychologie et la psychopathologie clinique. Cela
permettra de mettre au clair l’orientation de ces méthodes. Lorsque l’on parle de psychopathologie
clinique, on parle d’une orientation psychanalytique qui convie le clinicien à respecter les
constructions du sujet d’une part, tout en accompagnant chaque patient dans l’invention de solutions
qui lui seront singulières. Le clinicien s’intéresse à ce qui se passe pour le patient et non à un socle
normatif, comme peuvent le faire d’autres méthodes telles que la médecine. Ainsi, il faut agir
comme si chaque patient était le premier, et ne pas calquer ce que l’on a pu voir avec un patient
précédent sur le nouveau. Cette notion est aussi traduite par l’importance de ne pas oublier ce qu’un
patient a dit, et de ne pas confondre les choses dites par un patient avec un autre. La régularité des
séances en psychologie et psychopathologie clinique facilite la réminiscence des souvenirs. De plus,
elle repose sur l’hypothèse que le symptôme a une fonction pour le sujet et témoigne de sa « réalité
psychique », cela serait donc contre-productif d’appliquer une généralité le clinicien est le
sachant. Cette logique mène à la particularité du référentiel psychanalytique : le patient possède le
savoir et le clinicien a tout à apprendre de lui.
Dans cette phrase, le mot méthode est entre guillemets, pourquoi ? Et bien, parce qu’il est
compliqué de parler de méthodes lorsque l’on parle de psychopathologie. Comme dit plus tôt, le
patient sait sans savoir, et il doit participer à la mise en place de sa méthode. J’en parlerai plus en
profondeur après. Mais aussi, étymologiquement, la méthode renvoie au « cheminement » et à la
« poursuite ». C’est à dire que ce n’est pas seulement apprendre et calquer une façon de faire. Il faut
effectuer une réflexion et un cheminement personnel, surtout mis en parallèle avec la
psychopathologie clinique qui prône la singularité de chacun. On peut dire que chaque méthode a
un but précis. Le mot « méthode » comme on l’entend habituellement n’est pas superposable à la
psychologie et psychopathologie clinique, mais la définition de son étymologie l’est. Il y a bien une
méthode en psychanalyse, sinon des conflits seraient inévitables au sein d’une même théorie, mais
elle n’exclue pas la singularité du patient.
Les méthodes en psychologie et psychopathologie clinique sont complexes. Il faut écouter et
permettre, avec cette écoute, au patient d’appréhender des choses qu’il savait sans avoir conscience
qu’il les savait. Il est le seul à pouvoir explorer sa conscience ainsi que les limites de son
inconscient. Il possède le savoir sur ce qui fait la vérité de son symptôme, la construction de son
fantasme, la façon dont il règle son rapport au monde, etc. Elles se centrent sur ce qui est
irréductible, donc non-superposable, d’une personne à une autre. Deux personnes peuvent avoir
rencontré la « même » réalité extérieur mais l’expérience qu’elles auront vécues ne sera en rien
identique et les symptômes qui en résulteront ne pourront qu’être différents. On retrouve le même
mécanisme pour les rêves. Il existe des soi-disant dictionnaires de rêves, le problème est que
l’interprétation d’un rêve ne peut se faire sans connaissance de la vie de la personne ainsi que des
souvenirs diurnes. Ainsi, le cas par cas est valable pour tout les aspects de la psychologie et
psychopathologie clinique. Le but est de mettre au point une approche sur-mesure du patient et de
sa vie psychique. Il y a l’exemple de l’hypnose utilisée par Freud, qui a pris la décision de changer
de méthode parce que celle-ci ne fonctionnait par pour tout le monde et voulait justement une
méthode efficace pour tous. Certaines personnes avaient des résistances, d’autres souffraient de
réminiscences de leurs symptômes. Freud a donc faire preuve d’inventivité pour trouver une
nouvelle méthode, l’association libre. Ou encore très utilisées aujourd’hui en psychologie, les
statistiques. La méthode statistique nécessite un grand nombre de sujets, n’étant rencontrés que très
brièvement et ne représentant qu’une caractéristique précise. Dans la psychanalyse, le patient a pour
seule consigne de dire tout ce qu’il lui passe par la tête, sans aucune limite. Le but est de faire dire
des choses par le patient dont celui-ci n’avait pas conscience, de faire parler son inconscient. Il
existe encore d’autres méthodes puisque, comme dit antérieurement, chaque méthode possède un
objectif fixe.
C’est pourquoi, il est nécessaire d’inclure le patient dans la mise au point d’un processus
adapté à lui même. Le clinicien se doit aussi de participer, puisqu’il possède un savoir sur la
psychanalyse indispensable au travail clinique. Les symptômes étant un autre langage ne cherchant
qu’à s’exprimer, il est nécessaire d’être deux pour pouvoir le faire parler et le déchiffrer. Freud a
construit une méthode qui consiste, pour le patient, à mettre en mots et à s’engager dans un travail
de construction. Ce travail consiste à réunir les souvenirs et les affects associés à une scène qui aura
débordé le sujet, c’est-à-dire, le champ de ce qu’il pouvait en comprendre. Ces différents processus
s’inscrivent dans une histoire racontée « à deux » qui aide à exprimer, élaborer et mettre en sens la
souffrance psychique. Dans cette logique, se soigner seul en psychologie n’est pas possible, on doit
être deux. Se soigner seul ne permet pas le recul nécessaire pour se rendre compte du véritable
problème. Il y a de plus en plus de personnes parlant de la pleine conscience, ce qui n’est pas
efficace puisque personne ne peut réellement s’ouvrir à soi-même. Le risque est de croire avoir
réussi, et de rester ainsi bloqué dans cette vision faussée. C’est à dire, qu’ici le clinicien reçoit les
informations partagées par le patient, et les interprète, puis les partage à son tour avec le patient.
Ces interprétations apportent un nouveau champ des possibles dans les réflexions du patient. Il
n’aurait, seul, pas été capable d’émettre ces hypothèses sur sa propre personne. Ces hypothèses
émises sont une preuve de l’inventivité dont doit faire preuve le clinicien. Il ne s’agit pas
simplement de ressortir des hypothèses apprises qui ont quelques points communs avec le patient. Il
doit réfléchir et inventer des hypothèses à partir de ce que le patient donne à entendre, dans le
respect de sa parole. Ainsi, lorsque le clinicien intervient, il ne s’agit pour lui ni de savoir ni de
penser pour l’autre. Il s’agit d’un « réfléchissement », ainsi que l’indique Albert Ciccone, un «
réfléchissement » qui vise la production d’un savoir du côté du patient. Le clinicien est un outil pour
le patient, il est là pour aider le patient à extraire de lui-même les clés de ses symptômes.
Dans ce même registre, être deux favorise la création d’un lien, d’une relation entre le
clinicien et le patient. En prenant l’exemple de l’hôpital d’aujourd’hui, les soignants sont considérés
comme des pièces d’une machine interchangeable, comme le dit Rabeyron. Cette organisation
bureaucratique tend à négliger l’aspect relationnel essentiel du soin. Les équipes médicales ont
besoin de connaître les patients afin de pouvoir instaurer un climat de confiance entre eux. Les
patients, étant moins bien accompagnés dans l’accompagnement thérapeutique qu’effectuait avant
les soignants, ont davantage tendance à faire des rechutes, et donc à être à nouveau hospitalisés.
C’est également sur cette idée de confiance et de relation que repose la psychanalyse. Si l’on
appliquait cette méthode en psychologie et psychopathologie clinique, donc un changement de
psychologue du jour au lendemain, sans même prévenir le patient, toute l’avancée effectuée serait à
reprendre dès le début, et le climat de confiance instauré avec l’ancien psychologue ne serait pas
transféré au nouveau psychologue comme ça. Au vu de la relation crée et du transfert du patient
envers le clinicien, ils ne sont pas interchangeable entre eux. Lors du cours magistral avec Maxime
Annequin, il nous a fait part d’une méthode qui était encore utilisée il n’y a pas si longtemps. Les
adolescents peuvent être particulièrement difficiles à approcher, et proposer des cigarettes aux
adolescents fumeurs pouvait favoriser ce rapprochement. Une relation privilégiée s’installait. C’est
une méthode innovante, très inventive, qui n’est plus autorisée aujourd’hui, mais elle a été
remplacée par la proposition d’une pause café. Les adolescents, tout comme les adultes, discutent
lors de ces moments informels et peuvent dire des choses qu’ils ne diraient pas dans un autre
contexte. On retrouve ce même mécanisme de rencontre moins informelle que dans un bureau avec
les activités dans les jardins. Ce sont des moments d’apaisement, une parenthèse, un moment ils
ne pensent à rien d’autres que ce qu’ils font, un temps d’échange tous apprennent les uns des
autres, et où ils peuvent dire des choses inconscientes, ou non, grâce au contexte.
Toujours dans cette idée de relation, on retrouve l’importance de différencier chaque patient
et de se souvenir d’eux. Je vais continuer sur ma comparaison avec la médecine : si l’on prend un
médecin généraliste, il n’est pas obligé de se souvenir de son patient. Surtout que la fréquence à
laquelle il voit ses patients est totalement différente de celle des psychologues. Une personne vient
voir son généraliste pour un problème qui sera le plus souvent réglé en une séance alors qu’elle
vient voir un psychologue pour un ou des problèmes qui seront réglés en plusieurs séances proche
les une des autres. De plus, le généraliste n’a pas à faire de liens entre deux séances à 5 ans
d’intervalle contrairement au psychologue qui se doit de le faire. L’intérêt des rendez-vous
rapprochés est justement que le psychologue se souvienne et puisse faire des liens qui lui
permettront d’émettre des hypothèses auxquelles il n’aurait pas pensé sans ça.
Une autre des raisons qui empêche l’utilisation de méthode normative dans la psychologie et
psychopathologie clinique est l’idée qu’un idéal de personne n’existe pas. Si l’on prend, à nouveau,
l’exemple de la médecine, après avoir été soigné on est sensé revenir à un état antérieur ou à un état
idéal. C’est-à-dire sans maladie, et en bonne santé, sinon la médecine a échoué. On ne retrouve pas
ce principe dans la psychopathologie car elle part du principe qu’une personne ne peut pas revenir à
un état antérieur et encore moins à un état idéal. La psychanalyse reposant sur un cheminement de
pensée, une avancée, revenir à un état antérieur voudrait dire n’avoir rien fait, ne pas avoir avancer
dans la compréhension de sa souffrance. Cet état est idéal d’après la société, c’est ce que propose la
pleine conscience par exemple, atteindre un idéal de bonheur. Cette idéal de bonheur serait le même
pour tous, ce qui ne fonctionne pas avec le principe de singularité de la psychanalyse. Ou encore, le
traitement des enfants TSA avec les robots. La finalité de ces robots est de faire de chaque enfant un
enfant « parfait », qu’il corresponde à un idéal. Alors que chaque personnes TSA a des symptômes
différents, et essayer de les conformer à une norme ne va pas leur permettre d’exploiter leur plein
potentiel. Le livre de Kristine Barnett, « L'étincelle : La victoire d'une mère contre l'autisme »,
raconte l’histoire de son fils atteint d’autisme. Elle explique que la société vouait son fils à un
parcours difficile, elle a alors décidé de prendre en charge sa scolarité en mettant de côté les tâches
pour lesquelles il n’avait pas de capacité naturelle et en se concentrant sur les tâches qui
l’intéressaient, telles que les jeux de lumière. Maintenant, Jake est devenu un petit génie des
mathématiques. Cette histoire prouve que s’adapter à l’enfant TSA est extrêmement important, et
qu’il faut faire preuve d’inventivité pour trouver comment attirer et atteindre leur attention, ce que
les robots ne font pas puisqu’ils suivent des méthodes standardisées.
En définitive, la psychologie et la psychopathologie clinique se distinguent radicalement
d’une conception normative ou standardisée de la "méthode". Celle-ci ne cherche pas à appliquer
des grilles toutes faites, mais à accueillir la singularité du sujet dans toute sa complexité. C’est
précisément cette singularité qui impose au clinicien de se mettre à l’écoute, dans un travail
d’invention à deux, le patient est invité à découvrir ce qu’il savait inconsciemment. La méthode
psychanalytique n’est donc pas une absence de méthode, mais une méthode du cas par cas, fondée
sur l’écoute, le transfert et la mise en sens. Dès lors, comment former à une telle pratique, à une
époque les approches standardisées et évaluables tendent à s’imposer ?
Bibliographie :
Annequin, M. (2025, février). L’introduction de la psychopathologie clinique [note de cours].
Département de psychologie, Université Rennes.
Chérel, M. (2025, 15 janvier). Les traitements de l’autisme à l’ère du numérique ? [note de cours].
Département de psychologie, Université Rennes 2.
Chérel, M. (2025, 25 février). La découverte freudienne : l’inconscient [note de cours].
Département de psychologie, Université Rennes 2.
Monnier, D. (2025, 4 mars). Cours TD n°1 [note de cours]. Département de psychologie, Université
Rennes 2.
Monnier, D. (2025, 1 avril). Cours TD n°2 [note de cours]. Département de psychologie, Université
Rennes 2.
Rabeyron, T. (2023). Quel avenir pour les pratiques psychanalytiques dans le contexte actuel et
futur de la santé mentale ?. Nouvelle Revue de l'Enfance et de l'Adolescence, 8(1), 47-
66. https://doi.org/10.3917/nrea.008.0047
Robinson, B (2005). Chapitre 1, l’approche clinique en psychologie. Psychologie clinique de
l’initiation à la recherche (p. 9-48). De Boeck Supérieur.
https://shs.cairn.info/psychologie-clinique--9782804150259-page-9?lang=fr
Silence, ça pousse ! - France Télévision (2023, 23 septembre). "Jardins & santé" et les jardins
thérapeutiques dans les hôpitaux: jeunes pousses-Silence,ça pousse! [vidéo]. Youtube.
https://youtu.be/uFUHZnmrEdA?si=mdfqU5bJUMgQQiZe
Veit, C. (2025, 26 février). Méthodes en psychopathologie et psychologie clinique de l’enfant [note
de cours]. Département de psychologie, Université Rennes 2. Cursus.
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