L'Hémogramme : Cours de médecine vétérinaire

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L’HĂ©mogramme
Les populations cellulaires sanguines circulantes (globules rouges, globules blancs et plaquettes)
peuvent ĂȘtre quantifiĂ©es par des mĂ©thodes analytiques manuelles ou automatisĂ©es.
L’hĂ©mogramme comprend des variables biologiques mesurĂ©es ou calculĂ©es mais Ă©galement des
données morphologiques(1-5). Il est classiquement constitué par:
 la numĂ©ration des Ă©lĂ©ments figurĂ©s sanguins (hĂ©maties, leucocytes et plaquettes)
 l’hĂ©matocrite - Packed Cell Volume (PCV)
 l’hĂ©moglobinĂ©mie
 le volume globulaire moyen (VGM) ou Mean Corpuscular Volume (MCV)
 la concentration corpusculaire moyenne en hĂ©moglobine (CCMH) ou Mean Corpuscular
Hemoglobin Concentration (MCHC)
 la teneur corpusculaire moyenne en hĂ©moglobine (TCMH) ou Mean Corpuscular Hemoglobin
(MCH)
 la formule leucocytaire
 l’examen du frottis sanguin
D’autres paramĂštres peuvent ĂȘtre prĂ©sents:
 le pourcentage ou la numĂ©ration des rĂ©ticulocytes
 des index de maturation de la population des rĂ©ticulocytes fonctions de leur contenu en ARN
 l’indice de distribution des globules rouges (IDR) ou Red blood cells Distribution Width (RDW)
 le volume moyen plaquettaire (VMP) ou Mean Platelet Volume (MPV)
 le plaquettocrite
 l’indice de distribution des plaquettes (IDP) ou Platelets Distribution Width (PDW)
I. Le prélÚvement sanguin
I.1. Anticoagulant
Généralement 2,5 ou 5 ml de sang veineux* sont prélevés dans des tubes contenant un sel éthylÚne
diamine tétracétique (EDTA) à la concentration de 1mg/ml. Si le systÚme seringue-aiguille est utilisé,
l’aiguille doit ĂȘtre retirĂ©e avant le transfert du sang dans le tube contenant l’anticoagulant pour Ă©viter de lyser
les cellules. L’hĂ©parine est dĂ©conseillĂ©e car elle ne prĂ©vient pas l’agrĂ©gation des plaquettes et entraĂźne des
modifications dans la morphologique des globules blancs.
Sang et anticoagulant doivent ĂȘtre correctement mĂ©langĂ©s par retournement du tube une douzaine de fois.
Il est important de noter l’état de l’animal (calme ou agitĂ©, anesthĂ©siĂ©, dĂ©shydraté ) au moment du
prélÚvement.
*le sang capillaire est parfois préféré car il est enrichi en certains parasites comme Babesia.
I.2. Stabilité et manipulation du spécimen
En pratique vétérinaire, un hémogramme est réalisé rapidement aprÚs le prélÚvement sanguin ou selon les
recommandations, dans les 24 heures(2, 6) à partir de spécimens conservés à 4°C, comme en médecine
humaine.(7, 8) Cependant, dans de nombreux cas, les spĂ©cimens ne peuvent ĂȘtre traitĂ©s dans des dĂ©lais
aussi brefs en raison de leur envoi postal Ă  un laboratoire de biologie mĂ©dicale ou en raison d’une
interruption de service pendant le week-end par exemple. Dans de tels contextes, les tubes sont conservés
souvent 48h avant d’ĂȘtre analysĂ©s. Ceci soulĂšve des questions quant Ă  la stabilitĂ© des variables
hématologiques mesurées et sur la validité de l'interprétation des résultats, en particulier pour des tubes
conservés à température ambiante.
I.3. Le frottis sanguin
Actuellement, de nombreux automates d’hĂ©matologie fournissent les numĂ©rations leucocytaire,
Ă©rythrocytaire et plaquettaire et sont capables pour certains d’entre eux de donner une formule leucocytaire.
L’examen du frottis sanguin est souvent nĂ©gligĂ©, semblant long et fastidieux, et se limite trop souvent Ă 
l’observation d’hĂ©moparasites dans les zones gĂ©ographiques Ă  risques. Le frottis reste nĂ©anmoins
nĂ©cessaire pour confirmer ou infirmer les rĂ©sultats donnĂ©s par l’analyseur. De plus, une approche
morphologique attentive des cellules sanguines peut permettre de dĂ©celer des Ă©lĂ©ments d’orientation
diagnostique, voire des Ă©lĂ©ments figurĂ©s. Pour cela, il est nĂ©cessaire d’avoir un microscope de qualitĂ©, des
frottis correctement rĂ©alisĂ©s afin d’éviter les principaux artĂ©facts, de prendre le temps de colorer les frottis,
de savoir les bases thĂ©oriques de l’hĂ©matopathologie et d’apprendre Ă  reconnaĂźtre les modifications
morphologiques des cellules sanguines.
Le frottis sanguin est un étalement de sang sur une lame porte-objet qui permet la répartition réguliÚre des
éléments figurés sur une seule épaisseur, en vue de réaliser :
 une approche morphologique qualitative des Ă©lĂ©ments figurĂ©s,
 une apprĂ©ciation semi-quantitative du nombre de leucocytes et de plaquettes (normalement une
plaquette pour 20 globules rouges),
 la formule leucocytaire (pourcentage relatif des diffĂ©rents types leucocytaires).
1.3.1. Validation des rĂ©sultats chiffrĂ©s par l’automate d’hĂ©matologie
L’examen du frottis va permettre la validation des rĂ©sultats chiffrĂ©s fournis par l’automate d’hĂ©matologie. Ce
paragraphe sera développé de façon exhaustive et appliquée dans divers cours ultérieurs (lecture des
rĂ©sultats des analyseurs d’hĂ©matologie, anĂ©mies, leucopĂ©nies, 
) et n’est abordĂ© ici que sous la forme
d’exemples gĂ©nĂ©raux.
Globules rouges
La validation prĂ©cise de la numĂ©ration Ă©rythrocytaire et/ou de l’hĂ©matocrite par l’examen du frottis sanguin
reste trÚs difficile ; on peut cependant confirmer une anémie marquée (hématies éloignées les unes des
autres sur quasiment la totalité du frottis) ou une polyglobulie (hématies se chevauchant ou en rouleaux sur
quasiment la totalité du frottis).
La microcytose et la macrocytose sont respectivement par définition une diminution et une augmentation du
volume globulaire moyen. Elles doivent toujours ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es par l’observation du frottis sanguin(9).
Une hypochromie, pour ĂȘtre confirmĂ©e, nĂ©cessite une lecture du frottis sanguin.
Leucocytes
Avec une bonne reproductibilitĂ© au niveau de la technique d’étalement du frottis et un Ɠil un peu habituĂ©,
l’examen du frottis permet d’évaluer semi-quantitativement le nombre de globules blancs.
A faible grossissement (x100 ou x200), on observe la queue du frottis, plus riche en leucocytes que le corps
du frottis. L’épaisseur relative en leucocytes est proportionnelle Ă  la numĂ©ration. Si cette technique ne
permet pas de compter précisément les leucocytes, elle peut par contre confirmer / infirmer une leucopénie
ou une leucocytose(10).
Identification
queue de frottis
riche en leucocytes
Le frottis sanguin
1- Réalisation
Matériel
SANG : veineux prélevé sur E.D.T.A ou éventuellement capillaire (plus riche en parasites)
LAMES : une lame porte-objetlavée et dégraissée ;
une lame rodée de largeur inférieure à celle de la lame porte-objet.
PIPETTE PASTEUR Ă  usage unique
Réalisation du frottis
Comme pour l’analyse sanguine par l’automate d’hĂ©matologie, il est primordial de bien homogĂ©nĂ©iser le sang avant d’en
prélever une goutte :
- au moins une vingtaine de retournements du tube sont nécessaires, de façon douce.
1. DĂ©poser avec la pipette Pasteur une goutte de sang de petite taille Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la lame porte-objet
Approcher une lame rodĂ©e devant la goutte de sang en formant un angle d’environ 45° avec la lame porte-objet
2. Attendre que le sang se répartisse tout le long du bord de la lame rodée avant de la faire glisser sur la lame porte-
objet d’un mouvement ferme et rĂ©gulier
3. SĂ©cher Ă©nergiquement le frottis Ă  l’air par agitation immĂ©diatement aprĂšs avoir effectuĂ© l’étalement.
Identifier la lame.
Le frottis doit normalement contenir en totalitĂ© sur la lame, sa queue n’atteignant pas l’extrĂ©mitĂ© de celle-ci.
Il peut ĂȘtre
conservĂ© plusieurs jours Ă  l’abri de la lumiĂšre et de la poussiĂšre avant d’ĂȘtre colorĂ©.
A
RTEFACTS
:
Un frottis trop épais ou mal séché fait apparaßtre de nombreuses hématies trÚs fortement colorées à la
périphérie. Un mauvais séchage peut également faire apparaßtre :
- des échinocytes, globules rouges (GR) dont la surface apparaßt « hérissée» de fines projections. Ce
changement de morphologie des GR se diffĂ©rencie d’une vraie poĂŻkilocytose par le fait qu’un tel artefact
affecte tous les GR d’une zone donnĂ©e alors qu’une poĂŻkylocytose vraie ne touche que quelques GR rĂ©partis
sur l’ensemble de l’étalement.
- de petites bulles claires rĂ©fringentes dans les hĂ©maties qui peuvent parfois gĂȘner la lecture et se confondre
avec des piroplasmes. Elles correspondraient Ă  une fuite de gaz emprisonnĂ© sur le frottis au moment oĂč il
sort du GR.
Le frottis sanguin
lame rodée
lame porte-objet
Etalement :
Ni trop rapide : frottis épais et court
Ni trop lent : frottis trop long,
Mouvement ferme et régulier.
2- Coloration
2.1. Coloration rapide
Bien que ce type de coloration ne permette pas d‘obtenir une gamme de couleur aussi variĂ©e qu’avec le
May-GrĂŒnwald Giemsa, il permet une analyse morphologique des cellules sanguines, parfois suffisante, et a
surtout l’énorme avantage d’ĂȘtre simple et rapide d’utilisation. Les procĂ©dures de coloration peuvent varier
selon le kit employé ; il est donc nécessaire de se reporter aux indications du fabricant.
2.2. Coloration avec le May-GrĂŒnwald Giemsa
L’avantage de la coloration au May-GrĂŒnwald Giemsa (MGG) par rapport Ă  une coloration rapide est qu’elle
permet de mettre en évidence des granulations azurophiles présentes dans certaines cellules
hĂ©matopoĂŻĂ©tiques ; c’est la coloration de choix en hĂ©matologie et cytologie. Cette coloration est
malheureusement trop souvent incompatible avec la durĂ©e d’une consultation, en particulier si le clinicien
doit la rĂ©aliser lui-mĂȘme. La technique est cependant relativement simple :
1. Recouvrir la lame, posĂ©e horizontalement sur un portoir, avec du May-GrĂŒnwald pur (solution du
commerce) en quantité suffisante pour limiter l'évaporation responsable de dépÎts de colorant. Laisser le
colorant agir 5 minutes.
2. Rincer avec de l’eau pour prĂ©paration injectable ou Ă©ventuellement de l’eau du robinet
3. Diluer extemporanément au 1/10 la solution de Giemsa Rdans de l'eau pour préparation injectable
(Diluée, cette solution s'altÚre trÚs vite). Recouvrir la lame avec la solution de Giemsa et laisser agir le
colorant 5 Ă  10 minutes.
4. Jeter le colorant et rincer à l’eau du robinet.
5. Essuyer le dessous de la lame avec du papier absorbant pour retirer le dépÎt de colorant
6. Sécher la lame
 En gĂ©nĂ©ral, pour toutes les dilutions et rinçages, l'eau du robinet est suffisante. Cependant, si les hĂ©maties
apparaissent trop grisùtres aprÚs coloration par le Giemsa et rinçage, il est possible de mettre sur la lame 1 à 2 ml
de solution tamponnée (pH 6,8-7) pendant 10 à 30 secondes, ce qui permet d'éclaircir et de raviver le frottis.
ARTEFACTS :
Des dépÎts de colorants sont communément observés et se déposent à la périphérie des GR voire
adhĂšrent Ă  leur surface ; ils doivent ĂȘtre diffĂ©renciĂ© de Mycoplasma haemofelis ou M. Haemominutum
(anciennement dénommés Hémobartonelles). Les dépÎts de colorant sont de taille hétérogÚne ; en jouant sur la mise
au point de l’objectif, ils apparaissent rĂ©fringents. Pour Ă©viter de tels dĂ©pĂŽts : filtrer les colorants, utiliser de petits flacons
(type flacon urinaire) afin de changer réguliÚrement les solutions.
Composition du May-GrĂŒnwald Giemsa* :
- mĂ©lange de May-GrĂŒnwald, Ă©osinate de bleu de mĂ©thylĂšne, colore les noyaux acides en bleu et les cytoplasmes basiques en rouge,
- colorant de Giemsa (mĂ©lange de Romanovsky), mĂ©lange complexe de bleu de mĂ©thylĂšne et d’éosinate d’azur et de violet de
méthylÚne, colore les noyaux acide en rouge violacé, les cytoplasmes en bleu ou rose suivant les cellules et les éléments azurophiles
en rouge pourpre intense.
Cette technique de coloration polychromatique permet d’obtenir des teintes diffĂ©rentes en fonction de l’affinitĂ© des divers organites
cellulaires pour les colorants utilisés :
 Bleu foncĂ© ou basophile : affinitĂ© pour le bleu de mĂ©thylĂšne qui est un colorant basique. Il colore les structures acides telles que
l’ADN du noyau, l’ARN dans le cytoplasme comme par exemple l’ARN des ribosomes.
 Rouge pourpre ou azurophile : affinitĂ© pour le colorant azur qui est typique des lysosomes.
 Rose-orangĂ© ou Ă©osinophile ou acidophile : affinitĂ© pour l’éosine, colorant acide. Il colore les structures basiques et en particulier
l’hĂ©moglobine des Ă©rythrocytes, certaines granulations des leucocytes.
 GrisĂątre Ă  brunĂątre ou neutrophile : affinitĂ© pour un colorant dont le pH a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© par erreur neutre et caractĂ©ristique des
granulations des granulocytes neutrophiles.
*Ganter P., Jolles G. Histochimie normale et pathologique, Tome 2, 1970, Paris Gauthier-Villars.
Le frottis sanguin
3- Examen du frottis
Le frottis est d’abord observĂ© au faible grossissement (x100 ou x200 avec des oculaires x10 et des
objectifs x10 ou x20) pour apprécier la répartition des cellules sanguines. Il est aussi utile pour détecter la
prĂ©sence anormale d’agrĂ©gats plaquettaires voire leucocytaires, apprĂ©cier la richesse en leucocytes
(normalement plus nombreux sur les bords et en queue de frottis) et évaluer la population des globules
rouges (anisocytose, poïkilocytose, polychromatophilie, hypochromie,
). Le faible grossissement permet
Ă©galement l’observation d’élĂ©ments de grande taille (microfilaires, 
).
Il est ensuite examiné en utilisant un objectif x100 à immersion, plus particuliÚrement en fin de corps de
frottis, oĂč les globules rouges ne se chevauchent pas, pour rĂ©aliser la formule leucocytaire et apprĂ©cier la
morphologie cellulaire.
 RĂ©gions du frottis: tĂȘte, corps et queue du frottis.
La morphologie des cellules et leur répartition dépendent de la région du frottis. Il existe une zone
d’observation idĂ©ale car d’épaisseur optimale, correspondant approximativement au dernier tiers du frottis
(en fin de la rĂ©gion du corps), lĂ  oĂč les hĂ©maties ne se chevauchent pas et sont Ă  peu prĂšs Ă©quidistantes les
unes des autres. Cette zone de lecture est idéale pour réaliser la formule leucocytaire et apprécier les
caractéristiques cytologiques des différentes populations cellulaires.

TĂȘte corps queue
 MĂ©thode de lecture pour rĂ©aliser la formule leucocytaire :
 ApprĂ©ciation de la morphologie cellulaire :
TAILLE : apprĂ©ciation semi-quantitative de la taille d’une cellule par rapport Ă  celle d’une hĂ©matie : entre 6 Ă 
7 m pour les espĂšces animales concernĂ©es (Chien, Chat, Cheval et Bovin)
â–ș Une cellule sera de petite taille si elle avoisine la taille d’un globule rouge, de taille moyenne si sa taille
est comprise entre 10 et 20

m et de grande taille si elle est supérieure à 20

m de diamĂštre.
FORME : arrondie, ovalaire, irréguliÚre, avec pseudopodes,

RAPPORT NUCLEOCYTOPLASMIQUE (RNP) : pourcentage de la surface cellulaire occupée par le noyau:
rapport élevé (> 80%), comme par exemple un lymphocyte dont le noyau occupe la presque totalité de la cellule,
moyen (50%<rapport< 80%), faible (< 50%).
NOYAU : position dans la cellule (central, excentré), forme (arrondi, encoché, lobé,
), chromatine (fine,
perlĂ©e, mottĂ©e, laquĂ©e,
), prĂ©sence d’éventuels nuclĂ©oles (nombre, taille).
CYTOPLASME : couleur, prĂ©sence, taille, forme et teinte d’éventuelles granulations, prĂ©sence de vacuoles,
d’élĂ©ments phagocytĂ©s,

Identification
Zone d’observation du frottis au fort grossissement : les globules rouges
sont en mono-couche, Ă©quidistants les uns des autres ; l’ensemble des
cellules sanguines est dispersée de façon homogÚne.
Identification Identification
Comptage d’au minimum 100 leucocytes par balayage systĂ©matique,
en crĂ©neaux, d’un bord du frottis Ă  l’autre, dans la zone de lecture.
En cas d’hyperleucocytose, il est prĂ©fĂ©rable de compter 200
leucocytes.
En situation de leucopénie, compter par petits créneaux sur les bords
du frottis.
Si la leucopénie est sévÚre, on ne compte pas toujours les cellules
mais on regarde quelle(s) population(s) semble(nt) prédominer.
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