
par l’usage des adjectifs. D’une part, le fond est qualifié de “pur et limpide” au vers 22. Ces
deux adjectifs sont placés à la fin du vers ce qui les met en avant. D’autre part, la surface du
marais est qualifiée comme ce qu’il y a “de plus/ Vénéneux et puant) aux vers 23 et 24. Ici,
les deux adjectifs sont placés en rejet, comme si le vers lui-même était dégoûté par cette
partie du marais. Cette métaphore est un moyen pour le poète de pointer l’injustice de
l’ordre social dans lequel le peuple est bloqué au fond d’un marais corrompu par les élites
qui les empêche de remonter à la surface. Cette vision de la société sans espoir
d’amélioration est le résultat de la désillusion du poète suite à la révolution qui a eu lieu en
France quelques mois avant l’écriture du poème.
“Profession de foi” est un poème qui traduit la déception du poète suite à l’échec de
la Révolution de Juillet 1830 et le début de la monarchie constitutionnelle. Tout d’abord,
cette désillusion est visible à travers l’évolution de la métaphore du marais à la fin de la
deuxième strophe. En effet, au vers 33, le poète mentionne “ces moments de crise” ainsi
que des verbes renvoyant au champ lexical de la lutte comme “s’agiter” au vers 34 ou “se
battre” au vers 35. La révolution est alors illustrée par la gradation du vers 37 qui transforme
le marais en “étang, lac, torrent”. Cette gradation image la montée en puissance de la
révolution qui prend de plus en plus d’ampleur et devient de plus en plus violente. Mais la
révolution est stoppée dans son élan par la fin du vers “Puis tout se calme”. Cette coupe
dans le vers est suivie d’un enjambement qui renforce encore l’effet de l’arrêt soudain de la
révolution. Il y a alors un retour à l’ordre antérieur. Le torrent “redevient marais” au vers 38,
ce qui marque l’échec définitif de la lutte. Cet échec est ensuite présenté dans le dernier
vers de la strophe comme nécessaire. Le poète emploit le verbe “devoir” au sens de la
nécessité. Il est résigné à l’idée que tout changement dans la société est voué à l’échec.
Ainsi, en employant le poème satirique, Nerval dresse une critique de la société de
son époque qui est, selon lui, fondée sur la corruption, ce qui empêche toute tentative de
révolution d’aboutir à un quelconque changement.
Cette vision profondément pessimiste de la société traduit chez le poète
l’impossibilité d’adhérer à toute croyance. Le poème est alors aussi une attaque envers les
contemporains de Nerval qui se rangent derrière des idéologies plutôt que d’accepter la
réalité du monde.
“Profession de foi” rend compte de la difficulté pour le poète d’adhérer aux différentes
croyances et idéologies de son époque. En effet, toutes ces croyances sont, pour lui,
rendues impossible par la réalité du monde. Ce constat pousse alors Nerval à une critique
des partis politiques. Mais cette vision des choses a aussi pour conséquence de créer de la
souffrance chez le poète.
Ce qui transparaît dans ce poème, c’est l’envie de Nerval de croire en un monde
meilleur. Mais cette envie est toujours déçue par le monde et par la société. Cette déception
est par exemple particulièrement visible avec l’emploi de comparaison entre la colombe et
l’âme du poète des vers 53 à 56. La colombe, symbole d’espérance revient à chaque fois au
poète “mouillée, / Traînant l’aile, sentant ses forces s’épuiser”. Ainsi, les espoirs du poète
sont toujours déçus, ce qui conduit à la disparition de l’espoir lui-même. Nerval va alors
critiquer l’idée même de croyance dans ce contexte politique. Cela se voit tout d’abord par le
titre ironique du poème: “Profession de foi”. Ici, il fait tout sauf une profession de foi, il clame
au contraire qu’il n’a plus foi en rien. Cela le conduit à se moquer de ceux qui continuent de
croire malgré ce monde corrompu. Par exemple, au vers 18, il emploie l’ironie pour décrire
ces hommes des animaux “à deux pieds et sans tête” afin d’insister sur la bêtise de la