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Economie et Finance
La microfinance et sa contribution à l'amélioration
des conditions de vie des adhérents; cas de la
préfecture de Tchaoudjo dans la région centrale du
Togo
( Télécharger le fichier original )
par Abdou-Wahabi ABDOU
Université de Lomé - Maitrise en sociologie 2010
UNIVERSITE DE LOME
Disponible en
mode
multipage
FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
(FLESH)
DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE
LA MICROFINANCE ET SA CONTRIBUTION
A L'AMELIORATION DES CONDITIONS DE
VIE DES ADHERENTS :
Cas de la préfecture de Tchaoudjo
MEMOIRE
POUR L'OBTENTION DU DIPLOME DE
MAITRISE ès-LETTRES ET SCIENCES
HUMAINES
OPTION : ESPACES ET GROUPES SOCIAUX
Présenté et soutenu par : Sous la direction de :
ABDOU Abdou-Wahabi Dr. BAKALI Toï
(Assistant)
Co-directeur :
Dr. DANIOUE T. Roger
(Maître Assistant)
DECEMBRE 2010
SOMMAIRE
DEDICACE ii
REMERCIEMENTS ....iii
SIGLES ET ACCRONYMES v
LISTE DES TABLEAUX ....vi
INTRODUCTION 1
PREMIERE PARTIE : CADRES THEORIQUE ET CONCEPTUEL DE LA
RECHERCHE~~~~~~~~~~..~~...~~~~~~~.~~~.6 CHAPITRE I : CADRE
THEORIQUE~ ~~~~~~~~~~~~ ~7 CHAPITRE II : PROBLEMATIQUE ....................
.............................43
DEUXIEME PARTIE : CADRE THEMATIQUE, PHYSIQUE ET
METHODOLOGIQUE DE L'ETUDE~~~~~~~~~~~~~...~54 Chapitre III :
PRESENTATION DU CADRE PHYSIQUE DE
L'ETUDE~~~~~~~~~~.~~~~~~~~~~~~~~~...~55 Chapitre IV : LA METHODOLOGIE
DE LA RECHERCHE ~~~~~ 61
TROISIEME PARTIE : ANALYSE DES DONNEES ET INTERPRETATION DES
RESULTATS .71
Chapitre V : Analyse des données~~..~~~~~~~~~~~.~~.~. 72 Chapitre VI: Interprétation
des résultats~~..~~~~~~~~~.~~.~.90
RECOMMANDATIONS ....101
CONCLUSION 104
BIBLOGRAPHIE . .107
Annexes 110
Table des matières .....117
DEDICACE
A ma mère et
à mon Grand-frère Abass.
REMERCIEMENTS
Aucun travail ne s'accomplit dans la solitude, dit-on souvent. Notre travail n'est devenu
une réalité que grace au soutien de toutes sortes de plusieurs personnes que nous tenons à
remercier. Parmi ces personnes, nous avons :
+ Dr. BAKALI Toï, notre directeur de mémoire qui malgré ses multiples
occupations a accepté de nous éclairer et nous guider dans ce travail.
Nous lui adressons nos sincères remerciements pour sa disponibilité et son
soutien tant pédagogique que moral du début jusqu'à la fin de notre
travail.
+ tous les membres du jury qui malgré leurs programmes chargés ont accepté d'évaluer ce
travail, apporter leurs remarques en vue de le parfaire. Qu'ils retrouvent ici nos sincères
remerciements.
·
· tous nos frères et soeurs qui, de près ou de loin, nous ont soutenu d'une
manière ou d'une autre durant tout notre cursus scolaire et universitaire.
+ M. APEDOGAN Koevi, directeur de l'agence WAGES-SOKODE et sa
sécrétaire, nous leur disons merci pour leur accueil et les précieuses
informations qu'ils nous ont fournies.
+ M. TCHAGAFO Kadère, le chargé de crédits à la COOPEC-Gaieté de la
FUCEC-TOGO de Sokodé pour les précieuses informations qu'il nous a
fournies. Nous disons également merci au directeur et à la secrétaire de
l'agence pour leur accueil et les informations qu'ils nous ont fournies.
+ nous disons également merci aux responsables de l'APIM pour leur
contribution dans ce travail.
? nos amis, IDRISSOU Razakou et BATCHE Tairou. Nous leur disons merci pour leur
soutien. Ils ont été pour nous des guides et des soutiens pour la vie.
·
· enfin, nous disons merci au directeur de la mutuelle AVENIR de
l'URCLEC et son chargé de crédit pour leur contribution dans ce travail.
SIGLES ET ACRONYMES
A.C.D.I : Agence Canadienne de Développement International B.M : Banque Mondiale
C.A.R.E: Cooperative for Assistance and Relief Everywhere (coopérative pour
l'assistance et le secours international)
C.G.A.P: Consultative Group to Assist the Poorest (Groupe consultatif d'assistance aux
pauvres)
C.M.E.C.F : Caisse Mutuelle d'Epargne et de Crédit pour les Femmes COOPEC :
Coopérative d'Epargne et de Crédit
D.S.R.P : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté F CFA : Franc de
la Communauté Financière Africaine F.M.I : Fonds Monétaire International
F.U.C.E.C : Faitière des Unités Coopératives d'Epargne et de Crédit I.M.F : Institution
de Micro Finance
I.R.A.M : Institut de Recherches et d'Application des Méthodes de Développement
O.M.D : Objectif du Millénaire pour le Développement O.N.G :
Organisation Non Gouvernementale
P .A.S.M.E.C : Programme d'Appui aux Structures Mutualistes et Coopératives
d'Epargne et de Crédit
P.N.U.D : Programme des Nations Unies pour le Développement P.S.D : Pays SousDéveloppé
ReDeMaRe : Réseau pour le Développement de la Masse sans Ressources S.F.D :
Système Financier Décentralisé
U.M.E.C.TO : Union des Mutuelles d'Epargne et de Crédit du Togo. U.R.C.L.E.C :
Union Rénovée des Caisses Locales d'Epargne et de Crédit W.A.G.E.S: Women
and Associations for Gain both Economic and Social (Associations féminines pour le
développement économique et social).
LISTE DES TABLEAUX
Tableau1 : Incidence de la pauvreté par région au Togo 3
Tableau 2 : répartition des enquêtés selon le sexe.................. 72
Tableau 3 : répartition des enquêtés selon leurs professions................... 73
Tableau 4 : répartition des enquêtés selon l'existence d'enfants à leur charge 74
Tableau 5 : répartition des enquêtés selon le niveau
d'instruction...............................................................................74
Tableau 6 : répartition des enquêtés selon les sources de financement de
leurs activités avant leur adhésion leurs mutuelles ....75
Tableau 7 : répartition des enquêtés selon la raison de l'adhésion à leurs
mutuelles..............................................................................76
Tableau 8 : Répartition des enquêtés selon le nombre de crédits
demandés...............................................................................76
Tableau 9 : Répartition des enquêtés selon le nombre de crédits
reçus...... ............................................................................ ...77
Tableau 10 : Répartition des enquêtés selon l'augmentation de leurs revenus
suite au crédits reçus..................................................................78
Tableau 11 : Répartition des enquêtés selon les raisons de la non augmentation de leurs
revenus.........................................................................79 Tableau 12 : Répartition des
enquêtés selon leurs bénéfices journaliers ......80
Tableau 13 : répartition des enquêtés selon le domaine d'investissement de
leursrevenus..........................................................................81
Tableau 14 : répartition des enquêtés selon leurs situations actuelles après avoir eule
crédit ................................................................................82 Tableau 15 : Répartition des
enquêtés selon le degré de satisfaction de leurs besoins avec leurs
mutuelles............................................................83 Tableau 16 : répartition des enquêtés
selon l'amélioration de leurs conditions de
vie..........................................................................................83
Tableau 17 : répartition des enquêtés selon la manière dont s'est faite
l'amélioration de leurs conditions de vie...................................... ...84
Tableau 18 : Répartition des enquêtés selon les raisons de la non amélioration de leurs
conditions de vie ....... ...................................85
Tableau 19 : Répartition des enquêtés selon leurs appréciations des conditions d'octroi de
crédit.......................................................................86 Tableau 20 : Répartition des
enquêtés selon leurs appréciations du taux
d'intérêt .................................................................................87 Tableau 21 : Répartition
des enquêtés selon leurs appréciations du montant des
crédits...................................................................................88
Tableau 22 : répartition des enquêtés selon l'appréciation de leurs
mutuelles..............................................................................89
INTRODUCTION
Evaluée à un peu plus de six milliards, la population mondiale est dispersée sur tout le
globe terrestre et à des densités différentes selon les régions. Aussi, le niveau de vie de ces
différentes populations varie t-il selon les milieux de vie. Ainsi, selon un rapport du
Programme des Nations-Unies pour Développement (PNUD), « une personne sur cinq
dans le monde (plus d'un milliard d'individus) continue de survivre avec moins d'un dollar
par jour, un niveau de pauvreté si abject qu'il menace la capacité de survie. Un milliard et
demi de personnes vivent avec un à deux dollars par jour. Plus de 40% de la population
mondiale forme de fait une classe défavorisée planétaire confrontée quotidiennement à la
réalité ou à la menace de la pauvreté la plus extrême »1. On estime que globalement, plus
d'un milliard de personnes pauvres dans le monde n'ont pas accès à des services financiers
de base pour gérer leur argent et développer des activités2. Cet état de choses met en
évidence une réalité : celle de la pauvreté qui caractérise des populations obligées de lutter
quotidiennement pour leur survie. Elle est également l'une des caractéristiques du
sousdéveloppement qui globalement se caractérise par l'incapacité d'un pays à exploiter
d'une façon optimale ces propres ressources naturelles, humaines et son capital.
Dans les PSD, c'est plus de 80% des familles qui sont exclues du secteur financier
formel3. Les populations s'investissent alors dans le secteur informel qui occupe une place
importante dans l'économie de ces pays.
A partir des années 1960, les PSD s'étaient lancés dans la voie du développement en
aidant les populations à lutter contre la sous-alimentation, la malnutrition, les problèmes
de logement. Malheureusement, après près de 50
1
Cf. PNUD, Rapport mondiale sur le développement humain 2005 (http://
2
CGAP ( www.cgap.org)
GENTIL Dominique et al, Microfinance, orientations méthodologiques, commission européenne, 2002
(2ème édition ), p.35
3
ans, le bilan reste négatif. En effet, les politiques de développement de ces pays ont connu
des échecs à cause non seulement de l'insuffisance des moyens de leur mise en oeuvre,
mais aussi et surtout à cause des méthodes d'intervention de ces pays. Cela se répercute
sur les différents secteurs de ces pays et la pauvreté devient la cause et la conséquence de
leur état de pays sous-développés. « Les gens peuvent encore vivre actuellement sur les
réserves, mais attendez le mois d'avril et le mois de mai et vous constatez que la plupart
des greniers sont vides. Dès le moi de mars, la fréquentation scolaire commence à
diminuer. Car on ne peut pas demander aux enfants de parcourir de longues distances
l'estomac vide. Ils n'ont simplement pas la force de marcher. Ils vont dans la brousse
chercher les feuilles de baobab ou quelque chose d'autre à manger. Ce n'est pas
nourrissant. La majorité des familles se contente d'un repas par jour pendant la période de
soudure. Ces enfants ne vont pas penser à apprendre et à écrire. »4.
Au cours de la dernière décennie (de 1990 à l'an 2000), le Togo s'est retrouvé dans une
situation socio-économique et politique difficile caractérisée par un déclin économique,
des émeutes, une pauvreté croissante et un désengagement des bailleurs de fonds. Selon le
Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) intérimaire du gouvernement,
en l'an 2000, environ 72,2% de la population togolaise vivait en dessous du seuil de la
pauvreté et 57,4% dans une extrême pauvreté, sur la base des revenus annuels de 100.800
FCFA et de 78.400 FCFA (environ 200 et 150 dollars US)5 respectivement. Avec un
revenu par habitant de 310 dollars US en 2003, le Togo figure parmi les pays les plus
pauvres de la planète. Selon le rapport sur le développement humain 2003 du PNUD, le
Togo est classé au 141ème rang mondial sur 173 pays.
La détérioration des conditions de vie et l'extrême pauvreté affectant la grande majorité de
la population ont causé à la société togolaise des
4
Banque mondiale, Evaluation, New York, 1994, p12
5
Cf. Togo-DSRP, Juin 2004, p.11
dommages socio-économiques difficilement réparables. Cette situation est illustrée par la
détérioration des principaux indicateurs sociaux, notamment en matière d'éducation, santé
et nutrition, accès à l'eau potable, hygiène et autres services de base. La détérioration des
conditions de vie se traduit également par une aggravation de la vulnérabilité sociale. Le
manque de ressources a contraint le gouvernement à limiter ses dépenses vis-vis des
secteurs sociaux prioritaires. L'incidence de la pauvreté laisse apparaitre une image plus
complexe suivant les régions, le genre et les secteurs sociaux. En effet, la pauvreté est
surtout répandue en milieu rural avec des incidences les plus accentuées dans la région
des savanes et du centre.
Tableau 1: Incidence de la pauvreté par région au Togo
Région Pauvreté Extrême pauvreté
%
%
Lomé
50
32,7
Maritime
80
68
Plateaux
73,5
62,9
Centrale
82,2
63,9
Kara
79,8
60,8
Savanes
85,9
73,2
TOGO
72,6
57,4
Source : Togo- projet DSRP intérimaire Juin 2004, p.11
Les données de ce tableau illustrent que les deux régions où la proportion des pauvres est
plus élevée du pays sont la région des Savanes et la région Centrale avec respectivement
85,9% et 82,2% de populations pauvres et 73,2% et 63,9% de la population vivant dans
l'extrême pauvreté. Suivent ensuite la région maritime (80%), la région de Kara (79,8%),
la région des Plateaux
(73,5%) et la région Lomé-Golf (50%). Les flux d'aides extérieures au Togo ont baissés
depuis le début des années 90. Au cours de la dernière décennie, les bailleurs de fonds
multilatéraux et bilatéraux représentaient respectivement environ 60% et 32% de
l'assistance extérieure du Togo, et les ONG internationales ont contribué en moyenne aux
8% restants.
Malgré la suspension de l'assistance budgétaire, plusieurs bailleurs de fonds ont continué
à soutenir les projets principalement à travers des entités non gouvernementales et des
collectivités locales, avec un accent sur les secteurs sociaux. C'est en ce sens que dans le
cadre de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, donateurs et praticiens ont fait
appel à la microfinance pour insérer les populations pauvres dans le développement
économique de leurs pays à travers la création d'emplois, de revenus et donc de pouvoir
d'achat. C'est justement ce qu'il faut pour soutenir les populations togolaises du fait que
avec la crise socio-politique et économique qui a plongé le pays dans une misère sociale,
l'économie nationale est soutenue par un secteur informel plus dynamique et plus
entreprenant.
Dans la préfecture de Tchaoudjo, la misère sociale est une réalité que vivent les
populations quotidiennement. Le pouvoir d'achat est très faible et tous les secteurs sociaux
même les plus prioritaires (santé, éducation, etc.) en font les frais. Dans ces conditions, les
IMF deviennent les principaux pourvoyeurs de services financiers à la population. Après
près de vingt ans de présence, il est nécessaire ou même urgent de réfléchir et de
comprendre leur action et leur impact sur les conditions de vie des populations en vue de
proposer des alternatives pour l'encourager et / ou la reformer. C'est dans ce cadre que se
situe notre étude. Elle s'articule autour de trois (3) parties :
- La première partie constitue le cadre théorique et conceptuel de la recherche et
comprend deux chapitres :
1- Cadre théorique de la recherche
2- Problématique
- La deuxième partie présente les cadres physique et méthodologique de l'étude. Cette
partie comprend deux(2) chapitres :
1-Présentation du cadre physique de l'étude
2- La méthodologie de la recherche
- La troisième partie présente l'analyse des données et l'interprétation des résultats et
comprend également deux(2) chapitres :
1- L'analyse des données
2- L'interprétation des résultats.
PREMIERE PARTIE :
CADRE THEORIQUE ET
CONCEPTUEL
DE LA RECHERCHE
CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE DE LA
RECHERCHE
I.1- JUSTIFICATION
Depuis la période coloniale jusqu'aux indépendances, le continent africain est considéré
comme un continent pauvre du fait des revenus « minables » de ses populations et de leur
niveau de vie très bas. Ainsi, l'analyse classique de la pauvreté se focalise uniquement sur
ces critères et propose comme principale solution de la pauvreté, la croissance
économique au niveau des Etats. Ces tentatives de croissance économiques n'ont guère
amélioré les conditions de vie des populations. Il y a presque quarante (40) ans, Furtado
C. écrivait que la théorie du développement explique dans une perspective macroéconomique, les causes et les mécanismes de l'augmentation persistante de la productivité
du facteur travail et ses répercutions dans l'organisation de la production et dans la forme
comment est distribué et utilisé le produit social.6 Il y distingue d'un côté le plan des «
formations abstraites » de l'analyse de la croissance avec leurs modèles et leurs variables
quantifiables, et de l'autre côté le plan historique de l'étude critique. Mais c'est à ce dernier
qu'il attribue l'importance décisive. La faillite des expériences de développement post
indépendance en Afrique, notamment pendant ces quatre dernières décennies est
certainement due à la conjonction de facteurs exogènes aussi bien qu'endogènes. Le crédit
des théories hétérodoxes du développement (qui préconisent la maximisation du facteur
travail sans tenir compte du capital humain) en a également pâti, dans la mesure où elles
ont souffert, pourrait-on presque dire, du péché « d'abstraction » dont elles accusent
aujourd'hui si souvent les théories néoclassiques. Ainsi, à partir des années 1980, une
nouvelle vision plus
6
Furtado C., Desenvolvimento et subdesenvolvimento, Rio, Fundo de Cultura, 1961.
dynamique commençait à gagner du terrain : c'est la prise en compte des inégalités d'accès
aux ressources et de l'irrégularité des revenus des populations. Progressivement, les Etats
africains adoptent les uns après les autres de nouvelles politiques de développement qui
prennent en compte l'action des micros financements dans la lutte contre la pauvreté. Du
développement administratif ou << Top down », on passe à un développement participatif
ou concerté. Des chercheurs se sont beaucoup investis dans le domaine de ce nouveau
type de développement et les résultats ont été satisfaisants. En effet, la participation des
populations pauvres à leur propre développement à travers des stratégies multiples (dont
la microfinance) a permis de relever leur niveau de vie et de réduire sensiblement la
pauvreté. La microfinance s'est peu à peu taillé une place de choix dans le contexte global
du développement. Elle a commercialement prouvé son intérêt pour les populations et les
économies en soutenant des taux de croissance importants sur de longues périodes
(souvent près de 30% par an). Elle est aussi considérée comme un outil de taille pour
atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
De plus, le constat général est que l'économie sociale c'est-à-dire une économie qui d'une
part tient compte des réalités du milieu d'étude et d'autre part mobilise les ressources de ce
milieu notamment le capital humain pour son propre développement ; a proposé des
alternatives intéressantes pour le développement de l'Afrique. En effet, les concepts
comme indicateur du développement humain durable, développement participatif ou
développement à la base sont introduits dans l'économie générale et la privation de
plusieurs secteurs économiques dans les pays sous-développés ou en voie de
développement devient une exigence des organismes financiers internationaux (le FMI et
la Banque Mondiale). C'est tous ces constats qui nous ont poussé à choisir comme thème
de notre mémoire, << La microfinance
et sa contribution dans l'amélioration des conditions de vie des adhérents au Togo : cas de
la préfecture de Tchaoudjo. »
Vu l'actualité de notre thème, notre étude peut aider à l'amélioration des stratégies
d'approche des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) notamment les IMF. Elle pourra
également leur proposer de nouvelles orientations pour atteindre leurs objectifs et
s'inscrire dans la perspective du processus de mondialisation des relations économiques.
I.2- REVUE DE LA LITTERATURE
« Une recherche n'est jamais tout à fait nouvelle (...) ; l'affirmer revient à afficher son
ignorance »7. En effet, par la recherche documentaire nous avons exploré des ouvrages
qui ont trait à notre thème. C'est à l'issu de cette recherche que nous avons élaboré la
revue de la littérature.
I-2-1- GENESE ET EVOLUTION DES IMF
I-2-1-1- GENESE
La microfinance tient ses bases des premières coopératives de consommation de la
deuxième moitié du XIXè siècle. Vécue comme une solution à l'exploitation capitaliste, le
terme « coopérative » est conçu comme une alternative vis-à-vis du mouvement du
socialisme politique qui fut rapidement dominé par l'idéologie marxiste. Ainsi, au modèle
déshumanisant et impitoyable du capitalisme industriel, elle opposait un contre modèle
d'entreprise à visage humain, au modèle contraignant et aussi impitoyable d'émancipation
de la classe ouvrière par la conquête politique du pouvoir, elle opposait un contre modèle
d'émancipation par la conquête progressive du pouvoir économique.
7
Y. AMOUZOUVI in Comment élaborer un projet de recherche, 1990, Lomé - UB. Document inédit, p.6
Partie donc de la Grande-Bretagne par Robert OWEN, cette idée de coopérative atteint la
France avec Philippe BUCHEZ, l'Allemagne avec Schulze DELITSZCH et Friedrich
Wilhelm RAIFFEISEN, le Canada grâce à Alphonse DESJARDINS et les Etats-Unis par
Edouard FILENE. Les coopératives dont l'idée peut être qualifiée de manière générique
de « socialisme démocratique chrétien >>, ont été toutes crées par et pour des ouvriers,
des artisans et des cultivateurs avec l'aide des penseurs et acteurs provenant d'un milieu
riche ( eurocoop.org).
Cependant, les premières véritables expérimentations de la micro-finance remontent à
1974 au Bengladesh avec MUHAMMED YUNUS. Economiste de formation, il s'est
intéressé au sort de quelques victimes de « l'apartheid financier >> dans son pays. En
effet, MUHAMMED YUNUS avait décidé de prêter 27 dollars de sa poche à 42 artisans à
qui les banques fermaient leurs portes et usuriers réclamaient un intérêt de 25% par mois.
Peu de temps après, tous furent en mesure de rembourser leurs emprunts. Fort de cette
expérience, il tente de convaincre les banques d'accorder des crédits de sommes minimes
aux pauvres et aux déshérités. Sans succès, il décide donc de mettre en place une structure
financière pour mener à bien son projet. C'est ainsi qu'en 1983, la Grameen Bank (banque
rurale) voit officiellement le jour. MUHAMMED YUNUS devient ainsi le premier
banquier au monde à proposer des crédits aux plus défavorisés sans demander de garantie.
Au fil des années, le microcrédit fait école.
Décrivant les conditions dans lesquelles la microfinance a vu le jour en Afrique, Eveline
BAUMANN écrivait : « La focalisation sur le droit d'accès aux ressources financières va
de pair avec un regard sensiblement nouveau que les observateurs tendent à porter sur la
pauvreté. Alors que l'approche statique privilégie les revenues des populations démunies,
une vision plus dynamique de
la pauvreté s'apprête à gagner du terrain. De plus en plus, il y a prise en compte des
inégalités d'accès aux ressources et de l'irrégularité des revenus. »8 Au Togo, la toute
première COOPEC s'est annoncée en 1969 à Kougnohou dans l'Akébou sous l'initiative
du missionnaire américain James WINTER qui était choqué par les prêts usuraires des
villageois de sa paroisse. Malheureusement, son initiative a échoué parce que les paysans
avaient pensé que Monsieur WINTER avait de l'argent à leur distribuer. Un an après, il fut
relayé par certains pionniers qui ont crée et animé le CONAUDEC (Comité National pour
le Développement des Unions Coopératives d'Epargne et de Crédit) transformé en 1983
en FUCEC-TOGO avec trois employés bénévoles au départ. Tout compte fait, il faut
noter que la phase de démarrage des activités des IMF au Togo (1970-1975) était marquée
par un accent sur une épargne sans crédit.( franconetcanada.org).
Dans un numéro de Note Focus9 publié par le CGAP, les auteurs de l'article montrent le
basculement positif de la microfinance du simple microcrédit à la microfinance. En effet,
les dix dernières décennies ont été marquées par une ouverture sans précédent du monde
de la microfinance. « Au début des années 1990, la communauté internationale a
commencé à prendre conscience du fait que les prestataires de microcrédit pouvaient
recouvrer les prêts consentis aux pauvres et aux groupes à faible revenu, couvrir leur
charge et donc élargir leur clientèle. »
A l'époque les bailleurs de fonds et les prestataires de microcrédit se concentraient
essentiellement sur un seul produit (crédit) à un seul groupe de clients (micro-entreprises).
Le microcrédit était principalement fourni par des institutions spécialisées dans la
microfinance (IMF), pour la plupart des organisations non gouvernementales (ONG). « La
notion de microcrédit s'est
Eveline BAUMANN, « Microentreprise et gestion de la vulnérabilité en Afrique Subsaharienne, passé et
présent », ADA Dialogue, N°33 Juin 2004, p.31
8
CGAP, « Des services financiers inclusifs à l'horizon 2015 :quatre scénarios pour l'avenir de la
microfinance », Note Focus N°9, p.12
9
peu à peu élargit à celle de microfinance, puis de création de systèmes financiers
desservant les pauvres et les groupes à faibles revenu ; autrement dit, de système
financiers ouverts à tous ».10
Cette nouvelle vision plus ambitieuse et plus complexe à retenu l'attention des
gouvernements, des institutions financières internationales, des philanthropes, des
investisseurs sociaux, des banquiers et même des familles royales et des célébrités.
I-2-1-2- EVOLUTION DE LA MICROFINANCE EN AFRIQUE
Le phénomène de la microfinance malgré son << jeune âge » connaît une évolution
spectaculaire surtout dans les pays africains où la grande majorité de la population étant
pauvre, n'a pas accès au système financier classique. Analysant l'évolution de la
microfinace, Pierre FORESTIER écrit : << La microfinance a fait montre en quelques
années de grandes réussites et d'étonnantes performances. Il existe aujourd'hui de
nombreuses institutions viables ou en voie de l'être qui apportent des services financiers
diversifiés à des dizaines de millions de clients qui n'y avaient pas accès. Elle est en outre
un secteur qui a su mobiliser, sur une longue période, différents types d'acteurs publics et
privés et s'étendre sur un vaste champ géographique, au-delà même des pays en voie de
développement. Elle est à ce titre, un des rares phénomènes actuels de dimension
mondiale qui mobilise à la fois le débat et peut se prévaloir d'avancées concrètes sur le
terrain. »11. A travers cette analyse, on remarque que ce phénomène a en lui une force qui
lui permet de s'installer solidement et d'étendre son champ d'action au fil du temps. P.
FORESTIER continue l'analyse de l'évolution et des progrès de la microfinance en
soulignant
Note Focus, N°39 : << Des services financiers inclusifs à l'horizon 2015 : quatre scénarios pour l'avenir de
la microfinance », p.13
10
P.FORESTIER, Les enjeux de la microfinance : quel rôle spécifique pour le financement rural et agricole,
in HORIZONS BANCAIRES, N°326, Octobre 2005, p.9
11
que « les résultats du secteur de la microfinance, après presque deux décennies de
développement, sont qualitativement et quantitativement prometteurs »12. A titre
d'exemple, le secteur de la microfinance de la zone Afrique de l'Ouest offre déjà des
services à plusieurs millions de bénéficiaires principalement au travers d'une dizaines
d'institutions professionnelles et viables, avec des taux locaux de pénétration des services
au sein de la population parfois importants(30%). Elle a démontré qu'elle pouvait
intéresser de nombreux pays, y compris les pays développés(en France, par exemple) où
le chômage et l'exclusion des circuits bancaires classiques deviennent des préoccupations
économiques et sociales majeures. Elle a commercialement prouvé son intérêt pour les
populations et les économies en soutenant des taux de croissance importants sur de
longues périodes (souvent proches de 30% par an). Elle a également réussi à s'implanter
dans divers contextes économiques, démocratiques et sociaux ; même si d'évidence son
développement est facilité par un contexte économique et démocratique favorable. Elle a
d'ailleurs prouvé sa solidité dans des contextes difficiles de post-conflits (exemple de
MUCODEC au Congo). Elle dispose d'une large gamme de bénéficiaires en termes de
conditions économiques et sociales. (Aujourd'hui, plus de 55 millions de familles en
bénéficient dans cent quinze pays). Enfin, souligne P. FORESTIER, elle a surtout
démontré qu'il était possible de bâtir des institutions pérennes et viables, gérées de
manière professionnelle, dans des conditions d'exploitation et sous des formes
institutionnelles très diverses. On peut à titre d'exemple, citer sur le continent africain : le
CMS au Sénégal sous une forme mutualiste, ADEFI à Madagascar sous une forme
associative, les CVECA de l'Office du Niger ou du pays Dogon au Mali sous une forme
de caisses villageoises, CERUDEB en Ouganda sous une forme bancaire.
Parlant toujours des progrès réalisés par les IMF en Afrique, une étude à été
menée par trois chercheurs en Avril 2005 et les résultats de cette étude ont été
12
P.FORESTIER, id
publié dans le magazine MIX (Microfinance Information eXchange). Sur les 163 IMF
ayant fourni des informations pour cette étude, 57% d'entre elles ont été créées dans les
huit dernières années. Pour les auteurs, << les IMF sont globalement dynamiques et en
pleine croissance.[...]. De plus, les IMF africaines semblent répondre aux vastes besoins
financiers de leurs clients. A la différence de la tendance observée dans les autres
régions, plus de 70% des IMF africaines offrent de l'épargne comme service financier de
base et l'utilisent comme source importante de fonds pour les prêts ,>13. A la suite de cette
analyse, on remarque que selon les auteurs, la microfinance est arrivée en Afrique à une
période un peu plus récente, mais elle évolue à une vitesse plus grande que celle des
autres régions du monde. Même sur le plan de la productivité économique, ils pensent que
le secteur de la microfinance en Afrique s'étend rapidement et les institutions ont vu leurs
activités croître dans les dernières années. En effet, « les IMF africaines sont parmi les
plus productives au monde de par le nombre d'emprunteurs et d'épargnants par effectif du
personnel. Les IMF africaines attestent également de niveaux élevés de qualité du
portefeuille, avec une moyenne de 4% de portefeuille à risque de plus de 30 jours ,>14.
Les conclusions de l'étude menée par le MIX révèlent que les IMF africaines << font
preuve de dynamisme et affichent une bonne performance par rapport à leurs homologues
d'autres régions du monde ,>. En effet, les IMF africaines sont en tête au plan mondial en
matière de mobilisation de l'épargne, tant en ce qui concerne le nombre de clients servis
que le volume absolu de l'épargne en dépôt. Bien que les résultats de cette étude indiquent
que la performance globale des IMF africaines est inférieure à celle d'autres régions du
monde, un nombre croissant d'IMF (notamment les IMF règlementées et les coopératives)
sont rentables. En outre, un grand nombre de modèles
Anne-Lucie Lafourcade, Jennifer Isern, Patricia Mwangi, et Matthew Brown, Etude sur la portée et les
performances financières des institutions de microfinance en Afrique, in MIX, Avril 2005, p.1
13
14
idem
institutionnels prospèrent an Afrique et cette diversité « permet d'offrir de bons choix de
services aux clients ».
I-2-2-PRINCIPES CLES DE LA MICROFINANCE15
Toute institution pour mieux fonctionner doit se référer à certains principes qu'elle établit
elle-même en fonction des réalités du terrain. Ainsi, la microfinance a des principes clés
sur lesquels elle s'appui tels que définis par la CGAP16.
Voici ces principes. Ils sont définis dans l'article intitulé « Mettre en place les systèmes
financiers adaptés aux besoins des pauvres ».
1-Les pauvres ont besoin de toute une gamme de services financiers et non pas
seulement des prêts.
Les pauvres ont comme tout le monde, besoin d'une vaste gamme de services financiers
pratiques, souples, et d'un prix raisonnable. Selon la situation dans laquelle ils se trouvent,
les pauvres peuvent avoir besoin non seulement de crédit, mais aussi d'instruments
d'épargne, de services de transfert de fonds et d'assurance. C'est tout ce système qui leur
permettra de contrôler et de mettre des garde-fous à leur situation financière.
2-La microfinance est un instrument puissant de lutte contre la pauvreté.
L'accès à des services financiers viables permet aux pauvres d'accroître leurs revenus, de
se doter d'actifs et de se protéger dans une certaines mesure
15
CGAP, « Principes clés de la microfinance », Note Focus N°5, pp 1-5
Le Consultative Group to Assist the Poor (CGAP) est un consortium de 27 agences de développement
publiques et de deux fondations privées soutenant le développement de la microfinance ( www.cgap.org)
16
des chocs extérieurs. La microfinance permet aux ménages pauvres de ne plus avoir à
lutter au quotidien pour simplement survivre, mais de faire des plans pour l'avenir et
d'investir afin d'améliorer leur nutrition, leurs conditions de vie et la santé et l'éducation
de leurs enfants. En ce sens, la microfinance permet une mobilité sociale des familles
pauvres.
3-La microfinance est le moyen qui permet de mettre des systèmes financiers au
service des pauvres.
Les pauvres constituent la vaste majorité de la population dans, la plupart des pays en
développement. Or un nombre considérable d'entre eux n'ont toujours pas accès à des
services financiers de base. Dans beaucoup de pays, la microfinance continue d'être
considérée comme un secteur marginal et relever essentiellement des activité de
développement des bailleurs de fonds, des pouvoirs publics et d'investisseurs soucieux des
intérêts de la collectivité. Pour qu'elle puisse réaliser pleinement son potentiel en
desservant un grand nombre de pauvres, il faudrait que la microfinance devienne une
partie intégrante du secteur financier.
4-Il est nécessaire d'assurer la viabilité financière des opérations pour pouvoir
couvrir un grand nombre de pauvres.
La plupart des pauvres ne sont pas en mesure d'avoir accès à des services financiers en
raison de l'absence d'intermédiaires financiers solides offrant des services de détails. La
mise en place d'institutions financièrement viables n'est pas une fin en soi. C'est la seule
façon d'accroître l'envergure et l'impact des opérations de manière à porter leurs volumes
à un niveau supérieur à ce que peuvent offrir les bailleurs de fonds. La viabilité s'entend
de la capacité d'une entité fournissant des microfinancements à couvrir l'intégralité de ces
coüts. Elle permet d'assurer la poursuite de services financiers aux pauvres. La viabilité
financière passe par la réduction des
coûts de transactions, l'offre de meilleurs produits et services répondant aux besoin des
clients, et l'adoption de nouveaux moyens de servir les pauvres qui n'ont pas accès au
services bancaires.
5-La microfinance implique la mise en place d'institutions financières locales
permanentes.
Pour créer des systèmes financiers destinés aux pauvres, il faut mettre en place des
intermédiaires financiers intérieurs solides en mesure de fournir en permanence des
services financiers à ceux-ci. Ces institutions doivent pouvoir mobiliser et réinjecter
l'épargne intérieure dans l'économie, accorder des crédits et fournir toute une gamme de
services. La mesure dont elles dépendent des financements des bailleurs de fonds et des
pouvoirs publics (y compris les banques de développement financier au niveau des Etats)
diminuera progressivement à mesure qu'elles, et les marchés des capitaux privés, se
développeront.
6-Le micro crédit n'est pas toujours la solution.
L'octroi de micro crédit n'est pas nécessairement une solution adéquate pour tout le monde
ou dans toutes les situations. Les indigents et ceux qui souffrent de la faim, qui n'ont ni
revenu, ni moyen de rembourser un emprunt doivent recevoir d'autres formes de soutien
avant de pouvoir emprunter. Souvent, il vaut mieux faire de petits dons, améliorer les
infrastructures, mettre en place des programmes d'emploi et de formation et fournir
d'autres services non financiers pour lutter contre la pauvreté. Dans toute la mesure du
possible, ces services non financiers doivent aller de pair avec la constitution d'une
épargne. C'est sous forme de création de conditions favorables pour un impact positif du
crédit sur les activités des bénéficiaires. Sinon, ces derniers se trouveront toujours
incapables de rembourser le crédit.
7-Le plafonnement des taux d'intérêt peut nuire à l'accès des pauvres aux services
financiers.
Il est beaucoup plus onéreux d'accorder un grand nombre de petits prêts qu'un petit
nombre de prêts de montant élevés. A moins que le fournisseur de micro financement ne
puisse demander des taux d'intérêts nettement supérieurs au taux moyen des prêts
bancaires, ils ne seront pas en mesure de couvrir leurs coûts de sorte que leur croissance et
leur viabilité soient tributaires d'une offre très limitée et incertaine de financement à des
taux bonifiés. Lorsque les pouvoirs publics règlementent les taux d'intérêts, ils fixent
généralement ces derniers à des niveaux trop bas les opérations de micro financement
puissent être viables. Toutefois, il importe aussi que les fournisseurs de micro
financements ne répercutent pas les coûts que pourraient entraîner des inefficacités dans
leurs opérations sur leurs clients en fixant leurs prix (taux d'intérêts et autres
commissions) à des niveaux nettement supérieurs à ce qu'ils devraient être.
8- Les pouvoirs publics doivent faciliter la prestation de services financiers, mais non
les fournir directement.
Les autorités nationales jouent un rôle important en menant une action favorable au
développement des services financiers tout en protégeant l'épargne des pauvres. Les
mesures les plus favorables au microfinancement qu'un gouvernement peut prendre
consistent à assurer la stabilité macroéconomique, à ne pas plafonner les taux d'intérêts, et
à éviter d'introduire sur le marché les distorsions qu'engendrait la poursuite de programme
de prêts bonifiés non viables et sources d'arriérés considérables. Les autorités peuvent
aussi appuyer les services financiers destinés aux pauvres en améliorant le climat des
affaires, en luttant contre la corruption, et en améliorant l'accès aux marchés et à
l'infrastructure. Dans certains cas, en l'absence d'autres financements, l'Etat peut avoir de
bonnes raisons de financer des institutions
de micro financement indépendantes et solides lorsqu'il n'existe pas d'autres financements.
9- Les financements bonifiés des bailleurs de fonds doivent compléter les capitaux du
secteur privé, ils ne doivent pas les remplacer.
Il importe que les bailleurs de fonds utilisent, pendant un temps, des instruments
appropriés, de don, de prêt et de participation pour renforcer les capacités institutionnelles
des prestataires de services financiers, développer l'infrastructure nécessaire (agences de
notation, agences d'évaluation du crédit, capacité d'audit, etc.) et appuyer des services et
produits innovants. Dans certains cas, il leur faudra peut être fournir plus longtemps des
financements bonifiés pour pouvoir atteindre des groupes de populations qui sont
difficiles à toucher parce qu'ils vivent dans des régions faiblement peuplées ou pour
d'autres raisons. Pour que leur appui financiers soient efficaces, les bailleurs de fonds
doivent chercher à intégrer les services financiers axés sur les pauvres dans les opérations
de marchés financiers locaux ; faire appel à des compétences spécialisées pour la
conception et la mise en oeuvre des projets ; exiger que les institutions financières et les
autres partenaires respectent des normes de performance minimales pour continuer à
bénéficier d'un appui ; et planifier dès le début leur stratégie de désengagement.
10- Le manque de capacité institutionnelle et humaine constitue le principal obstacle.
La micro finance est un domaine spécialisé qui conjuguent les services bancaires à des
objectifs sociaux, et un renforcement des capacités est nécessaire à tous les niveaux, des
institutions financières aux instances de réglementation et de contrôle et aux systèmes
d'information, jusqu'aux organismes de développement de l'Etat et aux bailleurs de fonds.
La majeure
partie des investissements, publics et privés, effectués à ce titre devrait viser le
renforcement des capacités. Le développement supposant un changement de mentalités, il
importe de renforcer les capacités des << développés » pour qu'ils puissent agir en
conformité avec les nouvelles mentalités.
11- L'importance de la transparence des activités financières et des services
d'information.
Il est indispensable de disposer d'informations exactes, comparables et présentées selon un
format standard sur les résultas financiers et la performance sociale des institutions
financières qui fournissent des services aux pauvres. Les organes de contrôle et de
réglementation des banques, les bailleurs de fonds, les investisseurs et surtout les pauvres
qui sont les clients des services de micro financement, doivent avoir accès à ces
informations pour bien évaluer les risques et les avantages de leurs opérations.
I-2-3-LES OBJECTIFS DE LA MICROFINANCE
Les institutions financières formelles que sont les banques exigent des agents
économiques de remplir certaines conditions (documents d'identification, les garanties, un
dépôt minimum, etc.) avant de leur octroyer des crédits. Faute de pouvoir remplir ces
conditions, les personnes à revenus faibles, (les petits paysans et commerçants, les
artisans, les vendeurs rue, etc.) sont exclues de ce système financier classique. La micro
finance, quant à elle, met en place des produits financiers simples et adaptés aux besoins
des populations pauvres afin de lutter contre les nombreuses dimensions de la pauvreté.
Ainsi, en faisant une analyse critique des objectifs de la micro finance, Pierre
FORESTIER dans l'article intitulé << Les enjeux de la microfinance : quel rôle spécifique
pour le financement rural et agricole »17 remarque que, la microfinance fondée sur des
P. FORESTIER, Les enjeux de la microfinance :quel rôle pour le financement rural et agricole ? in
Horizons Bancaires N°326, Octobre 2005, p.10
17
motivations telles que celle d'affranchir les populations d'un système informel
contraignant(usuriers), de contribuer à l'émancipation d'une catégorie de populations
pauvres (femmes, jeunes...), de fournir des services financiers indispensables à la réussite
de programmes plus larges de développement, ses objectifs se sont ensuite structurés et
insérés dans << l'ambition plus vaste d'être un outil efficace pour la lutte contre la
pauvreté. >. Par là, il essaie de donner une définition de la micro finance qu'il juge de
définition consensuelle : la micro finance consiste en << la fourniture d'un ensemble de
produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel >.
Cette définition large et dynamique (le secteur financier formel étant lui-même en
évolution) permet d'englober un vaste champ d'intervention. Puis, tous ceux quisont exclus
du système financier classique sont ceux qui ont des revenus faibles
et donc qu'on peut qualifier de pauvres. Ainsi, la micro finance à pour objectif principal
selon P.FORESTIER18 de contribuer à l'amélioration des conditions de vie des pauvres.
Evelyne BAUMANN, quant à elle présente la micro finance dans l'article intitulé
<< Microentreprises et gestion de la vulnérabilité en Afrique subsaharienne, passé et
présent »19 comme un outil indispensable pour combattre la vulnérabilité.
D'abord, elle définit la vulnérabilité comme « un état lié à une chute imprévue des revenus
et/ou à une brusque augmentation des dépenses >. Ensuite, elle remarque que « dans les
pays d'Afrique subsaharienne oz la précarité économique est omniprésente, oz le milieu
naturel connaît souvent un équilibre fragile et oz le politique est rarement prévisible, les
sources de vulnérabilité sont nombreuses. »20. Pour elle, la micro finance a pour objectif
de palier à la vulnérabilité des populations pauvres en leur octroyant des crédits pour
renforcer leurs activités tout en contrôlant celles-ci. Cependant,
P. FORESTIER, Les enjeux de la microfinance :quel rôle pour le financement rural et agricole ? in
Horizons Bancaires N°326, Octobre 2005, pp.10-12
18
E. BAUMANN, << Microentreprises et gestion de la vulnérabilité en Afrique subsaharienne, passé et
présent. > in DIALOGUE N°33, juin 2004, p.32
19
20
E. BAUMANN, id.
BAUMANN va plus loin pour constater que cette même vulnérabilité menace la survie
des institutions de microfinance.
I-2-4-LA MICROFINANCE ET LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE
POUR LE DEVELOPPEMENT
La communauté internationale s'est donnée comme mission de réaliser les objectifs du
millénaire pour le développement(OMD). Beaucoup de bailleurs de fonds veulent savoir
si la microfinance, (c'est-à-dire les services financiers destinés aux pauvres), représentent
un outil efficace de réalisation des OMD. Pour apporter une réponse à cette question, le
CGAP21 à décider d'examiner les résultats empiriques de l'accès des pauvres aux services
financiers et de déterminer dans quelle mesure cet accès est favorable aux OMD. Cette
étude analyse point par point les OMD et la contribution de la micro finance sur leur
réalisation.
De quelle manière la micro finance contribue-t-elle aux OMD ?
L'accès aux services financiers renforce la capacité des pauvres à réaliser les OMD par
leurs propres moyens et de façon durable. Les services financiers permettent aux pauvres
d'augmenter et de diversifier leurs revenus, d'amasser des biens humains, sociaux et
économiques et d'améliorer leur existence de façon qui reflète les aspects
multidimensionnels de la pauvreté. L'expérience montre que les pauvres décident
d'investir en un large éventail de biens : amélioration de leur nutrition, progrès sanitaires,
accès à l'éducation, préparation du toit de leurs maisons et expansion de leurs petites
entreprises.
Comment la micro finance favorise-t-elle l'éradication de la pauvreté extreme et de la
faim ?
21
CGAP, Note sur la microfinance N°9, décembre 2002, pp.1-2
Dans la plupart des pays, les pauvres n'ont pratiquement pas accès aux services financiers
formels. Un prêt de faible montant peut aider à briser le cycle de la pauvreté si ce montant
est investi au sein d'une activité économique générant une augmentation de revenu. De la
même façon, la possibilité de placer ces économies en lieu sftr permet aux pauvres de se
prémunir à l'endroit des crises imprévues, telle qu'une maladie ou une mauvaise récolte,
qui pourraient facilement les faire basculer dans la misère. Les enquêtes effectuées auprès
des clients de micro finance ont montré les impacts suivants :
* En Inde, la moitié des clients de SHARE ont pu émerger de la pauvreté.
* Au Salvador, le revenu hebdomadaire des clients de FINCA a augmenté en moyenne de
145%.
* Au Vietnam, les clients d'une organisation partenaires de Save the Children ont ramené
leur déficit alimentaire de trois mois à un mois.
Comment l'accès aux services financiers améliore-t-il l'éducation ?
L'amélioration de l'accès aux services financiers et l'augmentation de leurs revenus
permettent aux pauvres d'investir dans l'avenir de leurs enfants. Les enquêtes effectuées
au sujet de l'impact de la micro finance sur la scolarisation des enfants ont montré que :
*Au Bengladesh, pratiquement, toutes les filles vivant dans les foyers clients de la
Grameen Bank étaient scolarisées, alors que la proportion des filles scolarisées n'atteignait
que 60% pour les foyers non clients. Le niveau de connaissance en matière d'instruction
élémentaire (lecture, écriture et arithmétique) pour les enfants âgés de 11 à 14ans au sein
des foyers clients du BRAC a doublé en trois ans (passant de 12% en 1992 à 24% en
1995), et dépasse celui des enfants vivant dans des foyers non clients.
* En Ouganda, le montant consacré par les clients de Foccas à l'éducation de leurs enfants
était supérieur d'un tiers à celui dépensé par les non clients. Comment l'accès aux
services financiers améliore-t-il la santé des enfants et des femmes ?
La perte de revenu consécutive à une maladie et aux dépenses médicales associées peut
faire fondre rapidement le revenu et l'épargne, et force souvent les pauvres à se défaire de
leurs actifs et à s'endetter. L'accès aux services financiers permet aux clients d'avoir
recours aux soins médicaux dont ils ont besoin, sans attendre que leur état de santé se soit
détérioré de façon catastrophique. Certains programmes de micro finance incorporent
explicitement les questions de scolarisation et de soins de santé élémentaires au sein de
leurs méthodologies de crédits d'épargne. Des enquêtes ont montré que des services
financiers ont eu un fort impact positif sur la santé des enfants et des femmes :
- Au Bangladesh, les clients du BRAC étaient moins souvent victimes de malnutrition
sévère que les non clients.
- En Bolivie, les clients de CRECER avaient adopté de meilleures pratiques en matière
d'allaitement et de fluidothérapie pour les enfants souffrant de diarrhée et leurs enfants
affichaient un taux d'immunisation du vaccin DCT3 plus important.
- En Ouganda, 95% des clients de Foccas participaient à un programme de micro crédit
associant services financiers et initiatives éducatives visant à améliorer la santé et la
nutrition de leurs enfants, ce taux de participation n'étant que de 72% pour les non clients.
En outre, 32% d'entre eux avaient essayé l'une des pratiques de prévention du Sida, soit 2
fois plus que les non clients.
La microfinance est-elle favorable aux infrastructures publiques ?
Il n'existe qu'un petit nombre de travaux étudiant l'impact sur les infrastructures publiques
des services financiers destinés aux pauvres. L'expérience montre cependant, qu'une
augmentation de revenu encourage les pauvres à prendre des décisions d'investissement
pour l'amélioration de leurs habitats, de leur approvisionnement en eau et de leurs
conditions sanitaires. Un grand nombre de programmes de micofinance accorde des prêts
spécifiques pour
la construction de puits tubés et d'installations sanitaires ; certains, tels SEWA en Inde,
ont associé la microfinance à des projets de réhabilitation de bidonvilles. Ces initiatives
sont bénéfiques pour les infrastructures locales, dont le financement est assuré par des
prêts accordés par des institutions de microfinance.
De quelle manière l'accès aux services financiers favorise-t-il la prise d'autonomie des
femmes ?
La possibilité d'emprunter, d'épargner et de gagner un revenu permet aux femmes de
gagner en assurance et de mieux confronter les disparités systémiques entre les sexes. Les
études effectuées indiquent que cette émancipation prend différents aspects :
- En Indonésie, les femmes clientes de BRI étaient plus susceptibles que les non clientes
de prendre des décisions en commun avec leurs maris au sujet de l'affectation des
ressources financières du ménage, de l'éducation des enfants, de l'utilisation des moyens
contraceptifs et de la taille de leurs familles.
- Au Népal, 68% des membres du Women's Empowment Program (Programme pour une
plus grande autonomie des femmes) déclarait prendre des décisions au sujet de l'achat et
de la vente de biens, de la scolarisation des filles, du mariage des enfants et de la
planification familiale.
- En Inde, les clients du SEWA ont fait pression pour obtenir des augmentations de
salaires, faire valoir les droits des femmes à l'intérieur du secteur informel et résoudre les
problèmes de leur quartier.
- Au Bangladesh, en Bolivie, au Népal, aux Philippines et en Russie, des clientes des
programmes de microfinance se sont présentées aux élections locales et ont été élues.
Comment les bailleurs de fonds peuvent-ils utiliser la microfinance pour contribuer à la
réalisation des OMD ?
- En informant leur personnel que l'accès aux services financiers contribue à la réalisation
des OMD.
- En apportant leur soutien à différents types d'institutions financières qui fournissent un
éventail de services financiers aux pauvres. L'impact serait encore plus important si le
client avait accès à des services plus poussés que l'offre des micros crédits standards et qui
correspondent mieux à leurs besoins (produits de dépôts, virements des fonds, micro
assurance).
- En adoptant une approche de la microfinance qui procède d'une stratégie de
développement du secteur privé ou du secteur financier s'efforçant de fournir des services
financiers aux pauvres sur une base permanente et à grande échelle. Les services
financiers ne peuvent contribuer aux progrès social que si les prestataires de microfinance
parviennent à la pérennité.
- En apportant leur soutien aux initiatives gouvernementales visant à l'élargissement du
secteur financier en faveur d'une clientèle plus pauvre, par exemple au moyen d'une
abolition du plafonnement des taux d'intérêts.
- En admettant que, dans un grand nombre de cas, la microfinance peut ne pas constituer
le meilleur outil de réduction de la pauvreté. Des programmes de lutte contre la pauvreté
bien ciblé et des mesures de protection sociale peuvent représenter des solutions plus
adéquates pour des catégories de populations extrêmement pauvres ou misérables ou
n'exerçant aucune activité économique.
I-2-5-MICROFINANCE ET PAUVRETE
Dans un article publié dans la revue Le Castor Sahélien, N°50 publiée en Juillet 2003,
intitulé Microfinance et lutte contre la pauvreté, une question fondamentale à ce propos a
été posée : quel est le rôle de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté ?
Par leur philosophie, leur objectif, leurs activités et l'impact de celles-ci sur
les populations, les systèmes financiers décentralisés (SFD) sont étroitement
liés à la lutte contre la pauvreté. Les pouvoirs publics comme les bailleurs de
fonds ont toujours présenté les structures de microfinance comme des instruments
alternatifs pour répondre aux besoins des plus démunis. Les SFD eux-mêmes ne sont
surtout prévalus de ce rôle qui les valorise et les positionne comme des acteurs des
politiques nationales.
Ils sont encouragés pour cela par les populations elles-mêmes. Les « success stories » à
propos des pauvres ayant vu leurs conditions de vie améliorées grace à la microfinance se
laissent en effet répéter à l'envie. Telle cette vendeuse de beignets devenue chef
d'entreprise citée en exemple et donnée en modèle pour tous ceux qui ont la volonté de
réussir. Bref, grâce à la microfinance on peut bel et bien quitter son statut de pauvre. Seuls
les regards extérieurs ont jusqu'aujourd'hui tempéré les ardeurs des partisans de la
microfinance. Sans lui dénier un certain mérite, ils la considéraient toutefois comme un
pis-aller pour soulager la pauvreté sans pour autant disposer du pouvoir de l'éradiquer.
Aujourd'hui, c'est au sein des SFD eux-mêmes que le rôle de la microfinance par rapport à
la pauvreté est remis en cause. Ouvertement ou sous le sceau de l'anonymat, plusieurs
responsables des SFD reconnaissent qu'ils n'ont pas seulement la vocation de lutter contre
la pauvreté. Tout au plus, contribuent-ils, à côté d'autres stratégies, à réduire ses effets sur
les populations. Les grands réseaux mutualistes disent haut et fort vouloir dépasser le
stade de financement de la survie pour évoluer vers un soutien à l'entreprenariat. Et dans
les faits, ils sont déjà à ce niveau, puisqu'ils compte parmi leur clientèle des entreprises et
développent des services financiers autres que le crédit et l'épargne. Même pour les SFD
qui ne sont pas encore là, l'heure de disposer de plus de moyens et d'appuyer des activités
d'envergure paraît avoir sonné.
Le souci de pérennité est à la base des évolutions notées dans la conception de leurs rôles
par rapport à la pauvreté. En effet, on exige des SFD d'être autonomes financièrement, de
ne pas prendre de risques, de faire
face à leurs coûts tout en offrant des services financiers de proximité adaptés à leur
clientèle. `'Pour faire des affaires, soutiennent certains, nous allons le faire avec des gens
capables d'accepter nos conditions, de nous donner des garanties et de rembourser dans
les temps et à nos conditions''. `'Les pauvres le peuvent-ils ?'', clament d'autres.
Le souci de pérennité a en effet introduit une autre évolution : celle des cibles.
Est-ce véritablement les plus démunis qui profitent aujourd'hui des services de la
microfinance ? Au regard de certaines pratiques comme les taux élevés d'intérêts, les
exigences de garanties, la concentration des SFD dans les zones économiquement viables
(ville en général) au détriment des localités où le niveau de pauvreté est criard ; et les
profits des clients des mutuelles, on peut se poser cette question. Sans état d'âme, d'aucuns
estiment qu'aujourd'hui « si les SFD veulent continuer d'exister et de rendre des services
qui sont attendus d'eux, ils ne peuvent le faire qu'avec des populations capables d'épargner
et de rembourser leurs crédits. Le risque est en effet grand à force de mettre l'accent sur
les pauvres, de ne plus exister ni pour les pauvres, ni pour les moins pauvres », estimentils.
La professeur Frédéric Martin, se reconnaissant un tantinet provocateur, les invite << à
devenir des banques sans perdre leurs âmes et de refuser de se considérer comme un
moyen de lutte contre la pauvreté ». Pour lui en effet, en aucune façon, les SFD ne
peuvent prétendre jouer ce rôle. Et à force de leur assigner des objectifs qu'ils ne peuvent
pas atteindre, on contribue à les décrédibiliser aux yeux de tous. Il en appelle ainsi à la <<
fin des démagogies des bailleurs » et les invite à prendre d'autres voies pour lutter contre
la pauvreté. Il cite par exemple le développement des services sociaux dont les pauvres
ont le plus besoin et invite à cet effet, les partenaires au développement à inscrire leurs
actions dans l'appui budgétaire aux gouvernements en place.
Mar-André FREDETTE, de l'ACDI estime pour sa part que la microfinance n'est pas la
panacée du développement et que le développement n'est pas la seule préoccupation de la
microfinance. En effet, elle ne saurait à elle seule régler les problèmes des pauvres.
Toutefois, selon lui, << la microfinance peut et doit contribuer au développement durable
». Par ses effets qui ne sont pas seulement économiques, la microfinance peut introduire
en effet des changements qualitatifs au niveau des individus et de leurs communautés.
C'est la raison pour laquelle de nombreuses agences de développement comme l'ACDI,
misent sur elle, tout en appuyant d'autres stratégies telle que le soutien à l'éducation, le
développement de l'agriculture, l'appui au secteur privé, etc.
En résumé, on peut retenir que la place de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté
trouve sa source dans l'évolution que connaissent les SFD. Elle est en effet étroitement
liée à l'impératif de pérennité des SFD et à l'évolution de leur sociétariat. Autrement dit,
elle est liée à l'encrage des SFD dans leur environnement. Plus fondamentalement se pose
aujourd'hui la question de la redéfinition de l'objectif des SFD et de leurs cibles. Si on
admet que le rôle de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté a évolué, les rapports
entre les SFD et les bailleurs de fonds et les Etats devraient eux aussi connaître une
évolution. Que vont devenir dans ce contexte les subventions et la non-imposition de leurs
activités ? La question est pour l'heure soigneusement évitée.
Dans un article intitulé << Microfinance : atteindre les plus pauvres est-ce un objectif
réaliste ? » publié en avril 2004 par Marc Roesch22, une analyse de l'action de la
microfinance dans la lutte contre la pauvreté est faite de manière plus succincte. En effet,
l'auteur pour commencer constate que dans toute l'histoire de la lutte contre la pauvreté,
aucun autre outil n'a focalisé
ROESCH M., << Microfinance : atteindre les plus pauvres est-ce un objectif réaliste ? » in Micofinance et
lutte contre la pauvreté, Avril 2004, pp 14-16
22
l'attention que la microfinance. Koffi Annan et Mack M.BROWN ont récemment insisté
sur l'importance de la microfinance pour permettre d'atteindre les OMD en matière de
lutte contre la pauvreté. Cependant, plusieurs études mettent en avant l'incapacité de celleci à atteindre les plus pauvres (les plus pauvres sont ceux dont les revenus sont à 50%
inférieurs au seuil de la pauvreté). Le CGAP notamment signal que << la majorité des
clients de la microfinance se situe généralement de part et d'autre du seuil de la pauvreté,
les << extremely poor » sont rarement atteints (CGAP 2003). L'auteur distingue trois
grands courants d'opinions sur cette question.
- Le premier camp constitue ceux qui estiment qu'il n'est pas possible de
proposer des services financiers aux plus pauvres de façon plus durable
- Le deuxième, de ceux qui estiment qu'il est non seulement possible de
leur offrir des services sur une base durable, mais aussi c'est possible à grande
échelle.
- Le troisième estime qu'il est possible d'offrir ces services de façon durable quelques fois
mais qu'il est nécessaire de développer des innovations dans ce domaine pour atteindre de
plus en plus les plus pauvres.
Le coeur de la question est de savoir s'il est réaliste de développer des services financiers
pour les plus pauvres et à grandes échelle. L'auteur examine les arguments de chacun des
groupes.
Le premier dit tout simplement que les pauvres sont dans des conditions d'isolément
communautaire, d'absence d'infrastructures, de marchés, d'emploi qui ne permet pas de
valoriser les services financiers. La demande en produits financiers est fiable, le coût de la
mise en place des produits est très élevé et à terme, les plus pauvres ne pourront pas
financer le maintien du service. Les besoins prioritaires ne sont pas dans les services
financiers, mais dans celui de la santé, de l'éducation et des infrastructures.
Le second groupe au contraire avance que la demande est très forte, la preuve est dans
l'existence des services informels. Il met en avant le
développement des IMF spécialisées sur les plus pauvres, et leur succès, et argumente sur
l'absence de fonds de soutien pour expliquer le retard de développement de ces IMF.
Le troisième groupe pense qu'il ya un potentiel dans les services financiers pour les plus
pauvres. Mais pour autant il ne considère pas qu'il ya une forte demande, ni qu'il faille
développer les services à grandes échelles. Il y a un manque de connaissance dans ce
domaine, et il est nécessaire de continuer à expérimenter. Il pense que les subventions
sont nécessaires pour développer et rendre durables les mécanismes nécessaires pour
atteindre les plus pauvres.
Que peut-on penser de ces arguments?
La demande : les plus pauvres sont des demandeurs de services. Même si une majorité des
clients est dans la catégorie << pauvre » les grands systèmes comme BRAC ou ASA ont
un nombre non négligeable de clients qui sont dans cette catégorie de << plus pauvres ».
Mibanco au Pérou estime que 7% de ses clients sont dans cette catégorie (Accion 2003).
Les produits : les plus pauvres ont besoin de prêts de faibles montants et des échéanciers
<< flexibles ». Des règles contraignantes en montants et calendriers ne leurs conviennent
guère. De même, des recherches ont mis en évidence que les plus pauvres préfèrent les
prêts individuels (pas de caution solidaire) et ne veulent pas assister aux réunions. De ce
fait, il est nécessaire de développer pour les plus pauvres des produits spécifiques. Fournir
des produits spécifiques aux plus pauvres est plus coüteux et il ne semble pas qu'il soit
possible de couvrir ces coüts et atteindre l'équilibre, de même il parait difficile de
développer de tels programmes sur un grand nombre de personnes. Safesave au
Bengladesh propose ce type de produits depuis de nombreuses années sans atteindre
l'équilibre.
Les risques : par définition, les plus pauvres sont dans un environnement présentant des
risques plus élevés. De plus, les causes de leur pauvreté s'ajoutent
aux difficultés inhérentes au développement d'une activité économique. Si l'IMF veut
couvrir ces risques, elle est obligée d'appliquer des taux plus élevés. Alors que l'on admet
l'hypothèse selon laquelle les « pauvres >> peuvent payer les taux d'intérêts, il n'est pas
sftr que la même chose soit vraie pour les « plus pauvres >>. Les plus pauvres se situent
essentiellement dans les zones rurales dépourvues d'infrastructures et de services. Or les
services financiers ne créent pas les opportunités économiques, ils permettent de les
accompagner. En Inde par exemple, des IMF se trouvent dans deux provinces du sud,
celles qui ont les infrastructures économiques les plus développées. Même le schéma <<
self help group >> a peu de pénétration dans des provinces sous équipées, et a le plus fort
taux dans les deux provinces du sud.
Stratégies pour atteindre les plus pauvres.
Il n'ya pas de consensus sur la façon d'atteindre les plus pauvres. Ceux du deuxième
groupe avancent qu'il suffit d'accroitre les fonds des IMF dans des proportions
importantes pour leur permettre de se développer vers ces clients. Ceux du troisième
groupe avancent qu'il faut innover en matière d'approche en privilégiant l'amélioration du
niveau de vie et de la protection sociale. Pour cela, il faut investir dans le social, des
infrastructures et des services spécialement dédiés aux pauvres.
Investir dans les infrastructures sociales et techniques. Les plus pauvres souvent,
n'accèdent pas aux services déjà existants, soit volontairement, soit pour des raisons
techniques. Les services qui souhaitent atteindre les plus pauvres sont confrontés souvent
à l'accroissement des coüts de transaction et du risque. Les IMF ont besoin de fonds
particuliers à la fois pour développer des << guichets >> de façon plus décentralisée, mais
aussi pour former le personnel à pouvoir répondre aux spécificités de la demande.
Diversifier les activités : une IMF qui développe déjà un programme pour les pauvres,
pour répartir les risques, doit également pouvoir s'adresser à une
gamme large de clients, dans des régions diverses, sur un spectre d'activités économiques.
Se concentrer uniquement sur les plus pauvres ne peut être durable à cause des risques
covariants et des coûts de transaction très élevés. D'autre part, le fait de permettre aux
moins pauvres de développer des activités permet de réduire la pauvreté et de créer des
emplois pour les plus pauvres.
Une approche innovante : les << plus pauvres » sont différents des << pauvres » (moins
de garanties, plus d'analphabétisme, moins de possibilités d'emploi ou d'opportunités
économiques, plus de déficit alimentaire, plus de sensibilités aux aléas climatiques et
économiques). Les produits proposés doivent être différents. L'auteur de l'article
développe l'exemple du programme IGVGD de l'IMF BRAC (Income Generation for
Vulnerable Group Developpment) qui propose des formations techniques (poulets,
maraichage, pisciculture ...) en plus d'un appui alimentaire et un appui financier. Ce
programme est financé par des fonds extérieurs, mais aussi par BRAC. A l'analyse, il
parait qu'un tel programme qui combine un appui à l'amélioration des conditions de vie
(alimentaire essentiellement) à celui des conditions économiques (formation et
microfinance), ne parvient pas à couvrir la totalité des problèmes des plus pauvres.
Environ 1/3 de ceux-ci restent exclus du système. Ceci montre qu'il est toujours nécessaire
de faire appel à l'aide sociale pour ces derniers.
Pour conclure, Marc Roesch pense que, contrairement à ce que dit le premier groupe, la
demande en services financiers est réelle chez les plus pauvres. Mais contrairement à ce
que dit le second, atteindre les plus pauvres et développer des services de façon
significative chez eux n'est pas si simple. Bien que la microfinance ne soit pas la recette
magique pour réduire la pauvreté, elle peut en atténuer les effets et améliorer les
conditions de vie des populations.
I-2-6-LES OBSTACLES QUE RENCONTRE LA MICROFINANCE EN AFRIQUE
Dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, suite à la faillite généralisée des banques de
développement à la fin des années 80, l'émergence de la microfinance constitue une
alternative de plus en plus reconnue pour répondre à la demande de services financiers
d'une majorité de la population exclue de l'accès au secteur bancaire en raison de ses
faibles revenus et du manque de garantie. Ainsi, le programme PASMEC de la Banque
Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest(BCEAO) recense, en décembre 1997, 188
systèmes financiers décentralisés qui touchent plus de un million quatre cent mille
personnes. La BM identifie quant à elle sept milles organisations de microfinance dans le
monde qui octroient des prêts à sept millions d'emprunteurs pour un montant global de
huit milliards de crédit et une épargne collectée de l'ordre de dix-neuf milliards.23
Malgré ces chiffres encourageant, cependant, en Afrique, la microfinance rencontre
certains problèmes notamment le poids de la religion islamique. En effet, une étude à été
menée par l'IRAM en Janvier 2001 et publiée sous le titre : << Islam et microfinance en
Afrique subsaharienne : éléments pour une étude comparée ». Selon cette étude,
<< suivant les pays et, parfois, suivant les régions ou départements, les rapports entre
islam, ses représentants et ses pratiques locales et le nouveau secteur émergent de la
microfinance sont plus ou moins dynamiques. « Parfois, ils permettent de véritables
synergies susceptibles de participer à la lutte contre la pauvreté, mais dans d'autres
situations, ils suscitent des conflits locaux. »24
Cette étude avait pour but de réaliser, dans un certain nombre de cas
représentatifs de la situation en Afrique subsaharienne un état des lieux de
IRAM Coll.,Islam et microfinance en Afrique Subsaharienne : Eléments pour une étude comparée, IRAM,
Paris, Janvier 2001. P.1
23
IRAM Coll.,Islam et microfinance en Afrique Subsaharienne : Eléments pour une étude comparée, IRAM,
Paris, Janvier 2001, p.2
24
relations entre islam et microfinance, une analyse des causes à l'origine de cette situation
et des propositions d'amélioration possible, à partir des pratiques observées sur le terrain.
Dans la religion musulmane, le Coran et la Sunnah (tradition) fixent le rapport à l'argent.
A partir de plusieurs sourates, le commerce de l'argent et toutes les formes d'usures qui en
découlent font l'objet d'interdits religieux. Le « riba » (l'interdit » est condamné et la seule
rémunération du capital accepté doit se faire par partage du bénéfice des activités
financées. Cet interdit, basé sur une justice rédistributive, conduit à s'opposer à la
thésaurisation et au profit de l'usure. Pourtant, dans la sunnah, certains « hadiths »
reconnaissent le rôle du prêt et le recommandent comme un « acte de piété ». Plusieurs
types de prêts sont préconisés : mudaraba (prêt participatif), musharaka (prise de
participation), murabaha (crédit bail), etc. on remarque donc que le rapport à l'argent est
fixé par la religion. De ce fait, le thème fait l'objet de nombreuses réflexions et d'action,
en particulier avec la création de banques islamiques dans différents pays de la sous
région où d'autres initiatives. « C'est ainsi qu'à Bamako ; un collectif d'une cinquantaine
d'Imams affiliés à une des grandes mosquées du centre commercial développe depuis une
quinzaine d'années un groupement financier d'épargne et de crédit très souple (1000 mille
CFA par mois), autonome (un capital de plusieurs dizaines de millions de FCFA) et très
rigoureux selon la législation islamique en la matière (interdiction du riba et de
l'usure) »25
Après ces constats, l'étude a étendu cette situation à la microfinance. Les auteurs de cette
étude notent d'abord que cette rapide description fait apparaître deux éléments essentiels
de la problématique :
- L'interdiction du « riba » et de l'usure par l'islam recoupe largement le constat de départ
de la microfinance, cette dernière s'efforçant de construire une alternative pérenne aux
besoins de financements permanents des catégories de
25
H. Magassa du Sernès Bamako
personnes les plus pauvres exclues des systèmes bancaires, ce qui dans les conditions de
l'Afrique subsaharienne représente plus de 80% des populations.
- L'extension observée de certaines situations locales, de cet interdit à la microfinance
peut s'interpréter par une double méconnaissance :
* Méconnaissance par certains responsables religieux des fondements du calcul du taux
d'intérêt de la microfinance qui, dans la plupart des cas, n'est pas destiné à rémunérer un
capital mais à couvrir des coüts d'intermédiation et un risque élevé lié au contexte
incertain des emprunteurs
* Méconnaissance, par les dirigeants de réseaux de microfinance, des bases de règles
religieuses et qui leur permettraient d'expliquer les contraintes de gestion et d'adapter
leurs pratiques avec des modalités compatibles avec les règles religieuses (explication des
taux d'intérêt).
Ensuite, ils remarquent que la « doctrine islamique » condamnant l'usure peut mener
certains responsables religieux, et notamment certains imams, à critiquer par extension les
réseaux de microfinance et leurs pratiques d'épargne et de crédit. Cette situation a pu être
observée dans certaines localités de Guinée, du Niger et du Benin où des imams se sont
opposés à l'installation de réseaux de microfinance, ont condamné leurs services
financiers d'épargne et de crédit, découragé l'adhésion des pratiquants, et, dans certains
cas extrêmes, ont même pu susciter des oppositions au remboursement des prêts,
menaçant ainsi la viabilité des systèmes de microfinance. Au-delà de la double
méconnaissance à l'origine de ce type de conflit et précédemment signalée, d'autres causes
peuvent être relevées ponctuellement sur le terrain, comme la participation des certains
imams à l'usure. A cet effet l'étude cite : « Ainsi en Guinée, des causes de non adhésion de
type religieux, comme le refus du taux d'intérêt paraissent également en milieu musulman
(malinké sur Dabola et en forêt, peul en haute Guinée et au Fouta-Djalon). Elles sont
exprimées par 11% d'un échantillon de personnes interrogées en 1996 et réapparaissent
dans certaines monographies récentes. Ceci peut laisser à penser qu'il existe, du point de
vue du discours
religieux, une confusion entre usure et règles du crédit rural, confusion parfois entretenue
par des imams pratiquant eux-mêmes l'usure » (monographie CRG)26
L'étude rapporte également les propos d'un agent de la microfinance au Niger à propos de
l'influence des chefs religieux à propos de la conduite à tenir face au phénomène de la
micrifinance. « Généralement, au Niger, pour de nombreux praticiens de l'islam, leur
perception de la question est celle qu'a le chef religieux et cela en rapport avec le degré
de charisme dont jouit ce chef au sein de la population. Ainsi, dans le cadre du réseau
Crédit Rural du Niger, il n'est pas rare de voir certains chefs religieux coopératifs au
démarrage dans leur localité d'une activité de microfinance. Leur sentiment de pouvoir
contrôler le système, conforte leur engagement dans la mobilisation de la population.
C'est le cas enregistré en 1997 dans un village de l'implantation de Bonkoukou, actuel
Filingué, où il a fallut le démarrage des premières opérations d'octroi, pour que le chef
spirituel qui assume aussi les fonctions de chef du village, se rend à l'évidence de
l'incontournable gestion collective du dispositif et qu'en tant que chef, la priorité ne lui
sera pas accordée dans l'accès au crédit. Ce qui a amené ce chef, qui s'est auparavant
mobilisé pour suivre toutes les étapes de l'animation sur le crédit à se désengager du
processus en entrainant avec lui, l'ensemble de la population. Dans de pareils cas, il y a
lieu de bien discerner ce qui relève d'une position religieuse collective de ce qui relève
plutôt de l'illustration degré de respect vis-à-vis d'un chef, que personne n'ose outrager
au point d'accepter ce que lui à rejeter, pour des raisons apparemment plus personnelles,
que véritablement religieuses. Dans une autre banque villageoise de Filingué, une
tentative a été faite en 1999, par certains islamistes, mais sans effet, afin de dissuader des
emprunteurs à quitter le système qu'ils qualifient de péché du fait qu'il faut verser des
intérêts sur les crédits. Cette banque fait
Condé K.et Kéita K., 1999 : Etude socio-anthropologique sur le fonctionnement interne du crédit rural de
Guinée, CRG, p 67
26
partie de celles jugées aujourd'hui de performantes. Dans un village proche de Niamey,
Kokari, un autre réseau de micro finance s'est vu son contrat de location de bureau
abritant son réseau, résilié par le propriétaire du local du seul fait que Kokari prélève des
intérêts sur les crédits qu'il accorde. Les arguments développés par l'opérateur, autour de
la nécessité de couvrir avec des intérêts les charges liées à cette intermédiation
financière, n'ont pas convaincu le propriétaire de la maison, qui a préféré retiré le local
pour le louer à un huissier. A l'opposé, une autre banque villageoise, banque
exclusivement féminine, jouit de l'appui total de l'épouse d'un des plus grands chefs
religieux de la sous-région. Le local abritant la banque villageoise est même construit
dans la cour du chef religieux. Grace à l'appui du couple, la banque fonctionne toujours
sans retard et l'épouse du « cheikh »marque toujours son intérêt pour une prospérité de la
banque. Les membres du comité de gestion de cette banque, malgré la foi islamique
notoire qui les nourrit, font très bien la relation entre le niveau de leur indemnisation et le
produit généré par l'activité de la banque. »27
L'étude a enfin proposé une série de propositions de solutions afin de surmonter ce «
carcan religieux » vis-à-vis de la microfinance. Ainsi, une collaboration harmonieuse
entre pratiques islamiques et activités de la microfinance peut être possible si les réseaux
de microfinance proposent des produits adaptés (plan épargne-crédits pèlerinage par
exemple), ou quand les excédents de gestion des caisses locales peuvent être réinvestis
dans des investissements communautaires comme l'entretien de la mosquée (crédit rural
de Guinée ou du Niger par exemple). « Lors des réunions périodiques d'affectation de
l'excédent d'exploitation des banques villageoises du Crédit Rural du Niger, les adhérents
accordent généralement la priorité à des investissements de type réfection et équipement
de la mosquée du village »28.
Harouna M., cité par IRAM Coll. in Islam et microfinance en Afrique Subsaharienne : Eléments pour une
étude comparée, IRAM, Paris, Janvier 2001. P.4
27
28
Harouna M., id.
Ces synergies peuvent, dans certains cas, être renforcées par un dialogue plus
institutionnalisé entre institutions de microfinance ou associations professionnelles au
niveau national et ligues islamiques, comme cela semble s'esquisser dans le cas de la
Guinée notamment.
Outre les difficultés dues aux croyances religieuses, les institutions de microfinance sont
aussi confrontées aux problèmes d'investissement. La recherche menée par le CGAP en
2004 révèle encore des différences en matière de structures de financement entre l'Afrique
et les autres régions29. Selon cette étude, en 2003, les investisseurs étrangers dans le
domaine de microfinance ont investi 62 millions d'USD en dette, capitaux propres et
garanties dans 104 institutions de microfinance et coopératives africaines. Les IMF
africaines représentent 21% des bénéficiaires d'investissements étragers (104 des 505 IMF
mondiales) mais seulement 6% du montant total investi en dollars par les institutions
financières internationales et les fonds d'investissement privés (62 millions d'USD sur 1.1
milliard d'USD). A titre de comparaison, les IMF et les coopératives des régions d'Europe
de l'Est et d'Asie centrale ont reçu respectivement 7 et 10 fois plus d'investissements
étrangers que les IMF africaines. On se rend donc compte que les IMF africaines soufrent
d'un manque d'investissement auprès des bailleurs de fonds étrangers.
La forte expansion et la prolifération d'interventions ayant peu ou pas d'avenir, conjuguée
à la faiblesse des capacités de supervision, de prévention et de contrôle du secteur dans un
grand nombre de pays constitue un risque systémique dont l'ampleur croît avec celle de la
microfinance. Proposant des solutions à ces différents problèmes, Pierre FORESTIER
pense que « la préoccupation principale paraît être la maîtrise d'un accroissement
substantiel des risques portés par le secteur »30. L'auteur analyse cette maîtrise dans quatre
Gautam Ivatury et Julie Abrams (CGAP), Débouchés pour les fonds d'investissement en microfinance,
KfW Financial sector development. Symposium Microfinance Investment Funds, Berlin, novembre 2004.
29
P.FORESTIER, Les enjeux de la microfinance :Quel rôle pour le financement rural et agricole ? in
Horizons Bancaires, N°326, Octobre 2005, p.12
30
directions : la première concerne << la nécessité d'un développement plus structuré ». En
ce sens, il est important que le financement des IMF passe de l'étape de l'expérimentation
et de la multiplication des initiatives à un fonctionnement plus structuré et plus solide de
la microfinance. << Une telle politique doit notamment prendre en compte la combinaison
caractéristique du secteur, conjonction d'un fonctionnement privé et d'une implication
publique particulièrement importante ». Cette politique doit traiter du rôle des différents
acteurs et, particulièrement, de la puissance publique (au sens large). Une refonte des
conditions de ce partenariat entre le public et le privé est donc impérative. La seconde
orientation concerne << l'opportunité d'engager une diversification sécurisée des services
offerts et dans certains cas de la clientèle ». Au démarrage, cette diversification
dangereuse semble désormais possible pour des institutions viables et stabilisées sur leurs
marchés. Elle est de ce fait, << naturellement » engagée pour certaines pour mieux
répondre aux besoins de leur clientèle. Elle correspond d'abord au développement de
nouveaux services d'épargne (logement, scolarité,...) et de produits de crédits
(augmentation des montants et allongement du terme) mieux adaptés au financement de
petits investissements. C'est dans ce cas que la microfinance pourra offrir des services aux
plus démunis et donc exclus du système financier classique. Aussi, cette diversification
pourra toucher d'autres services constitués en un réseau puissant et rentable pour accroitre
leur portée. Toutefois, cette diversification comporte des dangers importants. Il s'agit bien
entendu de la capacité de maîtrise d'une nouvelle activité. Celle-ci doit en particulier
respecter un rythme de croissance compatible avec celui de sa professionnalisation et de
la croissance globale de l'institution. La troisième direction pour une prospérité avenir de
la microfinance en Afrique concerne << la possibilité d'améliorer l'impact économique et
sociale de la microfinance ». Pour accroitre ce double impact, la diversification de
services recèle un potentiel considérable. Cependant, << la question est de savoir si cette
diversification constituera une
simple extension de méthodes et principes utilisées avec succès pour la gestion de
microcrédits ou si elle constituera en une nouvelle étape de développement
méthodologique permettant d'assurer une meilleure adaptation de services aux objets
financés et non seulement aux capacités de l'emprunteur. >>31. Cette approche devrait
donner des possibilités d'accroitre la clientèle de la microfinance en permettant la
supervision d'un nouveau service à toutes les étapes de la conception jusqu'à son
administration sur de nouveaux marchés ou auprès d'une nouvelle clientèle. Elle doit aussi
permettre une « segmentation >> des conditions de financements offerts(en particulier des
taux de crédits) selon les objets financés. En effet, « les conditions de taux élevés
pratiquées à juste titre dans une première phase de construction des institutions limitent de
fait l'intérêts des services offerts et leur impact. >>. La quatrième direction enfin,
concerne « une refonte des outils et des partenariats >>. Dans cette partie, les questions
soulevées sont de trois ordres :
- L'obtention de ressources longues de refinancement à des coûts compatibles avec
l'exploitation de l'institution et la nature de ces produits. Cette
question ne concerne d'ailleurs pas uniquement dans les pays où, la disponibilitéen
ressources longues est souvent onéreuse du fait de leur rareté ;
- La consolidation des ressources stables. Ce point devient crucial à l'institution à mesure
que sa taille augmente. Cela impacte particulièrement sa structure financière et de coûts.
Or les normes de fonds propres usuellement employées dans le secteur bancaire semblent
inadaptées aux risques du secteur et à son organisation. Elles devraient donc être
significativement relevées. Par ailleurs, les ressources stables, dans la mesure où leur
rémunération est faible, peuvent avoir un effet de levier important sur l'accroissement de
l'impact ou de la qualité des services offerts (baisse des taux d'intérêt des crédits moyens,
croissance accélérée du secteur ou prise de risque accrue auprès de certains clients) ;
31
P. FORESTIER, id.
- La diversification des partenaires des institutions de microfinance, et en
particulier, l'accroissement de l'intervention des investisseurs privés.
En définitive, l'analyse de P.FORESTIER sur les enjeux de la microfinance confirme qu'il
existe des besoins divers d'accompagnement des institutions et d'apport de financements
concessionnels. Elle confirme en corollaire, l'intérêt de la poursuite d'une intervention de
la puissance publique et de l'aide internationale au-delà de la phase de la création de
l'institution. En revanche, elle oblige à repenser son positionnement, ses outils (diversité
des besoins en termes de stabilité, durée et concessionalité) et ses objectifs.
Le domaine de la microfinance comme nous le constatons à la suite de notre revue
documentaire est largement exploré. De son origine et son évolution à ses objectifs et ses
méthodes d'intervention, beaucoup d'auteurs et spécialistes ont écrit à propos du
phénomène de la microfinance. Cependant, les résultats réels sur le terrain sont très peu
vulgarisés. C'est ce qui explique la démarcation de notre thème pour expliquer
objectivement et donc scientifiquement l'influence des services de la microfinance sur la
vie quotidienne des populations bénéficiaires.
CHAPITRE II : PROBLEMATIQUE
II-1-POSITION DU PROBLEME
Considérée comme une alternative pour la résolution des problèmes des populations
pauvres et n'ayant donc pas accès au système financier classique, la microfinance a fait
ses preuves dans plusieurs régions du monde. Elle a connu un essor dans les années 1990.
On distingue trois types d'IMF : Il s'agit d'institution d'épargne et de crédit à forme
coopérative ou mutualiste, d'institution à crédit direct ou solidaire et l'ONG à volet crédit.
Dans le premier groupe d'institution, on a quatre (4) structures d'institutions qui offrent
des services de microfinance. Il s'agit des ONG, des COOPEC, des banques étatiques et
des microfinances.
En Afrique de l'Ouest, en 1998, les services des IMF atteignaient globalement plus de 15
% des ménages32.
Au Togo, selon une étude du PNUD réalisée en 2000, la pauvreté touche environ 60 % de
la population togolaise. Les groupes à faible revenu connaissent des problèmes
(insuffisances alimentaires, manque des soins sanitaires, etc.) et se concentrent dans le
secteur informel. Ce secteur occupe une place significative dans l'économie togolaise. Il
emploie environ 23 % de la population active de plus de 14 ans .Sa part dans le PIB en
1994 était évaluée à 30,3% minimum33
L'expérience montre que la microfinance peut aider les pauvres à augmenter leurs
revenus, créer des entreprises viables ou renforcer leurs activités économiques et les sortir
donc de la pauvreté. Elle peut constituer un puissant instrument d'émancipation permettant
aux pauvres de devenir des agents économiques et acteurs de changement. Cela s'illustre
par les progrès
32 Microfinance Pratical Guide,the Constative Group to assist the poorest (CGAP) Word
Bank, Novembre 1999.
33 Togo, Document Intérimaire de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DISRP), Juin
2004, P.8
considérables que connaissent les IMF au Togo. En effet, les bénéficiaires des services
des IMF au Togo étaient passés de 62.400 en 1995 à 330.080 en 2005. L'encours des
dépôts aussi était passé de 5,5 milliard en 1995 à 27,5 milliard en 200434. Il est donc clair
que la microfinance est une réalité vivante au Togo, son rôle dans l'économie togolaise est
perceptible.
En ce qui concerne la structuration du marché, La FUCEC --Togo (faîtière des Unités
coopératives d'Epargne et de crédit du Togo) occupe une place prépondérante dans le
secteur de la microfinance dans le pays.Elle représente à elle seule 58 % de la clientèle
(contre 52 % en 2001 et 84 % en 2000) et a distribué, en 2001 ; 47% des crédits dans ce
secteur (contre 49 % en 2004).
Il est donc clair que la pratique de la microfinance au sein des structures qui composent le
réseau de la FUCEC- Togo connaît une ascension nécessaire à pérenniser.
Dans la préfecture de Tchaoudjo, les activités de la micofinance se pratiquent par près de
six (6) institutions relativement puissantes et en rude concurrence. Il s'agit de la FUCEC,
l'URCLEC, l'UMECTO, WAGES, IRCOD Champagne Ardent et la CMECF. Leurs
services sont globalement constitués des épargnes et des crédits. L'épargne est ouverte à
toute personne morale ou physique sur certaines conditions. Quant au crédit, il est destiné
aux pauvres. L'institution étudie la capacité de remboursement du client avant de lui
accorder le crédit. Bref, toutes ont pour objectif principal de lutter contre la pauvreté. La
proportion des pauvres étant très élevée dans cette région du pays (82% de la population),
ces institutions ont été les bienvenues. Les clients composés en majorité des petits
commerçants, des revendeurs ou des artisans affirment être fiers des activités de ces
institutions, pensent qu'elles sont efficaces pour lutter contre la pauvreté et affirment les
soutenir pour leur service et même leur prospérité.
34
Bulletin trimestriel du Comité National de Microfinance au Togo, N°001- Janvier 2006, p.9
Cependant, force est de constater que près de 10% seulement de clients arrivent à
rembourser leurs crédits dans les délais conclus sans difficultés. Dans certains cas, ces
institutions sont obligées de menacer avant que les clients ne remboursent leurs crédits et
dans d'autres cas, ces derniers ne les remboursent pas du tout. Pourtant, composées en
majorité de Mutuelles, ces institutions fonctionnent essentiellement à partir des fonds
issus de l'épargne de leurs clients et des intérêts issus des prêts remboursés. De plus,
l'efficience du crédit doit normalement permettre de le rembourser dans les délais conclus.
Le non remboursement des crédits par certains clients empêche d'autres d'accéder à leur
épargne et menace donc la survie des institutions.
Pour les dirigeants des institutions, cette incapacité de remboursement est essentiellement
due à ce qu'ils appellent le « détournement d'objet de crédit ». En effet, selon eux certains
clients prennent des crédits pour un objectif déclaré à l'institution, mais emploient l'argent
dans d'autres domaines généralement improductifs. Pour les clients, l'explication n'est pas
claire. Si pour certains ce sont « les activités qui ne marchent pas », pour d'autres par
contre, c'est leur extrême pauvreté qui les empêche de reconstituer progressivement le
capital et de rembourser peu à peu les crédits. Tout compte fait, il y a un mythe qui y
demeure.
On peut donc se poser certaines questions : Dans la préfecture de Tchaoudjo, qu'est-ce qui
explique l'incapacité de certains clients à rembourser les crédits que leur accordent les
IMF ? Ces institutions contribuent-elles à lutter contre la pauvreté au sein de ces
populations et par là, contribuent-elles à améliorer leurs conditions de vie ?
II-2-Objectifs de recherche
II-2-1- Objectif principal
L'objectif de notre recherche est d'analyser les changements opérés par les IMF (à travers
les crédits octroyés) dans la vie des adhérents.
II-2-2-Objectifs spécifiques
- Identifier les conditions dans lesquelles se font les adhésions à ces institutions d'une part
et d'autre part, les conditions dans lesquelles les prêts sont accordés.
- Evaluer la fréquence des demandes de crédits et le degré de remboursement de ces
crédits.
- Analyser la fréquence et la croissance de l'épargne des bénéficiaires
- Mesurer la capacité des crédits reçus à contribuer à l'augmentation des revenus des
bénéficiaires.
- Expliquer l'incapacité des bénéficiaires à rembourser les prêts qui leur sont accordés.
- Recenser les difficultés auxquelles sont confrontées les institutions de microfinance dans
leur fonctionnement.
II-3-Hypothèses de la recherche
L'hypothèse comme solution anticipée à un problème qu'on veut résoudre est un outil
indispensable en sciences sociales qui permet au chercheur d'orienter ses investigations
vers une confirmation ou une infirmation de celle-ci.
Pour notre recherche, nous avons retenu les hypothèses suivantes :
II-3.1- Hypothèse principale
Dans la préfecture de Tchaoudjo, grâce à leurs méthodes, les institutions de microfinance
peuvent contribuer à l'amélioration des conditions de vie des adhérents si les prêts qu'elles
leur accordent sont consistants d'abord, ensuite les adhérents remboursent les prêts reçus
au terme des échéances conclues et enfin utilisent à bon escient les crédits obtenus.
II-3.2-Hypothèses secondaires
1- L'efficacité du crédit est due à sa consistance.
2- Le non remboursement des crédits chez certains adhérents des IMF peut être dû au
détournement d'objet de crédit.
3- Le non remboursement de la plupart des crédits fragilise les IMF et ne leur permet pas
de continuer leur mission.
II-4-Analyse des concepts
Emile DURKHEIM disait : « La première démarche du sociologue doit donc être de
définir les choses qu'il traite afin que l'on sache de quoi il est question (...). Tout discours
scientifique doit utiliser des concepts clairs et précis... »35
Dans le cadre de notre étude, nous avons tenu à définir certains concepts notamment :
- Amélioration des conditions de vie :
Etymologiquement, améliorer signifie rendre meilleur ; faire tendre davantage vers la
perfection. Donc améliorer quelque chose consiste à le sortir
35
DURKHEIM E. : Les règles de la méthode sociologique, Paris PUF, 10è édition 1972 , p.23
d'une situation que l'on juge moins meilleure pour une situation plus meilleure. Quant aux
conditions de vie, on peut les définir comme le rang ou la classe sociale qu'un individu ou
un groupe d'individus occupent en relation avec le coût de la subsistance ou le « prix à
payer » pour vivre. Les conditions de vie varient et sont relatives à chaque milieu de vie.
L'amélioration de ces conditions de vie consiste donc à réunir des facteurs pouvant
permettre aux individus de supporter de plus en plus le coût de la vie et de satisfaire de
nouveaux besoins qu'ils ne satisfaisaient pas avant. Ces facteurs sont essentiellement
économiques. Chaque société humaine, dans ses diverses activités, vise à améliorer d'une
manière ou d'une autre ses propres conditions de vie.
- Les méthodes d'intervention
On peut définir la méthode comme un ensemble de procédés, de moyens pour atteindre un
but ou arriver à un résultat. C'est la voie par laquelle l'on veut passer pour arriver à une
destination qu'il s'est fixée auparavant. C'est aussi la technique que l'on utilise pour
résoudre un problème ou pour rendre meilleur une situation. Les méthodes d'intervention
se définissent alors comme l'ensemble de moyens mis en oeuvre pour parvenir à un but.
Cette mise en oeuvre suppose déjà l'existence d'un problème préalable qu'on veut résoudre
en intervenant.
Pour ce qui concerne les IMF, leurs méthodes d'intervention consistent aux techniques de
travail qu'elles emploient pour améliorer les conditions de vie des populations pauvres.
- Prêt ou credit consistant
Prêter, c'est remettre une chose à quelqu'un à condition qu'il vous la rende. Ici, le mot prêt
renvoie au crédit qu'on accorde à une personne à condition qu'il le rembourse avec ou sans
intérêt. Le prêt est accordé à court, moyen ou long terme. A court terme, s'il doit être
remboursé pendant une courte durée (autour de six mois) ; à moyen terme si la durée de
remboursement est moins courte et
pas assez longue et à long terme si elle est très longue (trois à dix ans). Généralement, les
prêts qu'accordent les IMF sont à court terme. Un prêt consistant est un prêt solide ou
stable de sorte qu'il permette au bénéficiaire d'accomplir le but visé et de s'assurer de sa
pérennité. Un prêt consistant peut donc consister un facteur ou une force économique
puissante qui permet à un agent économique de renforcer son capital pour accroître ses
revenus.
- Processus de développement
C'est une démarche, un mécanisme, un mouvement évolutif en vue d'une totalité
dialectique incluant le politique, l'économique, le social, le culturel et le juridique. Nous
pouvons nous référer ici à PERROUX F. pour qui « c'est une combinaison de ressources
humaines, matérielles, financières, techniques, environnementales pour provoquer les
changements mentaux, sociaux, économiques, culturels, etc. chez une population. Cela
peut donc rendre celle-ci apte à faire accroître cumulativement et durablement son produit
réel global, c'est-à-dire entièrement réciproque de la production, de la mentalité de la
population et la tendance vers le bien-être social, économique et culturel »36
- Mutuelles d'épargne et de crédit
Encore appelées coopérative d'épargne et de crédit (COOPEC) , elles sont définies selon
le Bureau International du Travail (BIT) comme une association de personnes qui se sent
volontairement grouper pour atteindre un but commun par la constitution d'une entreprise
dirigée démocratiquement en fournissant une quote-part équitable du capital nécessaire et
en fruits ce cette entreprise au fonctionnement de laquelle ,les membres participent
activement .
Au sens de la loi N° 95-014 du 14 Juillet 1995 portant règlement des institutions
mutualistes ou coopératives d'épargnes et de crédit, est considéré
36
PERROUX F. cité par Marc PENOUIL in Socio-économique du développement, Paris, Dalloz , 1989, p93.
comme institution mutualiste, un groupement de personnes doté de la personnalité morale,
sans but lucratif et capital variable, fondé sur les principes d'unions, de solidarité,
d'entraide mutuelle et ayant principalement pour objet, de collecter l'épargne de ses
membres et de leur consentir du crédit.
Dans le cadre de notre étude, la quasi-totalité des institutions de microfinance sont des
mutuelles d'épargne et de crédit.
- Systèmes financiers Décentralisés (SFD)
C'est l'ensemble des systèmes de mutuelles d'épargne et de crédit .On les appelle aussi
Institution de microfinance (IMF).
La banque des données des SFD au Togo en 1994 les définissait comme « une unité
variée d'expériences d'épargnes et ou par de crédits, divers par la taille, le degré de
structuration, la philosophie, les objectifs, les moyens techniques, financiers et humains
mis en oeuvre pour la population à la base, avec ou sans le soutien ponctuel ou durable,
Technique et par ou financiers de leurs partenaires, en vue d'assurer l'autopromotion
économique et social de ces population ».
Les SFD ont la particularité de viser surtout les populations qui n'ont pas accès aux crédits
bancaires, à cause de leurs faibles revenus.
- Le secteur informel
Selon le dictionnaire Universel (4ème édition, 2002), le secteur informel est un secteur
économique non soumis aux normes d'organisation et de gestion. C'est un domaine
d'activités qui échappe au contrôle de l'Etat. Il regroupe les petites entreprises, les
établissements commerciaux ou tout autre groupe d'individu exerçant des activités
commerciaux ou artisanales et qui n'ont pas d'existence légale ou qui ont un statu non
clairement défini, qui ne payent pas d'impôts ou qui ne payent pas tous les impôts aux
quels ils sont sensés soumis. Dans notre
étude, nous regroupons dans ce secteur, tous ceux qui mènent une activitégénératrice de
revenu (AGR)
- Les conditions de vie
Etymologiquement, le mot condition est équivoque. Il peut désigner le rang social d'un ou
des individus. Quant à la vie, elle désigne un champ très vaste de choses mais toutes liées
à l'existence. Ainsi, on peut le définir comme coüt de la subsistance, de l'entretien. On
peut donc définir les conditions ce vie d'un individu ou d'un groupe d'individus comme le
rang ou la classe sociale que ceux-ci occupent en relation avec le coût de la subsistance ou
« le prix à payer » pour vivre. Comme la pauvreté, les conditions de vie varient et sont
relatives à chaque milieu de vie.
- Tontine consensuelle :
Le mot tontine renvoie à l'idée d'une cotisation régulière dont la somme totale est reversée
au concerné au terme de l'échéance conclue.
Dans notre travail, le concept de tontine consensuelle renvoi à l'idée d'une cotisation qui
s'effectue entre des personnes et dont la somme totale cotisée est reversée à une personne
et cela à tour de rôle de la première à la dernière personne.
- Détournement d'objet de crédit
Détourner suppose la déviation de quelque chose de sa destination initiale. L'objet de
crédit dans la pratique des IMF constitue le motif pour lequel le crédit est demandé. Le
détournement d'objet de crédit est une pratique des clients des services des IMF qui
consiste à voiler le vrai motif pour lequel on demande du crédit. Dans ces cas de figure, le
demandeur annonce un motif qui puisse lui permettre d'obtenir le crédit.
- La cavalerie de crédit
La cavalerie suppose le fait de ne pas se fixer à un lieu donné ou d'aller d'une chose à une
autre donnée. Ainsi, la cavalerie de crédit est cette pratique qui consiste à demander et à
bénéficier du crédit auprès de deux ou plusieurs IMF en même temps. C'est une pratique
illégale qui est punie par les lois qui régissent les IMF.
II-5-Modèle d'analyse
L'étude de notre thème se fera sur le modèle de la théorie de l'individualisme
méthodologique développée par Raymond BOUDON. En effet, cette théorie part du
principe selon lequel l'homo sociologicus (l'agent social) est un dépassement de l'homo
oeconomicus (l'agent économique). Pour l'agent social, tous ses choix ne sont déterminés
que par des motivations individuelles ; la notion de meilleur choix possible n'est pas
toujours prédéfinie ; les décisions des agents sociaux ne sont pas toujours rationnelles au
sens strict du terme. Cependant, même s'ils disposent d'une marge de manoeuvre, les
individus agissent dans le cadre de rôle que leur assigne la société. L'agent social est
considéré comme un agent intentionnel doté d'une autonomie variable en fonction du
contexte dans lequel il se trouve. Ainsi, la logique sociale, c'est-àdire la conduite
collective d'une société est déterminée par un système d'interactions. Ces interactions
produisent ce que R. BOUDON appelle « effets émergents » ou « effets d'agrégation »
qu'il définit comme des effets non explicitement recherchés par les agents sociaux d'un
système, mais qui résultent de leur interdépendance. Certaines agrégations de ces
motivations individuelles
provoquent des effets pervers. Ainsi les épargnants d'une IMF par peur de la faillite de
leur institution la provoquent en retirant leurs économies.
Pour que l'action d'une IMF soit efficace afin qu'elle puisse atteindre ses objectifs, il faut
non seulement qu'elle tienne compte de la logique sociale de la collectivité, mais aussi et
surtout des motivations individuelles de ses adhérents. Ce faisant, quand ils s'investissent
dans la coopérative par exemple, ils attendent en retour la maximisation des bénéfices
générés par leurs activités financées par la coopérative ; ce qui assure la pérennisation de
leurs relations avec l'institution. Elle a intérêt à stopper toute action de quelque membre
que ce soit pouvant conduire à sa faillite pour que l'agrégation de ces actions individuelles
n'entraîne pas des effets pervers.
DEUXIEME PARTIE
CADRE PHYSIQUE ET
METHODOLOGIQUE
DE L'ETUDE.
CHAPITRE III : PRESENTATION DU CADRE
PHYSIQUE DE L'ETUDE
III-1 : Historique de la préfecture de Tchaoudjo
L'origine de la préfecture de Tchaoudjo est consubstantielle à celle du royaume Kotokoli.
Les travaux de R. CORNEVIN (1969) et de J. C. BARBIER (1982) témoignent que la
genèse de l'histoire des Kotokoli coïncide avec l'arrivée d'un groupe d'immigrés Gourma
venu de Fada N'gourma (Burkina Faso) sous la conduite de leur chef KOTOKRO. Ils
s'installèrent à Tabalo, sur le Malfakassa. Tchaoudjo, un centre précolonial est formé de
plusieurs villages. Les villages qui forment les royaumes Kotokoli sont tous issus du
même village d'origine, Tabalo situé à une trentaine de kilomètre au Nord-Ouest de
Sokodé sur la route de Bassar. La création des chefferies Mola remonterait au début du
XVIIIe siècle. Alors que le chef de Tabalo OURO- KOURA gardait le village, son fils
aîné se dirigea vers la plaine de Mono et s'installa sur le massif de Tchaoudjo (Koroga). Il
y fonda un nouveau village qu'il appela Kpangalam sur lequel il régna sous le titre de
OURO Agoro Dam. Six autres villages furent fondés plus tard par des descendants Mola
de Tabalo : Tchavadi, Komah, Kparatao, Kadambara, Birini, et Yelivo. Ces villages y
compris Kpagalam étaient placés sous l'autorité d'un chef supreme élu parmi leurs
ressortissants et qui devait diriger une organisation politique et sociale forte. Chaque
village avait à sa tête un chef de village.
A côté de cette constellation des villages bien organisés viendront s'installer d'autres
villages, tous ayant leur propre organisation mais reconnaissent toutefois l'autorité du chef
supreme des Mola. Tchaoudjo, aujourd'hui chef lieu de la région centrale, était une étape
importante de la route
du cola. Des textes témoignent que déjà en XVème siècle, les commerçants Haoussa et
Mandingue passaient par deux (02) principaux axes à savoir : l'axe Djougou-Alédjo
Koura-Agoulou-Kpaswa-Tchavadi-Didaouré ; ou celui de Djougou-Alédjo-KouraAdjéidè-Tchamba-Birini-Kparatao-KadambaraDidaourè pour rejoindre le Gold-Coast, l'actuelle République du Ghana. Dans tous les cas,
Didaouré reste un passage obligé. L'une des raisons qui attiraient les commerçants en pays
Kotokoli serait la possibilité de trouver facilement des produits d'artisanat, les produits de
transformation agricole et surtout un accueil désintéressé. Cet intérêt de Didaouré comme
le grand marché à l'époque et la bonne organisation de la chefferie des Mola seraient à la
base du choix de ces lieux par les Allemands pour en faire leur poste administratif afin de
contrôler cette route commerciale.
II-2- Présentation géo-climatique et démographique de la
préfecture de Tchaoudjo
Chef lieu de la région centrale, la préfecture de Tchaoudjo est située au centre du pays à
une altitude moyenne de 340 m à mi-chemin entre l'océan Atlantique et la bande
sahélienne. Elle est limitée au Nord par la préfecture d'Assoli, au Sud par celle de
Soutouboua, à l'Est par celle de Tchamba et à l'Ouest par celle de Bassar. Elle s'étend sur
une superficie de 2650 km2 et compte environ 169723 habitants37. La préfecture de
Tchaoudjo jouit d'un climat sahélo-guinéen avec deux saisons distinctes : une saison
pluvieuse allant de Avril à Octobre avec une pic de Juillet à Septembre et une saison
sèche allant de Novembre à Mars. Les précipitations annuelles varient entre 1100 mm et
1500 mm de pluie pour un nombre de jours se situant entre 100 et 120. La température
moyenne de la préfecture varie entre 20° C et 32° C. L'évaporation est élevée et
particulièrement marquée en période d'Harmattan
Source : Ministère de l»administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales/ Région
Centrale/ Préfecture de Tchaoudjo.
37
(de Novembre à Janvier). Le taux d'humidité est très variable et dépend de tous les
facteurs précités.
Deux types (2) principaux de sols sont observés dans cette préfecture : - Sols peu épais et
pauvres (zones montagneuses)
- Sols ferrugineux lessivés.
Sur le plan hydrographique, Tchaoudjo est irriguée par un certain nombre de cours d'eau
dont la plupart ne sont pas permanents. Il s'agit du Mono, Na et le Mô.
Dans la préfecture de Tchaoudjo, le nombre moyen de personnes par ménage est de 6,2
contre 5,4 sur le plan national.
III-3-Aperçu socio-politique
Tchaoudjo est la préfecture qui a la plus forte proportion de la population musulmane du
Togo (70% de la population). Les 30% restants étant chrétiens, en grande majorité
catholique. La plupart des habitants parlent le Kotokoli (ou le tem). L'ethnonyme Kotokoli
correspond à l'appellation qui était donnée à ces locuteurs tem par les commerçants
soudanais de la boucle du Niger. De nombreuses autres langues y sont parlées : en
particulier l'Ewé et le Kabyè. Il faut mentionner au passage que Tchaoudjo a pour fêtes
traditionnelles Gadao - Adossa - Kosso. Célébrée à la veille d'Adossa, Gadao a pour
fonction de remercier les ancêtres pour l'abondance des récoltes. Adossa ou fête des
couteaux, est une fête initiatique dont l'origine remonte aux guerriers Semassi qui
exerçaient leurs puissances et leur vaillance en se soumettant à des épreuves de forces. Le
lendemain a lieu Kosso, la fête des femmes, où ces dernières viennent danser sur le terrain
municipal de Sokodé. En dehors de ramadan et tabaski (deux fêtes religieuses), les autres
fêtes sont plutôt événementielles et sans dates précises.
Sur le plan politique, étant un centre administratif depuis l'époque allemande jusqu'à
l'indépendance, la préfecture de Tchaoudjo compte aujourd'hui douze (12) cantons qui
sont : Kpangalam, Komah, Kolina, Aléhéridé, Kéméni, Kparatao, Kadambara, Agoulou,
Lama-Tessi, Tchalo, Wassarabo et Kpassouadè. Il faut noter que l'urbanisation de Sokodé
n'est pas seulement provoquée par l'implantation des allemands, mais elle est venue
achever une évolution historique de la société Tem déjà bien organisée.
Dans la course effrénée de l'occupation coloniale, le 23 juillet 1897, il eut un accord
franco-allemand qui fixa les échanges de territoires, le Docteur Kersting quitta Djougou et
se replia sur Adjéidè au poste de Kri-Kri d'où il décida de créer un nouveau poste à
Didouaré. La construction du nouveau poste commença à Sokodé à la fin de l'année 1897
sur la colline rocheuse. Ce poste serait mis en service le 21 avril 1898. Les Allemands,
depuis leur installation jusqu'à leur départ obligé en 1914, organisèrent le centre en
construisant leurs bâtiments administratifs et en réalisant des aménagements dans les
quartiers.
L'administration coloniale française s'installa à Sokodé après le départ des Allemands (le
15août 1915). Une agence spéciale pour la collecte des impôts fut créée le 2 février 1915
à Sokodé. Le 4 septembre 1935, par arrêté n°398 portant réorganisation générale de
l'administration du territoire du Togo, Sokodé devient le chef-lieu du centre du Nord.
Dès lors, elle fait figure de « capitale » du Nord-Togo. Chef lieu de la région centrale,
Tchaoudjo est non seulement un centre administratif important mais aussi un grand centre
commercial depuis la période précoloniale.
III-4-Activités socio-économiques
Aujourd'hui, l'économie de la préfecture de Tchaoudjo est gouvernée par les secteurs
agricoles, des transports, du commerce et de l'artisanat. Les métiers relatifs à ces secteurs
à part l'agriculture, sont plus pratiqués dans la ville. Depuis 1979 à ce jour, aucune
entreprise moderne au sens économique du terme n'a vu le jour, ce qui laisse planer un
sérieux doute sur l'émergence dans l'avenir d'unités de grandes tailles dans le milieu. Le
commerce est essentiellement en grande partie assuré par les femmes. Le transport dans le
milieu est assuré par les taxis auto comme motos. Les voitures sont depuis longtemps
utilisées dans le transport en commun, ce qui n'est pas le cas pour les motos qui ne font
leur apparition dans ce domaine qu'aux environs des années 1995. Il faut souligner que
depuis la fin des années 1997, l'économie de Tchaoudjo est pour une importante part,
portée par les nombreux transferts de devises provenant des pays d'accueil des jeunes
migrants Kotokoli. Le taux brut d'activité, c'est-à-dire le rapport du nombre des actifs sur
la population totale se chiffre à 43%.
L'agriculture occupe 30% de la population active de la préfecture de Tchaoudjo, mais elle
demeure au stade rudimentaire. Les méthodes d'exploitation sont encore traditionnelles ;
la mécanisation ou l'usage des animaux de traction est très rare. L'unique force utilisée
pour les travaux champêtres est celle du paysan et de sa famille. Les agriculteurs
déploient d'énormes efforts physiques pour obtenir des résultats maigres. La qualité et la
quantité des récoltes dépendent étroitement des aléas climatiques. Les principales cultures
pratiquées dans cette préfecture sont :
- Les cultures vivrières en tonnes : le maïs 1575t, le sorgho 957t, l'haricot 238t, l'igname
44 039t, le manioc 17924t, l'arachide 596t, le riz 726t, le sésame 441t, et le soja 425t38.
- Le coton (150t) et l'anacardier constituent les cultures de rentes de la préfecture.
La préfecture de Tchaoudjo présente deux (2) types d'élevage : l'élevage traditionnel et
l'élevage semi-moderne. Les principales espèces élevées au niveau du type traditionnel
sont : l'élevage des volailles, des petits ruminants, l'élevage des bovins et des porcins dont
les données estimatives sont : bovins 1344 têtes, ovins 12.419 têtes, les volailles 113.121
têtes39. On note une prépondérance de l'élevage des ovins en raison des rites culturels de
la préfecture. Les pondeuses sont les espèces élevées au niveau du type d'élevage semimoderne. On remarque que les éleveurs pour la plupart font partie de l'ethnie peule. De
nombreux peuls se sont sédentarisés autour des villages de Tchaoudjo. Ils élèvent des
troupeaux de vaches. Parallèlement, des peuls nomades passent fréquemment près de
Tchaoudjo avec leurs troupeaux de zébus en route entre le Burkina-Faso et le Nigéria.
L'élevage, la pêche et la chasse sont des activités associées à l'agriculture dans cette
préfecture.
38
Production annuelle par spéculation (tonnes) DRAEP/RC-PT
39
Sources : ICAT/RC et développement préfectorale : année 2007
CHAPITRE IV : LA METHODOLOGIE DE LA
RECHERCHE.
IV-1- LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE
Comme tout travail scientifique, notre travail a exigé un cadre théorique. Cette partie du
travail consiste à faire cas des théories qui ont trait à notre travail et qui l'explique. Il s'agit
aussi de recenser des écrits pertinents ayant déjà abordé notre thème, les analyser et les
critiquer afin de ressortir des éléments pertinents du champ de la recherche fondamentale
qui permettront de situer, de comprendre et de poser des bases scientifiquement solides à
notre thème de mémoire. Il fallait aussi dans cette partie établir des hypothèses, autour
desquelles s'articulera notre travail. Après cela, les objectifs que nous poursuivons et
l'analyse des concepts opératoires pour une compréhension plus approfondie de notre
thème. Pour ce faire, nous avions eu besoin des sources écrites, électroniques et orales. En
effet, les sources orales de nos informations ont concernées les personnes ressources,
c'est-à-dire les personnes qui sont en mesure de nous diriger vers l'information dont on a
besoin. C'est ainsi que nous avions consulté certains spécialistes de la micro finance qui
nous ont guidés dans nos recherches et nous ont donné une base solide dès que nous
avions émis l'idée de notre thème.
Quant aux sources écrites, c'est la source fondamentale de laquelle émanent nos
informations et données. La micro finance étant un phénomène qui a vu le jour il y a
longtemps et donc son domaine est largement exploré par des spécialistes et des
chercheurs de tous horizons, nous avions eu une documentation abondante tant sur le plan
mondial qu'africain. Sur le plan national, des efforts considérables ont été faits entre les
IMF elles-mêmes, efforts qui ont conduit à la création d'une association dénommée APIM
(Association Professionnelle des Institutions de Micro finance). Cette association possède
à son siège une bibliothèque qui a mis à notre disposition des écrits relatifs à ce domaine.
Nous avons consulté les documents au CCF (Centre Culturel Français) de Lomé, des
documents riches et qui ont bien contribué à la réalisation de notre travail.
Enfin, en ce troisième millénaire, nous ne pouvons évidemment pas réaliser un travail
scientifique et étudier un thème aussi d'actualité que le notre sans faire appel à internet.
Ainsi, nous avions fait recours aux sources électroniques qui nous ont fourni des données
précises et récentes. Nous avions fréquenté des cyber café et nous avons eu des résultats
très féconds.
IV-2- L'UNIVERS D'ENQUETE ET L'ECHANTILLONNAGE
IV-2-1- L'UNIVERS D'ENQUETE
Afin de pouvoir collecter des données fiables, concrètes et utiles pour une interprétation
scientifique de la pratique de la micro finance, notre univers d'enquête englobe des
adhérents d'IMF, des directeurs des mutuelles et des chargés de crédits.
IV-2-2- L'ECHANTILLONNAGE
« Il est très rare qu'on puisse étudier exhaustivement une population, c'est-à-dire
interroger tous les membres, ce serait si long et si coüteux que c'est pratiquement
impossible » ; affirmaient GHIGLIONE (R) et MATALON (B) dans Enquêtes
sociologiques, théorie et pratique, Paris 1976. Vu cette grande difficulté d'étudier toute
une population, on décide souvent d'en étudier qu'une fraction ou un échantillon duquel
des conclusions seront tirées pour toute la
population par extrapolation. Etant défini comme un sous-ensemble de la population, un
échantillon pour mériter véritablement ce nom, doit être représentatif de cette population,
c'est-à-dire qu'il devrait posséder autant que possible toutes les caractéristiques de la
population dont il est tiré. Cette représentativité de l'échantillon dépend fortement de la
méthode par laquelle il est tiré.
Nous avons deux (2) principales méthodes de sélection de l'échantillon qui sont les
méthodes aléatoires ou probabilistes et les méthodes non probabilistes ou empiriques.
La méthode d'échantillonnage aléatoire est celle qui emploie des techniques de sélection
au hasard. Elle se définie par le fait que l'on accorde à chacune des unités de la population
une chance égale connue et non nulle d'appartenir à l'échantillon. Cette méthode est dite
probabiliste car le prélèvement des unités de l'échantillon peut être comparé à un choix au
hasard, c'est-à-dire que l'on peut comparer le choix effectué au « prélèvement, les yeux
bandés de boules dans une urne comportant des boules identiques parfaitement mélangées
et disposant chacune d'elle la même probabilité d'être tirée au hasard ».
En ce qui concerne la méthode d'échantillonnage empirique, la sélection des unités devant
composées l'échantillon n'est pas faite au hasard ou de manière aléatoire. Elle est basée
sur le principe qu'il faut faire recours à son esprit méthodique et rationnel dans le choix
des unités de l'échantillon plutôt que de s'en remettre au hasard.
Dans le cas de notre étude, nous avons combiné les deux méthodes.
> Dans un premier temps, nous avons utilisé la méthode empirique pour tirer les IMF qui
feront partir de notre échantillon. Ainsi, nous avons tiré sur les six (6) IMF opérant dans le
milieu deux (2) soit une proportion de 25% ou un taux de sondage égal à 1/3. Ces deux
IMF sont la mutuelle Gaieté du réseau FUCEC-TOGO de la ville de Sokodé et la
mutuelle WAGES.
> Ensuite, nous avons utilisé la méthode aléatoire pour choisir les individus qui feront
partir de notre échantillon au niveau de chaque IMF. Il s'agit de prendre au hasard tout
adhérent des deux IMF choisies. Compte tenu des ressources disponibles pour notre
enquête, nous avons choisi 55 adhérents au niveau de chacune des deux (2) IMF choisies.
Ce qui nous fait au total un échantillon de 110 individus.
En plus de cela, nous avions eu des entretiens individuels avec les responsables de ces
deux IMF en plus des responsables de la Mutuelle AVENIR du réseau URCLEC (Union
Rénovée des Caisses Locales d'Epargne et de Crédit) ceci pour nous permettre
d'approfondir certaines réponses ou pour comprendre certains faits.
IV-3- LES INSTRUMENTS D'INVESTIGATION
« L'objet de la Sociologie est la réalité sociale prise dans toutes ses parties en profondeur,
de la croüte extérieure de la société, jusqu'aux valeurs et idées collectives (...) et
finalement jusqu'à la mentalité sociale, à la fois collective et individuelle », disait Georges
GURVITCH 40
A travers cette affirmation, GURVITCH veut préciser qu'il est impossible de comprendre
une société en faisant abstraction de toutes ses instances. La société est un tout
fonctionnel et pour l'appréhender, il est nécessaire de l'étudier dans sa totalité. Cette étude
suppose en effet, des méthodes scientifiques, qui
40
GURVITCH G., Vocation actuelle de la Sociologie, Paris, PUF, 1950, p7.
analysent objectivement cette « réalité » sociale en vu de dégager des conclusions
exemptes de tout subjectivisme.
Du fait de la complexité du phénomène que nous étudions, nous allons utiliser la méthode
quantitative et la méthode qualitative séparément et après essayer de faire un
rapprochement des données ou résultats recueillis à l'aide de ces deux outils de recherche.
IV-3-1-La recherche quantitative
Son rôle dans l'étude est d'assurer le contrôle de la fidélité et de la validité des variables de
l'étude.
Nous allons dans un premier temps sélectionner les variables de notre étude. Une variable
en sociologie, selon GRAWITZ est tout caractère soumis à une analyse sociologique
(sexe, profession etc.) dont les valeurs ne sont pas forcement numérique.41
- Une variable peut être quantitative si elle est susceptible d'associer un nombre à chaque
individu : âge, salaire, dépense de consommation, etc.
- Elle est dite ordinaire, si elle permet de positionner l'enquêté sur une échelle donnée. Les
variables d'opinion, par exemple, donnent souvent lieu à un classement qui range les
individus selon leur degré d'adhésion ; de très favorable à très défavorable par exemple.
- Elle est qualitative si elle attribue un intitulé à chaque élément.
Il faut souligner que dans le cadre de notre étude, nous allons prendre en compte ces trois
types de variables. Il faut également bien distinguer la variable indépendante (ou
explicative) de la variable dépendante (ou expliquée)
Dans le cadre de notre étude, les diverses contributions de la micro finance (variable
indépendante) visent ici à rendre compte de l'amélioration des conditions de vie des
populations (variable dépendante).
41
GRAWITZ M., Méthodes des sciences sociales, Paris, PUF, 2001, 11 ème édition.
Nous allons ensuite dénombrer un certain nombre d'indicateurs qui nous permettront de
mesurer l'action de la micro finance sur les activités des populations et par là sur leurs
conditions de vie. En effet, un indicateur est une donnée observable par laquelle on peut
appréhender les différentes dimensions analysées en constatant, dans la réalité, la
présence ou l'absence de telle attribution, l'état de telle variable.
Dans le cadre de notre étude, nous pouvons retenir des indicateurs suivants :
- la fréquence de l'adhésion aux IMF
- la fréquence et l'évolution des épargnes
- l'évolution des demandes de crédit
-l'évolution des revenus dans les activités génératrices de revenu des bénéficiaires des
services des IMF
- fréquence de remboursement des crédits par client.
A travers cette méthode, nous avons collecté les données grâce au questionnaire structuré.
IV-3-2-La recherche qualitative
Les services des IMF sont prioritairement destinés aux pauvres qui sont en majorité des
analphabètes, la méthode quantitative seule qui exige un minimum de capacité de lecture
et d'écriture (le questionnaire devant normalement être rempli par l'enquêté lui-même) ne
suffit pas dans le cadre de notre étude. Il nous faudra donc élaborer un guide d'entretien et
celui qui sera le mieux adapté sera celui individuel du fait que les clients bénéficient des
services de la micro finance individuellement (que se soit une personnalité morale ou
physique) et/ou différents objets de crédit. Il y a aussi des guides d'entretins individuels
que nous allons élaborés et qui seront destinés aux responsables des IMF. Ces derniers
nous permettront d'approfondir nos connaissances sur les pratiques et
règlementations de la micro finance pour une meilleure compréhension des informations
qui seront recueillies auprès des clients.
Nous allons à travers ces guides d'entretien élaborés, organiser des entretiens individuels
avec des clients et des responsables des IMF afin de recueillir des informations que nous
analyserons pour en tirer des conclusions.
IV-4- DEROULEMENT DE L'ENQUETE
Après avoir choisi notre thème et posé des bases théoriques pour son étude approfondie,
nous nous sommes proposé de nous rendre sur le terrain pour vérifier nos hypothèses.
Ainsi, notre étude sur le terrain s'est faite en deux (2) phases essentielles. La première
phase a concerné la pré enquête qui s'était déroulée du 12 au 25 Mars 2010. Au cours de
cette opération, nous nous sommes imprégnés des réalités du milieu et cela nous a permis
de bien préciser notre thème, nos hypothèses et les objectifs poursuivis.
Au cours de cette phase, nous avions eu des entretiens avec des responsables de certaines
IMF et par l'intermédiaire de nos personnes ressources, nous avons eu des entretiens avec
certains adhérents afin de déterminer la réalité des choses. La pré enquête a été une étape
cruciale pour notre étude du fait qu'elle nous a permis de poser des bases solides à notre
étude en nous débarrassant des préjugés et des spéculations fortuites.
La seconde phase de notre étude a concerné l'enquête proprement dite qui s'est déroulée
du Lundi 26 Juillet au Samedi 22 Août 2010. Au cours de cette phase, nous avions eu des
entretiens avec des responsables des mutuelles que nous avons choisies (FUCEC - Gaité
et WAGES) sur rendez-vous préalablement négociés. Après ces entretiens ont suivi les
séances d'administration de questionnaires. En effet, nous avions eu à remettre des
questionnaires à certains enquêtés, à aller à leurs domiciles ou à leurs lieux de travail pour
les retirer ; et
pour d'autres, étant analphabètes, nous avons fait une administration indirecte qui
consistait à restituer les informations qu'ils nous fournissaient en langue vernaculaire sur
le questionnaire. Cette activité (l'administration de questionnaires) nous a pris deux
semaines au cours desquelles nous avions intensément travaillé. Dans notre tâche, nous
avons été assistés par deux (2) enquêteurs que nous avons recrutés et formés. Après
l'administration des questionnaires, nous avions eu des entretiens individuels avec les
enquêtés afin d'approfondir certaines réponses qui nous sont données dans le
questionnaire et d'essayer de comprendre plus profondément certaines de leurs attitudes et
pratiques ou des décisions qu'ils prennent et qui des fois apparaissent illogiques a priori.
IV-5- LES DIFFICULTES RENCONTREES
Nous avons choisi d'étudier ce thème en tant que chercheur et évidemment, nous avons
été confronté à des problèmes. Si on s'attendait à certains de ces problèmes, il faut dire
que d'autres nous sont apparus de manière inattendue et ce sont ces derniers qui ont plus
perturbé nos recherches.
Ainsi,
> Notre recherche étant menée dans un milieu à majorité analphabète, nous avons
rencontré des problèmes liés au sens des questions et / ou des réponses.
> Nous avons été aussi confrontés aux problèmes d'ordre culturel. En effet, la majorité de
la population dans notre milieu d'étude étant musulmane, les adhérents des IMF
n'affirment pas facilement l'être effectivement ou avoir bénéficié de crédit puisque le
remboursement se fait avec intérêt, ce qui pour eux est illicite en Islam.
> Quelque fois les rendez-vous manqués avec les responsables des
mutuelles et les adhérents ne nous ont pas du tout facilité le travail.
> Certains enquêtés ne maîtrisant pas bien leurs propres activités, nous avions eu
beaucoup de problèmes pour collecter des informations concernant ces mêmes activités.
> Nous avions eu également certains problèmes liés au non retour de certains
questionnaires par certains enquêtés qui ont disparu, nous indiquant de faux lieux de
rendez-vous.
> De plus, avec la fermeture de RéDéMaRe, certains adhérents des IMF ont été obligés de
fuir le milieu. En effet, avec l'arrivée de RéDéMaRe au Togo, les populations dans le
milieu ont adhéré aux IMF de la place, y ont pris des crédits et ont déposé ces sommes au
niveau de ladite structure en vue de rembourser progressivement le crédit pris à travers la
somme mensuelle qu'ils percevront. Ils se trouvent donc incapables de rembourser ces
crédits du fait de la fermeture de RéDéMaRe. Pour d'autres, parler de leurs relations avec
leurs mutuelles devient un sujet sensible.
> Pour nos recherches documentaires, nous avions été confrontés aux problèmes
d'absence ou d'indisponibilité de certains ouvrages nécessaires pour notre étude dans les
bibliothèques de la place.
Cependant, malgré ces diverses difficultés, nous avons pu achever ce travail qui n'est bien
sür pas parfait (la perfection n'étant pas de ce monde) grâce à notre détermination et à
notre bravoure, mais surtout grâce au soutien de toute nature de plusieurs personnes qui
nous sont chères, que nous avons remerciées au début de ce document et que nous tenons
une fois encore à remercier.
TROISIEME PARTIE :
ANALYSE DES DONNEES ET
INTERPRETATION DES
RESULTATS.
CHAPITRE V : ANALYSE DES DONNEES
Les données recueillies sur le terrain ont été traitées à l'aide du logiciel SPHINX PLUS
version 2 pour Windows afin d'obtenir un portrait de la situation de profil des répondants.
Ce logiciel nous a permis de dégager des tendances à travers des pourcentages calculés.
V-1 : IDENTIFICATION DES ENQUETES
*Tableau 2 : répartition des enquêtés selon le sexe
Sexe
Effectif Pourcentage
Masculin
63
57,3%
Féminin
47
42,7%
TOTAL
110
100%
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données du tableau 2, on remarque que notre échantillon est composé de 63
hommes soit 57,3% et de 47 femmes soit 42,7%.
Tableau 3 : répartition des enquêtés selon la profession
Profession
Effectif Pourcentage
Commerçants 51
46,37%
Bouchers
18
16, 36%
Menuisiers
11
10%
Mécaniciens
13
11,82%
Fonctionnaires 14
12,73%
Ménagères
2
1,82%
Retraités
1
0,9%
TOTAL
110
100%
Source : Enquête, Août 2010
Les données du tableau N°3 illustrent que nos enquêtés sont en majorité composés de
commerçants qui représentent 46,37% de l'échantillon. Ensuite viennent les bouchers
(16,36%), les fonctionnaires (12,73%), les mécaniciens (11,82%), les menuisiers (10%).
Enfin le reste des enquêtés est composé de ménagères (1,82%) et les retraités qui
représentent 0,9% des enquêtés.
Tableau 4 : répartition des enquêtés selon l'existence d'enfants à leur charge
Existence
Effectif Pourcentage
d'enfant en charge
Oui
93
84,5%
Non
17
15,5%
110
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
A travers ce tableau, on remarque que la très grande majorité de notre échantillon (84,5%)
a un ou plusieurs enfants en charge. 17 personnes de nos enquêtés soit 15,5% n'ont pas
d'enfant à leur charge.
Tableau 5 : répartition des enquêtés selon leur niveau d'instruction
Niveau d'instruction Effectif Pourcentage
Primaire
47
42,7%
Secondaire
48
43,6%
Supérieur
11
10,0%
4
3,6%
110
100%
Non scolarisé(e)
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau nous rend compte du niveau d'instruction des adhérents d'IMF. En effet, selon
ce tableau, la majorité de nos enquêtés a un niveau d'instruction primaire et secondaire
dont respectivement 42,7% et 43,6%.
Ceux qui ont un niveau supérieur ne représentent que 10%. Les non scolarisés quant à
eux, font 36%.
V-2 : FINANCEMENT DES ACTIVITES ECONOMIQUES ET
EVALUATION DES REVENUS
Tableau 6 : répartition des enquêtés selon les sources de financement de leurs
activités avant leur adhésion leurs mutuelles
Anciennes
Effectif Pourcentage
sources de financement
Tontine consensuelle
33
30,0%
5
4,5%
Epargne traditionnelle
56
50,9%
Autre
16
14,5%
110
100%
Parent ou ami
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données de ce tableau, on remarque qu'avant leur adhésion à leurs mutuelles,
56 de nos enquêtés soit 50,9% avait comme sources de financement l'épargne
traditionnelle. 33 d'entre eux (soit 30%) se faisaient financer leurs activités par la tontine
consensuelle avant qu'ils n'adhèrent à leurs mutuelles ; tandis que 4,5% seulement d'entre
eux se faisaient financer par un parent ou un ami. 14,5% d'entre eux avaient enfin d'autres
sources de financement notamment les fonds reçus comme prêt ou les bénéfices issus de
leurs activités qu'ils réinvestissent.
Tableau 7 : répartition des enquêtés selon la raison de l'adhésion à leurs mutuelles
Raisons de l'adhésion à la mutuelle Effectif Pourcentage
Protéger votre argent
44
40,0%
Obtenir facilement un crédit
84
76,4%
Bien gérer les activités
27
24,5%
TOTAL
--
--
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau fait preuve de la motivation des adhérents des IMF de notre échantillon à s'y
adhérer et à épargner de l'argent. Selon le tableau, le principal motif des épargnants est
d'obtenir facilement un crédit, ensuite protéger leur argent, enfin bien gérer leurs activités.
Tableau 8 : Répartition des enquêtés selon le nombre de crédits demandés
Nombre
Effectif Pourcentage
de demandes de crédit
Aucune fois
6
5,5%
1 à 2 fois
61
55,5%
3 à 4 fois
31
28,2%
5 fois et plus
12
10,9%
TOTAL
110
100%
Source : Enquête, Août 2010
Les données de ce tableau illustrent que sur 110 enquêtés, 104 ont
demandé au moins une fois du crédit. Parmi eux, 61 soit 55,5% l'ont
demandé une à deux fois ; 31 soit 28,2% l'ont demandé 3 à 4 fois alors
que 12 soit 10,9% ont demandé du crédit cinq fois et plus. Les six personnes restantes
n'ont pas du tout demandé du crédit.
Tableau 9 : Répartition des enquêtés selon le nombre de crédits reçus
Nombre
Effectif Pourcentage
de fois de crédits alloués
Aucune fois
7 6,4%
1 à 2 fois
74
67,3%
3 à 4 fois
19
17,3%
5 fois et plus
10
9,1%
TOTAL
110
100%
Source : Enquête, Août 2010
Selon les données de ce tableau, sur 110 enquêtés, 103 ont reçu au moins une fois du
crédit. Sur ceux qui en ont reçus, 74 soit 67,3% en ont reçu une à deux fois ; 19 soit
17,3% en ont reçu 3 à 4 fois et 10 soit 9,1% cinq fois et plus. En plus des six enquêtés qui
n'en avaient pas demandé selon les données du tableau 8, une autre personne ayant
pourtant demandé du crédit n'en a pas reçu. Au total, sept enquêtés sur 110 n'ont jamais
reçu de crédit.
Tableau 10 : Répartition des enquêtés selon l'augmentation ou non de leurs revenus
avec les crédits reçus
Influence des crédits Effectif Pourcentage
Oui
88
85,44%
Non
15
14,56%
103
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau témoigne de l'influence des crédits reçus sur les revenus des bénéficiaires.
Selon le tableau, sur les 103 bénéficiaires de crédits, 88 soit 85,44% pensent que ces
crédits leur ont permis d'augmenter leurs revenus. Par contre 15 soit 14,56% affirment le
contraire.
Comment peut-on expliquer les réponses des 14,56% qui estiment que les crédits reçus ne
leur ont pas permis d'augmenter leurs revenus ?
Tableau 11 : Répartition des enquêtés selon les raisons de la non augmentation de
leurs revenus avec les crédits reçus
La Raison
Effectif Pourcentage
Mévente
7
46,66%
Emiettement du capital
1
6,67%
Capital insuffisant
6
40%
Autre
1
6,67%
15
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Selon les données de ce tableau, sur 15 enquêtés n'ayant pas constaté l'augmentation de
leurs revenus après avoir eu le crédit, 7 soit 46,66% sont confrontés à la mévente dans
leurs activités. Une personne trouve que son capital est émietté ; 6 soit 40% trouvent que
leur capitaux sont insuffisants tandis qu'une autre personne se trouve être confrontée à
d'autres problèmes.
Tableau 12 : Répartition des enquêtés selon leurs bénéfices journaliers
Bénéfice Journalier Effectif Pourcentage
Moins de 1000f
51
46,4%
Moins de 2000f
35
31,8%
Moins 3000f
13
11,8%
Moins 4000f
7
6,4%
Moins 5000f
2
1,8%
Moins 10000f
0
0,0%
10000f et plus
2
1,8%
TOTAL
110 100%
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données du tableau 12, on remarque que près de la moitiéde nos enquêtés
soit 46,4% ont un bénéfice journalier issu de leurs activités
qui est inférieur à 1000f. Ceux dont le bénéfice dépasse 1000f mais n'atteint pas 2000f
représentent près de 39% de notre échantillon. Ceux qui gagnent comme bénéfice moins
de 3 et 4000f sont respectivement 11,8% et 6,4% tandis que ceux qui ont moins de 5000f
représentent 1,8% de même que ceux qui ont 10.000f et plus.
V-3 : UTILISATION DES REVENUS ET RETOMBEES
SOCIALES
Tableau 13 : répartition des enquêtés selon le domaine d'investissement de leurs
revenus
Dépense
Effectif Pourcentage
du bénéfice
Soins de santé
87
79,1%
Scolarité et apprentissage des enfants 52
47,3%
Alimentation et habillement
36
32,7%
Accroissement du capital
17
15,5%
Loyer
4
3,6%
Autre
1
0,9%
TOTAL
--
--
Le nombre de citations est supérieur au nombre d'observations du fait de réponses
multiples (2 au maximum).
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau illustre le domaine dans lequel les bénéfices issus des activités des
bénéficiaires de services des IMF sont investis.
En général, la majorité des adhérents d'IMF utilisent leurs revenus pour satisfaire à leurs
besoins primaires ou besoins de survie notamment les soins de santé et dans d'autres
charges familiales notamment la scolarité et l'apprentissage des enfants, l'alimentation et
l'habillement et le loyer. Seul un petit nombre investit ses revenus pour accroître le
capital. Les revenus sont donc en majorité utilisés dans des domaines qui ne sont pas
directement liés aux activités des concernés.
Tableau 14: répartition des enquêtés selon leurs situations actuelles après avoir eu le
crédit
Changement
Effectif Pourcentage
de conditions de vie
Meilleure
22
21,36%
Acceptable
80
77,67%
Dégradé
TOTAL
1
0,97%
103
100%
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau renseigne sur l'amélioration de la situation des bénéficiaires après avoir eu le
crédit. Selon les données de ce tableau, 77,67% affirment que leurs situations sont
devenues acceptables après avoir eu le crédit. 21,36% trouvent leurs situations meilleures,
tandis que 0,97% les trouvent dégradées.
Tableau 15: Répartition des enquêtés selon le degré de satisfaction de leurs besoins
avec leurs mutuelles
Satisfaction des besoins Effectif Pourcentage
Non réponse
2
1,8%
Totalement
27
24,5%
Moyennement
77
70,0%
4
3,6%
110
100%
Pas du tout
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données de ce tableau, 70% des enquêtés estiment qu'avec la mutuelle, leurs
besoins ne sont que moyennement satisfaits ; tandis que 24,5% trouvent qu'ils sont
totalement satisfaits. 3,6% pensent que leurs besoins ne sont pas du tout satisfaits avec la
mutuelle.
Tableau 16 : répartition des enquêtés selon l'amélioration de leurs conditions de vie
Amélioration
Effectif Pourcentage
des conditions de vie
Oui
96
87,3%
Non
14
12,7%
110
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau renseigne sur les changements survenus de manière globale (avec ou sans
crédit) dans la vie des adhérents. Ainsi 87,3% affirment qu'ils ont constaté un changement
dans leurs conditions de vie tandis que 12,7% affirment le contraire. La majorité des
adhérents ont donc constaté un changement dans leurs conditions de vie après avoir fait
recours aux services de leurs mutuelles.
Tableau 17 : répartition des enquêtés selon la manière dont s'est faite l'amélioration
de leurs conditions de vie
Façon de l'amélioration
Effectif
Autonomie financière
80
Amélioration de l'état de santé de la famille 41
Amélioration des conditions alimentaires
45
Meilleure scolarisation des enfants
38
Création d'emploi
2
Diversification des activités de revenue
35
Acquisition de bien matériel
13
Augmentation des revenus
18
Autre
0
TOTAL
--
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données de ce tableau, on remarque que nos enquêtés ont en majorité
constaté un changement dans leurs vies du fait qu'ils ont désormais une autonomie
financière, par cette autonomie, ils arrivent à subvenir aux besoins familiaux. Ensuite,
certains d'entre eux constatent un changement par le fait qu'ils arrivent désormais à
diversifier leurs activités de revenus et/ou ils acquièrent facilement les
biens matériels dont ils ont besoin. A part les autres changements, seul un petit nombre
pense qu'avec les services de la mutuelle, ils arrivent à recréer des petits emplois.
Tableau 18: Répartition des enquêtés selon les raisons de la non amélioration de
leurs conditions de vie
Raison de la non satisfaction
Effectif Pourcentage
Dépendance vis-à-vis de la mutuelle financièrement
5
35,71%
Revenus toujours inchangés
8
57,14%
Revenus modestes
1
7,15%
14
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Selon les données de ce tableau, 35,71% de nos enquêtés estiment que s'ils n'ont pas eu de
changements dans leur vie, cela est dü au fait qu'ils dépendent vis-à-vis de la mutuelle
financièrement. 57,14% de nos enquêtés pensent que leurs revenus malgré le recours aux
servies de leurs mutuelles sont restés toujours inchangés et une personne pense que cela
est dû à ses revenus modestes.
V-4 : APPRECIATIONS DES ADHERENTS DES SERVICES
OFFERTS PAR LEURS MUTUELLES
Tableau 19 : Répartition des enquêtés selon leurs appréciations des conditions
d'octroi de crédit
Appréciation des conditions Effectif Pourcentage
Non réponse
6
5,5%
Compliquées
39
35,5%
Abordables
56
50,9%
Simples
9
8,2%
TOTAL
110
100%
Source : Enquête, Août 2010
Les données de ce tableau renseignent sur l'appréciation des conditions d'octroi de crédits.
Ainsi, 51% des bénéficiaires de crédits trouvent les conditions qu'ils ont remplies
abordables, tandis que 35,5% les trouvent compliquées. 8,2% trouvent pourtant ces
conditions simples ; 5, 5% n'ont pas pu apprécier ces conditions parce que n'ayant pas
demandé du crédit.
Tableau 20 : Répartition des enquêtés selon leurs appréciations du taux d'intérêt
appliqué aux crédits
Appréciation
Effectif Pourcentage
du taux d'intérêt
Très élevé
Assez élevé
22
8
Peu élevé
Ne sait pas
TOTAL
21,35%
7,77%
65
8
63,11%
7,77%
103
100%
Source : Enquête, Août 2010
A travers les données de ce tableau, on remarque que un peu plus de 63% de nos enquêtés
ayant reçu de crédits soit 65 personnes estiment que le taux d'intérêt qui leur est appliqué
est peu élevé ; tandis que 21,35% le trouve très élevé. Huit enquêtés soit 7,77% pensent
que ce taux d'intérêt est assez élevé ; c'est également le nombre d'enquêtés qui n'ont pas
pu donner leurs appréciations par rapport à ce taux d'intérêt.
Tableau 21 : Répartition des enquêtés selon leurs appréciations du montant des
crédits
Appréciation
Effectif Pourcentage
du montant de crédits
Très insuffisant
20
19,42%
Peu insuffisant
52
50,48%
Suffisant
31
30,1%
TOTAL
103
100%
Source : Enquête, Août 2010
A travers ce tableau, on a une idée sur l'appréciation du montant des crédits reçus par les
bénéficiaires. Ainsi, 50,48% de nos enquêtés pensent que les montants des crédits qu'ils
reçoivent sont peu suffisants ; 30,1% pensent qu'ils sont suffisants ; tandis que 19,42% les
trouvent insuffisants.
Tableau 22 : répartition des enquêtés selon l'appréciation de leurs mutuelles
Appréciation de la mutuelle Effectif Pourcentage
Non réponse
5
4,5%
Oui
81
73,6%
Non
24
21,8%
110
100%
TOTAL
Source : Enquête, Août 2010
Ce tableau illustre l'appréciation de la mutuelle par les adhérents en matière de crédit. En
effet, selon les données du tableau, 73,6% des demandeurs de crédits pensent que leurs
mutuelles répondent à leurs besoins en la matière ; tandis que 21,8% affirment le
contraire. Quant à ceux qui ne sont pas concernés par cette appréciation parce que n'ayant
pas demandé de crédit, ils représentent 4,5%.
CHAPITRE VI : INTERPRETATION DES
RESULTATS
Cette partie de notre travail fait appelle à notre expertise en vu de donner un sens aux
informations recueillies auprès des enquêtés et d'expliquer le phénomène étudié. Elle
consiste en effet à effectuer une interprétation des résultats de l'enquête en vue de
procéder d'une part à la vérification des hypothèses de recherche préalablement émises et
d'autre part, à l'élaboration des suggestions ou approches de solutions aux problèmes liés
au phénomène étudié.
Cette interprétation des résultats touchera aussi bien l'analyse quantitative que l'analyse
qualitative. Elle sera focalisée sur les points suivants : le profil socio démographique et
professionnel des adhérents des IMF, l'importance de la consistance du montant des
crédits pour une meilleure efficience et la micro finance comme un outil efficace pour
l'amélioration des conditions de vie de ses adhérents.
V-1-Le profil socio démographique et professionnel des
adhérents des
IMF
L'objectif central des IMF, c'est de parvenir à relever le niveau de vie des couches sociales
les plus défavorisées et donc exclues du système financier classique. Parmi ces couches
sociales la population féminine est la plus importante et la plus visée. En Afrique, la
femme est la principale responsable de la maison. C'est elle qui s'occupe des petits
problèmes familiaux et quelques fois, c'est elle qui assume certaines charges familiales.
Pourtant ce sont les femmes qui sont les plus exclues du système formel d'activités et elles
se retrouvent désespérément souvent dans l'informel. C'est justement pour palier à cet état
de choses qu'au Togo par exemple dans les années 1990, des projets
d'assistance ont été mis en place pour venir en aide à la femme et contribuer par là à sa
promotion socio-économique et culturelle. L'initiative est prise par des ONG et
associations féministes et de développement. C'est dans ce cadre que le projet WAGES a
été mis en place par CARE International Togo et avait pour objectif de départ la
satisfaction des besoins socio-économiques de 3.900 femmes à Lomé sur une période de
trois ans renouvelables une fois. L'objectif de départ ayant été rapidement atteint et
dépassé en moins de trois ans, ce projet se transforme en une institution de micro finance
et s'est étendu sur toute l'étendu du territoire national. Elle est arrivée dans la préfecture de
Tchaoudjo précisément dans la ville de Sokodé en 2000.
Cependant, on remarque de nos jours et à travers notre échantillon que, l'effectif des
hommes dépasse celui des femmes au niveau des adhésions (confère les données du
tableau 1). Cela s'explique par plusieurs mobiles notamment le niveau de scolarisation très
bas des femmes ou même un nombre important d'analphabètes. Cet état de choses fait que
la population féminine ignore la présence des initiatives de développement dans la
localité. Ensuite, la culture et les clichés du milieu font que la femme dépend totalement
de son mari et toute décision la concernant est souvent prise par celui-ci qui est le maître
de la maison (le mythe de la femme-objet). Elle préfère quelque fois même remettre ses
moyens financiers à son mari pour que celui-ci adhère à une IMF et cela renforce
l'emprise de l'homme sur la femme. Notons enfin qu'elles n'ont souvent que des revenus
très faibles, ce qui ne leur permet pas de dégager de bénéfice et de pouvoir épargner.
Leurs professions sont souvent de petites activités génératrices de revenus notamment des
revendeuses (nommés des détaillants).
Parlant justement de la profession des adhérents, disons que si la majorité de
ceux-ci sont des commerçants et des revendeurs (ses) cela reflète le profil des
couches visées par les IMF. Ils sont dans le secteur informel et leurs revenus
sont souvent modestes (moins de 1.000 F CFA par jour) comme l'indiquent les données
du tableau 12.
Notre échantillon se présente comme une population dont la population a un niveau
d'instruction primaire et secondaire. Cependant, il n'est pas contradictoire de présenter la
population de Tchaoudjo comme une population majoritairement analphabète. En effet, au
cours de l'administration de nos questionnaires et des entretiens individuels avec nos
enquêtés, tous ou presque tous ceux qui affirment avoir un niveau d'instruction primaire et
une grande partie de ceux qui ont un niveau secondaire n'arrivent pas à s'exprimer en
français. Ils ne peuvent non plus pas remplir les questionnaires eux-mêmes. Nos échanges
se font par conséquent en vernaculaire. Nous les considérons donc tous comme des
analphabètes. Lorsqu'on associe cet effectif (niveau d'instruction primaire) à celui des non
scolarisés (47+4 = 51 soit 46% plus une partie du niveau secondaire), on remarque que les
analphabètes sont majoritaire (confère les données du tableau 5).
Au départ, les IMF se sont beaucoup intéressées aux activités liées au commerce ou à
l'agriculture. Leurs actions visaient plus ces secteurs d'activités mais après quelques
années d'expérience elles se sont rendues compte qu'une importante partie de la
population exerce des activités particulières notamment la boucherie, la menuiserie, ou la
mécanique et qu'il faut donc intervenir au niveau de ces activités aussi pour une meilleure
efficacité de leurs actions (confère les données du tableau 3). Cette efficacité dépend de
certaines conditions à remplir par le bénéficiaire du crédit ou certaines règles qu'il doit
observer dans l'exercice de ses activités, mais aussi certaines mesures doivent être prises
par la mutuelle. Parmi ces mesures, nous pouvons avoir la consistance du montant des
crédits octroyés.
VI-2- L'importance de la consistance du montant des crédits
pour une
efficience
Les services offerts par les IMF se composent des services financiers qui sont le produit
épargne, le produit crédit, le virement des salaires etc. et des services non financiers
notamment la formation et l'appui institutionnel. La principale cause qui pousse les
populations à y adhérer est de pouvoir obtenir un crédit (confère les données du tableau
7).
Il faut noter que cependant, certains adhérents ne demandent pas de crédit et cela ne leur
permet pas a priori de promouvoir leurs activités (confère les données du tableau 8). Cela
ne profite non plus aux IMF du fait qu'elles ne participent pas à la formation du capital.
Cette situation s'explique globalement par des causes socio culturelles et religieuses. En
effet, la religion dominante du milieu (l'Islam) aurait interdit le prêt à intérêt. Ce qui fait
que certains ne demandent pas de crédit car s'ils ont adhéré à la mutuelle, c'est qu'ils
pensaient au départ que les prêts sont sans intérêt. Alors ceux là qui ne demandent pas de
crédit se sentent quelque fois exclus du secteur d'activité des IMF, même si plus de la
moitié de nos enquêtés trouve que le taux d'intérêt qui leur est appliqué est peu élevé
(confère les données du tableau 20), certains refusent tout de même de demander du crédit
parce que selon eux, la religion interdit d'intérêt quel qu'il soit. Pour les responsables des
IMF, cette situation s'explique par l'ignorance de certains textes religieux par les adeptes
sinon cet intérêt n'a rien à voir avec les interdits religieux. Cette situation constitue un
véritable carcan social et des efforts sont en train d'être faits pour palier à ce problème. Il
faut aller jusqu'à l'expliquer comme la valeur ajoutée d'un bien produit ou d'un service
rendu. Pour ceux qui demandent du crédit la presque totalité d'entre eux l'obtient au moins
une fois. (Confère les données du tableau 9) Pour les IMF, cela s'explique par le fait que
leur objectif principal est de promouvoir les activités des populations à faibles revenus par
des micros financements. Le crédit est donc un
outil efficace à cette promotion et à l'éradication de la pauvreté. Il arrive même que
certaines IMF se retrouvent dans l'incapacité de satisfaire à toutes les demandes de crédit
(l'encours des crédits étant supérieur à l'épargne totale) et font donc appelle aux services
des banques classiques pour renforce leurs capacités.
Cependant, si chez certaines IMF le porte feuille à risque se chiffre à 2%, il va jusqu'à 8%
chez d'autres. Comment expliquer donc cette situation ? Comment expliquez la réticence
des bénéficiaires des crédits à les rembourser dans les délais prévus ?
Il faut noter que certains bénéficiaires pensent que le montant des crédits dont ils
bénéficient est peu suffisant et insuffisant (confère les données du tableau 21). Cette
insuffisance du montant des crédits fait que la capacité du bénéficiaire à mener ses
activités ne se trouve pas être renforcée. Son capital est émietté et cela n'agit pas
véritablement de manière favorable sur ses activités. Ainsi, certains pensent qu'ils ont une
activité qu'ils exercent, qu'ils la maîtrisent bien. Pour se faire, ils se sont dirigés vers les
IMF pour demander du support, mais que malgré ce support, ils se retrouvent sans
moyens d'action et sont obligés de rembourser le crédit qui leur est octroyé. C'est ce qui
les oblige à prendre des fois en toute illégalité deux ou plusieurs crédit à la fois auprès de
plusieurs mutuelles : c'est la cavalerie de crédit. Cette pratique met en effet l'intéressé
dans un cercle vicieux et il se retrouve dans l'incapacité de maximiser ses revenus et de
rembourser ses crédits.
Pour les mutuelles, il faut éviter des crédits complaisants qui en fait sont des crédits dont
les montants sont relativement élevés pour pouvoir réduire le détournement d'objet de
crédit. En effet, si le montant du crédit dépasse les besoins financiers du bénéficiaire pour
ses activités, le surplus est investi automatiquement dans un domaine improductif et le
met dans l'incapacité de reconstituer progressivement le montant du crédit.
L'augmentation du montant des crédits n'est donc pas selon elles une solution au problème
de non
remboursement des crédits. Un crédit dont le montant est justement conforme aux besoins
du bénéficiaire l'aide à développer l'idée de réinvestir les bénéfices dans ses activités et
d'accroître ses revenus (idée centrale du capitalisme). Parlant justement de l'accroissement
des revenus, il faut noter que la majorité des bénéficiaires de crédits, malgré l'insuffisance
de leurs montants estiment qu'ils leur ont permis d'augmenter leurs revenus. Il faut noter à
ce sujet, que les crédits reçus permettent aux bénéficiaires de mieux contrôler leurs
activités. A titre d'exemple, il y a le crédit saisonnier accordé aux commerçants et aux
agriculteurs pendant des périodes précises de l'année (période des récoltes pour les
commerçants et la période des semences pour les agriculteurs). Ces crédits permettent aux
commerçants de faire des stocks de céréales afin de maximiser les bénéfices à la vente en
période de pénurie. On se rend donc compte qu'ils maîtrisent mieux les achats et les
ventes de leurs produits. Ce qui contribue énormément à l'amélioration de leurs conditions
de vie. D'ailleurs, une majorité de notre échantillon trouve que sa situation actuelle après
avoir eu le crédit est acceptable. Il y a même certains qui trouvent qu'elle est meilleure
comme le montrent les données du tableau 14.
Pour ceux qui pensent que le crédit reçu n'a pas permis d'augmenter leurs revenus, ils
expliquent cela par la mévente, l'émiettement de leur capital ou un capital insuffisant.
Nous avions dit précédemment que l'émiettement du capital est dû selon les adhérents à
l'insuffisance du montant du crédit, aux conditions compliquées d'octroi de crédit. Quant
au problème de la mévente, il faut noter que c'est un problème crucial dans le milieu qui
est évidemment dû à une offre supérieure à la demande, mais aussi à la non diversification
des secteurs d'activité. En effet, il y a une sorte de tendance à l'exercice d'une seule
activité qui est le commerce et par conséquent, les produits proposés deviennent alors
abondants, malgré que les prix chutent on a du mal à les écouler. Cela rend improductif et
inactif le capital investi. C'est pour palier à ces problèmes qu'il y a un développement
progressif des activités particulières comme la boucherie, la
cordonnerie ou la menuiserie. Ce développement étant en partie aussi dû à leur adhésion
aux IMF et aux crédits qu'ils reçoivent. Ces crédits leur permettent non seulement
d'améliorer leurs conditions de vie (confère les données du tableau 16), mais aussi
promeuvent également ces nouveaux secteurs d'activité. Cette émergence de ces nouveaux
types d'activité vient donc appuyer l'action des IMF afin que les besoins des populations
soient satisfaits.
Notons en définitive que si le crédit obtenu ne permet pas aux bénéficiaires d'améliorer
leurs conditions de vie cela est dû au domaine dans lequel leurs bénéfices sont investis.
Considérons le paradoxe selon lequel la majorité de ceux qui prennent les crédits trouve
que le montant de ces crédits sont insuffisants ou peu suffisants ; mais au même moment,
ils trouvent que leurs conditions de vie sont devenues acceptables voir même meilleures.
Cet état de chose illustre qu'en réalité, les montants des crédits sont suffisants, mais c'est
la manière de vouloir gérer leurs activités qui fait croire aux bénéficiaires que les
montants des crédits ne sont pas suffisants. Comme l'affirment donc les responsables des
IMF, si les crédits sont complaisants, ils « poussent » leurs bénéficiaires à investir dans
des domaines improductifs, à ensuite se retrouver incapables de les rembourser et enfin à
trouver leurs conditions de vie dégradées. Des crédits consistants mais sur mesure sont
donc importants pour une meilleure efficience.
VI-3-La microfinance, un outil efficace pour l'amélioration des
conditions de vie des populations.
La majorité des adhérents des IMF affirment qu'avec la mutuelle, leurs besoins ne sont
que moyennement satisfaits (confère les données du tableau 15). Cela s'explique par
plusieurs causes, notamment la non information de ceux-ci de certaines pratiques de leurs
mutuelles. En effet, beaucoup sont ceux qui ne savent pas le taux d'intérêt qui leur est
appliqué, ce pourquoi ils n'arrivent pas à l'apprécier (confère les données du tableau 20).
Pour certains adhérents, les conditions d'octroi de crédit sont compliquées (confère les
données du tableau 19). Ces conditions varient en effet d'une mutuelle à une autre et en
général sont :
> Etre déjà en exercice d'une activité et être membre de la mutuelle depuis au moins 3
mois.
> Présenter dans son compte une garantie de 25% du montant du crédit demandé.
> Présenter une garantie matérielle (un bien immobilier en général) et une caution
(personne physique comme témoin).
Les responsables des IMF expliquent ces conditions comme pour aider le bénéficiaire à
bien gérer ses activités et à rembourser le crédit. C'est justement pourquoi les adhérents
affirment en majorité que le recours aux services de leurs mutuelles a entraîné un
changement dans leurs conditions de vie.
Comment s'est fait alors ce changement ?
La contribution de leurs mutuelles a permis aux adhérents d'être, selon eux,
financièrement autonomes. En effet, autrefois avant leur adhésion aux IMF les
populations avaient comme source de financement l'épargne traditionnelle personnelle, la
tontine consensuelle ou un parent ou un ami (confère les données du tableau 6).
Désormais, ils arrivent à financer tant bien que mal leurs activités après avoir eu le crédit.
De plus les populations arrivent désormais à satisfaire à leurs besoins familiaux. Parmi ces
besoins, les soins de santé sont les plus prioritaires. Cela illustre d'abord que les
populations dans la préfecture de Tchaoudjo sont confrontées aux multiples maladies,
notamment le paludisme et la tuberculose. La recrudescence de ces endémies s'explique
souvent par la non maîtrise des méthodes de leur prévention et de leur traitement. Le
second domaine dans lequel elles investissent est l'alimentation et l'habillement. En effet,
l'alimentation et l'habillement sont des besoins élémentaires de l'homme depuis que les
hommes ont commencé la vie en société. Cependant, si l'habillement attire autant
d'investissement, c'est qu'il est devenu progressivement un luxe. Toutefois, ces dépenses
colossales dans l'habillement ne sont pas les mêmes chez tous les individus. D'un côté, il
met en évidence l'affirmation du statut social de l'individu du fait que ce dernier veut se
faire remarquer par son habillement ou se distinguer (cas des Azia qui sont influentes dans
la prise de certaines décisions concernant les femmes). De l'autre côté, cela est la
conséquence d'une imitation du fait de la tendance à l'uniformisation des modes
vestimentaires. Un autre domaine dans lequel les bénéfices sont investis concerne la
scolarisation et l'apprentissage des enfants du fait des taux de scolarisation croissants dans
le milieu. Donc, on remarque que les principaux domaines dans lesquels les bénéfices
sont investis sont des domaines improductifs. On voit donc que les populations dépensent
une grande partie de leurs revenus dans un domaine qui n'est pas directement productif.
Toutefois, certains de ces domaines comme la santé et l'éducation sont prioritaires pour un
développement durable. Investir dans ces domaines revient à poser des bases solides pour
un tel développement. Il faut quand même noter qu'il y a une infime partie des bénéfices
issus des activités qui est investie dans l'accroissement du capital chez certains
bénéficiaires (confère les données du tableau 13).
L'accroissement du capital chez certains semble être en effet moins préoccupant du fait de
la mévente ; qui est un problème qui explique la dégradation des conditions de vie d'une
infirme partie des adhérents, qui se trouvent contraints de payer le crédit qui leur est
octroyé même s'ils devraient s'endetter auprès d'une tierce personne.
Notons en définitive que les IMF grâce aux micros financements qu'elles accordent aux
personnes morales et physiques constituent une bouffée d'oxygène pour les populations
dans la préfecture de Tchaoudjo.
Certes, tout n'est pas parfait, mais il faut noter que leur action a un impact sur les
conditions de vie de ces populations. En effet, même si certains adhérents pensent que les
montants des crédits qui leurs sont octroyés ne sont pas suffisants, il faut noter que vue les
réalités socio-économiques du milieu ces crédits tant ordinaires que particuliers peuvent
augmenter la capacité des bénéficiaires puis que leurs montants peuvent aller jusqu'à un
million de francs CFA (1.000.000 F CFA). Aussi, si chez certaines IMF l'épargne a
évolué de 50 Millions en 2004 à 145 millions en 2010, soit un accroissement moyen de
près de 300% en 6 ans ou 50 % par an (WAGES), il faut noter que chez d'autres (FUCECGaieté), elle dépasse 1 milliard de FCFA en 2010. Si certains constatent que ces crédits
leur ont permis d'augmenter leurs revenus, alors pourquoi pas d'autres ? Tout dépend donc
non seulement de la gestion et des activités et du crédit reçu par le concerné lui-même,
mais aussi de son esprit d'investissement et de la gestion de ses revenus en vue de
l'accroissement de son capital.
Même s'ils ne bénéficient pas de crédits, à travers l'épargne et d'autres services non
financiers comme les formations et l'appui institutionnel qui consiste à faciliter la
constitution des clients en associations ou en groupes de solidarité, certains adhérents aux
IMF affirment qu'ils ont constaté un changement positif dans leurs conditions de vie.
Ils arrivent désormais à mieux gérer leurs revenus et la tontine leur permet d'épargner
progressivement assez d'argent sans pour autant sentir cela dans leur quotidien. De plus
les clients se sentent désormais engagés et ils doivent par là réguler leurs activités
(maximiser le profit) et s'auto réguler si nécessaire (contrôle des dépenses).
Cependant, la microfinance si elle constitue un important outil de lutte contre la pauvreté
n'est pas un baton magique qui viendrait transformer la société. Ce n'est pas une solution
miracle à la pauvreté. C'est plutôt un « instrument >> dont on peut s'en servir pour
éradiquer la pauvreté. S'en servir, suppose une méthode constituée des techniques et des
procédures d'application de ces techniques. Dans le cadre de notre milieu d'étude, il faut
dire que beaucoup reste à faire vu les réalités que vivent les populations locales. Des
efforts doivent être faits par différents acteurs sociaux si des solutions pérennes veulent
être mises en place pour améliorer véritablement les conditions de vie des populations.
Notre étude serait en quelque sorte « stérile >> si des approches de solution ou des
suggestions n'étaient pas proposées sous forme de recommandations pour augmenter
l'efficacité de l'action de la microfinance en tant qu'outil de développement local, durable
et participatif.
RECOMMANDATIONS
+ A l'endroit des responsables des IMF :
A l'issu de notre étude, nous avons remarqué que, la cavalerie de crédit s'explique des fois
par les besoins de crédit ressentis par le bénéficiaire en plus de celui déjà reçu. Sur ce, il
serait plus bénéfique aux IMF pour éradiquer ce phénomène d'octroyer des crédits
supplémentaires si nécessaire, même si le premier crédit reçu n'est pas encore entièrement
remboursé après bien sûr une étude approfondie du dossier du demandeur. Cela permettra
aussi au bénéficiaire de profiter de l'opportunité qui s'est présentée à lui à cet effet.
De plus, il serait profitable que les différentes IMF renforcent la collaboration entre elles
d'une part, et d'autre part entre elles et les autres IMF du pays à travers l'APIM. Cette
étroite collaboration leur permettra d'une part d'atténuer les effets néfastes de la
concurrence (celle-ci leur est en général profitable) et d'autre part, d'obtenir des
financements collectifs sous forme de prêts des bailleurs de fonds pour l'exécution des
projets sociaux.
Il est justement impérieux que des projets sociaux notamment les projets de lutte contre
certaines maladies, la construction des établissements tant scolaires que d'alphabétisation
ou des projets de sensibilisation sur des maux qui minent la société (excision, mariages
précoces, etc.) soient initiés par les IMF. Ces projets peuvent être financés par d'éventuels
surplus issus des bénéfices réalisés par ces IMF ou par les bailleurs de fonds. C'est
d'ailleurs l'absence ou l'insuffisance de ces actions sociales qui crée la confusion entre les
IMF et les usuriers, ces derniers s'enrichissant sur le dos des populations pauvres sans
aucune assistance de leur part.
Il faut aussi dire que certains adhérents se trouvent parfois confrontés à certains
problèmes qui les paralysent totalement dans leurs activités. Il faut que
dans des cas pareils, les IMF étudient leurs cas et leurs proposent de nouveaux plans de
relance de leurs activités.
L'assouplissement des conditions d'octroie des crédits peut aussi encourager la population
à en demander davantage. Si nécessaire, faut-il encore que le montant du dépôt
préalablement demandé dans le compte du client soit revu à la baisse. Toutefois il est
important que l'étude des dossiers de demande des crédits soit faite minutieusement.
Il serait aussi intéressant que les IMF proposent si possible des services de crédit
comparables au « prêt islamique » en France ou en Grande-Bretagne. En effet, concernant
les prêts pour l'acquisition de biens immobiliers par exemple, le « prêt islamique »
consiste donc à ce que l'établissement du crédit intervienne en qualité de premier acheteur
et de revendeur à l'égard du client. La banque achète le bien, puis le revend à son client
moyennant une marge bénéficiaire convenue entre les deux parties. Il serait aussi
intéressant que les IMF achètent des marchandises ou même d'autres biens pour les
revendre aux clients selon leurs besoins préalablement exprimés. Cela permettrait de
contourner le problème de l'intérêt.
Il faut enfin que les IMF initient des études de terrain pour cerner les réalités des choses
auprès des populations bénéficiaires de leurs services.
+ A l'endroit des populations :
D'abord, à travers les divers entretiens avec les différents acteurs, nous avons remarqué
que la femme, malgré les diverses charges familiales qui sont la siennes, reste souvent
sous le joug de son mari. Ainsi, il faut que les gardiens des us et coutumes d'une part et les
autorités religieuses d'autre part renforcent le pouvoir de la femme vue les responsabilités
qui lui sont attribuées et par là, lui permettent de s'auto-promouvoir économiquement et
culturellement (scolarisation de la jeune fille ou alphabétisation de la femme par
exemple).
Ensuite, il faut que les populations brisent le carcan religieux qui les empêche de
demander du crédit et le fassent effectivement. Rappelons que le crédit est un puissant
vecteur d'augmentation du chiffre d'affaire des individus et par là, il leur permet
d'augmenter leurs revenus. Toutefois, ils peuvent de manière consensuelle demander des
prêts sans intérêt (ce qui parait difficile) ou même avec des taux d'intérêt très faibles.
Il est aussi important que les populations diversifient leurs secteurs d'activité. « Il n'y a
pas de sot métier » dit-on souvent. Ce qui est plus important, c'est de savoir bien gérer les
activités. Cela peut aussi être l'une des solutions au problème de la mévente.
Enfin, il serait profitable aux populations elles-mêmes de dévoiler le vrai objet du crédit
qu'elles demandent. En effet, la connaissance du vrai objet du crédit à octroyer permet aux
mutuelles d'octroyer des crédits convenables à leurs objets. Cela peut les aider à mieux
gérer ces crédits et à en profiter au maximum.
CONCLUSION
Au départ, nous nous sommes fixé comme objectif dans ce travail de mesurer les
changements socio-économiques intervenus dans la vie des populations dans la préfecture
de Tchaoudjo après avoir bénéficié des services des IMF notamment les crédits reçus.
Pour y parvenir, nous avions émis des hypothèses que nous nous sommes proposé de
vérifier.
Ainsi, notre travail a constitué à étudier l'apport de la micro finance dans l'amélioration
des conditions de vie des populations dans le milieu. En effet, la préfecture de Tchaoudjo
se situe dans la région centrale du Togo ; la deuxième région la plus pauvre du Togo avec
82,2% de la population vivant dans la pauvreté et 63,9% de celle vivant dans l'extrême
pauvreté.42 Pourtant la réduction de la pauvreté et de l'extrême pauvreté figure parmi les 8
OMD. Adoptant la Déclaration du millénaire au cours de l'Assemblée Générale des
Nations Unies de Septembre 2000, le Togo s'était engagé à atteindre ces objectifs du
millénaire pour le développement (OMD). Un rapport national sur les OMD a été préparé
et validé au cours d'un séminaire national tenu en Octobre 2003 et adopté par le
Gouvernement en Mars 2004 pour informer le grand public et les décideurs des progrès
dans le sens de la réduction de la pauvreté. Selon ce rapport, à moins que des efforts
particuliers soient faits en termes d'investissements par le pays et d'engagements de la part
des bailleurs de fonds, le Togo ne serait en mesure de réaliser aucun des OMD d'ici à
l'horizon 2015. Il est donc préoccupant de s'intéresser aux voies et moyens pouvant
contribuer à la réduction de la pauvreté et de l'extrême pauvreté au Togo ; et par là, notre
étude trouve toute sa pertinence et son utilité. Les résultats de cette étude sont assez
satisfaisants quoiqu'ils ne soient pas exempts de réserves, certaines réponses fournies par
nos enquêtés devant être prises avec des pincettes. D'ailleurs, GHIGLIONE (R) et
MATALON (B) affirment dans
42 Togo : DSRP intérimaire, Juin 2004, p.11
Enquêtes sociologiques, théorie et pratique, que « Lorsque la question porte sur une
opinion(...), rien n'assure que cette opinion existe effectivement même pas le fait que la
personne ait répondu à la question. Non seulement certaines personnes interrogées
peuvent n'avoir jamais réfléchi au problème dont il est question (donc ne pas avoir
vraiment d'opinion à ce propos), mais il se peut aussi que leur manière de concevoir le
thème soit toute différente de celle qui sous-entend et qui a orienté sa formulation... »43
Cependant, les résultats que nous avons obtenus à l'issue de notre étude nous permettent
de réaffirmer que la microfinance contribue effectivement à l'amélioration des conditions
de vie des populations dans la préfecture de Tchaoudjo du fait que non seulement les
montants des crédits que les mutuelles accordent aux demandeurs sont consistants, mais
aussi la plupart des remboursements de ces crédits se font souvent à temps(même s'il ya
de légers retards) et à cause aussi des autres services tant financiers et non financiers
qu'elles leur proposent. La consistance du crédit est tributaire de sa force à augmenter la
capacité du bénéficiaire à mieux accroître ses revenus. Elle doit aussi contribuer à aider,
ou mieux à former le bénéficiaire à bien gérer ses activités et par là les bénéfices générés
par celles-ci. C'est là son rôle le plus fondamental. Même si le crédit n'est pas une fin en
soi, il permet infailliblement « d'améliorer les conditions de vie et le bien-être des
habitants d'un pays, de les libérer de l'esclavage que représente une lutte quotidienne pour
la survie »44. De plus, la bonne gestion des activités suppose l'investissement dans un
domaine productif (directement ou indirectement). Quant au remboursement des prêts à
temps, disons qu'il est la conséquence non seulement de l'efficacité de l'action de la
mutuelle, mais aussi de la prise de conscience des clients de la nécessité de mieux gérer
leurs activités. Unanimement, les populations, qu'elles aient reçus
GHIGLIONE R. et MATALON B. , Enquêtes sociologiques, théorie et pratique, Paris, Armand-Collin, 1976,
p.17
43
44 Nations Unies : L'économie mondiale, publié par le département de l'information des
Nations Unies, New York, 1990, p.85.
du crédit ou pas, reconnaissent que leurs mutuelles leurs ont permis d'améliorer leurs
conditions de vie. On peut à cet effet qualifier volontiers la micro finance de «
surveillance sociale » en ce sens qu'elle aide les bénéficiaires de ses services à s'auto
promouvoir sur les plans social, économique et même culturel sans pour autant recourir
nécessairement aux moyens les plus contraignants.
Rappelons également que des efforts ont été faits et sont en train d'être faits pour exposer
le vrai visage des IMF dont l'image est souvent perçue d'un mauvais oeil. Désormais, il
faut dire que la stratégie participative des IMF est une opportunité de prise en charge des
populations qui deviennent des acteurs de leur propre développement et non des assistés.
Notre étude se veut tout simplement une prise de conscience sur la question de la lutte
contre la pauvreté. Certes, cette question ne concerne pas seulement l'autorité politique
(qui est bien sûr le premier responsable), mais c'est aussi l'apanage des chercheurs et
même de tous les acteurs sociaux. En ce sens, notre travail constitue également un cri
d'alarme lancé vers tous les acteurs sociaux en vue de développer des stratégies pour
éradiquer le fléau de la pauvreté.
Pourrions-nous d'ailleurs prétendre épuiser tout ce sujet lorsque la population de notre
étude constitue un échantillon des adhérents des IMF dans la préfecture de Tchaoudjo ?
C'est dire que notre échantillon est loin de refléter toutes les réalités de la population de
notre milieu d'étude ou même de celle qui bénéficie des services des IMF.
Nos résultats et conclusions ne sauraient donc évacuer l'étude sur le rôle des IMF dans la
lutte contre la pauvreté, mais ouvrent la brèche à d'autres études qui enrichiraient
davantage ce débat. C'est d'ailleurs l'objectif central de toute étude scientifique.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages spécifiques
1- CONDE K. et al, Etudes socio-anthropologique sur le fonctionnement interne du crédit
rural de Guinée, CRG, 1999.
2- GENTIL D. et al., Microfinance : Orientations méthodologiques, Commission
Européenne, 2002 (2ème édition).
3- BOYE S. et al., Le guide de la microfinance, microcrédit et épargne pour le
développement, éditions d'organisation, 2006.
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5- GENTIL D., Les mouvements coopératifs en Afrique de l'Ouest, édition Karthala, 1986.
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une étude comparée, IRAM, Paris, 2001.
Revues et rapports
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financement rural et agricole », Horizons Bancaires, N°326, 2005.
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d'investissement en microfinance », KfW Financial sector development. Symposium
Microfinance Investment Funds, Berlin, novembre 2004.
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1- DURKHEIM E., Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 10ème édition,
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2- GURVITCH, G., Vocation actuelle de la sociologie, Paris, PUF, 1950.
3- GHIGLIONE R. et MATALON B., Les enquêtes sociologiques, théorie et
pratique, Paris, Armand Collin, 1978.
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2- www.iram-fr.org
3- www.microfinance.tg
4- www.microfinance.lu
5- www.lamicrofinance.org
6- www.yearofmicrofinance.org
7- www.franconet-canada.org
8- www.hdr.undp.org
9- www.lamicrofinance.org
ANNEXES
Annexe 1 : Questionnaire et guides
d'entretien
QUESTIONNAIRE D'ENQUETE N° /2010
LOCALITE : PREFECTURE DE TCHAOUDJO
MUTUELLE :.........................
Madame, monsieur, la présente enquête s'inscrit dans le cadre de notre mémoire de
maîtrise en sociologie. A travers ce questionnaire, nous souhaiterions obtenir des
informations sur votre pratique de l'épargne-crédit, les changements qu'elle a apportés
dans vos conditions de vie et vos opinions sur les prestations de service de vos mutuelles.
Ce questionnaire est anonyme et les réponses resteront strictement confidentielles. A
chaque question, il y a une ou plusieurs réponses. Pour répondre, vous encerclez le
chiffre correspondant à votre réponse. Lorsque vous rencontrez une question à plusieurs
réponses, vous choisissez une ou des réponses que vous croyez être ce que vous pensez ou
que vous faîtes ou encore ce que vous savez.
Merci d'avance pour votre disponibilité et votre attention.
SECTION I : IDENTIFICATION DES ENQUETES
N° Question et
d'ord
filtres
re
Modalités et codes Pass
er à
Sexe (notez
Q 101 le sexe sans - Masculin.......................1
demander
- Féminin........................2
Q 102
Quel âge
-/....../ ans
avez-vous ?
- Commerçant ...................1
- Menuisier.......................2
- Mécanicien......................3
Quel est
Q 103 votre
- Boucher.........................4
profession ?
- Couturier (e)...................5
- Cordonnier.....................6
- Coiffeur.........................7
- Autres (à préciser)............8
Quel est
votre état
Q 104
- Célibataire.....................1
matrimonial
?
- Marié (e)........................2
- Veuf (ve).......................3
Q 105
Avez-vous
- Oui..............................1
des enfants ?
Q10
7
- Non.............................2
- 1 à 2.............................1
Q
106
Combien ?
Q
107
- 3 à 4..2
- 5 à 6.............................3
- 7 à plus.........................4
Primaire.........................Secondaire.......................Supérie
ur........................Non scolarisé(e).................
Quel est
votre niveau
d'instruction
?
1
2
3
4
Q20
1
SECTION II
:
FINANCEM
ENT DES
ACTIVITES ECONOMIQUES ET
EVALUATI
ON
DES REVENUS
Quelles
étaient vos
sources de
- Tontine
- Parent ou ami
financement - Epargne traditionnelle
avant votre
adhésion à
la mutuelle ?
- Autre (à Préciser)
- Protéger votre argent..........
1
Q20
2
Qu'est ce qui
vous a
- Obtenir facilement
motivé à
épargner de
l'argent ?
un crédit..........................
2
- Bien gérer les activités........ 3
- Autres (à préciser) ............
4
- 1 à 3 mois.....................
1
Q20
3
Depuis
combien de
temps avez-
- 4 à 6 mois.....................
vous adhéré
à votre
mutuelle ?
- 7 à 9 mois.....................
2
3
- 10 à 12 mois..................
4
- Plus d'un an..................
5
Q20
4
Combien de
fois avezvous
demandé du
crédit ?
- 1 à 2 fois.......................
1
- 3 à 4 fois.......................
2
- 5 fois et plus..................
3
Q20
5
Combien de
fois en avezvous
- 1 à 2 fois.......................
1
- 3 à 4 fois.......................
bénéficié ?
2
- 5 fois et plus..................
3
Q20
6
Ce nombre
de crédits
obtenu vous
-Oui..............................
a-t-il permis
d'augmenter
vos
-Non..............................
1
2
revenus ?
- Mévente........................
1
Q20
7
Pourquoi ?
- Emiettement du capitale..... 2
- Capital insuffisant............
3
- Autres (à préciser)............
4
Q208 A combien - Moins de 1 000F~~~~..1 - Moins de 2 000F~~~~..2 sont évalués Moins de 3 000F..............3 - Moins de 4 000F..............4 vos
Moins de 5 000F..............5 - Moins de 10 000F.............6 10 000F et plus................7
bénéfices
par jour ?
Q20
8
SECTION III :
UTILISATION
DES RE VENUS ET RETOMBEES SOCIALES
Q301 Que faitesvous avec
les revenus
générés par
vos activités
?
- Soins de santé.................1 - Scolarité et apprentissage
Q302 Comment
trouvezvous votre
- Meilleure.......................1 - Acceptable.....................2 Dégradée........................3 - Autres (à préciser).............4
des enfants.......................2 - Alimentation et habillement.3 Accroissement du capital......4 - Loyer...........................5 Autre à préciser...............6
situation
actuelle
après avoir
eu le crédit ?
Q303 Avec la
mutuelle vos
besoins
- Totalement....................1
- Moyennement................2
- Pas du tout....................3
sont-ils
satisfaits ?
Q304 Le recours - Oui..............................1
aux services
de la
- Non.............................2
mutuelle a-til entrainé
un
changement
dans vos
conditions
de vie ?
Q305 De quelles
manières ?
- Autonomie financière ......1 - Amélioration de l'état
de santé de la famille.........2 - Améliorations des
conditions alimentaires......3 - Meilleure scolarisation
des enfants.....................4 - Création d'emploi...........5 Diversification des
activités de revenue...........6 - Acquisition de bien
matériel..........................7 - Augmentation des revenus..8 Autre (à préciser).............9
Q30
6
Q306 Pourquoi ?
- Dépendance vis-à-vis
de la mutuelle
financièrement..................1 - Revenus toujours inchangés.2
- Revenus modestes............3 - Revenus ne permettant pas
de diversifier les activités ........4 - Autre (à
préciser).............5
SECTION IV : POPULATION BENEFICIAIRE DES PAR LES IMF
APPRECIATION
DE LA
SERVICES
OFFERTS
Q401 Quelles sont - Epargne........................1 - Présentation d'une caution. 2 les
Présentation d'une garantie.3 - Autre (à préciser).............5
conditions
que vous
avez
remplies
avant d'avoir
le crédit ?
Q402 Comment
trouvezvous ces
- Compliquées..................1 - Abordables.....................2 Simples.........................3
conditions ?
Q403 Comment
- très élevé.......................1 - Assez élevé....................2 - Peu
trouvezélevé......................3 -Ne sait pas.....................4
vous le taux
d'intérêt qui
vous est
appliqué ?
Q404 Que pensez- - Très insuffisant..............1 - peu insuffisant...............2 vous du
Suffisant......................3
montant des
crédits dont
vous
bénéficiez ?
Q405 Comment
- Normal........................1 - Court...........................2
trouvezvous le délai
de
remboursem
ent des
crédits ?
Q406 Votre
mutuelle
répond-t-elle
à vos
besoins en
matière de
crédit ?
Q407 Comment
trouvezvous le
- Oui..............................1
- Non.............................2
- Correct.........................1 - Reprochable..................2
comporteme
nt du
personnel de
la mutuelle ?
Q408 Que pouvez- - Correct.........................1 - Reprochable..................2
vous dire du
comporteme
nt des agents
de
terrain de
votre
mutuelle ?
Guide d'entretien individuel destiné au directeur de la mutuelle
1- Parlez-nous de l'historique de la mutuelle -les conditions de sa création
-objectifs
-mode de fonctionnement (moyens d'action)
2- Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans vos prestations de service?
3- Dites nous comment vous pensez y remédier : (avec quels moyens ? ; êtesvous assistés
par les bénéficiaires ?)
4- Comment jugez-vous les résultats obtenus par rapport à vos attentes ?
5- Parlez nous des innovations à venir
Guide d'entretien individuel destiné au responsable du service renseignements et
adhésions
1-Quels sont les différents services qu'offre votre institution ?
2-Quelles sont les conditions d'adhésion de la mutuelle ? > Adhérent simple
> Adhérent membre
3-Faites-nous la situation des adhésions de la mutuelle depuis 2008.
> Nombre total des adhérents > Nombre total des tontiniers > Nombre total des membres
4-Quelles stratégies employez-vous pour atteindre votre population cible ?
-Quelle est cette population cible ? -Pensez-vous l'avoir atteinte ?
Guide d'entretien individuel destiné au responsable de la direction d'exploitation
1-Parlez-nous de l'organisation de l'épargne au sein de votre institution depuis 2008 >
Mobilisation de l'épargne
> Différentes sortes de dépôts > Les taux en vigueur
2-Quelles sont les conditions d'octroie de crédits ?
3-Depuis 2005, combien de demandes de crédits vous sont-elles adressées ?
4-Combien sont satisfaites ?
- Pourquoi pas toutes ?
- Y a-t-il pas d'autres moyens pour y parvenir ?
- Quelles stratégies pour l'avenir en matière de satisfaction des demandes de crédits ?
5- Combien de bénéficiaires de crédits ont-ils pu rembourser ? -combien n'ont pas pu
rembourser ? (cas de retard, cas de fuite du bénéficiaire, cas d'incapacité).
-Pourquoi cette incapacité à rembourser ?
6- Quelles mesures pensez-vous prendre pour palier à ces problèmes ?
Annexe 2- CARTE DE LA
PREFECTURE DE TCHAOUDJO.
Sources : Préfecture de Tchaoudjo / Région Centrale
Table des matières
SOMMAIRE.............................................................................ii
DEDICACE..............................................................................iii
REMERCIEMENTS....................................................................iv
SIGLES ET ACCRONYMES.........................................................vi
LISTE DES TABLEAUX.............................................................vii
INTRODUCTION........................................................................1
PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL DE
L'ETUDE.................................................... .............................6
CHAPITRE 1 : CADRE THEORIQUE..............................................7 1-1-Justification
du choix du sujet ....................................... ....7 1-2-Revue de la litterature...
............................................. ... 9 1-2-1- Genese et evolution des
IMF..............................................9 1-2-2- Principes clés de la microfinance ..........
.............................15 1-2-3- Les objectifs de la microfinance........................................20 12-4- La microfinance et les OMD............................................22 1-2-5- Microfinance et
pauvrete................................................26 1-2-6- Les obstacles que rencontre la
microfinance en Afrique............34
CHAPITRE 2 : PROBLEMATIQUE 43 2-1- Position du probleme...
...................................................43 2-2- Les objectifs de la
recherche.............................................45 2-3-Les hypothèses de la recherche...............
............................46 2-4- Analyse des concepts......................................................46 2-5Modèle d'analyse.........................................................52
DEUXIEME PARTIE : CADRE PHYSIQUE ET METHODOLOGIQUE
DE L'ETUDE...........................................................................54
CHAPITRE 3 : PRESENTATION DU
CADRE PHYSIQUE DE
L'ETUDE................................................................................55 3-1-Historique de la
préfecture de Tchaoudjo................................55
3-2-Présentation géoclimatique et démographique de la préfecture de
Tchaoudjo..........................................................................56 3-3- Aperçu sociopolitique.....................................................57 3-4- Activités socioéconomiques.............................................59
CHAPITRE 4 : LA
METHODOLOGIE DE LA
RECHERCHE...........................................................................61
4-1-La recherche documentaire..................... ............................61
4-2- L'univers d'enquête et l'échantillonnage .. .............................62
4-2-1-L'univers d'enquête......................................................62 4-2-2L'échantillonnage........................................................63 4-3- Les instruments
d'investigation...........................................64 4-3-1- La recherche
quantitative................................................65 4-3-2- La recherche qualitative.....................
............................66 4-4- Déroulement de l'enquête.................................................67 4-5Les difficultés rencontrées..................................................68
TROISIEME PARTIE : ANALYSE DES DONNEES ET
INTERPRETATION DES RESULTATS ............ .............................71
CHAPITRE 5 : ANALYSE DES DONNEES 72
5-1 : IDENTIFICATION DES ENQUETES.......................................72 5-2
: FINNCEMENT DES ACTIVITES ECONOMIQUES ET EVALUATION DES
REVENUS....................................................75 5-3: UTILISATION DES REVENUS
ET RETOMBEES SOCIALES......................... 81
5-4 : APPRECIATION DE LA POPULATION BENEFICIAIRE DES SERVICES
OFFERTS PAR LES IMF.............................................86
CHAPITRE 6 : INTERPRETATION DES RESULTATS~~~~~~..90 6-1-Le profil
socio-démographique et professionnel des adhérents des IMF~.90 6-2- L'importance de la
consistance du montant des crédits pour une
efficience..................................................................................93 6-3- La microfinance, un
outil efficace pour l'amélioration des conditions de vie
despopulations...........................................................................97
RECOMMANDATIONS............................................................101 CONCLUSION.......
..................................................................104 BIBLIOGRAPHIE 107 ANNEXES...........
...................................................................110 TABLE DES MATIERES 117
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