
Insuffisance rénale aiguë
La complication la plus commune des rhabdomyolyses est l’insuffisance
rénale aiguë. Il s’agit d’une nécrose tubulaire dont la réversibilité complète est
la règle. L’hypovolémie et les interactions entre myoglobine filtrée et tubule
rénal en représentent probablement les déterminants principaux [ 39 , 40 ].
Chez l’homme comme sur les modèles expérimentaux animaux, l’atteinte
morphologique rénale se caractérise par la formation de précipités de
myoglobine intratubulaires distaux et d’une nécrose tubulaire proximale avec
détachement des cellules tubulaires de leur lame basale.
L’hypovolémie, les médiateurs de l’inflammation, la production d’endothéline
[ 41 ] et l’inhibition de l’eNOS au profit d’iNOS tubulaire [ 42 ] vont contribuer
à une vasoconstriction rénale marquée. Cette vasoconstriction va entraîner
une augmentation de la réabsorption de la myoglobine par les cellules
tubulaires proximales, et favoriser la formation de dépôts tubulaires de
myoglobine. La participation de ces dépôts tubulaires à l’insuffisance rénale
est discutée. Elle pourrait intervenir essentiellement en augmentant la
réabsorption de la myoglobine par les cellules tubulaires. La précipitation de
dépôts de myoglobine dans le tubule est favorisée par sa concentration dans
celui-ci et le pH de l’urine. La myoglobine précipite à 90 % lorsque le pH de
l’urine est inférieur à 5. La myoglobine réabsorbée dans les cellules
tubulaires est considérée comme très toxique pour celles-ci. Elle pourrait agir
soit par la formation de radicaux libres via l’oxydation de Fe 2 + en Fe 3
+ générant un radical hydroxyle, soit en fragilisant directement les
membranes phospholipidiques par peroxydation lipidique [ 43 ]. Enfin,
l’hyperphosphorémie et l’hyperuricémie peuvent contribuer à l’aggravation
des lésions. D’un point de vue pratique, Ward [ 4 ] a pu montrer que les
signes d’hypovolémie (hypotension, déshydratation) et l’intensité des signes
biologiques de lyse (kaliémie, phosphorémie, CPK) prédisaient le risque de
survenue de l’insuffisance rénale. Des études plus récentes ont confirmé le
lien entre le taux de CPK et le risque d’insuffisance rénale dans des
populations de rhabdomyolyses traumatiques [ 44 , 45 ]. Enfin, une
créatininémie d’admission inférieure à 17 mg·L − 1 serait un bon prédicteur de
l’absence de développement d’insuffisance rénale nécessitant une
hémodialyse [ 46 ]. Deux importantes cohortes [ 5 , 6 ] de rhabdomyolyses
d’origines très diverses montrent qu’au-delà du taux de CPK, l’étiologie et le
terrain jouent un rôle considérable : la prévalence de l’insuffisance rénale
aiguë reste faible dans les formes liées à l’exercice musculaire, aux
myopathies, myosites, prise de statines, contrairement aux formes
traumatiques, postopératoires ou survenant sur des comorbidités associées.
Syndrome des loges, complications vasculonerveuses et autres
complications