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Pour des considérations économiques, la France a disloqué la Haute-Volta et a réparti sa
population entre le Soudan français, la Côte d’Ivoire, et le Niger. Les réactions à la
dislocation de la colonie ont été variables. Opposants et partisans du démembrement
mobilisèrent le fait identitaire pour faire valoir leurs positions.
➢ Du côté des mécontents, on a les chefs traditionnels mossi, avec en leur tête les
souverains de Ouagdougou, naaba Koom et successeur naaba Saaga II. Ayant
considéré que la dislocation de la colonie entrainait celle de la « grande famille
mossie », ces deux souverains se lancèrent dans une vaste campagne de mobilisation
pour le rétablissement de la Haute-Volta dans ses limites antérieures. Naaba Saaga II
en particulier conjugua à la fois action syndicale (l’Union pour la Défense des intérêts
de la HV, UDIVH, 1945), politique (Union voltaïque, 1946) et offensive diplomatique
pour faire aboutir sa cause ;
➢ Réticences au rétablissement de la colonie par des élites (politiques, traditionnelles et
religieuses) de l’Ouest, l’Est et du Nord. L’opposition de l’élite politique de l’Ouest
s’inscrit dans la rivalité politique entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Dans le
cercle de Dori, les administrateurs coloniaux, les chefs de canton, et les leaders
politiques se mobilisèrent aussi pour le maintien de ce cercle dans la colonie du Niger
répondant ainsi à la volonté du gouverneur du Niger, Jean Toby et Boubou Hama le
leader du RDA nigérien. Ces derniers ont défendu le maintien du cercle de Dori dans
la colonie du Niger au nom des affinités ethniques, culturelles, religieuses, et
économiques de ses populations avec celles du Niger :
Au point de vue historique, la population peule des cantons du Liptako et du
Yaaga relevaient avant la pénétration coloniale « du royaume de Sokoto par
l’intermédiaire de Say ». Elle était orientée vers l’Est et n’avait eu « aucun
lien avec les populations du sud ». Au plan géographique, la quasi-totalité du
territoire du cercle de Dori appartient à la zone sahélienne entraînant un
genre de vie et des activités économiques différents de ceux du « groupe
voltaïque ». S’agissait de l’aspect ethnique, la population du cercle est
composée de Peuls, Songhaï, et de Touareg, entretenant des relations étroites
avec les populations analogues du Niger et du Soudan oriental ; elle n’a aucun
lien culturel ou coutumier avec les populations moose. Sur le plan religieux,
les habitants de Dori sont en quasi-totalité musulmane comme les autres
populations du Niger