‘’Qu’entend-on par lucidité ?’’, aurais-je pu dire. ‘’Il s'agit d'information ; c'est votre faculté de discernement qui
opère en accord avec votre intuition et l'expérience directe dans l'instant présent. Cette lucidité doit se
conjuguer avec de la confiance. Ayez confiance en vous. Ayez confiance en l'équipe. Ayez confiance dans le plan
de jeu. La confiance engendre la foi, et la foi est ce dont vous avez besoin pour faire les efforts appropriés, qui
déboucheront sur un bon résultat. Vos efforts doivent reposer sur la lucidité et sur la conscience du moment
présent, sur ce qui doit être fait maintenant.
Qu'est-ce qui fait que l'effort est juste ? Qu'il procède de ce lieu d'immobilité et de vide que nous touchons,
lorsque nous méditons. Il jaillit de l'œil du cyclone, où se situe votre être authentique et où il commence à
s'exprimer. L'effort juste doit être équilibré par de la concentration et du sang-froid. Nous devons nous
concentrer sur le moment présent, sur ce qui s'y passe, ce qui nous permet de suivre le plan de jeu, de voir en
temps réel comment nous nous situons par rapport au plan de jeu et d'ajuster ce que nous faisons pour atteindre
nos objectifs.’’
Puis, comme c'était souvent le cas dans mon travail avec les équipes, nous faisions un peu de Qi Gong, des
exercices chinois qui font circuler l'énergie dans le corps et concentrent l'esprit. Toute cette gestuelle était
généralement suivie d'exercices de respiration. Je demandais aux joueurs de fermer les yeux et de prendre
conscience de leur respiration, en inspirant et en expirant dans toutes les parties de leur corps, de la tête aux
orteils. C'est incroyable comment cela aide à clarifier et à concentrer l'esprit. Et je voulais que leur esprit soit
clair, qu'ils fassent l'expérience de la vacuité et qu'ils soient capables d'accéder à la zone calme au milieu du
rythme effréné et tourbillonnant du jeu. Je voulais qu'ils fassent l'expérience de l'œil du cyclone.
Reproduire l'expérience d'accès à la zone calme - l'œil du cyclone - qui résulte de la méditation facilite l'accès à
cette même zone, même quand on ne médite pas : quand on marche dans une rue animée en ville, quand on se
prépare à monter sur scène pour faire une présentation, ou quand on est créatif dans n'importe quel domaine
d'activité. Les méditants aguerris sont capables de plonger dans l'œil du cyclone, peu importe ce qui se passe
autour d'eux. Cette capacité aide les athlètes à jouer et à concourir, en restant calmes et concentrés et en
prenant des décisions instantanées à partir d'une zone sans pression, ni perturbation, plutôt que d'être un
paquet de nerfs réagissant à ce qu’on leur jette en pâture au rythme effréné d'un match de la NBA (ou de
n'importe quel autre niveau).
Lors de cette première séance avec Michael Jordan, je dis en plaisantant que pendant ces exercices de
respiration, nous ‘’conspirions’’, du latin
spirare
, ou respirer, et
con
, avec. Ainsi, conspirer était un terme
s’alignant sur l'Esprit/le souffle, sur la vie elle-même. Un seul souffle, un seul esprit.
J’étais très conscient de la présence de Michael Jordan, ce jour-là. L’aura qui l’entourait était très forte. Je n'ai
jamais rien ressenti de tel. C'était comme entrer dans le champ gravitationnel d'une très grosse planète - comme
Jupiter, par exemple. La matière s'inclinait devant lui et autour de lui. Il créait sa propre atmosphère. À cela
s'ajoutait encore, naturellement, sa célébrité. Il avait un entourage de protection en compagnie duquel il se
déplaçait, et ses garde-corps portaient des coupe-vent assortis. Chaque fois qu'il était en public, on le
reconnaissait et on s’approchait de lui. Les gens voulaient des autographes, des photos, ou simplement être près
de lui. Il était extrêmement patient par rapport à toute cette attention. Il prenait le temps nécessaire pour
échanger avec ses fans en restant souvent longtemps après les matchs, en signant des autographes et en se
laissant photographier. Il avait la patience proverbiale de Job - c'était l'une de ses nombreuses qualités
remarquables.
La première fois qu’il est revenu dans l’équipe, je savais que Michael Jordan savait déjà qui j’étais et pourquoi on
m’avait recruté. Il connaissait mon bagage en méditation et son application pour gérer le stress, et il était aussi
au courant de ma relation avec Dr. J, qui (à tout Seigneur tout honneur) fut Michael Jordan avant lui. Ils avaient
tous les deux ce même côté éblouissant dans leur jeu et un genre de notoriété comparable, même si Dr. J n’a
jamais atteint le statut de Michael Jordan en tant que personne la plus connue au monde. Dr. J n’a pas non plus
eu l’opportunité de signer des contrats de sponsoring extrêmement lucratifs, ni de jouer dans des longs métrages
(même si récemment, il a fait une apparition à l’écran dans
Le haut du panier
, avec Adam Sandler). Le jeu avait
changé avec l’ascension de Michael Jordan vers la célébrité, et Michael Jordan a contribué à faire de la NBA une
marque mondiale. Il est difficile de dire ce qui se serait passé sans lui. Il était le visage de la ligue. Ses capacités
surhumaines épataient les gens, de Topeka à Tombouctou.