
Pourquoi des nouveaux tests
immunologiques dans le diagnostic
de la TB ?
Plusieurs voies de recherche ont été entreprises afin de pallier
les limites intrinsèques et logistiques du TCT, notamment la
lecture décalée dans le temps. Cette dernière condition oblige à
une seconde visite du patient et un certain nombre de person-
nes sont perdues de vue au cours d’enquêtes de dépistage (de
l’ordre de 20 %). Certaines publications font état d’une fré-
quence plus élevée, jusqu’à 70 %.
Le but des recherches en mycobactériologie était d’obtenir un
test biologique équivalent au TCT en termes de sensibilité, mais
présentant plusieurs avantages : une réalisation en un seul
temps, donnant des valeurs objectives, indépendantes de
l’observateur, et une spécificité supérieure au TCT, avec des
résultats indiquant précisément un contage avec M. tuberculosis.
Grâce aux données obtenues à partir des séquences génomiques
de M. tuberculosis
[4]
,deM. bovis et aux nombreux programmes
de recherche, plusieurs tests immunologiques visant à remplacer
le TCT ont été développés pour le diagnostic de la TB-IL.
Certains sont déjà commercialisés en Europe, aux États-Unis et
au Japon.
■Nouveaux tests immunologiques
dans la tuberculose
Principes généraux
Après un premier contact avec le bacille tuberculeux, l’indi-
vidu développe une réponse immunitaire cellulaire forte qui
peut être mise en évidence soit in vivo par le TCT soit in vitro
par des tests mesurant la présence dans le sang périphérique de
lymphocytes T spécifiques. Dans le test in vitro, l’antigène est
reconnu par des lymphocytes T mémoires, ce qui entraîne la
stimulation et l’explosion clonale de ces cellules. En fonction de
la durée d’incubation de la culture, ces tests explorent des
populations de lymphocytes différentes. Une incubation longue
(4 à 6 jours) met en évidence la réponse des cellules appelées
lymphocytes mémoires (LM), une incubation courte (16 à
24 heures) met en évidence la réponse des cellules appelées
lymphocytes effecteurs-mémoires (LEM). Les premières ont une
durée de vie très longue, les secondes une durée de vie plus
restreinte. Les LEM ne seraient présents dans la circulation
sanguine qu’au décours d’une infection tuberculeuse récente.
Les LM persistent dans la circulation sanguine longtemps après
l’infection tuberculeuse. L’expansion clonale des LM est mesurée
par des tests de prolifération cellulaire après une incubation
longue. La stimulation des LEM, en général après une incuba-
tion courte, est évaluée par la mesure de la production in vitro
de cytokines et de chimiokines. Le choix de l’interféron gamma
(INFc), comme cytokine indicatrice, est lié à son rôle dans la
réponse protectrice vis-à-vis de M. tuberculosis, et à sa présence
dans la réaction intradermique chez l’homme.
Historique
Les premiers tests, utilisant la prolifération lymphocytaire ou
l’inhibition de la migration des macrophages en présence de
tuberculine ou de purified protein derivative (PPD), étaient peu
précis et ont été remplacés récemment par des tests évaluant la
stimulation des lymphocytes, en particulier ceux qui mesurent
la production de l’INFc, appelés interferon gamma release assay
(IGRA).
Après des évaluations précliniques réalisées initialement à
partir des prélèvements sanguins de bovins infectés qui ont
démontré la très bonne corrélation existant entre la production
in vitro d’INFcet le TCT employant la tuberculine
[5]
ces tests
IGRA ont été ensuite évalués et validés chez l’homme en
plusieurs étapes. La première étape a consisté dans la démons-
tration de la concordance entre les tests immunologiques in
vitro et le TCT en utilisant le PPD comme antigène
[6-10]
avec
certaines variations en fonction des populations étudiées
[11, 12]
.
Les étapes ultérieures ont été consacrées à l’isolement, la
purification et l’obtention d’antigènes spécifiques de M. tubercu-
losis. Ces antigènes sous la forme de polypeptides stimulent la
production in vitro d’INFcpar les lymphocytes T de bovins et
des patients infectés par M. tuberculosis et ne produisaient pas de
réponses positives chez les sujets sains vaccinés par le BCG et/ou
infectés par les MNT
[2]
. L’analyse génomique comparative de
M. bovis BCG et M. tuberculosis a montré que ces polypeptides
étaient produits par des gènes présents dans des régions unique-
ment présentes au sein du génome de M. tuberculosis, et absentes
du génome de M. bovis BCG. Ces régions appelées régions de
délétion ou de différence (RD) étaient également absentes de
toutes les souches vaccinales de BCG, employées dans le monde,
ainsi que de M. microti
[13]
. L’une de ces RD, RD1, possède un
locus particulier appelé Esx et responsable de la production de
deux polypeptides, l’ESAT-6 (early secreted antigenic targeted-
6 kDa protein) et le CFP10 (culture filtrate protein-10), formant un
complexe sécrété par M. tuberculosis
[2]
. Comme cela a été
démontré chez l’animal
[5]
, puis chez l’homme
[14]
, ces deux
polypeptides sont immunodominants pour la réponse immuni-
taire cellulaire thymodépendante. Leur rôle potentiel dans le
diagnostic de la tuberculose a été analysé dans des modèles
animaux et chez l’homme
[15]
. Parmi les autres espèces de
mycobactéries étudiées, cinq MNT (deux mycobactéries pathogè-
nes : M. kansasii, M. marinum ; et trois mycobactéries non
pathogènes : M. szulgai, M. terrea et M. oenae) produisent le
complexe ESAT-6/CFP10
[2]
. Un orthologue du gène d’ESAT-6 est
présent chez M. leprae, mais l’homologie peptidique n’est que de
33 %
[16]
. D’autres polypeptides associés à cette région RD1, ou
à d’autres RD, ont été synthétisés et évalués. Les antigènes
utilisés étaient soit des protéines recombinantes, soit des
peptides synthétiques chevauchants. L’un d’entre eux, le TB7.7
(Rv2654), très spécifique de M. tuberculosis, a été récemment
incorporé dans un nouveau kit (QuantiFERON-TB Gold In
Tube
®
), afin d’augmenter la sensibilité globale du test.
Nouveaux tests IGRA disponibles
Deux tests sont actuellement commercialisés, ils sont propo-
sés sous la forme de kits prêts à l’emploi (Tableau 1).
Le premier (QuantiFERON-TB Gold InTube
®
) correspond à
un kit de troisième génération qui permet le dosage par enzyme-
linked immunosorbent assay (Elisa) de l’INFcà partir du plasma
obtenu après incubation courte (16 à 24 heures) de 1 ml de
sang complet dans un tube contenant trois antigènes (peptides
chevauchant d’une taille de 16-25 mer correspondant à
l’ESAT-6, au CFP10 et au TB7.7). Deux tubes additionnels sont
adjoints pour recevoir chacun 1 ml de sang, l’un sans antigène
(Nil) servant de témoin négatif, l’autre contenant un mitogène
(phytohaemagglutinin [PHA]) servant de témoin positif d’une
immunocompétence et de test de contrôle de qualité. Les
valeurs interprétatives sont données par le fabricant avec une
valeur-seuil de 0,35 UI/ml après soustraction des valeurs du tube
témoin négatif. Cette valeur-seuil est de 0,5 UI/ml pour le tube
témoin positif : un test ayant des résultats inférieurs aux deux
seuils est indiqué comme « indéterminé ». De même, une valeur
supérieure à 8 UI/ml dans le tube témoin négatif entraîne un
résultat « indéterminé ».
Le second kit (T-SPOT-TB
®
) permet l’énumération des lym-
phocytes T sécrétant l’INFcaprès isolement et incubation courte
(16 à 24 h) d’un nombre minimum (2,5 × 10
5
/ml) de cellules
sanguines mononucléées (PBMCs) en présence de deux pools de
peptides chevauchants (représentatifs de l’ESAT-6 et CFP10) par
une technique enzyme-linked immunosorbent spot (ELISPOT). Les
cellules sont réparties dans quatre cupules contenant respecti-
vement : un des deux antigènes (ESAT-6 ou CFP10), un mito-
gène, pas d’antigène. Les valeurs interprétatives sont données
par le fabricant avec une valeur supérieure ou égale à 6 spots
pour au moins une des cupules contenant antigène après
soustraction des valeurs de la cupule témoin négatif. Le nombre
de spots dans cette cupule doit être inférieur à 10 sinon le
résultat est considéré comme « indéterminé ». Si le nombre de
spots est inférieur à 20 dans la cupule témoin positif, et les
cupules avec antigènes sont négatives, le résultat doit être
considéré comme « indéterminé ».
Tuberculose : diagnostic immunologique de l’infection tuberculeuse
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90-30-0225-A
3Biologie clinique
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