Analyse de "Profession de foi" de Nerval : Satire et Désillusion

Telechargé par Marie Campagne
Marie Campagne
L3 Lettres Modernes
Exposé: “Profession de foi”, Gérard de Nerval
Le 7 mai 1831 est publié dans la revue Le Mercure de France au Dix-neuvième
siècle le poème “Profession de foi” signé du pseudonyme “M. Personne”. Le véritable auteur
de ce poème est en réalité Gérard de Nerval, poète romantique français né en 1808 et mort
en 1855. Pour Emmanuel Buron dans son article « Ronsard contre les Saint-Simoniens. La
“Profession de foi” de Nerval », si Nerval n’a pas souhaité publier cet article sous son vrai
nom c’est probablement car il s’agit pour lui de “la plus radicale expression du
désenchantement après la Révolution de Juillet”. En effet, dans ce poème tout en alexandrin
et en rimes suivies, Nerval décrit la société qui lui est contemporaine comme corrompue où
les révolutions finissent toujours par être des échecs. Nous nous demanderons donc par
quels procédés Nerval fait de ce poème une satire de la société qui rend compte de sa
désillusion au lendemain de la Révolution de Juillet 1830. Pour répondre à cette question
nous verrons dans un premier temps en quoi il s’agit d’un poème satirique critique de la
société, puis dans un second temps nous analyserons l’impossibilité pour le poète de croire
en un avenir meilleur.
“Profession de foi” est un poème politique à plusieurs égards: de par sa forme c’est
un poème satirique et grâce à cela, le poète établit une critique de la société corrompue de
son époque et exprime sa désillusion suite à la révolution de juillet 1830.
La critique que fait Nerval de la socié se ressent à travers la forme-même du
poème. En effet, il est possible de classer “Profession de foi” dans la catégorie des poèmes
satiriques et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, dès le début du poème, Nerval pose le
ton en employant à plusieurs reprises le champ lexical prosaïque de la nourriture avec par
exemple “morue” au vers 1 ou “viande crue” au vers 2. De plus, la satire se trouve
également à travers l’emploi de noms propres contre lesquels Nerval dirige sa critique. Il
nomme ainsi les titres de journaux comme au vers 9: la Mode, ou le Globe ou l’Artisteet
des courants de pensée comme celui des Saint-Simoniens qui est cité deux fois au cours du
poème. Enfin, pour Emmanuel Buron, l’usage d’alexandrins en rime suivies aabb est un
moyen pour Nerval de reprendre les poèmes satiriques des poètes du XVIe s. comme
Ronsard avec le Discours des misères du temps et Du Bellay avec Le Poète courtisan. Il
s’inscrit ainsi dans la lignée de la poésie satirique du XVIe siècle tout en la modernisant
comme par exemple avec les très nombreux enjambements qui parcourent tout le poème.
Tout ceci fait donc de ce poème un poème satirique qui sert ensuite à la critique d’une
société corrompue.
Dans ce poème Nerval fait la critique de la société de son époque à travers une
métaphore filée qui traverse toute la seconde strophe: la métaphore filée du marais. Cette
métaphore est introduite au vers 21 dans lequel le poète exprime l’idée que “la société n’est
qu’un marais fétide”. Dans ce marais, il oppose le fond, c’est-à-dire le peuple et la surface,
c’est-à-dire les élites corrompues. Cette opposition entre le fond et la surface est renforcée
par l’usage des adjectifs. D’une part, le fond est qualifié de “pur et limpide” au vers 22. Ces
deux adjectifs sont placés à la fin du vers ce qui les met en avant. D’autre part, la surface du
marais est qualifiée comme ce qu’il y a “de plus/ Vénéneux et puant) aux vers 23 et 24. Ici,
les deux adjectifs sont placés en rejet, comme si le vers lui-même était dégoûté par cette
partie du marais. Cette métaphore est un moyen pour le poète de pointer l’injustice de
l’ordre social dans lequel le peuple est bloqué au fond d’un marais corrompu par les élites
qui les empêche de remonter à la surface. Cette vision de la société sans espoir
d’amélioration est le résultat de la désillusion du poète suite à la révolution qui a eu lieu en
France quelques mois avant l’écriture du poème.
“Profession de foi” est un poème qui traduit la déception du poète suite à l’échec de
la Révolution de Juillet 1830 et le début de la monarchie constitutionnelle. Tout d’abord,
cette désillusion est visible à travers l’évolution de la métaphore du marais à la fin de la
deuxième strophe. En effet, au vers 33, le poète mentionne “ces moments de crise” ainsi
que des verbes renvoyant au champ lexical de la lutte comme “s’agiter” au vers 34 ou “se
battre” au vers 35. La révolution est alors illustrée par la gradation du vers 37 qui transforme
le marais en “étang, lac, torrent”. Cette gradation image la montée en puissance de la
révolution qui prend de plus en plus d’ampleur et devient de plus en plus violente. Mais la
révolution est stoppée dans son élan par la fin du vers “Puis tout se calme”. Cette coupe
dans le vers est suivie d’un enjambement qui renforce encore l’effet de l’arrêt soudain de la
révolution. Il y a alors un retour à l’ordre antérieur. Le torrent “redevient marais” au vers 38,
ce qui marque l’échec définitif de la lutte. Cet échec est ensuite présenté dans le dernier
vers de la strophe comme nécessaire. Le poète emploit le verbe “devoir” au sens de la
nécessité. Il est résigné à l’idée que tout changement dans la société est voué à l’échec.
Ainsi, en employant le poème satirique, Nerval dresse une critique de la société de
son époque qui est, selon lui, fondée sur la corruption, ce qui empêche toute tentative de
révolution d’aboutir à un quelconque changement.
Cette vision profondément pessimiste de la société traduit chez le poète
l’impossibilité d’adhérer à toute croyance. Le poème est alors aussi une attaque envers les
contemporains de Nerval qui se rangent derrière des idéologies plutôt que d’accepter la
réalité du monde.
“Profession de foi” rend compte de la difficulté pour le poète d’adhérer aux différentes
croyances et idéologies de son époque. En effet, toutes ces croyances sont, pour lui,
rendues impossible par la réalité du monde. Ce constat pousse alors Nerval à une critique
des partis politiques. Mais cette vision des choses a aussi pour conséquence de créer de la
souffrance chez le poète.
Ce qui transparaît dans ce poème, c’est l’envie de Nerval de croire en un monde
meilleur. Mais cette envie est toujours déçue par le monde et par la société. Cette déception
est par exemple particulièrement visible avec l’emploi de comparaison entre la colombe et
l’âme du poète des vers 53 à 56. La colombe, symbole d’espérance revient à chaque fois au
poète “mouillée, / Traînant l’aile, sentant ses forces s’épuiser”. Ainsi, les espoirs du poète
sont toujours déçus, ce qui conduit à la disparition de l’espoir lui-même. Nerval va alors
critiquer l’idée même de croyance dans ce contexte politique. Cela se voit tout d’abord par le
titre ironique du poème: “Profession de foi”. Ici, il fait tout sauf une profession de foi, il clame
au contraire qu’il n’a plus foi en rien. Cela le conduit à se moquer de ceux qui continuent de
croire malgré ce monde corrompu. Par exemple, au vers 18, il emploie l’ironie pour décrire
ces hommes des animaux “à deux pieds et sans tête” afin d’insister sur la bêtise de la
croyance. Cette impossibilité pour Nerval de croire dans la société le conduit directement à
la critique des partis.
Dans ce poème Nerval rejette les partis politiques qui, pour lui, ne font que créer des
illusions d’un avenir possible. Mais cet avenir est en réalité une utopie. Par exemple, la
première strophe consiste dans son entièreté à une liste de tout ce que le poète préférerait
faire plutôt que d’être assimilé à certains partis qu’il énumère aux vers 10 et 11: “Phillipiste, /
Républicain, Carliste, Henriquiste”. Cette énumération inclut également des religions. Tout
comme il refuse de se dire membre d’un parti, le poète refuse d’être appelé “Chrétien, /
Païen, Mahométan”. En liant partis politiques et religions dans une même énumération,
Nerval met au même plan la croyance dans une religion et la croyance dans l’avenir proposé
par un parti politique. Enfin, on remarque que dans ce poème, il y a une critique toute
particulière à l’encontre des “Saint-Simoniens” qui sont nommés deux fois. Il s’agit encore
une fois d’un emploi de l’ironie car dans l’idéologie saint-simonienne, il y a le refus de la
croyance religieuse au profit de la croyance envers les “experts”. Or, Nerval choisit au vers
12 de placer ce parti à la fin de l’énumération des religions, ce qui renforce encore l’ironie
pour le lecteur de l’époque. Cependant, cette critique des partis et ce refus de la croyance
en un avenir meilleur a une conséquence directe sur la vie du poète: celle de la difficulté à
se situer dans cette société.
L’impossibilité pour le poète d’adhérer à une croyance crée chez lui un sentiment de
souffrance. Ce sentiment est particulièrement visible dans la dernière strophe, notamment à
travers du vocabulaire employé. Il y a par exemple au vers 49 l’exclamation “c’est bien
triste!” ou encore à la fin de la strophe l’emploi de verbes comme “errer” (v.41) ou “s’épuiser”
(v.55). L’image de la colombe et de l’arche l'illustre également. L’âme du poète ne trouve
l’espoir nulle part, “n’ayant pu trouver au monde se poser” (v.56). Cela le pousse alors à
se renfermer sur lui-même comme Noé sur son arche. En effet, le poète est isolé, d’une part
il ne partage pas la croyance des partisans, mais d’autre part, il ne se reconnaît pas non
plus dans les journalistes qui orientent leurs articles en fonction de l’opinion commune. Pour
Emmanuel Buron, c’est ce qui peut être compris par la mention d’une série de journaux dans
la première strophe. Ce qui lie ces journaux ce n’est pas leur orientation politique mais la
façon dont ils ont de payer leurs pigistes. Ces derniers changent les idées de leurs articles
en fonction de ce qui se dit dans l’opinion publique. Or, ce n’est évidemment pas la vision du
monde que Nerval présente dans ce poème. Au contraire, il voudrait pouvoir avoir la ferveur
des partisans, mais le monde ne le permet pas.
Pour conclure, avec “Profession de foi”, Nerval utilise les procédés rhétoriques du
poème satirique afin de critiquer la société corrompue de son époque. Il y présente une
société dans laquelle les élites poussent le peuple au fond du “marais” et empêche tout
changement à la suite des révolutions. Cela entraine la désillusion du poète qui lui, mettait
de l’espoir dans la dernière révolution avant l’écriture du poème: la Révolution de Juillet
1830. Ce constat pessimiste rend impossible pour le poète toute croyance dans un parti ou
une religion. Mais cela a pour conséquence de l’isoler et de le laisser seul face à une société
qui continue de croire aux utopies proposées par les partis.
1 / 3 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!