L'ACTION JUSTE ET LA PERFORMANCE PURE - GEORGE MUMFORD

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L’ACTION JUSTE ET LA PERFORMANCE PURE
GEORGE MUMFORD
Extraits
George Mumford enseigne la pleine conscience et
la méditation, après avoir interrompu une carrière
de planificateur financier et décroché un master en
psychologie de l'orientation. Il a travaillé au Centre
pour la Pleine Conscience de l'Université du
Massachusetts, et il a dirigé un projet carcéral qui a
enseigné des techniques de pleine conscience à
plus de cinq mille détenus de la Nouvelle-
Angleterre.
Alors qu'il était étudiant-athlète à l'université du
Massachusetts, des blessures le contraignirent à
renoncer au basket-ball. Les médicaments qui
soulageaient sa douleur l'anesthésiaient aussi face
au vide qu'il ressentait sans le jeu qui avait été sa
plus grande passion — et ils le conduisirent à se
droguer. Après s'être désintoxiqué et après avoir
fait de la méditation le centre de sa vie, Mumford a
pu retourner au jeu qu'il adorait, en enseignant ses
techniques révolutionnaires de pleine conscience
en NBA, où il a coaché des stars comme Michael
Jordan et Kobe Bryant.
George Mumford enseigne aussi régulièrement dans
le cadre de conférences sur le monde de
l'entreprise et de l'athlétisme, tant au niveau
national qu'international. Il réside dans le
Massachusetts.
C'était le deuxième match après le retour de Michael Jordan dans l'équipe. Nous étions à Boston pour affronter
les Celtics , lorsqu’il se présenta pour la première fois à l'une de mes séances de préparation d'avant-match, qui
constituaient une partie essentielle de mon travail avec les Bulls. L'équipe séjournait au Four Seasons. L'hôtel
avait mis à notre disposition une petite salle de conférence où l'équipe regardait des vidéos avec les coaches.
Puis, les coaches partirent, et ce fut à moi de préparer les gars pour le match.
Ma routine d'avant-match prenait environ trente minutes. Je commençais par un petit discours, qui variait à
chaque fois en fonction de l'ambiance dans la salle et de ce qui était nécessaire pour inspirer les joueurs, les
aider à se recentrer et à se concentrer sur l'essentiel. J'avais lu le plan de match, mais ce n'était pas le moment
de parler de stratégie, puisque ce n'était pas mon rôle. Je les incitais plutôt à être alertes et détendus. À se
concentrer sur le moment présent et à se préparer pour la prochaine action, sans se soucier de l’enjeu à long
terme, à ne pas voir trop grand. À prendre les choses, une à la fois.
En parlant à l'équipe, je définissais une intention pour le jeu et je parlais le plus souvent d'intégrer leur propre
manière authentique de jouer le jeu, ce qui impliquait non seulement la pleine conscience - être dans l'instant et
se concentrer sur le moment présent - mais encore de la lucidité.
‘’Qu’entend-on par lucidité ?’’, aurais-je pu dire. ‘’Il s'agit d'information ; c'est votre faculté de discernement qui
opère en accord avec votre intuition et l'expérience directe dans l'instant présent. Cette lucidité doit se
conjuguer avec de la confiance. Ayez confiance en vous. Ayez confiance en l'équipe. Ayez confiance dans le plan
de jeu. La confiance engendre la foi, et la foi est ce dont vous avez besoin pour faire les efforts appropriés, qui
déboucheront sur un bon résultat. Vos efforts doivent reposer sur la lucidité et sur la conscience du moment
présent, sur ce qui doit être fait maintenant.
Qu'est-ce qui fait que l'effort est juste ? Qu'il procède de ce lieu d'immobilité et de vide que nous touchons,
lorsque nous méditons. Il jaillit de l'œil du cyclone, où se situe votre être authentique et il commence à
s'exprimer. L'effort juste doit être équilibré par de la concentration et du sang-froid. Nous devons nous
concentrer sur le moment présent, sur ce qui s'y passe, ce qui nous permet de suivre le plan de jeu, de voir en
temps réel comment nous nous situons par rapport au plan de jeu et d'ajuster ce que nous faisons pour atteindre
nos objectifs.’’
Puis, comme c'était souvent le cas dans mon travail avec les équipes, nous faisions un peu de Qi Gong, des
exercices chinois qui font circuler l'énergie dans le corps et concentrent l'esprit. Toute cette gestuelle était
généralement suivie d'exercices de respiration. Je demandais aux joueurs de fermer les yeux et de prendre
conscience de leur respiration, en inspirant et en expirant dans toutes les parties de leur corps, de la tête aux
orteils. C'est incroyable comment cela aide à clarifier et à concentrer l'esprit. Et je voulais que leur esprit soit
clair, qu'ils fassent l'expérience de la vacuité et qu'ils soient capables d'accéder à la zone calme au milieu du
rythme effréné et tourbillonnant du jeu. Je voulais qu'ils fassent l'expérience de l'œil du cyclone.
Reproduire l'expérience d'accès à la zone calme - l'œil du cyclone - qui résulte de la méditation facilite l'accès à
cette même zone, même quand on ne médite pas : quand on marche dans une rue animée en ville, quand on se
prépare à monter sur scène pour faire une présentation, ou quand on est créatif dans n'importe quel domaine
d'activité. Les méditants aguerris sont capables de plonger dans l'œil du cyclone, peu importe ce qui se passe
autour d'eux. Cette capacité aide les athlètes à jouer et à concourir, en restant calmes et concentrés et en
prenant des décisions instantanées à partir d'une zone sans pression, ni perturbation, plutôt que d'être un
paquet de nerfs réagissant à ce qu’on leur jette en pâture au rythme effréné d'un match de la NBA (ou de
n'importe quel autre niveau).
Lors de cette première séance avec Michael Jordan, je dis en plaisantant que pendant ces exercices de
respiration, nous ‘’conspirions’’, du latin
spirare
, ou respirer, et
con
, avec. Ainsi, conspirer était un terme
s’alignant sur l'Esprit/le souffle, sur la vie elle-même. Un seul souffle, un seul esprit.
J’étais très conscient de la présence de Michael Jordan, ce jour-là. L’aura qui l’entourait était très forte. Je n'ai
jamais rien ressenti de tel. C'était comme entrer dans le champ gravitationnel d'une très grosse planète - comme
Jupiter, par exemple. La matière s'inclinait devant lui et autour de lui. Il créait sa propre atmosphère. À cela
s'ajoutait encore, naturellement, sa célébrité. Il avait un entourage de protection en compagnie duquel il se
déplaçait, et ses garde-corps portaient des coupe-vent assortis. Chaque fois qu'il était en public, on le
reconnaissait et on s’approchait de lui. Les gens voulaient des autographes, des photos, ou simplement être près
de lui. Il était extrêmement patient par rapport à toute cette attention. Il prenait le temps nécessaire pour
échanger avec ses fans en restant souvent longtemps après les matchs, en signant des autographes et en se
laissant photographier. Il avait la patience proverbiale de Job - c'était l'une de ses nombreuses qualités
remarquables.
La première fois qu’il est revenu dans l’équipe, je savais que Michael Jordan savait déjà qui j’étais et pourquoi on
m’avait recruté. Il connaissait mon bagage en méditation et son application pour gérer le stress, et il était aussi
au courant de ma relation avec Dr. J, qui (à tout Seigneur tout honneur) fut Michael Jordan avant lui. Ils avaient
tous les deux ce même côté éblouissant dans leur jeu et un genre de notoriété comparable, même si Dr. J n’a
jamais atteint le statut de Michael Jordan en tant que personne la plus connue au monde. Dr. J n’a pas non plus
eu l’opportunité de signer des contrats de sponsoring extrêmement lucratifs, ni de jouer dans des longs métrages
(même si récemment, il a fait une apparition à l’écran dans
Le haut du panier
, avec Adam Sandler). Le jeu avait
changé avec l’ascension de Michael Jordan vers la célébrité, et Michael Jordan a contribué à faire de la NBA une
marque mondiale. Il est difficile de dire ce qui se serait passé sans lui. Il était le visage de la ligue. Ses capacités
surhumaines épataient les gens, de Topeka à Tombouctou.
Je n'avais pas vraiment d'appréhension, quant à la manière dont Michael Jordan réagirait à ce que je lui
proposais ; dans le même temps, j'étais bien conscient qu'il arrivait à froid par rapport à quelque chose que le
restant de l'équipe avait pratiqué toute la saison, et certains depuis pratiquement deux saisons, maintenant.
Pendant la première partie de la séance, il regarda autour de lui pour voir comment chacun se comportait. Puis,
quand je demandai aux joueurs de fermer les yeux et de commencer les exercices de respiration consciente,
quelque chose d'extraordinaire se produisit. Je pus voir qu'il s'était tout de suite absorbé dedans. Lorsqu’on a de
l'expérience dans l'enseignement de la méditation, on peut sentir l'état interne des gens pendant qu'ils
méditent. On peut le voir dans leur posture et le lire dans la tension (ou l'absence de tension) des muscles de leur
visage. On peut l'entendre, comme un air de musique, dans la qualité de leur respiration. Michael et Kobe, les
deux plus grands joueurs de basket-ball avec lesquels j'ai travaillé, furent sans conteste mes meilleurs étudiants
en méditation (au même titre que certains prisonniers doublement condamnés à perpétuité). Mais ceci s'avère
être une règle générale : les meilleurs athlètes sont aussi mes meilleurs étudiants en méditation.
Michael Jordan comprit immédiatement et
intuitivement ce qu'était la méditation et
l'intérêt qu'il y avait à l'intégrer à la routine de
l'équipe. Phil Jackson l'avait déjà initié à
certains aspects de la méditation, et
maintenant, il pouvait aller plus loin et
vraiment l'intégrer dans sa manière de
s'entraîner, de jouer et de penser au jeu.
Je me suis fréquemment demandé à propos de
Michael et de Kobe si une partie de leur génie
n'était pas due au fait qu'ils étaient si
accessibles à l'enseignement, si faciles à
coacher. Ils semblaient tout de suite voir ce que
vous (en tant qu'enseignant ou en tant
qu’entraîneur) voyiez et comprendre la logique
de ce que vous tentiez de faire. Cela allait
également dans l'autre sens. Si vous avez des
élèves réceptifs, vous devenez un meilleur
enseignant. En tant qu'enseignant, la plus
grande qualité que l’on peut avoir est d'être
capable de voir le potentiel de ses élèves, de
les aider à cultiver leurs dons particuliers,
d'encourager et de stimuler. Si vos élèves sont
ouverts, vous pouvez mieux comprendre leurs
dons spécifiques. Ce sont vraiment eux qui
vous font voir ce qui est possible. Et vous
pouvez alors, à votre tour, les aider à le voir.
Enseigner à Michael Jordan et à Kobe était exactement comme cela. Ils avaient tous les deux cette flexibilité et
cette ouverture d'esprit très particulières. Il pourrait paraître étrange que lorsque nous sommes le plus en contact
avec qui nous sommes réellement, nous soyons également le plus ouvert. Notre identité véritable et authentique
n'est pas figée, sans évolution. Les personnes qui tiennent à se définir de cette manière ont tendance à être
rigides et à se dévaluer. Nous sommes fluides. Dans un sens, nous ressemblons à des caméléons. Nous agissons
au mieux en permettant l'expression spontanée de toutes les différentes facettes de notre être authentique, ce
qui fait de nous ce que nous sommes, qui est inimitable et qui nous offre une capacité quasiment illimitée
d'apprendre et de grandir.
MJ et Kobe étaient-ils géniaux parce qu’ils étaient si réceptifs au coaching, ou étaient-ils réceptifs parce qu’ils
étaient géniaux ? Je me suis souvent posé la question. La leçon que nous pouvons tous tirer d’eux, c’est de rester
aussi ouvert et flexible que possible. Lorsque nous, le staff technique, leur suggérions de faire les choses
différemment, d’essayer une nouvelle approche susceptible d’améliorer leur jeu, ils ne se mettaient pas sur la
défensive. Ils avaient vraiment ce que l’on appelle dans le zen ‘’l’esprit du débutant’’.
Voici une brève version d'un enseignement classique en la matière :
Un jour, un maître zen fut approché par quelqu'un qui voulait devenir son disciple. L'aspirant chercha à
impressionner le maître par la grande qualité de sa formation, les maîtres renommés avec lesquels il avait déjà
étudié et sa connaissance des sutras et d’autres textes anciens.
Le maître lui demanda : ‘’Voulez-vous une tasse de thé ?’’
‘’Merci’’, dit l'étudiant.
Le maître versa le thé dans une tasse, et quand elle fut pleine, il continua à verser le thé qui se répandit sur la
table. Comment cet étudiant pourrait-il apprendre en étant déjà tellement imbu de sa personne ?
Ainsi que l'a dit le maître zen, Shunryu Suzuki dans
Esprit zen, esprit neuf
: "Si votre esprit est vide, il est toujours
prêt à tout ; il est ouvert à tout. Dans l'esprit du débutant, il y a beaucoup de possibilités ; tandis que dans
l'esprit de l'expert, il y en a peu.’’
Malgré tous leurs accomplissements éblouissants, Michael Jordan et Kobe gardaient l'esprit du débutant. Ils
prenaient ce que nous leur proposions et ils l'essayaient. Si ça marchait, ça marchait ; sinon, ils essayaient autre
chose. Ils cherchaient toujours à progresser et à s'améliorer. C'est le secret de la performance pure.
En regardant Michael jouer, je remarquai que l'une de ses capacités étonnantes était de devenir plus calme, au
fur et à mesure que le jeu devenait plus intense, comme si la pression le réconfortait. La pression opérait peut-
être comme une étreinte. Sa concentration et son attention s’intensifiaient. Il entrait dans l'œil du cyclone.
Tandis que la tempête faisait rage tout autour de lui, il était dans une zone d’un calme placide.
Kobe était un mamba noir, mais Michael était
pareil à un chat. Il se déplaçait avec une grâce
féline meurtrière. Dans le jeu aérien actuel, les
mecs s'écrasent toujours par terre et leurs
coéquipiers les aident à se relever, mais pas
MJ. Il tombait rarement, même s'il bondissait
toujours. Il retombait sur ses pattes, comme un
chat.
Michael Jordan ne prenait jamais un jour de
congé. Aucun. Il était toujours en contact avec
l'Esprit, sans avoir besoin d'aller à l'église
pour cela. L'Esprit était déjà en lui. Il avait une
attitude, une philosophie de vie qui lui
permettaient de tout gagner. Il ne demandait
rien à personne. Il s'entraînait avec exactement
le même niveau d'intensité et le même esprit
de compétition que lorsqu'il jouait. C'était le
meilleur joueur de la ligue, et peut-être le plus
grand de tous les temps. Mais il bossait
toujours. On peut tous s'inspirer de ce type de
détermination et de constance dans l'effort
pour comprendre la nature de la performance
pure : elle résulte d'un engagement total et
d'un travail acharné. Même au niveau de Michael Jordan: sans batailler, aucune fierté.
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