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LES FONDAMENTAUX - JOHN WHEELER

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LES FONDAMENTAUX
JOHN WHEELER
RÉVISION DES FONDAMENTAUX
Tout en revient à clarifier votre identité. Vous êtes déjà présent. Donc, il est inutile de
rechercher un état, une expérience ou un accomplissement futur. Ce que vous cherchez à
connaître n’est ni séparé, ni distant, puisque c’est votre propre Soi. Ce que vous êtes doit
être toujours avec vous. Tout ce qui apparaît et qui disparaît ne peut pas, par définition, être
ce que vous êtes. Les pensées, les sentiments, les perceptions, les expériences, les objets –
tous ceux-ci vont et viennent. Aucun d’eux, comme tel ne peut être l’essence de ce que vous
êtes. Donc, mettez-les de côté et continuez d’examiner votre véritable nature. Que reste-t-il à
considérer ? Etonnamment peu !
Néanmoins, vous êtes toujours présent. Vous êtes toujours conscient. Examinez cette
Présence consciente, Elle-même. Après avoir écarté tout le reste, c’est le seul reliquat
possible et ce doit être Ce que vous êtes. Votre existence est au-delà de tout doute et Ce que
vous êtes est clairement conscient. Vous êtes cette Présence consciente qui enregistre toutes
les pensées, tous les sentiments et toutes les expériences. Examinez directement ceci. C’est
le cœur de la question.
Remarquez que les pensées apparaissent et disparaissent, mais que cette Présence – votre
propre Etre naturel – reste constante. Il est inutile d’attendre l’avenir pour le voir et aucune
pratique spéciale, ni aucune technique, ni aucune approche ne sont nécessaires –
simplement parce qu’Elle est déjà là. Vous ne devez faire aucun effort pour être présent et
conscient. C’est totalement naturel et sans effort. Regardez maintenant et constatez que ce
que vous êtes et que le sentiment de Présence/Conscience ne sont pas deux choses
différentes. Vous êtes Ce qui est présent et conscient. On utilise beaucoup de termes pour
indiquer cette nature essentielle : la Présence, la Conscience, la Vie, l’Esprit, la Vacuité, l’Etre,
Dieu, l’Unité, etc. Ce ne sont là que des indicateurs et ce qu’ils indiquent, c’est votre vraie
nature, ni plus, ni moins.
Le corps et le mental peuvent souffrir d’expériences, mais la Conscience, votre Être naturel,
demeure non affectée et non compromise, à l’instar du soleil qui brille toujours au-delà des
nuages et qui n’est pas du tout touché par eux. Votre véritable nature n’a ni souffrances, ni
doutes, ni problèmes. Voyez tout cela et vous découvrirez que votre vraie nature est la
Conscience toujours présente, l’Être immuable, la liberté tranquille et la paix elle-même. Ce
sont des indicateurs supplémentaires de la même Présence muette et immédiate de votre
vraie nature.
Vous n'êtes pas une personne, un individu ou une entité limitée et défectueuse. Cette fausse
croyance est à l'origine de toutes les recherches, de toutes les souffrances, de tous les
doutes et de tous les problèmes de la vie. Ces expériences ne sont que des créations de la
pensée conceptuelle. Ces concepts dépendent de la personne imaginée qui est supposée être
séparée de l'unité. Ainsi, toutes les pensées de nature souffrante concernent l'identité, les
attributs et la condition d'une personne à laquelle elles sont supposées s'appliquer. L'intérêt
pour les pensées est soutenu par la croyance que nous sommes cette personne limitée ou ce
moi séparé. La personne à laquelle ces pensées et ces histoires se rapportent est la pensée
‘’je’’ centrale, l'ego ou la personne que nous avons supposée être présente et réelle. C'est le
pilier de toute la production. Tous les concepts, toutes les croyances et toutes les habitudes
de l'esprit centrés sur l'égo sont soutenus par la croyance en la présence de cette personne,
c'est pourquoi une approche très efficace consiste simplement à enquêter sur la réalité de
cette personne présumée.
Où est la personne ? Est-elle réelle ? L’avez-vous jamais trouvée ? Par exemple, à tout
moment, il peut y avoir des pensées, des sentiments ou des sensations qui apparaissent.
Ceux-ci constituent-ils une personne, un moi distinct(if) ? Ce ne sont que des objets
éphémères qui apparaissent et qui disparaissent dans la Conscience présente. Comment
pourraient-ils être un moi substantiel, une personne indépendante ? Si vous mettez cela de
côté et si vous poursuivez votre enquête, vous constaterez qu’il n’y a rien d’autre à
examiner ! Tout ce qu’il y a, c’est la Présence/Conscience Elle-même, ouverte, claire, évidente.
Et ce n’est pas une personne, ni une entité limitée. La conclusion doit être que la personne
pour laquelle nous nous sommes pris est un mythe complet, vu qu’on ne peut pas la trouver
dans l’expérience directe. Et si elle n’existe pas maintenant, alors elle n’a jamais existé dans
le passé et elle n’existera jamais dans le futur.
Si l’on découvre que la personne n’est pas réelle, qu’elle n’est pas présente, qu’elle n’est
qu’une simple présomption qui n’a pas été examinée, alors la racine de toutes les pensées
conceptuelles égocentriques, de toutes les croyances, de toutes les habitudes et de tous les
attachements est tranchée. Avec cette reconnaissance, l’intérêt pour les histoires
égocentriques s’étiole naturellement sans effort, car on ne croit plus en la réalité du concept
principal, la personne. Pensées et croyances se défont et s’éparpillent comme des feuilles
d’automne au vent. On ne croit plus au point de référence fixe d’un moi ou d’un personnage
principal. Vous demeurez simplement comme le ciel ouvert de la Conscience dans lequel
toutes les pensées apparaissent et disparaissent – pur, vaste, clair et immuable. La tendance
à se focaliser sur des pensées et à s’y attacher s’estompe. En le constatant, vous ne pouvez
plus croire aux pensées égocentriques, même si vous le voulez, parce que la conception
erronée fondamentale a été minée. On ne recherche plus de l’eau dans un mirage, une fois
que l’on sait qu’il s’agit d’un mirage.
Qu’en est-il de la nature du monde, de l’univers qui se présente à nous ? Tout ce que nous
pouvons connaître est ce qui nous apparaît dans l’expérience immédiate et ce qui apparaît
(qu’il s’agisse d’une pensée, d’un sentiment, d’une perception ou de toute autre expérience)
n’a pas d’existence séparée et indépendante en dehors de la Conscience qui le connaît. Etant
donné que la Conscience et que les objets apparaissent toujours ensemble, ils doivent être
identiques en essence. Combien de pensées, de sentiments ou de perceptions pouvez-vous
avoir en dehors de la Conscience ? Ils sont indissociables. Tout ce qui apparaît émane de la
Conscience, existe dans la Conscience et puis retourne dans la Conscience. Même le temps,
l’espace et les objets extérieurs apparents sont des expériences présentes contenues dans
votre Présence consciente. Rien n’est jamais séparé, ni à part. En fait, il y a juste ceci –
seulement cette incontournable Présence/Conscience que vous êtes.
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Comment vivons-nous et opérons-nous dans le monde ? C’est une fausse question parce que,
comme nous l’avons déjà vu, il n’y a personne de présent qui puisse vivre ou opérer ! Sur un
plan pratique, toutes les pensées, tous les sentiments et toutes les actions continuent sans
aucune référence à une personne imaginée. ‘’Je’’ ne pense pas, ‘’je’’ ne ressens pas, ‘’je’’ ne
perçois pas, ‘’je’’ n’expérimente pas ou ‘’je’’ n’agis pas, car il n’y a pas de ‘’je’’ présent pour
faire ces choses. Considérez vos pensées, en ce moment. Y a-t-il un ‘’je’’ qui les crée ou
surgissent-elles simplement spontanément ? C’est cette dernière option qui est certainement
le cas. Avez-vous aucune idée de ce que sera la prochaine pensée ? Sinon, comment pouvezvous dire que vous l’avez créée ? Si vous dites que vous choisissez, que vous créez et que
vous contrôlez vos pensées, alors pourquoi créeriez-vous jamais une pensée malheureuse ou
une pensée troublante ? Vous voyez donc que les pensées surgissent, tout simplement. Il n’y
a absolument personne d’impliqué. Il en va de même pour les choix, les décisions, les
sentiments ou les actions. Tout se passe spontanément. La question ‘’comment vais-je vivre
ma vie ?’’ n’est donc pas nécessaire. Il n’y a pas de ‘’vous’’ pour faire quoi que ce soit. Des
choses se présentent simplement comme étant à faire. La vie et ses activités se déploient
spontanément et sans effort d’un instant à l’autre en réponse aux demandes de la situation
et des circonstances.
On peut voir tout cela directement. Aucune connaissance spéciale, aucun Eveil ou aucune
Illumination n’est nécessaire. Ce qui est indiqué, c’est la condition naturelle de ce qui est.
On peut l’avoir ignorée, mais ce n’est pas difficile à voir. Comment pourrait-il en être ainsi,
alors qu’elle resplendit ici, de toute évidence ? Néanmoins, si c’est nécessaire, vous pouvez
revoir les points fondamentaux abordés ci-dessus et les confirmer vous-même. La simple
vérité de votre état naturel présent ressort alors très clairement. Avant que la prochaine
pensée ou que la prochaine expérience ne survienne, vous êtes déjà cette
Présence/Conscience naturelle non imaginée Elle-même.
LES POINTS CLÉS
Le but de la spiritualité non duelle, c’est la connaissance de soi. Lorsque nous regardons
pour voir ce que nous sommes, nous constatons que l’unique chose qui peut prétendre être
notre nature essentielle est le sentiment immuable de notre Etre qui est simultanément
existant et conscient. En examinant ce sentiment d’Etre-Conscience, nous constatons qu’il est
déjà là et facilement reconnu. Il est non seulement présent, mais il demeure présent et intact
au milieu de toutes les pensées, de tous les sentiments et de toutes les expériences. Il ne
s’agit pas de quelque chose qui nous arrive comme une future expérience. Il ne s’agit pas de
quelque chose que nous tirons d’un livre ou que nous obtenons grâce à des pratiques, des
techniques ou des procédures à suivre. Il ne s’agit pas non plus de quelque chose qui nous
arrive de l’extérieur, qui nous vient d’un Maître, d’un Etre divin ou de toute autre source.
Nous n’avons pas besoin d’une expérience d’Eveil ou d’Illumination pour connaître notre
véritable nature. Elle est présente, sans effort. En fait, il n’y a rien que nous puissions faire
pour lui échapper. Nous avons vu que notre véritable nature n’est rien d’objectif et
cependant, elle est clairement évidente, sans aucun doute. Nous ne sommes pas quelque
chose de séparé de l’Etre-Conscience – nous SOMMES l’Etre-Conscience. Ainsi donc, il n’y a
aucune séparation entre nous et la réalité.
Finalement, nous avons vu que cette véritable nature, que cette Conscience essentielle est
parfaitement et complètement exempte de souffrance, de doute, de peur, d'inquiétude et de
conflit. Non seulement elle est présente et consciente, mais elle est elle-même pure paix et
liberté. Pour cette raison, la connaissance de soi n'est pas une question d’un
approfondissement de l’expérience, ni d’une stabilisation dans notre vraie nature. Cela ne
serait qu'en référence à une différence imaginaire entre ce que nous sommes et ce que nous
imaginons pouvoir devenir dans le futur. Cela suppose également la réalité du temps, ainsi
que d'un être distinct(if) qui atteindrait un état spécial d'Eveil ou d’Illumination. Nous avons
vu que ces notions sont dualistes. La connaissance de soi n'est rien sinon une
compréhension claire de ce qui est déjà. Il n'y a rien au-delà de la connaissance de soi, car la
connaissance de soi est la non-dualité. Tout ce qui apparaît n'est qu'une expression ou une
apparence de l’Etre-Conscience unique, indivis, omniprésent. Il n'y a rien au-delà de l'unité.
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Rien de plus n'est nécessaire au-delà de la connaissance de soi puisque notre véritable
nature est cet Etre inaltérable, cette Conscience et cette Liberté qui ne peuvent jamais être
contredits en aucune circonstance.
QUESTIONS POUR SE CONNAÎTRE
Le but de la non-dualité : la connaissance de soi
Le message principal des traditions non-duelles se résume à la proposition suivante. La
découverte de ce qui est réel et la résolution de la souffrance, de la recherche et du doute
s’obtiennent pas la compréhension claire de notre nature réelle. En bref, le but de l’effort
spirituel, c’est la connaissance de soi.
Par définition, ce que nous sommes est déjà ici. Par conséquent, le Soi à connaître par la
connaissance de soi doit être déjà présent dans notre expérience immédiate. Notre Etre n’est
pas quelque chose de distant, ni de séparé de qui nous sommes. Il est qui nous sommes. Via
la connaissance de soi, nous n’obtenons pas quelque chose de nouveau, mais nous clarifions
ce qui est déjà présent, mais qui n’est peut-être pas clairement connu, ni pleinement
apprécié. Nous n’attendons pas une future expérience via laquelle nous obtiendrons quelque
chose que nous n’avons pas déjà et nous n’attendons pas non plus de réaliser un état spécial
d’Illumination, d’Eveil ou quelque chose du genre. L’idée est simplement d’éclaircir notre
nature déjà présente.
Ce que nous ne sommes pas et ce que nous sommes
La première étape consiste à se faire une idée de ce que pourrait être notre identité. Ce que
nous sommes doit être en permanence avec nous. Les qualités de notre nature essentielle
doivent être invariablement présentes dans qui nous sommes. Les choses qui apparaissent et
qui disparaissent ou qui subissent des changements ne peuvent pas être des caractéristiques
essentielles de nous-mêmes. Partant de ce principe, aucun des éléments suivants ne peut
être l'essence de ce que nous sommes, car ils apparaissent et ils disparaissent tous :







Les
Les
Les
Les
Les
Les
Les
pensées
sentiments
sensations
perceptions
expériences
états
objets perçus
Ce sont toutes des apparences/apparitions qui vont et viennent. Aucune n’est constante
dans notre expérience directe, c’est la raison pour laquelle on ne peut les qualifier de
"candidates" pour notre nature réelle. On peut donc les écarter, car elles ne sont pas
l'essence de ce que nous sommes. Que reste-t-il ? Reste-t-il autre chose ? On pourrait
conclure qu'il ne reste rien d'autre à considérer. Si cela est vrai, alors notre nature réelle doit
être inexistante, mais cette conclusion est prématurée. Il reste encore quelque chose de plus
à considérer. Tout d'abord, il y a le sentiment d'être, le sentiment que "nous sommes". En
dépit du flux toujours changeant des expériences, nous savons aussi que nous sommes
présents, que nous existons. Nous savons que nous restons présents dans et à travers les
expériences changeantes. Sinon, comment pourrions-nous connaître la présence des
expériences changeantes ? En outre, cette présence n'est ni vide, ni inerte. Elle est consciente.
Ce sentiment d'être présent et conscient doit être ce que nous sommes, parce qu’il est tout
ce qui reste après que toutes les autres possibilités ont été épuisées.
Cette investigation fournit l’indication essentielle par rapport à ce qui doit être connu dans
la connaissance de soi. Il s’agit de notre véritable identité présente, dont la caractéristique
essentielle est d’être présent et conscient. Nous sommes et nous sommes conscients.
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Comme il apparaîtra clairement dans ce qui suit, nous n’avons pas affaire à deux choses
différentes ici (c’est-à-dire la Présence et la Conscience), mais nous reconnaissons plutôt un
Principe qui peut être considéré de différentes manières ou indiqué par différentes
étiquettes, qui font toutes référence à la même essence de base.
Pour clarifier les termes, lorsqu’on se réfère au sentiment d’être présent, les termes suivants
sont utilisés de façon interchangeable : ‘’Présence’’, ‘’Etre’’, ‘’Existence’’…Et lorsqu’on se
réfère à l’aspect conscience de notre nature, les termes suivants sont utilisés : ‘’Conscience’’,
‘’Connaissance’’ ou ‘’Cognition’’, entre autres. En outre, comme nous avons affaire à un seul
Principe ou phénomène (notre vraie nature), des termes avec des traits d’union sont parfois
utilisés, comme ‘’Présence-Conscience’’, ‘’Etre-Conscience’’, ‘’Conscience-Présence’’, etc. Dans
tous les cas, les indicateurs se réfèrent au même Principe, votre vraie nature essentielle.
Ainsi donc, notre vraie nature est ce Principe en nous qui est présent et conscient. Une fois
que nous avons ce discernement, nous sommes en mesure de bien observer et d’apprécier
pleinement ce qu’est cette vraie nature présente.
Les questions : Un moyen d’approcher la reconnaissance directe non-conceptuelle
La série de questions suivante est fournie pour faire ressortir les différentes facettes de
votre Etre réel. Elles serviront à étoffer la reconnaissance de ce que vous êtes déjà et qui est
pleinement présent, mais peut-être pas pleinement apprécié. En examinant ces questions,
observez votre expérience immédiate, puis répondez à partir de votre propre connaissance
directe, non conceptuelle, non théorique. En répondant à ces questions par vous-même,
divers aspects de votre vraie nature apparaîtront clairement, non pas sur la base de la
théorie ou de la spéculation, mais grâce à une connaissance directe de première main.
1) Pouvez-vous reconnaître le sentiment d’être présent, le sentiment d’être ? Et
pouvez-vous reconnaître le fait de la Conscience ?
Remarque : Le fait d’être présent et conscient est intuitivement et directement
évident, même sans réfléchir.
Personne ne peut dire ‘’je ne suis pas’’. Même pour déclarer que vous n’êtes pas, vous
devez être présent pour faire cette déclaration. Par rapport à la Conscience, toutes les
pensées, tous les sentiments, toutes les sensations et toutes les expériences sont
clairement connus. Ils s’enregistrent dans un principe de connaissance ou cognitif.
Sinon, comment pourrions-nous les connaître ou parler d’eux ? Personne ne peut dire
que la Conscience n’est pas présente, parce qu’une telle déclaration apparaît comme
un objet dans la Conscience présente.
2) Avez-vous eu besoin de penser pour noter le fait de l’Etre et de la Conscience ?
Remarque : Voyez que si l’on vous interroge à propos du sentiment d’être ou de la
faculté de conscience, vous pouvez immédiatement et intuitivement affirmer leur
présence. Vous n'avez pas besoin de faire référence à la pensée ou d’utiliser la raison
pour répondre. Avant même que le mental ne s'active pour répondre, la réponse
positive est déjà connue. Cela montre que la reconnaissance de la vraie nature du Soi
n'est pas le produit de la pensée. C'est une connaissance immédiate, non
conceptuelle. Si vous avez l'habitude d'utiliser le mental comme votre principal
instrument ou outil de connaissance, ce point n'est peut-être pas évident. C'est parce
que le mental s’intéresse aux concepts et l'Etre n'est pas un concept, la Conscience
n'est pas un concept. En vérité, le mental n'a pas la capacité de reconnaître votre
vraie nature, c’est pourquoi on entend souvent des déclarations comme "la réponse
ne se trouve pas dans le mental", "le mental ne peut pas comprendre cela", etc.
3) Observez le fait d’être présent et conscient. Observez aussi que de multiples
pensées, sentiments, sensations et expériences apparaissent et disparaissent dans
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cette Présence consciente. Tandis que vous observez ces expériences qui changent,
le sentiment d’être présent et conscient change-t-il ? Disparaît-il ? Oscille-t-il ?
Effectue-t-il des allées et venues ?
Remarque : Non seulement le sentiment de l’Etre-Conscience est actuellement
présent, mais la présence ou l’absence de pensées, de sentiments, de sensations et
d’autres expériences ne l’affecte nullement. Votre Présence demeure inchangée et
non troublée dans et par toutes ces apparences/apparitions. Commencez à observer
ceci par vous-même. Nous sommes généralement tellement captivés par les
expériences que nous ignorons totalement l’Etre-Conscience qui est l’arrière-plan
nécessaire indispensable pour elles toutes. Par exemple, combien de pensées, de
sentiments ou de perceptions pouvez-vous avoir sans la présence de votre Existence
et Conscience ?
4) Doit-on attendre l’avenir pour reconnaître ceci (c’est-à-dire le sentiment d’EtreConscience) ?
Remarque : Vous n’attendez pas l’avenir pour connaître le fait d’être et la présence de
la Conscience. L’Être et la Conscience ne surviennent pas dans le futur. Ce sont des
faits présents. Votre véritable nature n’est pas quelque chose qui se produira comme
un événement ou comme une expérience future. L’Etre-Conscience, que nous avons
déjà déterminé comme étant notre nature essentielle, est déjà ici.
Une implication importante de ceci, c’est que toute approche spirituelle qui repose
sur le temps ou qui postule un accomplissement quelconque dans le futur est à
l’évidence dualiste et n’est pas en harmonie avec le message de base de la nondualité. L’objectif des enseignements non-duels est la reconnaissance claire du Soi
Notre vraie nature ou notre Soi essentiel ne réside pas dans le futur. Par conséquent,
toute doctrine qui s’appuie sur un état ou sur une condition future, même si on
qualifie cela d’Eveil ou d’Illumination, opère dans le domaine de la dualité.
5) A-t-on besoin de recourir à une pratique, à une technique ou à un exercice pour
reconnaître l’Etre-Conscience ?
Remarque : Pour reconnaître l’Etre-Conscience présent, une technique, une procédure
ou un exercice est-il nécessaire ? La réponse doit être négative. Vous n’avez besoin de
rien faire pour être présent. Vous n’avez pas besoin de faire quoi que ce soit pour
générer la Conscience. En fait, c’est tout l’inverse : pour faire ou pour entreprendre
quelque chose, le sentiment d’existence-Conscience doit être déjà présent, comme un
prérequis. Ceux qui pratiquent, qui s’efforcent et qui s’exercent pour atteindre un but
spirituel mettent la charrette avant les bœufs. La connaissance du Soi, qui est la
reconnaissance de votre vraie nature, n’est pas le résultat d’une pratique. Les
pratiques peuvent être utiles pour des réalisations et pour des accomplissements
relatifs, mais elles sont totalement inutiles dans le cas de la connaissance de soi. En
fait, elles sont pires qu'inutiles, parce qu’en poursuivant de telles pratiques, nous
refusons activement la reconnaissance essentielle que notre vraie nature est ici et
maintenant.
6) A-t-on besoin de lire un livre spirituel pour reconnaître l’Etre-Conscience ?
Remarque : Est-il nécessaire de lire un livre pour constater le fait de l’Etre et sa
capacité naturelle de conscience ? On doit répondre à cela par la négative. Beaucoup
parmi nous ont cherché dans des livres spirituels dans l’espoir de découvrir la vérité
de qui nous sommes. Cependant, votre Soi n’est pas dans un livre, alors vous pouvez
chercher là-dedans autant que vous voulez, cela ne vous rapprochera pas de la
connaissance de qui vous êtes. La seule réelle valeur que les livres (ou que d’autres
indicateurs) peuvent avoir, c’est d’indiquer la nécessité de connaître ce principe de
l’Etre-Conscience qui est présent en nous. Aucune recherche objective n’est
nécessaire pour obtenir la connaissance claire et simple de notre vraie nature.
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7) Quelqu’un vient-il pour nous donner ceci (l’Etre-Conscience) ou est-ce déjà ici ?
Remarque : Beaucoup parmi nous ont l’impression que la reconnaissance de qui nous
sommes vient de l’influence de quelque chose ou de quelqu’un à l’extérieur de nousmêmes. Cela pourrait se faire par l’entremise d’un maître, la grâce d’un dieu ou par
une autre intervention. Mais est-il vrai que quelqu’un ou que quelque chose descend
sur nous nous apporter l’Etre-Conscience ? L’Etre-Conscience est déjà accessible. Rien
ne doit être apporté de l’extérieur.
8) Faut-il une expérience d’Eveil ou d’Illumination particulière pour voir ceci, l’EtreConscience actuel ?
Remarque : En tant que chercheurs, beaucoup parmi nous supposaient que la
connaissance du Soi implique une vision ou un accomplissement spirituel spécial, un
état de conscience ou un instant de compréhension extraordinaire, mais faut-il une
expérience d’Eveil ou d’Illumination pour connaître le fait de l’Etre-Conscience ? En
attendant l’Illumination ou l’Eveil tant espéré, nous passons à côté du fait que ce qui
est indiqué est déjà parfaitement présent.
9) Doit-on faire un effort pour être présent et conscient ?
Remarque : Doit-on faire le moindre effort pour être ou pour être conscient ? On ne
s’efforce pas d’être présent et conscient. Ce ne sont pas des choses que vous faites.
Elles sont naturellement présentes et elles ne requièrent aucun effort.
10) Peut-on faire quelque chose pour cesser d’être présent et conscient ?
Remarque : Non seulement l’Etre et la Conscience sont présents, sans effort et
naturellement, mais il n’y a rien que vous puissiez faire pour les faire cesser, les
éliminer ou les supprimer. Vous ne pouvez pas les débrancher, même si vous le
voulez. Aucune somme d’activités de votre part ne peut faire disparaître l’EtreConscience. Ainsi, non seulement notre vraie nature d’Etre-Conscience est déjà
présente, mais rien que nous puissions faire ne peut nous permettre de la perdre.
11) Le sentiment d’être, cette Présence consciente est-elle une chose que l’on peut
appréhender comme un objet ?
Remarque : Le sentiment d’Etre-Conscience est-il quelque chose que l’on perçoit ‘’là’’,
comme quelque chose d’objectif et de séparé de soi-même ? Cette Conscience
essentielle est-Elle une pensée, un sentiment ou une expérience que l’on peut
indiquer et dire ‘’la voici’’ ? On ne peut pas indiquer l’Etre ou la Conscience, comme
des choses ou comme des objets devant soi. L’Etre-Conscience n’a pas de forme, de
dimension particulière. L’Etre-Conscience n’est pas un objet. Il ne peut pas être
appréhendé mentalement (comme une pensée) ou par les sens (comme un objet
perçu) et pourtant, il est des plus clairement présent. Sa Présence ne fait absolument
aucun doute.
On a tendance à ignorer la vérité de qui l’on est, parce que notre Etre ne peut pas être
connu par l’intermédiaire des instruments de connaissance que nous avons
l’habitude d’utiliser. Si vous essayez de comprendre votre vraie nature par
l’entremise des sens ou du mental, vous passerez à côté, mais si vous saisissez ce
point essentiel, vous pouvez laisser tomber les sens et le mental pour comprendre
votre vraie nature et vous appuyer sur la connaissance immédiate, non-conceptuelle.
Vous êtes et vous savez que vous êtes. Ceci, en soi, c’est reconnaître votre vraie
nature. Ce n’est pas simplement connaître, comme si vous connaissiez un fait
objectif, mais c’est aussi être. Vous êtes ce que vous savez et vous savez que vous
êtes. C’est un phénomène unique en ce sens que ce qui connaît et ce qui est connu
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sont une seule et même chose. L’Etre est, et l’Etre se connaît lui-même. C’est
pourquoi on parle parfois de notre nature essentielle comme de la Conscience qui se
connaît Elle-même.
12) Dans l’expérience directe, est-on quelque chose ‘’ici’’, et l’Existence-Conscience estelle autre chose, ‘’ailleurs’’ et distincte ? Ou est-on ce qui est présent et conscient ?
Remarque : L’idée ici, c’est que l’Etre-Conscience n’est pas un principe distinct de
nous. Ce n’est pas que nous soyons ‘’ici’’ et que l’Etre-Conscience est quelque part,
‘’ailleurs’’. Nous sommes plutôt ce qui est présent et conscient. L’Etre-Conscience ne
se distingue pas de qui nous sommes. Il est ce que nous sommes. Cela signifie que ce
que nous sommes et que le principe ‘’Etre-Conscience’’ ne sont pas deux choses
différentes. Cela montre que le ‘’but’’ des enseignements non-duels n’est pas un
objectif éloigné. Le but réel, c’est la révélation de ce que nous sommes. Notre
véritable nature et finalement, l’essence réelle des choses sont une seule et même
chose. C’est la non-dualité. C’est pourquoi il n’y a pas de voie, pas de but et pas
d’accomplissement – parce que ce que nous avons cherché est ce que nous sommes
déjà.
Notre véritable nature est toujours présente, au-delà du besoin de chercher et
impossible à égarer. C’est déjà le cas. L’unique problème, c’est que nous
n’appréciions pas ce qui était déjà ici et c’est pourquoi il n’y a aucune possibilité
d’approfondissement, de stabilisation, de développement, etc. Toutes ces notions
s’enracinent clairement dans le principe subtil de la séparation ou de la dualité. Seule
une entité imaginée qui est séparée et distincte de la réalité peut rêver
d’approfondissement, de stabilisation, ou de quoi que ce soit d’autre. Dans la claire
vision des faits, toutes ces notions sont écartées comme des erreurs conceptuelles
basées sur l’ignorance. L’identité ne devient pas plus identique, la Conscience ne
devient pas plus consciente, l’Existence ne devient pas plus existante. Vous ne
devenez pas plus Ce que vous êtes déjà.
13) Il est admis que le corps et que l’esprit subissent des expériences variées, comme le
plaisir et la douleur, l’activité et le calme, etc., mais l’Existence-Conscience (votre
nature véritable), en tant que telle, subit-elle ces expériences intrinsèquement ?
Remarque : Observez que le corps, le mental et les sens ont tous des expériences. Ces
expériences se déroulent dans le domaine des apparences et sont de nature duelle.
Par exemple, le corps peut expérimenter le plaisir ou la douleur, mais la Conscience,
votre Essence réelle, expérimente-t-elle le plaisir ou la douleur ? Non, parce que c’est
le corps qui a ces expériences. La Conscience est parfaitement libre et inviolée en
Elle-même. Elle n’est sujette, ni au plaisir, ni à la douleur. Considérez le mental. Le
mental peut expérimenter le doute ou la certitude, la peur ou la sécurité, le trouble
ou le contentement. Ce sont clairement des états mentaux, mais la Conscience
souffre-t-Elle de ces expériences ? En d’autres termes, est-Elle touchée ou affectée par
ces états mentaux ? Encore une fois, vous verrez que c’est le mental qui est affecté,
mais non votre véritable nature de Conscience.
Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que votre véritable nature est entièrement
libre par rapport à la souffrance, à la douleur, au doute, à la peur, aux problèmes, aux
questions, aux préoccupations, etc. Elle est également libre à l’égard des opposés à
toutes ces choses. Ce que vous êtes est au-delà de toute douleur, souffrance ou
doute, mais c’est seulement décrire votre nature véritable en termes de ce qu’elle
n’est pas. D’un point de vue positif, on peut dire que c’est une paix imperturbable,
une plénitude et une intégrité qui ne peuvent jamais être perdues, ni compromises.
Pourquoi ? Parce que c’est la nature intrinsèque de notre Soi réel. Ce point éclaire une
autre facette clé de notre vraie nature. Non seulement notre Etre essentiel est-Il
présent et conscient, mais Il est aussi paix, bonheur et liberté inconditionnels.
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Notre seul ‘’problème’’, si on peut le dire ainsi, ce fut de ne pas apprécier Ce que
nous sommes vraiment et que nous avons toujours été. Rien de ceci n’arrive comme
un futur accomplissement. On réalise que c’est la condition en cours et toujours
présente de Ce-qui-est. Nous reconnaissons simplement la nature de ce que nous
sommes déjà. C’est pourquoi il n’y a pas besoin d’un approfondissement ou d’une
stabilisation, mais seulement d’une reconnaissance de quelque chose qui est déjà.
Toutes les approches qui s’appuient sur un accomplissement progressif, un
approfondissement, une stabilisation, etc. se fondent toujours sur l’illusion que nous
sommes quelque chose que nous ne sommes pas. Le seul remède catégorique, c’est la
claire connaissance de soi (du Soi). Il n’y a pas d’accomplissement au-delà de la
connaissance du Soi, parce que le Soi, notre Etre essentiel est la Plénitude parfaite et
la Liberté absolue. Qui vous êtes ne se distingue pas de l’unique réalité elle-même. Il
n’y a rien au-delà de la non-dualité.
14) L’apparence/apparition (pensée, sentiment, sensation, objet, état ou expérience)
existe-t-elle indépendamment ou séparément de la Présence-Conscience ?
Remarque : Tout ce que nous connaissons ou tout ce que nous expérimentons jamais
apparaît dans la Présence-Conscience. Vous n’avez jamais eu une seule pensée, un
seul sentiment, une seule sensation ou toute autre expérience en-dehors de la
Conscience. En d’autres termes, cette Présence-Conscience est la condition préalable
nécessaire pour que tout le reste puisse être. Sans cette Présence consciente, rien
d’autre n’est. Parce que les objets de l’expérience et la présence de la Conscience ne
se connaissent jamais de manière indépendante, ils doivent être en essence la même
substance ou le même principe indivis. De même que les vagues ne sont rien d’autre
que de l’eau ou que des ornements en or ne sont rien d’autre que de l’or,
similairement, toutes les apparences/apparitions ne sont rien d’autre que cet EtreConscience unique indéniable. Tout ce qui apparaît, y compris le chercheur lui-même,
est uniquement Cela.
POURQUOI LA SÉPARATION S’EST-ELLE JAMAIS PRODUITE ?
Si vous considérez les pensées négatives, elles tournent toutes autour de l’idée que nous
sommes séparés, limités et incomplets. Elles dépendent toutes de cette croyance
fondamentale. Aussi, l’approche du bon sens est-elle d’examiner cette croyance
fondamentale, de voir si elle est vraie et de confirmer ce qu’est réellement notre véritable
nature. C’est la résolution pratique du problème. Alors, il n’y a plus ni questions, ni doutes.
La résolution du problème par l’entremise d’une compréhension claire est la meilleure
manière d’utiliser son énergie et sa curiosité. Tout le reste n’est que tactique dilatoire. Peu
importe combien on s’efforce de s’attaquer aux causes premières, finalement, on doit
toujours clarifier ce malentendu fondamental.
Quant à savoir pourquoi la notion ignorante de séparation est apparue en premier lieu, la
réponse pratique pourrait être que, dès notre plus jeune âge, nous avons été conditionnés
par une croyance erronée que nous avons prise pour étant vraie, innocemment. Tout le reste
s’est développé à partir de cela. Il n’y a pas d’explication réelle, quant à savoir pourquoi
l’idée de séparation est apparue, puisqu’un petit examen montrera que ce n’est pas le cas. Il
n’y a aucune séparation. En voyant ceci, on s’attaque à la racine et toutes les notions
illusoires sont tranchées net, ici et maintenant. L’ignorance et la souffrance ont une cause,
mais si vous recherchez cette cause, vous trouvez que la cause n’est pas présente. C’est une
fausse présomption. La séparation d’avec la source ne s’est jamais produite, aussi ne peut-il
y avoir aucune explication quant à savoir pourquoi la séparation s’est produite, puisqu’elle
ne s’est jamais produite. C’est une fausse question. On ne répond pas à une fausse question.
On voit son erreur et elle s’élimine.
D’un autre point de vue, on peut dire qu’avec le développement du potentiel de réflexion
abstraite et conceptuelle, le mental a développé la capacité de formuler des idées comme le
‘’je’’ et le ‘’mien’’. Le mental a pris ses propres créations pour des entités réelles et
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substantielles et par la suite, il s’est un peu perdu dans ses propres concepts – pour un
temps. Mais la Conscience n’a pas été impliquée, ni liée par ces erreurs du mental. En fait,
c’est Elle qui les voit et qui incite au retour à la vision claire des choses.
Un dernier point de vue sur la question. ‘’Pourquoi’’ implique la causalité. Cela veut dire
‘’quelle est la raison ?’’, ‘’comment cela s’est-il produit ?’’, ‘’quand cela s’est-il produit ?’’,
‘’pour quel motif ?’’ Ce sont là clairement des pensées dans le mental et la croyance en la
causalité est ce qui motive ces questions, c’est-à-dire que la causalité est considérée comme
valide, mais la causalité elle-même est une création de la pensée. Elle s’applique au monde
des apparences/apparitions. En dehors du mental, on ne peut pas parler de la causalité
comme telle, parce qu’elle ne s’applique qu’une fois que le mental est présent et qu’il a créé
les notions de temps, d’espace et d’agence. Ainsi, demander pourquoi la pensée de la
séparation est-elle jamais survenue suppose qu’avant que le mental ne soit présent, la
causalité opérait. Ainsi donc, c’est une fausse question.
Très tôt, la notion de séparation a été ancrée dans les esprits et considérée comme vraie,
mais on peut réexaminer et résoudre ceci maintenant. Alors il n'y a plus aucun problème. En
voyant cela, les questions, les doutes et la souffrance disparaissent. Vous êtes parfait et
entièrement libre maintenant, parce qu'il n'y a pas de séparation réelle avec la Source.
LA MÉMOIRE
La mémoire apparaît sous la forme de pensées et d’images dans le moment présent, comme
toute autre activité de la pensée. Donc, la mémoire est une forme de pensée. Les souvenirs
sont des pensées actuelles qui apparaissent et qui passent dans la conscience du moment
présent. Pratiquement, la mémoire semble être une fonction qui relie, qui coordonne et qui
rappelle d’anciennes pensées. Elle semble stocker des concepts et des images et les
récupérer. Des croyances conditionnées, comme la notion d’être un moi distinct(if) et toutes
les identifications apparentées survivent dans la mémoire. Sans la mémoire, elles n’ont
aucune substance, aucune continuité, aucune existence réelle. Ainsi, dans un sens, on peut
dire que tous nos problèmes sont dus à la capacité de la mémoire. La totalité de nos
croyances, de nos opinions et de nos présomptions semblent y être stockées. En outre, le
point de référence à un ‘’je’’ fixe, à un penseur ou à un moi ne réside que dans la mémoire.
La mémoire, comme une chose en elle-même, est difficile à épingler. C’est comme le concept
du ‘’mental’’. Où est le mental ? Il y a des pensées qui passent dans la Conscience, mais où se
situe le mental en dehors de cela ? C’est pareil avec la mémoire. On postule une telle
fonction ou une telle entité, mais où se situe-t-elle en dehors des pensées qui surgissent
actuellement ? Il se trouve que nous étiquetons certaines pensées qui apparaissent
maintenant, comme étant des souvenirs. Puis, nous supposons un passé auquel ces
souvenirs font référence. Ainsi, tout un monde conceptuel se trame en pensées, mais cellesci apparaissent toutes ici et maintenant dans la Conscience présente. Des châteaux en
Espagne s’érigent sur la pensée. Nous imaginons instantanément un temps passé, un monde
passé et une entité passée qui se trouvait dans ce monde, une mémoire pour garantir tout
cela et nous-même, comme une sorte de présence au milieu. Mais regardez plus
profondément et voyez ce qui se passe. Dans la Conscience actuelle, les pensées présentes
apparaissent et disparaissent. Tout cela est purement conceptuel, purement imaginaire. Le
temps, le monde extérieur et l'entité distinct(iv)e sont tous postulés dans la pensée. Ils sont
considérés comme étant réels, mais ils ne sont pas réellement présents, comme des choses
substantielles en elles-mêmes.
C’est facile à voir dans le cas d’un rêve. Vous vous retrouvez dans l’état de rêve. Dans l’état
de rêve, vous avez une discussion avec un ami au sujet de quelque chose que vous avez fait
ensemble, il y a cinq ans (dans le rêve). Une conversation normale se déroule et vous et votre
ami rêvé, vous discutez de divers épisodes qui se sont produits. Des souvenirs appropriés
paraissent tout corroborer. Lorsque vous vous réveillez, vous regardez en arrière et vous
voyez que tout a été fabriqué par le mental au cours du rêve. Il n’y avait aucun passé. Sans
compter qu’il n’y avait pas non plus de personnages réels dans le rêve. Tout n’était
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qu’apparences prises pour la réalité. Cependant, la Conscience se situe au-delà, libre et non
affectée. Elle n’est même pas dans le rêve ; c’est le rêve qui est en Elle. Elle ne souffre pas des
limitations qui apparaissent dans le rêve. La Conscience Elle-même n’est pas une apparence
limitée du rêve. Elle n’est ni une entité particulière, ni un objet du rêve. C’est la même chose
avec notre Conscience actuelle dans cet état de veille apparent.
Par convention, on peut dire que le mental crée la notion d’un moi indépendant substantiel
et que cette croyance est entretenue par la mémoire. En soi, il n’y a pas de mal à cela, mais la
vérité, c’est que tout ceci n’est simplement que des pensées présentes et qu’on ne peut
trouver aucun penseur ou aucun ‘’moi’’ distinct(if). Votre identité réelle, c’est cette
Conscience Elle-même semblable à l’espace et entièrement libre. Toutes les pensées
égocentriques sont non fondées, puisqu’il n’y a personne à qui elles s’appliquent. Voyez ceci
clairement et rien d’autre n’est vraiment nécessaire. C’est le cœur de la question. En voyant
ceci, la souffrance, le doute, la recherche et les problèmes personnels disparaissent
complètement.
UNE PRATIQUE ÉVOLUTIVE ?
Voir votre identité fondamentale et l'absence de l’entité conceptuelle ou de la personne
distinct(iv)e détruit la nécessité d’un processus évolutif ou d’une approche de maintien des
choses. Le corps-mental est simplement une apparence, un courant d’énergie, si l’on veut.
Les notions suivant lesquelles les apparences sont ‘’fortes’’, ‘’difficiles’’, ‘’troublantes’’,
‘’terribles’’ et doivent être gérées ou intégrées sont des interprétations conceptuelles. Cela
provient du fait qu'on leur accorde une attention inutile. Il faut les voir pour ce qu'elles sont
― des apparences éphémères, sans substance. Les émotions et les sentiments sont des
vagues d'énergie, des apparences spontanées dans la Conscience. Ils ne semblent importants
que lorsqu'on se concentre dessus. Sinon, ils sont vus comme ils sont réellement :
simplement des états passagers qui apparaissent dans la Conscience claire et dénuée de
problèmes. Ils ne sont ni appropriés ou pas. Il n’y a rien à arranger, ni à corriger, parce
qu’en fin de compte, rien de substantiel n’est présent.
Le passé n’existe pas. Le futur n’existe pas. Ce qui ne laisse que la poignée de pensées et de
sentiments qui se présentent actuellement. Ils passent en un instant, puisqu’ils n’ont aucune
substance réelle. Alors, qu’y a-t-il à réparer, intégrer ou guérir ? C’est spécialement le cas, si
vous voyez que ces choses ne sont pas votre identité. Il n’y a aucun moi, aucune entité
présente. Alors, non seulement, il n’y a pas de problème objectif réel, mais il n’y a pas de
personne présente pour avoir un problème. Cette méthode d’examen résout toute angoisse
persistante par rapport aux apparences.
Une fois que vous voyez que vous, en tant que personne limitée, vous n’existez pas et que
par conséquent, aucune apparence ne peut s’apparenter à un centre personnel, alors la
tendance à se focaliser sur des pensées et sur des émotions se dissipe et vous avez de moins
en moins tendance à consacrer de l’énergie à les juger. Les énergies émotionnelles sont en
soi impersonnelles. Elles ne véhiculent intrinsèquement aucun jugement de valeur, comme
‘’bon’’ ou ‘’pénible’’. Ce sont toutes des superpositions conceptuelles ajoutées par le mental.
Il suffit de laisser les choses telles quelles, sans les modifier ni les corriger. En ayant une
vision claire de votre nature réelle et en minant la croyance dans le faux moi, on s’aperçoit
qu'il n'y a pas beaucoup d'intérêt à relier des états émotionnels à la saga d'une personne qui
aurait besoin d'être amendée. Les énergies émotionnelles retrouvent alors leur propre
équilibre naturel. La clarification des fondamentaux traite ce type de problème à la racine,
plutôt que de s’occuper des effets. Les croyances, les problèmes, les blocages, etc. sont les
effets de points de vue et d'hypothèses qui n’ont pas été examinés. Lorsque c’est le cas, les
effets se dissipent généralement naturellement.
Il n’y a aucune pratique évolutive, puisqu’il n’y a ni temps, ni personne. Vous n’êtes pas
séparé de l’unité ou de la totalité. Alors, quelle pratique est-elle nécessaire et qui est là pour
l’accomplir ? Qui affirme que les émotions sont bonnes ou mauvaises, agréables ou
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pénibles ? Qui décide que des choses doivent être intégrées ou qu’il y a plus de travail à
effectuer ? Depuis la perspective de l’unité, tout est une apparence/apparition spontanée. Si
quelque chose doit être fait ou corrigé dans le corps et l’esprit, cela se produira. Il n’y a pas
lieu de s’en inquiéter.1
SE DÉFOCALISER DU MENTAL
Tout ce qui peut jamais arriver, c’est que des pensées et que des sentiments surgissent
temporairement et disparaissent. C’est réellement de la matière imaginaire, en fait. Ils
apparaissent à la lumière claire, solide et inébranlable de votre Etre. Votre Etre n'est pas une
pensée. Il n'est pas contenu par la pensée. Alors, reconnaissez cette Présence. Laissez votre
considération y revenir. Il est déjà libre, ouvert et clair - tout comme le ciel est libre des
nuages qui passent.
Les pensées et les sentiments ne provoquent jamais de la souffrance. Comment le
pourraient-ils, puisqu’ils ne peuvent pas réellement vous toucher ? Ils disparaissent en un
éclair. Notre seul problème, c’est d’être fasciné par eux, parce que nous les considérons
1
La yogini Nigouma dit quelque chose qui rejoint tout à fait l’enseignement de John :
‘’Ne fais rien avec le mental
Mais demeure dans ton état naturel et authentique.
Ton propre Esprit, sans ondoiement, est la Réalité.
La clé est cette Présence dépourvue d’ondulation.
Fais l’expérience de cette grande Réalité sans extrêmes.
Dans un océan transparent,
Les bulles émergent et se dissolvent.
Ainsi, les pensées ne sont pas différentes de l’ultime Réalité.
Il n’y a pas de faute, demeure détendu.
Tout ce qui surgit, tout ce qui arrive
Dans la non saisie se libère sur-le-champ.
Les apparences, les sons et les objets sont ton propre Esprit.
Rien que l’Esprit.
L’Esprit est au-delà de la naissance et de la mort,
La nature de l’Esprit est la Présence.
Elle utilise les objets des cinq sens
Sans s’aventurer hors de la réalité.
Dans cet état d’équilibre cosmique,
Il n’est rien à abandonner, rien à pratiquer,
Pas de méditation ou de post-méditation’’.
Et Éric Baret (disciple de Jean Klein) précise ceci :
‘’Au niveau de l’effet physiologique de l’Eveil, mon Maître a formulé qu’en effet, à la suite d’une
compréhension totale, la transformation s’immisce dans toutes les cellules et qu’il y a une harmonisation
corporelle et mentale. C’est seulement en Inde que l’on a porté l’attention là-dessus. Dans la tradition
chrétienne, on n’a jamais mis l’accent sur cette extériorisation ; dans le bouddhisme et dans l’islam, très peu.
Pour la bonne raison que cela n’a aucune importance. Lorsque quelqu’un est libre de lui-même, que dans son
corps se fasse un certain rééquilibre, que son psychisme se transforme, cela ne le concerne pas, parce qu’il n’y
a plus personne. L’Eveil est soudain, alors que la transformation du corps, dans l’espace-temps, est progressive.
On n’a même pas besoin d’en parler, dans le sens où la recherche de l’Eveil n’est pas la recherche de ces
expressions. En profondeur, elle est le pressentiment d’être libre. Cela n’a rien à voir avec un effet. On pourrait
dire que c’est presque dommage qu’il y ait ces effets. Ce qui importe, c’est de se sentir libre’’, NDT.
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comme vrais. Les pensées de souffrance sont des histoires égocentriques du mental qui
concernent un pauvre ‘’moi’’ déficient, séparé, à part et incomplet. Nous souffrons, parce
que nous nous focalisons sur ces pensées. Sinon, elles passent sans anicroche. Les pensées
survivent, car elles se réfèrent à un moi distinct(if) que nous considérons comme étant
présent et réel. Arrêtez-vous, maintenant, et examinez votre expérience. Y a-t-il réellement
ici une personne déficiente ? En voyez-vous une ? Ou n’y a-t-il que quelques pensées et
quelques sentiments qui vous traversent ? Il n’y a là rien d’autre. L’individu déficient qui est
à l’origine de la fixation sur la pensée est un mythe. Tout ce qu’il y a ici, c’est la Conscience
spacieuse, ouverte et lumineuse, Elle-même. Le voir dissipe toutes les brumes mentales et
émotionnelles.
Ne vous focalisez pas sur le mental. Allez vous promener. Regardez le ciel, les arbres, la
terre. Voyez comment la Conscience englobe tout cela. La pensée conceptuelle n’est
seulement qu’une petite partie de tout ce qui se passe. Soyez conscient de la totalité du
champ de la Conscience. Ceci diminue la fixation sur les pensées éphémères. Faites tout ce
qui pourra vous aider à vous défocaliser des pensées et des émotions. Celles-ci passeront.
Mais vous, vous resterez.
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