Idéologie du matérialisme : Le monde devrait-il succomber ?

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LE MONDE DEVRAIT-IL SUCCOMBER
À CAUSE DE L’IDÉOLOGIE DU MATÉRIALISME ?
MICHAEL GROSSO
Michael Grosso, philosophe américain, a tracé son parcours intellectuel singulier à la
frontière entre la science, la métaphysique et la mystique. Professeur de philosophie dans
plusieurs universités américaines, il s'est érigé en explorateur des limites de la conscience
humaine, là où le rationnel frôle l'inexplicable. Michael cultive la capacité rare de marier la
rigueur académique et l’ouverture à tous les phénomènes inexpliqués. C'est dans cet entre-
deux fertile qu’il continue d'œuvrer, comme une sentinelle attentive aux manifestations de
"la Conscience élargie", témoin d'une humanité en perpétuelle évolution.
Le terme ‘’matérialisme’’ a deux sens qui nous intéressent. D'une part, nous pourrions
qualier de matérialiste une personne qui valorise et qui convoite les biens matériels de
manière excessive ou exclusive ; ce sens du terme est teinté d'une note de désapprobation
morale.
Mais le matérialisme est aussi une doctrine métaphysique, qui s'est enrichie et qui a
triomphé grâce à la science moderne. En ce sens, le matérialisme n'est pas un fait, mais une
interprétation des faits. Il insiste sur le fait que tout ce qui est bien réel doit être matériel ;
en bref,
tous
les faits sont des faits matériels ou physiques.
Toute
réalité est réductible au
matériel, plus largement au physique, ce qui inclut probablement nos doutes, nos rêves, nos
sentiments, nos sensations, nos volontés, nos raisonnements, nos souvenirs, nos intuitions
et nos imaginations. D’après la plupart des formes de matérialisme, les manifestations
intérieures de notre expérience sont des ‘’épiphénomènes’, des qualités considérées comme
secondaires et dérivées. On peut naturellement chérir pleinement la science moderne, sans
pour autant être matérialiste au sens philosophique du terme.
Parler de la métaphysique du matérialisme est un passe-temps inoffensif et un bon
problème à discuter dans un cours d'introduction à la philosophie. En soi et à strictement
parler, il s'agit d'un concept moralement neutre. Les problèmes surgissent, quand le
matérialisme devient partie intégrante d'une
idéologie
, comme dans le quatrième sens du
terme dans l'Oxford English Dictionary (OED) :
’Un schéma systématique d'idées,
généralement relatives à la politique ou à la société, ou à la conduite d'une communauté ou
d'un groupe, et considéré comme justiant des actions, en particulier un schéma implicite
ou adopté en bloc et maintenu nonobstant le cours des événements’.
L'analyse que Raymond Geuss fait de l'idéologie du point de vue de Habermas et de l'école
de Frankfort est utile, en particulier ce qu'il dit de ‘’l'idéologie au sens programmatique’. Ce
type d'idéologie est
total
: il vise à transformer l'ensemble de la société à son image. Elle est
’soutenue avec plus de conance que les preuves de la théorie ou du modèle ne le
justient.
Supposons qu'un groupe de philosophes ou de neuroscientiques décide que le ‘’libre
arbitre’’ est une illusion et qu’il explique ses raisons au public sur la radio publique
nationale. Quel impact cela aurait-il sur la vie pratique de l'Amérique ? Sans doute très peu,
alors que la conversation se poursuivrait entre professionnels.
L'idéologie du matérialisme est plus alarmante. Le militarisme, le capitalisme, le
consumérisme, le pharmaceutisme, et l'emprise puissante que ceux-ci exercent sur nos vies
- pour ne citer que quelques exemples - suggèrent une inuence plus sinistre. Dans chacun
de ces domaines, la déité est matérielle par défaut : les bombes plutôt que la force de
conviction, l'argent plutôt que l'humanité, l'appétit plutôt que le discernement, Big Pharma
plutôt que la raison et la compassion. Le matérialisme idéologique est prêt à défendre ses
actions et à se maintenir, nonobstant le cours des événements. Sous ces apparences,
l’idéologie du matérialisme manipule, ignore, détourne ou, s’il le faut, piétine tout ce qui
s'oppose à elle.
Le matérialisme (en tant que métaphysique) n'est pas une doctrine moralement
répugnante, comme telle, et les philosophes idéalistes n'ont pas le monopole des valeurs
humaines. On utilise régulièrement de grands idéaux pour justier des crimes terribles
contre l'humanité. Des matérialistes philosophiques soutenaient des causes progressistes à
l'époque des Lumières en Europe. Thomas Paine et Clarence Darrow - deux esprits très
purs - étaient matérialistes. Le matérialisme devient une idéologie, lorsqu'il adhère à des
pratiques qui restreignent, dominent ou détruisent l'expérience humaine.
Dans le pire des cas, le matérialisme peut se transformer en un obusier idéologique qui
détruit les mythes, les coutumes, les croyances et les modes de vie des sociétés colonisées.
Une technologie militaire supérieure, de vastes richesses et une rationalité organisée
permettent de ruiner et d'asservir les habitats culturels indigènes. Les colonialistes
occidentaux se servirent du nouveau matérialisme scientique pour forcer les peuples
indigènes qu'ils assujettirent à renoncer à leurs modes de vie et à leurs systèmes de
croyance, en les parquant dans des ghettos, des ‘’réserves’’ et des zones de répression
quelconques.
La destruction généralisée de modes de pensée et modes d'être - symboles, histoires,
langues, arts, artisanats - fait partie de la débâcle du matérialisme idéologique. Concernant
ces préoccupations, on devrait consulter
L'Orientalisme
(1979) et
Culture et Impérialisme
(1991) d'Edward Said.
En tant que credo implicite, le matérialisme jette une ombre de suspicion sur des catégories
entières d'expériences, qu’elles soient mystiques, visionnaires, inspirées, intuitives,
esthétiques, contemplatives, magiques, etc. La vie intérieure des êtres humains devient la
victime, et l'âme une espèce en voie de disparition. La perte insidieuse de la vie privée et la
dérive cryptée vers la surveillance sont des indicateurs d'un matérialisme qui s'immisce
dans les entrailles de notre être le plus intime. L'alliance puissante et fructueuse du
matérialisme scientique et du capitalisme mondial illustre une telle tendance. Concernant
cette question importante d'idéologie déshumanisante qui s’ignore, Paul Feyerabend écrira
dans
Adieu la Raison
:
Je dis qu'Auschwitz est la manifestation extrême d'une attitude qui se perpétue
encore à notre époque. Elle ressort dans le traitement des minorités à l’intérieur des
démocraties industrielles ; dans l'éducation, qui consiste surtout à transformer des
jeunes gens épatants en copies insipides et bien-pensantes de leurs professeurs ;
elle se traduit par la menace nucléaire, l'augmentation constante du nombre et de la
puissance des armes mortelles et l’empressement de prétendus patriotes à
déclencher une guerre par rapport à laquelle l'holocauste se réduira à une peau de
chagrin ; par la destruction de la nature et des cultures dites ‘’primitives’, sans
jamais penser à ceux qui sont alors privés du sens de leur vie ; par la prétention
monumentale de nos intellectuels, leur assurance de savoir précisément ce dont
l'humanité a besoin, et leurs efforts implacables de remodélisation de l’homme en
fonction de leur propre image déplorable ; par la mégalomanie infantile de ces
médecins qui exercent un chantage à la peur, mutilent leurs patients et les
persécutent encore à l’aide de factures exorbitantes ; par le manque de sensibilité de
ces pseudo-chercheurs de vérité qui torturent systématiquement les animaux,
scrutent leur mal-être et reçoivent des prix pour leur cruauté.
Ces commentaires sur le côté obscur non reconnu d'un type de métaphysique furent
publiés en 1987. La vision que l'on a du monde est d'une importance vitale. Feyerabend
conclut : Le problème est le mépris croissant des valeurs spirituelles et leur remplacement
par un matérialisme grossier, mais ‘scientique“, que l'on qualie même parfois
d’humanisme…
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(Extrait de Michael Grosso,
The man who could y : St. Joseph of Copertino
and the mystery of levitation
)
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Pour poursuivre la réexion à la fois philosophique et pratique, je suggère la lecture d’un dialogue que j’ai mené avec l’I. A.
Perplexity, qui explore les liens et les rapports entre les perspectives spirituelles et matérielles de l’existence. C’est un dialogue qui
s’est opéré tout à fait spontanément et sans aucune préparation spécique et qui n’a aucune prétention particulière, mais il propose
pas mal de pistes et déléments de réexion intéressants, me semble-t-il, NDT.
https://studylibfr.com/doc/10199959/perspectives-spirituelles-et-mat%C3%A9rialisme-forcen%C3%A9---un-di...
Perspectives spirituelles et matérialisme forcené : un dialogue enrichissant et constructif avec l’I.A. Perplexity
Pierre-Albert Hayen
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