
Comme argumenté par Bofondi et Ropele (2011), les créances douteuses de la période précédente peuvent con-
tribuer à alourdir l'encours des prêts de la période actuelle pour les particuliers comme pour les entreprises. Ainsi, le
fardeau de la dette passée constitue un indicateur de la qualité de l'emprunteur dans l'octroi de futur prêt. Pour mettre
en exergue cette relation entre la qualité des prêts et la nature des emprunteurs, deux spécifications empiriques seront
considérées dans cette étude à partir du modèle théorique. Le premier modèle économétrique (1) est similaire à celui de
Kjosevski et al. (2019), Dimitrios et al. (2016) et Makri et al. (2014) et repose sur l'hypothèse que la probabilité de défaut
de paiement au cours d'une période n'affecte pas la probabilité de défaut de paiement de la période suivante. Autre-
ment dit, la performance des prêts au cours d'une période n'est pas rattachée à la performance survenue au cours d'une
autre période. Ainsi la spécification du modèle (1) est un panel statique.
Pour identifier la qualité des emprunteurs au sein de l'UMOA et déterminer si les créances douteuses engendrent
un cercle vicieux, un second modèle économétrique (2) est spécifié et incorpore la possibilité que la qualité des prêts au
cours d'une période peut influencer les futurs prêts. Cette seconde spécification tient compte de la formation des
anticipations des agents, la présence d'un effet de mémoire et des délais de réalisation des actions économiques. En
outre, la prise en compte des prêts non performants retardés permet également de s'assurer de la robustesse des
résultats. Ainsi, le second modèle (2) à l'image de Louzis et al. (2012), Messai et Jouini (2013), Ghosh (2015) et Laxmi
et al. (2018) est un panel dynamique qui inclut parmi les variables explicatives les prêts non performants retardés.
Les deux modèles économétriques sont présentés ci‐dessous:
Modèle Statique
PNP ββAβSβDφθ
og = + + + + +
it it it tiit
,01
.2,3,
(1)
Modèle Dynamique
PNP βγNPL βAβSβDφθ
og = + log + + + + + +
it it it it tiit
,0,−11.2,3,(2)
Avec i=1,…, 8 la dimension pays et t= 2000,…, 2019 la dimension temporelle qui forment les
paramètres du panel,
0
la constante, A
it.
le vecteur des 8 variables macroéconomiques
PIB INF DPC REM COV UNEM TAX W
, , log , log , log , log , log , )
it it it it it it it it,, ,,, ,,
,,
it,le vecteur des 7 variables bancaires
(ROA INT TI INEF PrP RPA
og , , , log , log , log
it it it it it it,,, ,, ,
,CBit,),
D
est une variable binaire prenant la valeur 0 avant 2008 et
1 après la crise financière mondiale de 2008,
et
les coefficients des deux vecteurs respectifs et la crise financière,
θit,le terme d'erreur,
il'effet spécifique associé aux banques dans chaque pays, NPL
og it,−
la variable dépendante
retardée.
4|DONNÉES ET DÉFINITION DES VARIABLES
Cette étude analyse le cas de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), composée de huit (8) pays notamment le
Benin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Pour chaque pays, les
données sont annuelles et couvrent une période de 20 ans (2000–2019). Les données sur les variables macro-
économiques viennent de la Banque mondiale sauf le service de la dette, les taxes sur les produits qui proviennent du
Fond Monétaire International. L'indice d'incertitude mondial est issu des travaux de Ahir et al. (2018). Les données
relatives aux banques sont obtenues à partir des comptes de résultat et bilan de la Banque centrale des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). La concentration bancaire découle de Bankscope. Toutes les variables utilisées dans cette
étude sont calculées par les auteurs à partir des données disponibles. Ainsi, cette étude utilise des données de Panel.
Surlabasedel'éventaildesdéterminantspotentielsdesprêtsnonperformantsfournisparlalittératurerécente(Dimitrios
et al., 2016; Karadima & Louri, 2020; Kjosevski et al., 2019;Laxmietal.,2018;Louzisetal.,2012;Messai&Jouini,2013), 8
variables macroéconomiques, 7 variables spécifiques aux banques et une variable muette sont utilisées (Tableau 1). La variable
muette (D) considère l'effet de choc systémique ou exogène sur la qualité des prêts. Elle prend la valeur 0 avant la crise
financière de 2008, et 1 après la crise financière de 2008 (Kjosevski et al., 2019). Les variables de contrôles macroéconomiques
sont le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), le taux d'inflation (INF), le ratio du service de la dette publique par
tête (DPC), le ratio des transferts de fonds (REM), le taux de couverture (COV), le taux de chômage (UNEM), le ratio des taxes
sur les produits (TAX), et l'indice d'incertitude mondial (W) défini comme la fréquence des incertitudes dans le monde en
prenant en compte les attaques, les chocs économiques, les crises de la dette, les guerres, les élections et les conflits. Calculé par
Ahir et al. (2018), l'indice est une appréciation dans les pays en développement de l'incertitude de la politique économique et la
volatilité des marchés de capitaux. Un indice élevé est associé à une incohérence des réponses de politique, donc une menace
TINTA AND SANOU
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