
Infrastructures rurales et développement agricole 57
1.1. L’agriculture comme moteur de la croissance économique
La première littérature sur le développement a considéré que dans le dévelop-
pement économique l’agriculture avait un rôle de soutien aux secteurs indus-
triels – assurant un approvisionnement en nourriture bon marché pour les
ouvriers dans les secteurs industriels, par exemple (Lewis 1954). Depuis les
années 1960 un rôle plus actif de l’agriculture comme force d’entraînement de
la croissance économique globale a été reconnu et souligné (voir, par exemple,
Johnston et Mellor 1961 ; Schultz 1964 ; Mellor 1966). Une grande partie de
l’agriculture de subsistance et de semi-subsistance a été réalisée grâce à l’adop-
tion d’une nouvelle technologie, à des investissements dans l’infrastructure et
les marchés ruraux et à la conception et l’exécution de politiques appropriées.
Ce changement a permis un accroissement de la productivité de la terre et du
travail, une augmentation des revenus des agriculteurs et des ouvriers agrico-
les, et un meilleur pouvoir d’achat des consommateurs. Les prix bas de den-
rées alimentaires rendus possibles par des coûts unitaires de production plus
faibles ont contribué à des salaires plus bas dans les secteurs non agricoles
tout en facilitant ainsi la croissance industrielle. La croissance agricole contri-
bue également à l’activité économique via les intrants, la transformation, la
distribution et l’industrie de stockage, produisant des effets multiplicateurs
au-delà de l’agriculture. En outre, des revenus agricoles plus élevés induisent
une élévation de la demande des marchandises et des services produits dans
d’autres secteurs (Hazell et Röell 1983).
Un certain nombre d’études empiriques (par exemple Hazell et Röell 1983 ;
Haggblade, Hammer, et Hazell 1991 ; Delgado et al. 1998 ; Fan, Hazell, et
Thorat 2000 ; Fan, Zhang et Zhang 2002) conclurent que les effets multiplica-
teurs de la croissance agricole sont habituellement supérieurs à 2. La taille du
multiplicateur varie dans l’espace et dans le temps, reflétant des différences
dans les modes de consommation, d’investissement et d’épargne. Mellor (1976)
trouve que les effets multiplicateurs deviennent plus grands quand la produc-
tivité parmi de petites fermes dans une économie rurale des pays asiatiques
augmente de manière significative. Les ménages agricoles de petite et moyenne
taille ont typiquement des structures de dépenses plus favorables à la promo-
tion de la croissance de l’économie non agricole au niveau local incluant les vil-
les rurales, dans la mesure où ils dépensent des parts plus grandes de revenu
en biens et services non échangés ruraux, lesquels sont aussi généralement
plus intensifs en main-d’œuvre (Hazell et Röell 1983).
Dans une étude portant sur quatre pays africains, Delgado et al. (1998)
estiment le multiplicateur de revenu à environ 2,5, signifiant que chaque dol-
lar additionnel de revenu agricole engendre environ 2,50 dollars de croissance
dans l’économie d’une manière globale. Dans les économies plus ouvertes d’Asie,
EDD_2007-04.book Page 57 Thursday, January 31, 2008 7:49 PM