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Aspects de la pensée musulmane classique Par Mohammed ARKOUN

Aspects de la pensée
musulmane classique
Source gallica.bnf.fr / Réseau Canopé
Arkoun, Mohammed (1928-2010). Aspects de la pensée
musulmane classique. 1963/10-1963/12.
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Aspects
de la pensée musulmane
classique
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N° 15
-
31 TRIMESTRE
1963
COLLECTION DIRIGÉE PAR LES "CAHIERS PÉDAGOGIQUES"
ÉDITÉE PAR L'INSTITUT PÉDAGOGIQUE NATIONAL
TEXTES ET DOCUMENTS
utiliser
^
les
élèves
par
à
N°
1
5
ASPECTS
DE
LA PENSÉE MUSULMANE CLASSIQUE
par Mohammed ARKOUN
Maître Assistant
à la
Sorbonne
Quarante-quatre textes de prose et
la religion, la philosophie, l'influence
la littérature, la poésie, les sciences,
les sciences humaines — Classes
philosophie et histoire.
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ASPECTS DE LA PENSEE MUSULMANE CLASSIQUE
par Mohammed ARKOUN, maître-assistant à la Sorbonne
PRÉFACE
par Claude CAHEN
professeur à la Sorbonne
P
ARMI toutes les cultures qu'il serait indécent pour des jeunes gens
de notre époque de ne point connaître, l'Islam occupe une position privilégiée. Quels que soient les mérites des civilisations de l'Inde et de la Chine
par exemple, nous Européens avons passé le plus grand temps de notre histoire sans rapport direct avec elles, et nous avons grandi à peu Près comme
si elles n'avaient pas existé. L'Islam, lui, est notre voisin, pour le meilleur et
pour le pire. Dans un sens et dans l'autre, nos histoires respectives sont tissées
de combatsy mais aussi d'influences. Si différent que nous puissions le croire
devenu de nous, depuis que l'Europe a pris son élan des périodes contemporaines, nous sommes les uns et les autres les héritiers de la même civilisation
antique, sémitique et gréco-romaine, et sans doute l'examen comparé de ce
que nous avons fait permet-il à chacun de nous d'approfondir ses caractères
propres, de prendre conscience de ce qui nous sépare, 1nais aussi, je crois, de
ce qui plus fondamentalement nous unit.
Certes l'initiation qui peut être fournie dans ce fascicule et dans un
autre prévu est bien minime : en quelques pages il faudrait couvrir tous les
aspects d'une civilisation matérielle et spirituelle s'étendant de l'Asie Centrale
à l'Atlantique pendant plus de treize siècles, et qui aujourd'hui même en
Afrique, en Indonésie, gagne encore. Du moins suis-je heureux que l'entreprise
ait été confiée pour commencer à notre jeune collaborateur M. Arkoun, qui,
participant pleinement des deux cultures, est l'un des mieux à même de la
conduire à bien. Nous pensons, lui et moi, et bien d'autres, que le monde
1nusulman est notre frère eit humanité et nous espérons que ces pages pourront le suggérer au lecteur. Elles sont ce qui, dans les limites imparties, pouvait être fait de mieux.
Claude CAHEN
J—
Avertissement
Il est à peine besoin d'indiquer que les quelques textes
que nous présentons dans ce cahier visent plus à susciter une
curiosité qu'à caractériser comme il convient, dans sa période la plus féconde et la plus attachante, les divers aspects
de la pensée musulmane (1).
Sans doute, nous sommes-nous efforcé de trouver des
échantillons suffisamment significatifs pour donner lieu à
un commentaire à la fois riche et évocateur., Mais, dans notre
esprit, ce continentaire doit toujours déboucher sur la nécessité de faire des lectures nouvelles pour aller plus avant dans
la découverte d'un auteur, d'un thème de réflexion ou des
méthodes d'une science. Si l'on consent à fournir cet effort
supplémentaire auquel nous invitons, on s'apercevra très
vite que la pensée musulmane au Moyen Age dépayse le lecteur occidental non pas tant en raison d'une originalité
irréductible, ou d'une démarche propre à « l'esprit oriental »,
mais plutôt parce qu'elle exige une mutation mentale qui
concerne toute l'humanité contemporaine (2).
Nous soulevons là un problème d'une extrême importance en matière d'histoire des civilisations. Ainsi, une page de
littérature (3 ) arabe médiévale rebute souvent le lecteur
moderne, car il y trouve des procédés de composition périmés, des considérations naïves ou élémentaires, une propension à l'abstraction et au didactisme systématiques, des métaphores étranges, des clichés obsédants (4). Il importe donc,
pour percevoir l'intérêt d'un texte, de ne pas projeter inconsciemment nos habitudes mentales, nos réflexes méthodologiques d'hommes du XXe siècle sur un domaine intellectuel aux caractères spécifiques. Un des intérêts majeurs de
cette littérature médiévale est qu'elle nous oblige précisément à un « décapement » mental préalable pour pénétrer
dans un univers humain aux structures largement dépassées.
En ce qui concerne les textes retenus ici, on notera cepen-
dant que cet effort de générosité intellectuelle sera relativement réduit. Nous nous sommes arrêtés, de préférence, en
effet, aux sujets qui suggèrent des rapprochements faciles
avec des aspects de la pensée occidentale (accord de la raison
et de la foi, idéal courtois, éthique philosophique, etc.), ou
même qui annoncent certaines préoccupations de la science
moderne (économie politique, logique et grammaire, sociologie, etc.)., Nous avons voulu montrer que, bien qu'enfermée dans cet espace mental propre au Moyen Age, la pensée
musulmane a eu quelques audaces que certains auteurs (5 )
se plaisent à souligner dans un souci apologétique, mais qui,
ramenées à leurs justes proportions, ne permettent pas moins
de mesurer les fécondes virtualités d'une civilisation dont
l'avortement (6) est partiellement lié à l'essor corrélatif de
la civilisation occidentale.
Car il y a une corrélation étroite entre le destin de la
civilisation arabo-musidmane, qu'on peut, à bien des points
de vue, qualifier de méditerranéenne, et celui de la civilisation d'Occident. Les historiens ne se sont guère penchés jusqu'ici (7) sur cette réalité importante qui doit aider à résoudre, en particulier, le grand problème de la décadence des
sociétés musulmanes. Il est vrai qu'une telle recherche suppose une connaissance plus poussée de ces sociétés dont on
a pu dire qu'elles sont sous-analysées autant que sous-développées.
C'est pourquoi le présent cahier et celui qui va le suivre
auront rempli leur office si, au-delà de leur utilité scolaire,
ils arrivent à susciter dans quelques jeunes esprits assez d'intérêt pour qu'ils fassent d'un monde trop longtemps ignoré
l'objet de leurs études.
(1) Le qualificatif musulmane ne réfère pas nécessairement à l'Islam
en tant que religion. Il ne faut surtout pas croire que tous les mouvements culturels qui se sont développés dans la cité musulmane au Moyen
Age sont étroitement conditionnés par les enseignements révélés au
prophète Mohammed : ce sont plutôt les courants de pensée étrangers —
courants persan et grec en particulier — qui ont pesé sur l'élaboration
du dogme islamique. Musulman est ici préféré à arabe parce qu'il est
moins restrictif : il désigne le climat général dans lequel ont vécu non
seulement les pays ethniquement ou linguistiquement arabes, mais aussi
les pays non arabes et les arabisés comme l'Inde, la Perse, l'Afrique blanche, l'Andalousie.
(2) Dans le domaine des sciences exactes, il n'est même pas nécessaire
de remonter jusqu'au Moyen Age pour constater une rupture entre
le « nouvel esprit scientifique » et celui du XVIIIe siècle par exemple.
(3) Nous prenons ici le mot littérature au sens large d'écrits visant
communiquer,
à
avec ou sans intention esthétique, des faits, des idées,
un enseignement, etc.
(4) Bien entendu, tous ces traits ne se trouvent pas toujours réunis
dans un même texte.
(5) Il s'agit surtout de vulgarisateurs et d'essayistes arabes modernes qui, cédant à ce courant politico-culturcl qu'on nomme aujourd'hui
l'arabisme, dressent en face des grands noms de la science et de la pensée
occidentales des noms aussi prestigieux dans l'histoire intellectuelle des
Arabes.
(6) Temporaire, puisque cette civilisation a repris son essor (Nabtlha)
depuis le XIXe siècle et s'achemine sous nos yeux vers un destin nouveau.
(7) Rappelons toutefois l'imposant ouvrage de F. Braudel sur la
Méditerranée
à
l'époqite
cle
Philippe
11.
Il serait injuste de réclamer d'une publication aux buts essentiellement pratiques et aux dimensions si modestes des qualités de composition qu'on est en droit d'attendre d'un ouvrage. Ainsi, nous n'avons pas cherché à suivre un plan
déterminé dans la présentation de nos textes. Chaque extrait
rattache pas nécessairement au
se suffit à lui-même et ne se
précédent ou au suivant. La distinction entre Poésie et prose
répond seulement au souci de séparer deux modes d'utilisation de la langue. Désireux d'illustrer quelques horizons et
quelques caractéristiques d'une pensée, mais non d'en tracer
l'évolution, nous n'avons même pas tenu rigoureusement
compte de l'ordre chronologique des auteurs cités.
D'autre part, nous n'avons pas pu accorder une place à
tous les grands noms de la pensée musulmane. Pour offrir
une idée juste de la diversité et de l'extension géographique
de cette pensée, il aurait fallu donner la parole à des auteurs
non arabes, persans et turcs en particulier (8). Et même
parmi ceux qui ont écrit en arabe, nous nous sommes adressé
aux plus classiques, c'est-à-dire aux plus communémentétudiés et appréciés dans la tradition culturelle arabe (9).
Notons enfin que l'orthographe des noms propres arabes est
très imparfaite à notre gré. Pour faciliter la tâche de l'éditeur et. aussi pour ne pas rebuter le lecteur non arabisant
par des signes conventionnels auxquels il ne peut, de toute
façon, restituer la valeur phonétique exacte, nous avons dû
renoncer au système de translittération de l'alphabet arabe
tel qu'il est usité dans les ouvrages et les revues spécialisés.
Mohammed ARKOUN
|j-
Maître assistant
à
la Sorbonne
(8) Le manque de place et la difficulté de trouver des traductions
françaises nous ont obligé à renoncer à cette vision large de la pensée
musulmane.
(9) Les consécrations et les condamnations prononcées par une tradi-
tion culturelle ayant toujours quelque côté arbitraire, nous nous sommes permis de nous adresser à quelques auteurs peu connus des Arabes
eux-mêmes bien qu'ils soient très représentatifs d'une époque ou d'un
genre d'activité intellectuelle.
Quarante-quatre textes de prose et de vers
1E
CARPE DIEM ». — OMAR KHAYYAM (m. en 1214).
POEME DE L'AME. — IBN SINA OU AVICENNE (980-
POES
«
1037).
LE CHEVAL. — IMROU-1-QAYS (époque antéislamique).
CHANT DE GLOIRE. —
ANTARA BNOU-CHADDAD (épo-
SATIRE. — HASSAN al-HIDJAZI (m. en 1719).
que antéislamique).
CHANSON BACHIQUE. —
ABOU NOUWAS (m. en
815).
RELIGION, PHILOSOPHIE
TOUT GRANDITPOUR LA MORT. — A.BOU-1-ATAHIYA
(748-825).
LE PRINTEMPS. — AI-BouHTouRÍ (m. en 897).
LA CHANTEUSE. — IBN at-RouMi (836-896).
LE CULTE DE LA GLOIRE. — MOUTANABBI (915-95 5 ).
LA CONQUETE DE L'EGYPTE. — IBN HANI' (m. en
973).
LA LIBERTE. — Al MA'ARRÎ (979-105 8).
LES DEUX AMOURS. — RABI'A al-'ADAwIYA (m. en 801 ).
AMOUR ET SOUFFRANCE. — HALLADJ (85 8-922).
LITTERATURE, SCIENCES
LE CORAN
LA TRADITION PROPHETIQUE. — NAWAWI (12331278). — Religion.
DISCOURS DE ABOU BAKR APRES SON ELECTION.
ABOU BAKR al-SIDDIQ (m. en 634). — Religion.
—
LE LIVRE DE KALILA ET DIMNA. — IBN al MOQAFFA'
(m. en 757). — Littérature.
LE « BANQUET » CHEZ
yAHIA LE BARMECIDE. —
956). — Philosophie.
PORTRAIT SATIRIQUE. — DJAHIZ (776-868). — Littérature.
LA SEANCE DE JORJAN ou GRANDEUR ET DECADENCE. <— AI-HAMADHANÎ (968-1007). — Récit.
LES CONDITIONS DE L'AMOUR PARFAIT. — IBN
HAZM (994-1064). — Courtoisie.
LE PARTISAN CHI'ITE IDEAL. — IBN BATTA (917997). — Religion.
LES DEVOIRS DU CADI. — Le Calife OMAR (5 80-644).
— Droit.
MAS'OUDÎ (m. en
LES DEVOIRS DE L'IMAM. — MAWERDÎ (m. en
5 8).—
10
Droit public.
UN CRITIQUE JUGE UN ECRIVAIN. — IBN CHARAF
al QAYRAWANI (m. en 1067). — Littérature.
OBJET DE L'ACTIVITE DE L'HOMME. — MISKAWAYH
(931-1030). — Philosophie morale.
ECHELLE ETHICO-BIOLOGIOUEDE LA CREATION.
— MISKAWAYH. — Philosophie.
LES VERTUS CARDINALES. — MISKAWAYH. — Philosophie.
L'ASTROLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE? — TAWHIDI (922-1014). — Astrologie.
DE LA FORME DES CIEUX ET DE LA FIGURE DE
LA l'ERRE. — ABOU ALî al HASSAN. — Astronomie.
CREATION A UN AUTEUR ET UN ORDONNATEUR. — Al ACI-l'ARÎ. — Théologie.
LA
LA REFLEXION CRITIQUE EN MATIERE RELIGIEU-
— GHAZALÎ (1058-1112). — Philosophie.
DEFINITION DE LA RAISON. — GHAZALÎ. — PhiloSE.
sophie.
ACCORD DE LA RELIGION ET DE LA PHILOSOPHIE.
— IBN ROUCHD ou AVERROÈS (1126-1198). — Philosophie.
LA PENSEE ET LA LANGUE. — TAWHÎDÎ (922-1014).
— Logique et grammaire.
DE LA REPARTITION DES HOMMES DANS LE MONDE. — CHAHRASTANÎ (m. en 1153). — Histoire des
religions.
L'URBANISME A BAGDAD VERS 760. — YA'QOÛBÎ
(m. en 900). — Géographie.
SIDJILMASSA. — IBN FADHL ALLAH al-OMARI (13011348). — Géographie.
CONSIDERATIONS SUR L'UTILITE DE L'HISTOIRE.
— MISKAWAYH (931-1030). — Histoire.
LES CONSEOUENCES ECONOMIQUES GENERALES
DES BAS PRIX ET DES PRIX ELEVES. — IBN KHALDOUN (13 32-1406). — Economie politique.
COMMENT LA VIE A LA CAMPAGNE PRECEDE
CELLE DES VILLES ET LUI DONNE NAISSANCE.
— IBN KHALDOUN. — Sociologie.
LE CORPS DE RESURRECTION. — SHAYKH AHMAD
AHSA'I (m. en 1826). — Alchimie.
QUELQUES OPERATIONS.— AI-'ZAHRAWÎ (m. en 1107)
— Médecine et chirurgie.
A la fin du fascicule, p. 42, on
trouvera :
— un index des auteurs cité ;
— un index des termes arabes ;
— des indications bibliographiques.
Poésie
Nous nous contenterons de quelques brèves citations, car, comme pour toute poésie, la meilleure traduction ne
laisse pas de dénaturer le sens et la fonction du texte original, Cette infidélité se trouve accentuée par le fait qu' « en arabe,
la solidité de la consonne est telle que rien ne voile l'étymologic des mots pour celui qui parle et ceux qui l'écoutent. De
langue toute la racine à laquelle il se rattache et petit-être même le sentiment
ce fait, le vocable évoque toujours dans cette
profond de la racine y domine-t-il celui du mot. Une racine arabe est donc une lyre dont on ne touche pas rune corde sans
de sa résonance propre, éveille les secrètes harmoniques des mots
en faire vibrer toutes les autres et chaque mot, en sus
apparentés. Par delà les limites de son sens direct, il fait passer dans les profondeurs de l'âme tout un cortège de sentiments
et d'images » (W. Marçais).
fait remonter généralement à la période antéislamique représentent un état fort
élaboré déjà de la poésie arabe. Ils abordent, en effet, les divers thèmes — érotiques, descriptifs, laudatifs, satiriques, élégiades « modernes » comme Bachchâr ibn Bord (m. en 783)
quas — qui continueront d'être traités même après la réaction
et surtout Abou Nouwâs (m. vers 815).
Voici, par exemple, comment le poète antéislamique Imrou-l-Qays décrit le cheval :
Les poèmes dits Moallaqât que l'on
LE CHEVAL
Dès le point du jour, lorsque l'oiseau est encore dans son nid, je
pars monté sur un cheval de haute taille, au poil ras, dont la vitesse
assure le succès de ma chasse.
Docile au frein, il sait également attaquer et éviter, poursuivre et
fuir. Sa force et son impétuosité sont celles d'un quartier de roc
qu'un torrent précipite du haut d'une montagne.
Sa couleur est baie ; la selle peut à peine se fixer sur son dos,
semblable à la pierre polie sur laquelle l'onde glisse avec rapidité.
Il est maigre et plein de feu. Lorsqu'il se livre à son ardeur, il fait
entendre dans sa course un son pareil au bruit de l'eau qui bouillonne
dans une chaudière.
Après une longue carrière, il vole encore légèrement tandis que
les meilleurs coursiers, épuisés de fatigue, laissent tomber pesamment leurs pieds et font lever la poussière même sur un terrain ferme
et battu.
Il renverse le jeune homme dont le poids est trop faible pour lui
et fait flotter au gré des vents les vêtements du cavalier qui le charge
davantage et sait le manier avec plus d'énergie.
Ses mouvements sont aussi prompts que la rotation du jouet sur
lequel la main de l'enfant a roulé une ficelle de plusieurs bouts noués
ensemble.
Imrou-l-Qays
(Epoque antéislamique)
Trad. Caussin de Perseval. — L. Machucl,
Lt" auteurs ai-,ibes, Paris, 1912.
CHANT
Il a le flanc court de la gazelle, le jarret sec et nerveux de l'autruche ; son trot est l'allure accélérée du loup, son galop la course
du jeune renard.
Le sang des animaux agiles qu'il a gagné de vitesse, séché sur son
encolure, ressemble à la teinture extraite du henné qui déguise la
blancheur d'une barbe soigneusement peignée.
DE GLOIRE
Dans la guerre qui se répète
on n'ignore pas où je suis.
Où que le héraut nous appelle,
dans la poudre dense il me voit.
Et mon épée avec ma lance
sont deux témoins de mes hauts faits.
Ma lance perce l'adversaire
se gardant, l'esprit en éveil.
Quand je l'approche de ses lèvres
il boit la coupe du trépas.
Pour mes bras, Dieu créa la lance
ainsi que le sabre indien.
Dans mon berceau, sur ma poitrine,
tous deux étaient mes compagnons...
Abreuvez-moi, sans une coupe,
d'un sang à la pourpre pareil.
Faites-moi ouïr le chant des sabres
afin de me mettre en gaité.
Car, pour moi, la voix la plus belle
c'est la voix du sabre indien ;
Antara Bnou-Chaddâd
(Epoque antéislamique)
Trad. A. Lentin. — Les plus beaux textes
arabes, p. 11-12. — La Colombe, éd. du Vieux
Colombier, 19 51.
c'est, de la lance, le bruit aigre,
dans la guerre, au jour du combat,
et ce sont les clameurs guerrières
qui s'approchent des champions.
CHANSON BACHIQUE
Cesse de me blâmer, car blâmer est inciter [à boire encore]
Soigne-moi plutôt avec ce vin qui fut le mal.
Liqueur dorée, les tristesses ne sont point
la pierre, celle-ci serait touchée par la joie.
ses hôtes.
!
Touchée par
Elle a été versée par une jolie fille...
Qui s'est levée, avec son aiguière, alors que la nuit était épaisse.
Dans la salle, soudain, une lumière a jailli de son visage.
Et non Ult lieu de campement... Dans cette
strophe et ,dans la suivante, le poète vise
les tenants de la tradition classique qui veut
que la qacida débute par l'évocation attristée du campement abandonné et où avait
séjourné la bien-aimée.
Celui qui, plein de science... L'activité intellectuelle et scientifique était en plein essor
au temps de Hâroun al-Rachid dont Abou
Nouwâs est devenu le panégyriste.
Du bec de l'aiguière, elle a fait couler un vin si clair que l'œil
semblait pris par lui d'un éblouissement.
Si grande est sa limpidité que l'eau limpide ne lui est point comparable, qu'elle boude à son contact,
et que si tu lui avais mêlé une lumière, elle l'aurait assimilée pour
donner naissance à une infinité de lumières et clartés.
Ce vin a circulé parmi de francs lurons que le Temps a entraînés
dans son tourbillon. Mais [grâce à ce vin], la vie ne leur apporte
plus que ce qu'ils désirent.
C'est ce vin que je pleure et non un lieu de campement où
arrêtées Hind et Asmâ.
se
sont
Foin de cette belle en l'honneur de qui on dresse des tentes et vers
laquelle reviennent chameaux et moutons le soir.
Abou Noutua"s
(Mort en 815)
Trad. T. Touaïbia et R. Blachère. — Les
plus beaux textes arabes, p. 3 8-39. — La
Colombe, éd. du Vieux Colombier, 1951.
Dis à celui qui, plein de science, se pique de philosophie : « Tu as
appris quelque chose alors que t'échappent une infinité d'autres ».
Ne refuse point le pardon si tu es un homme enclin au péché,
car ton refus du pardon serait mépris à l'égard de la Religion.
TOUT GRAN,DIT POUR LA MORT
En vérité, ce monde n'est pas une demeure perdurable. Tu sais
bien que c'est la maison de la mort, une maison qui glisse vers le
néant.
Ne marche pas dans tes habits avec orgueil, car tu es créé de terre
et d'eau.
Peut-être affronteras-tu avec une soumission joyeuse l'ordre de
ton seigneur... bien rares, en vérité, ceux qui accueillent avec joie ce
qu'il a prédestiné.
L'âme de l'adolescent est joyeuse de grandir ; mais c'est pour la
diminution, c'est pour la mort, que grandit tout ce qui est capable
de croissance.
Abou-l-Atâhiyâ
(748-825)
Trad. Mentfakh-Dermenghem. — Les pins
beaux textes arabes, p. 40. — La Colombe,
éd. du Vieux Colombier, 1951.
LE
Il y a dans les gens un mal qui, s'il apparaissait au dehors, empê-
cherait tout accord.
Heureusement, Dieu l'a couvert d'un manteau qui l'enveloppe
et le cache.
PRINTEMPS
Le printemps est arrivé, marchant fièrement, si joyeux, si radieux
de beauté qu'il semblait sur le point de parler.
Naïrouz : jour de l'an
mier jour du printemps.
des Persans, pre-
Al-Bouhtourî
(Mort en 897)
Trad. Mentfakh-Dermenghem. — Les plus
beaux textes arabes, p. 63. — La Colombe,
éd. du Vieux Colombier, 1951.
Naïroûz
a réveillé au
cœur de la nuit les premières roses hier
encore endormies.
La fraîcheur de la rosée les ouvrait, comme un secret qui serait
divulgué en parole.
Le printemps a rendu aux arbres leur vêtement, les couvrant
d'un manteau magnifiquement brodé.
Il est arrivé ; il a rempli de joyeuse clarté les yeux que ternissait
son absence.
Si. doux était devenu le souffle de la brise qu'il me semblait apporter les soupirs des amis.
LA CHANTEUSE
Une gazelle qui loge et pâture dans les cœurs... Une colombe qui
roucoule...
Sa beauté est toujours nouvelle pour les yeux et son amour est
toujours jeune dans les cœurs.
Quand elle chante, sa voix merveilleuse sort d'un corps si immobile qu'on devrait le croire muet.
Au sommet de sa voix s'étend un souffle prolongé comme les
soupirs de ses amants.
Ibn al-Roumi
(836-896)
Trad. Mentfakh-Dermenghem. — Les plus
beaux textes arabes, p. 66. — La Colombe,
éd. du Vieux Colombier, 1951.
Un souffle affiné par ses coquetteries et ses minauderies, exténué
par ses mélancolies.
Il meurt parfois pour reprendre vie aussitôt et faire goûter de
nouveau son étendue et ses chansons.
L'amour d'une femme comme elle fait perdre la tête au plus paisible des hommes et entraîne hors de tout chemin le plus sage.
Toute entière, elle est séduction, musique et beauté sans égale.
Qu'elle s'éloigne, qu'elle aille n'importe où, son amour est ma
compagnie.
Il est à ma droite, à ma gauche, devant moi, derrière moi. De quel
côté pourrais-je le fuir ?
LE CULTE DE LA GLOIRE
Vis puissant ou meurs plein de gloire, dans le fracas des lances au
De moi vient ma gloire, non de mes ancêtres... Sur le caractère exceptionnel de
cette affirmation, voir ci-dessous Les vertus
cardinales, p. 28.
Moutanabbi
(915-95 5)
Trad. R. Blachère. — Un poète arabe du
IVe siècle de l'Hégire : al Moutanabbi, Paris,
193 5.
bruit des tambours.
Ne vis plus comme jusqu'ici, sans noblesse, tel que, si tu disparaissais, ta fin passerait inaperçue.
Recherche la gloire jusqu'en enfer. Rejette la sujétion, fût-elle
dans les jardins du paradis...
Je ne suis point noble par les miens ; ce sont les miens qui sont
anoblis par moi. De moi vient ma gloire, non de mes ancêtres.
Si j'ai de l'orgueil, c'est celui d'un homme prodigieux qui ne voit
personne au-dessus de lui.
Je suis frère de la gloire et maître en poésie ; je suis le poison de
mon ennemi et la fureur de mes rivaux.
LA CONQUETE DE L'EGYPTE
Les Abbasides demandent
Miçr
:
l'Egypte.
Djaouhar: Djawhar al-Siqillî. (le Sicilien),
général et administrateur qui fut l'un des
fondateurs de l'Empire fatimide au Maghreb
et en Egypte. Il est mort en 992 .
« Est-ce que Miçr est pris ? ».
« Oui, le fait est accompli »,
:
Réponds aux Abbasides :
Et déjà Djaouhar a dépassé Alexandrie, et
le succès s'annonce à lui, la victoire le précède,
Et déjà Miçr lui a envoyé ses députés
et aux voûtes de son pont on a ajouté un pont.
c'est-à-dire le Calife abbaside
considéré par les Fatimides comme un usurVils d'Abbâs,
pateur.
Le Fils du Prophète, c'est-à-dire son descendant par Fatima. Il s'agit du Calife fatimide al-Mou'izz qui fit la conquête de
l'Egypte, menaçant ainsi le Calife abbaside
à Bagdad.
Ibn Hani'
(Mort en 973)
Trad. A Lentin. — Les plus beaux textes
arabes, p. 109. —' La Colombe, éd. du Vieux
Colombier, 19 51.
En ce jour, ô Fils d'Abbâs, elle n'était plus à vous,
et vos mains sont vides d'elle et de bien d'autres cites !
Ne parlez plus de votre puissance du temps passé :
ce temps-là est révolu et voici un autre temps.
Doutiez-vous de notre armée ? Doucement ! Attendez donc !
Voici les lances vibrantes et notre armée immense !
Les Cavaliers d'Allah montaient en brillant, au-dessus
de la Religion et du Monde, ainsi que monte l'aube.
Voici le Fils du Prophète, qui poursuit sa vengeance :
l'homme bien né ne laisse pas échapper sa vengeance !
Laissez-le abreuver ses chevaux dans l'eau de l'Euphrate :
il approcherait, malgré vous, d'un ruisseau ou d'un fleuve !...
LA LIBERTE
Les étoiles de la nuit semblent faire effort pour percer
et tous les yeux les observent.
J'ai été mis en ce monde contre ma volonté et je le
Tons les hommes sont dans l'erreur... Il
fallait une belle audace intellectuelle pour
afficher un tel scepticisme dans la cité musulmane. Cela a d'ailleurs valu à l'auteur une
accusation d'impiété.
Al-Ma'arrî
(979-1058)
Trad. H. Laoust. — Bulletin d'études orientales, Damas, 1943-44.
un secret
quitterai
malgré moi pour aller en quelque autre monde. Dieu en est témoin !
Durant l'espace de temps compris entre ma naissance et ma mort,
mes actions sont-elles soumises au destin ou suis-je libre d'agir à ma
guise
?
0 monde, puissé-je être délivré de toi
Tous ceux qui vivent icibas sont dans la même ignorance : les musulmans comme ceux à qui
ils commandent...
0 prodige
!
Nous nous ruons derrière des récits mensongers et,
ignorants, nous ne voulons pas voir ce qu'il y a en nous.
Tous les hommes sont dans l'erreur. Il n'y a jamais eu et il n'y
aura jamais, jusqu'au jour de la résurrection, de véritable ascète !
!
LES DEUX AMOURS
Je T'aime de deux amours... C'est une
mystique qui s'adresse à Pieu.
Je T'aime de deux amours : un amour intéressé et un amour [qui
veut Te rendre ce] dont Tu es digne.
Quant à l'amour intéressé, c'est que je m'occupe
Toi seul, à l'exclusion de tout autre.
à ne penser
qu'à
Râbi'a al-Adawiya
(Morte en 801)
Trad. G.C. Anawati-Massignon. — Gardet
et Anawati, Mystique musulmane, Vrin,
1961.
Et quant à l'amour [qui veut Te rendre ce] dont Tu es digne :
ah ! que je ne voie plus la créature et que je Te voie !
Point de louange pour moi en l'un ni l'autre amour, mais louange
à Toi en tous les deux !
AMOUR ET SOUFFRANCE
Tuez-moi donc, mes féaux camarades,
C'est dans mon meurtre qu'est ma Vie
!
Ma mort, c'est de (sur) vivre,
et ma Vie, c'est de mourir !
Je sens que l'abolition de mon être
est le plus noble don à me faire,
Et ma survie tel que je suis
le pire des torts.
Ma vie a dégoûté mon âme
parmi ces ruines croulantes,
Tuez-moi donc et brûlez-moi,
dans ces os périssables ;
Hallâdj
(8 58-922)
Trad. L. Massignon, p. 34. — Imprimerie
Nationale, 1931.
Ensuite, quand vous passerez près de mes restes,
parmi les tombes abandonnées,
Vous trouverez le secret de mon Ami,
dans les replis des âmes survivantes...
"CARPE DIEM "
Comme elle est douce, au Jour de l'An, la rosée sur la rose !
Comme elle est douce, au bord d'un pré, une beauté éclose !
Tout ce que tu racontes sur le jour disparu ne me plaît guère,
Goûte le présent, cesse de parler d'hier.
Cette Roue du Ciel pour nous exterminer
Conspire contre notre âme pure !
Va donc t'asseoir sur l'herbe, bois du vin, sois gai,
Car cette herbe renaîtra bientôt de notre sépulture
!
Omar Khayyâm
(Mort en 1214)
Les Quatrains, trad. M. Fouladvand. — Bcsson-Chantemerlc, 1960.
Personne n'a vu l'Enfer ou bien le Paradis
Qui donc est revenu de l'Autre Monde, dis !
Notre crainte et espoir se fondent sur une chose,
Dont il n'est d'autre preuve que le nom.
Lorsque notre âme, à toi et à moi, quitteront le corps
On mettra quelques briques sur notre fosse !
Puis pour faire la brique des autres tombes,
On jettera dans un moule ma poussière et la tienne !
POEME DE L'AME
L'œuvre d'Avicenne est imposante à la
fois par ses dimensions et son contenu. Elle
a exercé une influence considérable sur la
pensée philosophique et médicale au Moyen
Age. De cette œuvre, nous avons préféré
retenir un poème qui illustre l'inspiration
poétique du célèbre médecin autant que son
orientation platonicienne en philosophie.
Tombée du plus élevé des cieux, une colombe est en toi, noble et
fière.
„
,
Nul voile ne la cache et pourtant nul regard, même d'initié, ne
la voit.
Malgré elle en toi, peut-être souffrira-t-elle un jour de te quit-
ter.
D'abord, révoltée, elle a peiné à s'adapter, puis s'est habituée à ce
corps pour elle désert et vide ;
Elle a fini, je crois, par oublier son monde originel dont elle était
inconsolable.
Elle a quitté pour toi son séjour céleste pour tomber en ce terrain
aride.
La lourde matière s'est attachée à elle et elle a vécu en ton corps,
ruine périssable.
A évoquer sa vie au monde des esprits, elle pleure des larmes sans
fin.
Et elle jette sa plainte sur ces vestiges, jouets des quatre vents.
L'épais réseau l'enserre, une cage la tient éloignée de l'immense
maison
Jusqu'au moment du départ vers le foyer des âmes et le champ
sans mesure,
Elle dormait
mait.
:
elle s'aperçoit qu'elle dor-
Alors séparée de ton corps de poussière désormais seul
Elle dormait et, le voile levé, voit ce que ses yeux de sommeil ne
pouvaient voir.
Elle roucoule alors du sommet du Haut-Mont, la Connaissance y
porte les plus faibles.
Qu'est-elle descendue des Cieux vers ce bas-monde misérable ?
Si Dieu l'y a précipitée, Son Intention reste cachée au plus subtil
entendement des hommes.
S'il le fallait pour qu'elle entende le jamais entendu,
Pour l'instruire de ce que les deux mondes cachent, quelle faillite
!
Le temps lui a coupé la route
lever, elle a été
Attribué
à
Ibn Sinâ ou Avicenne
(980-1037)
Trad. Jahier-Noureddine.— Librairie Ferrari,
Alger, 1960.
;
couchée sans plus d'espoir de
se
Pour toi comme un éclair jailli du ciel puis disparu, et c'est comme
s'il n'avait jamais brillé...
Réponds
à la
clarté du feu de la science,
à
cette question qui
m'obsède.
SATIRE
L'Islam officiel s'est toujours méfié de
l'ascétisme trop poussé, de la vie monacale
et des multiples styles de dévotion introduits
par les confréries religieuses à partir du XIIIe
siècle surtout. L'intérêt de ce poème est
qu'il dénonce un mal social dont les sociétés
musulmanes ne sont pas encore totalement
débarrassées : la fausse dévotion exploitant
sans vergogne la crédulité populaire et favorisant la superstition.
Les conteurs : Sortes de romanciers populaires qui savent capter l'imagination des foules analphabètes en
leur contant avec une fer-
veur parfois sincèrement émue la vie des
grands prophètes et la geste des grands personnages de l'histoire musulmane, le tout
naturellement farci de légendes et de fictions.
Iblis
:
autre nom de Satan.
Hassan al-Hidjâzî
(Mort en 1719)
Trad. Chefiq Mansour. — Al-Djabarti, Merveilles biographiques, p. 188, Le Caire, 18881897.
Malheur aux gens voués à la dévotion, aux chapelets
Et à la piété, et qui portent le long bâton, le cilice,
Des haillons et des gourdes.
Malheur surtout aux conteurs, qui sont de vrais suppôts d'Iblis.
Ils contiennent en eux autant de démons
Qu'ils ont de cheveux, voire beaucoup plus.
Leur hypocrisie dépasse l'immensité de l'océan...
...Il en est de même de ceux que l'on voit
Prétendre aux qualités religieuses dont ils sont dépourvus,
Des méchants qui se disent légistes
Et volent l'argent en rendant les sentences.
Ils grandissent leurs turbans, élargissent les manches de leurs manteaux
Et s'écartent des prescriptions de la loi.
Ils marchent au milieu d'une escorte imposante,
Et ils n'ont pas honte d'appeler cela de l'humilité.
Leur but est d'amasser de l'argent
Et d'entendre dire d'eux qu'ils sont religieux et pieux.
Ils se faufilent au milieu des tyrans
Ainsi que les serpents se faufilent dans les broussailles...
RELIGION, PHILOSOPHIE
LITTÉRASCIENCES
LE
Le livre sacré
CORAN
SOURATE III, verset 7 :
C'est Lui qui a fait descendre vers toi ce Livre ; il se compose de
versets précis qui en sont la base et de versets qui restent des mystères ; ceux dont les cœurs sont enclins à tout déformer ne s'attachent qu'aux diverses interprétations auxquelles ces derniers peuvent
donner lieu, par amour du désordre et de la controverse, alors que
seul Dieu en connaît la véritable interprétation. Les vrais savants
diront : « Nous y croyons, car tout vient de notre Seigneur et seuls
les esprits sensés en feront leur profit ».
SOURATE XLVI, verset
12
:
Avant lui (avant le Coran), il y eut celui de Moïse qui fut donné
pour servir de guide et rendre témoignage de la miséricorde divine.
Le Coran confirme ce dernier en langue arabe pour mettre en garde
les mauvais et annoncer, aux bons, la bonne nouvelle.
SOURATE LXI, verset
6
:
Jésus fils de Marie a dit : « 0 enfants d'Israël, Dieu m'envoie
vers vous pour confirmer ce qui a été dit avant moi dans le Pentateuque et pour annoncer un Prophète qui viendra après moi et
dont le nom sera l' « illustre ». Lorsqu'il (Mohammad) se préscnta à eux avec des signes évidents, ils dirent : « C'est là de la pure
magie ».
SOURATE II, verset 62
Sabéens : ceux qui professent le Sabéisme,
religion mentionnés dans le Coran et qui
prescrit en particulier l'adoration des astres.
:
Ceux qui, parmi les croyants, les Juifs, les Chrétiens et les Sabéens,
croient en Dieu, au Jour Dernier et pratiquent le bien auront leur
récompense auprès de leur Seigneur. Ils ne connaîtront ni la crainte,
ni la tristesse.
SOURATE II, versets 261-265 :
Ceux qui distribuent leurs biens pour l'amour de Dieu ressemblent
à un grain qui produit sept épis dont chacun donne cent grains. Dieu
multiplie les récompenses en faveur de qui lui plaît... Ceux qui dis-
tribuent leurs biens pour l'amour de Dieu, sans faire suivre ce qu'ils
ont donné d'une parole de condescendante pitié ou d'une vexation,
trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur... Une parole
de bienveillance, un pardon, valent mieux qu'une aumône suivie
d'une vexation...
Trad. H. Mercier. — Ed. Eurafrique, Tan-
ger, 19 56.
SOURATE V, Verset 32 :
Quiconque aura tué un homme, sans que celui-ci ait tué ou semé
la discorde dans le pays, sera considéré comme s'il avait tué l'humanité tout entière. Quiconque aura sauvé la vie d'un homme sera
considéré comme s'il avait sauvé la vie de l'humanité tout entière.
LA TRADITION PROPHETIQUE (HADITH)
Religion
parmi vous ne sera vraiment croyant tant qu'il n'aimera pour son frère ce qu'il aime pour lui-même.
1. Personne
2. Que celui qui croit en Allah et au
hadîth, ou propos et gestes du Prophète, surtout pendant les vingt années de
son apostolat (612-632), ont été pieusement
retenus et transmis par ses Compagnons, puis
par les « Suivants » (c'est-à-dire la génération qui succéda à celle des Compagnons).
Mais des faussaires ne tardèrent pas à mettre en circulation des traditions apocryphes
pour accréditer telle innovation, ou telle
interprétation de la loi religieuse. C'est seuLes
lement au IX0 siècle que des auteurs s'efforcèrent de constituer des corpus authentiques.
Les corpus de Boukhârî (m. 870) et de
Mouslim (m. 873) se sont tout particulièrement imposés au respect des musulmans.
Nawawî
(1233-1278)
Les
Quarante Hadith. — Trad. H. Pérès,
Carbonel, Alger, 19 50.
Jugement Dernier dise du
bien ou qu'il se taise !
Que celui qui croit en Allah et au Jugement Dernier traite honorablement son voisin !
Que celui qui croit en Allah et au Jugement Dernier reçoive généreusement son hôte !
Je vous recommande de craindre Allah — que sa Puissance
et sa Majesté soient proclamées ! — d'écouter votre chef et de lui
obéir, même si c'était un esclave qui était proclamé votre émir.
Car, ceux d'entre vous qui vivront verront des divergences nombreuses s'introduire dans l'Islam. A vous de vous attacher à ma
« sunna » (manière de vivre) et à celle des califes orthodoxes et
bien dirigés qui l'ont mise à l'épreuve de façon énergique. Gardezvous des innovations dans les choses de l'Islam, car toute pratique
hétérodoxe est égarement.
3.
4. Celui d'entre vous qui voit une chose répréhensible, qu'il la
redresse de sa main ; s'il ne le peut, de sa langue ; s'il ne le peut, de
son cœur : c'est là en dernier lieu le moins que puisse exiger la
foi.
DISCOURS D'ABOU BAKR APRES SON ELECTION
0
Religion
J'ai été proclamé votre chef, mais je ne suis pas le
meilleur d'entre vous. Si vous me voyez dans le droit, aidez-moi ;
mais si vous me voyez dans le tort, redressez-moi. Obéissez-moi tant
que j'obéirai à Dieu pour vous. Si je désobéis à Dieu, vous n'avez plus
à m'obéir. Le plus fort d'entre vous pour moi est le ,faible à qui
j'ai à faire rendre justice. Le plus faible d'entre vous pour moi
est le fort auquel j'ai à imposer la justice. Voilà ce que j'ai à dire
et j'implore la miséricorde de Dieu pour moi et pour vous...
Certes, les plus malheureux en ce monde et en l'autre sont les sou-
attribués — car
tous ne sont pas authentiques — aux preLes discours et sermons
miers califes et à quelques grands gouver,leurs de province ont fourni des pages d'anthologic très prisées dans la littérature arabe.
Ils joignent, en effet, à la rigueur expressive
du style, la densité et la beauté morale des
idées.
gens
!
verains.
Les auditeurs levèrent la
tête. Il poursuivit
:
Quelles raisons avez-vous, ô gens ! pour être si prompts à la critique ? Parmi les souverains, il y en a qui ne se contentent pas de ce
que Dieu leur a octroyé et convoitent ce que possède autrui. Jamais
rassasié, toujours inquiet pour ce qu'il a, un tel roi jalouse le peu
et s'irrite contre le beaucoup, ne profite pas de l'abondance et perd
la saveur du beau. Il ne se soucie pas des conseils et se méfie
de tout. Il ressemble à la monnaie de mauvais aloi et au mirage
trompeur. L'extérieur est honteux, l'intérieur est triste. Quand sa
vie sera épuisée et que son âme aura à répondre, Dieu lui demandera
un compte rigoureux et le jugera sans indulgence.
N'est-il pas vrai que sur les pauvres se répandra la miséricorde
divine ? N'est-il pas vrai que celui qui croit en Dieu gouverne conformément à Son Livre et à la tradition de Son Prophète ? Maintenant vous êtes sous le régime de la lieutenance (califat) succédant
à celui de la prophétie et vous vous trouvez à la croisée des chemins.
Après moi vous connaîtrez le despotisme de souverains injustes, un
peuple divisé, un sang répandu. Si l'injustice triomphe et si le droit
disparaît, ce peuple s'évanouira sans laisser traces ni souvenir...
Abou Bakr al-Siddîq
(Mort en 634)
Trad. G. Surdon. — Les plus beaux textes
arabes, p. 77-78. — La Colombe, éd. du
Vieux Colombier, 1951.
LE LIVRE ,DE KALILA ET
DIMNA
Littérature
(Extrait de la préface)
Le Livre de Kalîla et Dimna reprend et
l'hindou Bidpai avait
sanscrit
à l'intention d'un
consignées en
prince. Le traducteur Ibn al-Mouqaffa était
un homme très « engagé » dans les luttes
enrichit
les fables que
C'est ici le Livre de Kalîla et Dimna. Il compte au nombre de
hindous
ces recueils de fables et d'anecdotes composés par les savants
dans un style qui se voulait paré, pour servir le dessein de l'auteur,
de toute les trouvailles de l'éloquence : c'est un fait constant à toutes les époques que les gens d'esprit, désireux de se faire comprendre, inventent dans ce dessein toutes sortes d'artifices et cherchent à
politiques de son temps. C'est par là que
s'explique, en partie, son insistance pour que
le lecteur dépasse la fiction littéraire pour
atteindre la leçon politique et morale du
livre. La Fontaine, on le sait, renouvellera
cette même entreprise.
Ibn al Moqaffa'
(Mort en 757)
Kalîla et Dimna. — Préface, p. 9-11.
Trad. A. Miquel, Klincksicck, 1957.
LE
-—
mettre en œuvre toutes les ressources dont ils disposent. Pareil souci
les a poussés à composer ce livre où ils offrent, par la bouche des
oiseaux, des bêtes et des fauves, la quintessence d'un langage éloquent
et parfait.
Deux raisons conjuguées incitaient ces savants à faire parler les
animaux : ils trouvaient là, en même temps qu'un moyen de s'exprimer en toute liberté, un vaste domaine à exploiter : quant au
livre lui-même, il joignait l'agrément à la sagesse, celle-ci le faisant choisir par les philosophes, celui-là par les esprits légers...
La première chose à faire quand on veut étudier ce livre est de
le lire dès le principe de façon exhaustive et avec persévérance... On
doit s'interdire de penser que, lorsqu'on aura fait du livre une bonne
lecture et qu'on aura reconnu le sens apparent des mots, on en aura
terminé pour autant avec ce qu'il importe de connaître du livre. Car
on est ici dans la situation d'un homme à qui l'on donne de belles
noix dans leurs coques : il ne pourra profiter des fruits que s'il brise
les coques et en extrait le contenu.
" BANQUET " CHEZ YAHYA
Yahya, fils de Kâlid ben Barmek : Vizir
du calife Haroun al-Rachid, mort en 805.
secte chi'ite qui soutient
que l'Imâm ou chef de la communauté muLa secte imamite
:
sulmane doit être un descendant du Prophète et désigné par son prédécesseur.
LE BARMECIDE
Philosophie
Yahya, fils de Khâlid ben Barmek, homme instruit, éclairé, partisan
de la discussion et du libre examen, réunissait chez lui en conférences
plusieurs controversistes célèbres parmi les théologiens de l'Islam,
les libres penseurs et les docteurs de différentes sectes. Dans une de
ces réunions il leur parla en ces termes :
« Vous avez longuement disserté sur la théorie du recèlement et
de l'apparition, sur la préexistence et sur la création, sur la durée
et la stabilité, le mouvement et le repos, l'union et la séparation [de
la substance divine] ; sur l'existence et le néant ; les corps et les
accidents ; l'approbation et la réfutation [des isnad ou autorités
traditionnaires] ; sur l'absence ou l'existence d'attributs [en Dieu] ;
la force potentielle et agissante ; la substance, la quantité, la modalité, la relation ; la vie et l'anéantissement. Vous avez examiné si la
qualité d'Imam est de droit divin ou élective; vous avez épuisé toutes
les questions métaphysiques dans leurs principes et leurs corollaires.
Occupez-vous aujourd'hui de décrire l'AMOUR ; mais, sans entamer de discussion, que chacun de vous se borne à en donner une
définition sommaire telle que son esprit la lui suggérera ».
Le premier qui prit la parole fut Ali, fils d'El-Haïtham, de la secte
imamite et théologien célèbre parmi les chi'ites : « Vizir, dit ce
docteur, l'amour est le fruit de la conformité des espèces et l'indice
de la fusion de deux âmes ; il émane de la beauté divine, du principe
pur et subtil de la substance. Son étendue est sans limites ; son accroissement, une cause de déperdition pour le corps... ».
Ibrâbi/J/. aî-Nxizzâiu (m. 846) est un des
grands maîtres de l'école moutazilitc de Bagdad. Le 1l101I/i/:ilis/Ile est un mouvement intellectuel qui a connu son apogée sous le
califat de Ma'moun, fils de Haroun alRachîd (8 13-833). Cette période est aussi
celle où furent traduites en arabe les principales œuvres philosophiques grecques.
...Le cinquième fut Ibrahim, fils de Yassar, surnommé Nazzâm,
de la secte moutazélite et l'un des principaux dialecticiens de l'école
de Basrah à cette époque : « L'amour, dit-il au vizir, est plus subtil
que le mirage, plus prompt que le vin circulant dans les veines. C'est
une argile délicate, pétrie dans la cuve de la puissance divine. Tant
qu'il est modéré, ses fruits sont pleins de saveur ; mais s'il dépasse
les bornes, il devient une folie mortelle, un mal dont les ravages sont
terribles et dont on ne peut espérer le remède. Semblable à un nuage,
il se fond en pluie sur les coeurs ; il y fait germer le trouble et fructifier la douleur ; l'homme vaincu par l'amour souffre sans trève ; sa
poitrine se soulève avec effort, la paralysie le menace ; toujours
plongé dans isa mélancolie, il passe ses nuits sans sommeil, ses jours
dans l'anxiété : la douleur l'affame et il ne se nourrit que de gémissements... ».
...Le treizième orateur fut un Mobed, c'est-à-dire juge de la secte
des mages, ce que signifie le terme Mobed en pehlevi, ancienne forme
du persan : « Vizir, dit-il, l'amour est un feu qui s'allume dans le
péricarde et se propage entre les côtes et le coeur. Il est inhérent à
l'existence des êtres et à l'action des corps célestes : son origine est
dans l'impulsion animale et dépend de causes matérielles. Il est la
fleur de la jeunesse, le jardin de la générosité, le charme de l'âme et
son divertissement. Les éléments l'engendrent ; les astres le produisent au jour; les vents le meuvent; l'action des mystères sublimes lui
donne sa forme. Puis il se combine avec le meilleur de la substance,
avec les éléments les plus purs. Il provoque l'attraction des cœurs,
la conformité des passions, la fusion des âmes, le rapprochement
des semblables, la pureté des sentiments et la sympathie. Il ne peut
exister sans la beauté, sans l'intelligence, sans la délicatesse des sens,
sans la santé, l'harmonie et l'équilibre des forces ; car son origine
sublime donne naissance à des mouvements dans les sphères célestes
qui correspondent ensuite avec la sensation dont les corps sont
doués... ».
A en croire certains philosophes, Dieu, dans sa sagesse pleine de
bonté, a donné à toutes les âmes, en les créant, une forme arrondie
comme celle de la sphère ; puis il les a divisées en moitiés égales et a
placé chaque moitié dans deux corps différents. Lorsqu'un de ces
corps en rencontre un autre, qui renferme la moitié de l'âme dont il
possède lui-même l'autre moitié, l'amour naît fatalement entre eux
en vertu de l'unité primitive (de ces deux moitiés d'âme) ; ensuite
il se développe avec plus ou moins de puissance, selon la différence
des tempéraments. Les auteurs de cette théorie l'ont développée largement : selon eux, les âmes, substances lumineuses et simples, descendent des hauteurs de l'infini vers les corps qu'elles viennent
habiter ; elles se recherchent les unes les autres, selon qu'elles étaient
plus ou moins voisines dans le monde immatériel. La même doctrine
professent l'islamisme, lesa été adoptée par plusieurs de ceux qui
quels la défendent à l'aide d'inductions tirées du Coran, des traditions
Elle fut transmise pur Yahya, fils de Sa ni,
d'après Amrad, d'après Aï(-ha : On a là un
exemple d'isnâd ou chaîne de garants ou
autorités successives qui ont rapporté une
tradition prophétique (Hadîth) ou plus généralemcnt un récit historique quelconque.
Aïcha est la fille d'Abou Bakr, premier calife
de l'Islam, et l'une des épouses du Prophète.
Mas'oudî
(Mort en 9 5 6)
Les prairies d'or, t. VI, p. 3 68 et sv. —
Trad. Barbier de Meynard. — Imprimerie
Impériale, Paris, 1861-74.
PORTRAIT SATIRIQUE
AIJJ/Uld Iblt Abd-al-Wahhiîb
:
secrétaire de
l'administration abbaside au temps du calife
al-Wâthiq (847-861). Dans tout son livre
le grand styliste Djâhiz s'adresse à ce per-
sonnage officiel sur le mode ironique ou sur
un ton de moraliste pour le discréditer.
Cette charge s'appuie sur des faits couramment observés dans les cercles scientifiques et littéraires où les esprits cultivés de
grandes métropoles comme Bagdad ou Basra
rivalisaient d'érudition, de sagacité et de vivacité intellectuelle pour mériter la faveur d'un
mécène. Cela donnait lieu à des polémiques
où la mauvaise foi, la manie de la contradiction, l'aiiiolir-propre l'eiiiportaieiit parfois sur
la recherche sincère de la vérité.
et des lumières de leur propre raison. Ils citent, par exemple, cette
parole de Dieu : « Ame qui n'a rien à redouter
retourne auprès
—
de Dieu, heureuse et bien accueillie
— entre au nombre de mes serviteurs — entre dans mon paradis » (Coran, LXXXIX, 28-30). Or,
disent ces derniers, le retour à un premier état suppose une existence
antérieure. Ils produisent également cette sentence du Prophète
enseignée par Sâïd, fils d'Abou Miriam, à qui elle fut transmise par
Yahya, fils de Sâïd, d'après Amrah, d'après Aïcha : « Les âmes sont
comme des troupes armées : celles qui se connaissent font alliance ;
celles qui ne se connaissent pas se combattent ». Une opinion semblable a eu cours chez quelques Arabes, ainsi que le prouvent les vers
où Djémil, fils d'Abd Allah, fils de Mâmar, l'Adrite, chantant sa
maîtresse Botaïnah, évoque le souvenir d'une existence antérieure
et d'une union qui aurait précédé leur apparition en ce monde :
« Mon âme était suspendue à la sienne avant que nous fussions
créés, avant d'avoir été sevrés et couchés dans le berceau.
Notre amour a grandi et s'est développé en même temps que
nous ; la mort ne pourra briser les promesses de cet amour.
Il survivra à toutes les vicissitudes du sort et nous visitera dans les
ténèbres de la tombe et au fond du sépulcre »...
Littérature
Ahmad Ibn Abd-al-Wahhâb était exagérément petit, mais il avait
la prétention d'être grand ; il était carré et tu le croirais rond tant
il avait les hypocondres développés et la taille débordante [de chair].
Il avait les mains épaisses et les doigts courts, ce qui ne l'empêchait pas de prétendre avoir les cheveux souples, l'extérieur élégant,
le visage beau, le ventre plat, la taille droite, la constitution parfaite.
Il avait le dos long, le fémur court ; mais, bien que court sur jambes, il prétendait avoir la cuisse allongée, les jambes hautes, la taille
svelte, la tête grosse. [Il affirme avoir reçu en partage un corps
bien développé et une science étendue.
Il était chargé d'ans et sa naissance remontait loin, mais il revendiquait une jeunesse moyenne et une naissance récente.
Sa prétention à être versé dans les différentes branches du savoir
était à la mesure de l'ignorance qu'il en avait ; la peine qu'il prenait
à montrer ses connaissances était à la mesure de son incapacité à les
comprendre. Il était fort porté à l'objection, épris de discussions
stériles, opiniâtre dans la contradiction, amoureux de la controverse;
il se complaisait dans l'entêtement et avait une prédilection pour la
rivalité. Et avec tout cela, il égare la preuve, il ignore où gît le doute,
il passe rapidement quand il manque de ressources, il est incapable
de sortir d'une hésitation, il recherche la discussion tout en ignorant
ce qu'entraîne la chicane et ce qui résulte de la corruption des cœurs;
Djâhiz
(776-868)
Al-Tarbi, p. 5-6. — Trad. M. Arkoun.
sans s'aviser de l'inutilité de la contradiction, de ce que le bavardage
suppose de futilité, elle-même cause d'inadvertance, du péché qu'il y
le feu éternel, de ce qu'il y a d'oiseux
a à s'entêter et qui entraîne
dans la controverse et de ^e qu'on manque la vérité à vouloir rivaliser.
LA SEANCE DE JORJAN
OU GRANDEUR ET DECADENCE
Ce texte appartient au genre MAQAMA,
mot qui signifie séance littéraire. Ce genre
illustré tardivement (à partir du Xe siècle)
dans la littérature arabe est d'une grande
richesse puisqu'il renvoie à la fois à l'art
du portrait, du récit picaresque, de la comédie de mœurs, de la satire. Les brefs extraits qui suivent ne donneront malheureusement qu'une idée imparfaite de ces différents
aspects.
Jorjan : province située sur
les bords sud
de la Caspienne. Le centre principal de cette
province s'appelait également Jorjan.
Solaïm et Abs : deux noms de tribus.
les Modhar : noms des deux
de l'Arabie du nord.
confédérations
grandes
Les
Rab?a et
Hatljr : Oasis en Arabie du centre-est.
Ilaiii,ilait : Grande tribu de l'Arabie mé-
ridionale.
Récit
Nous trouvant à Jorjan, dans une de nos réunions, nous conversions, n'ayant parmi nous que des gens de notre milieu, quand soudain survint un homme. Il n'était ni démesurément grand, ni d'une
excessive petitesse, portait une barbe hirsute et était suivi de petits
enfants en haillons. Il débuta par le salami et la salutation de l'Islam,
se présenta à nous si aimablement que nous lui rendîmes sa politesse
largement.
« Bonnes gens, ajouta-t-il, je suis un homme originaire d'Alexandrie, une des places frontières des Omayyades. Les Solaïm m'ont
donné la noblesse et les 'Abs me reconnaissent des leurs. J'ai parcouru
le monde, visité à fond l'Iraq, circulé chez les nomades et les sédentaires, sur les territoires des Rabî'a et celui des Modhar. Je n'ai
jamais été traité avec mépris dans quelque endroit où je me sois
trouvé. Que mon manteau usé et mes haillons ne me discréditent
donc pas à vos yeux ! Nous étions, par Dieu, des hommes de grands
moyens. Nous faisions grogner les chameaux le matin, et bêler le
petit bétail le soir...
Ensuite, bonnes gens, mon destin parmi eux se retourna complètement :au lieu du sommeil, la veille, au lieu du repos, le voyage. Sans
cesse jeté d'un lieu dans un autre, les déserts me passaient de l'un
à l'autre et je fus arraché à ces gens par les coups du sort, à grand'
peine comme à l'arbre est arrachée sa gomme. Je me trouvais à tout
moment plus nu que la paume de la main et plus dépouillé que la
menotte de l'enfançon, sans demeure, la besace vide, n'ayant que
la misère des voyages et la contrainte des départs. Souffrant de la
pauvreté, éprouvant la dureté de la terre nue, j'avais pour couche
le sol et pour oreiller les pierres...
Le destin m'ayant poussé sans cesse à travers le monde, je mis enfin
le pied au pays de Hadjr avant que ma course m'arrêtât au pays des
Hamdan. Ces tribus me firent bon accueil et les gens cherchèrent
à me voir. Mais je me rendis auprès du chef le plus large par son
hospitalité et le moins enclin à la dureté...
Il me fit préparer un lit et un lieu pour dormir. Si sa sollicitude
venait à se relâcher, alors un de ses fils accourait vers moi, svelte
comme un sabre du Yemen, ou nouvelle lune paraissant dans un
ciel clair. Il me fit remettre des dons plus que je ne pouvais en recevoir et mon cœur en fut dilaté... Pourtant, les bienfaits, là où ils se
succédaient et le flot des faveurs, en se répandant, me donnèrent des
quittai les Hamdan à la manière d'un vagabond et m'éloignai comme une bête sauvage, brûlant les étapes, franchissant les
déserts, traversant à grand peine les provinces... Le vent de la détresse
et le scuffle de la misère m'emportèrent alors vers vous. Jetez un
regard (que Dieu ait pitié de vous !) sur un de ces pauvres hères,
famélique, épuisé par le besoin, exténué par la pauvreté,
« voyageur, franchisseur d'espaces, happé par les déserts qui se
le disputent, hirsute et couvert de poussière ».
Isa Ibn Hicham reprit :
Les coeurs s'attendrirent pour cet homme et les yeux se remplirent de larmes à la délicatesse de ses paroles. Nous lui donnâmes ce
dont nous disposions alors. Il s'éloigna en nous adressant des louanges.
ailes. Je
Isa Ibn llicham
:
nom du narrateur.
Al-Hamadhâni
(968-1007)
-
Séances, p. 69-71.
Trad. R. Blachèrc et
P. Masnou. Ed. Klincksicck, 19 57.
LES
CONDITIONS DE L'AMOUR PARFAIT
Courtoisie
Il n'est point au monde de situation qui vaille celle de deux amants
Toutes ces conditions de l'amour parfait
constituent autant de thèmes de la poésie
courtoise qui occupe une place importante
dans la littérature arabe. On a beaucoup discuté et on discute encore (cf. Henri Davenson, Les Troubadours, Seuil, 1961) sur le
rôle joué par cette poésie courtoise arabe
dans la formation de l'idéal courtois au
Moyen Age occidental (surtout dans le sud
de la France).
Ibn Hazm
(994-1064)
Le Collier du Pigeon, p. 161. — Trad. L.
Bercher. — Carbonel, Alger, 1949.
quand nul ne les épie, qu'ils sont à l'abri des délateurs, qu'ils n'ont
point à souffrir de la séparation, qu'ils ont le désir de ne point s'éviter, qu'ils ne sont rien moins qu'inconstants, qu'ils n'ont point de
censeurs, que leurs caractères s'accordent, que leur amour est également partagé, qu'Allah leur a donné de quoi vivre dans l'abondance
et la tranquillité et leur a réservé des jours paisibles, qu'ils sont unis
par des liens licites agréables au Seigneur et que leur bonne entente
dure et se prolonge jusqu'à l'heure du trépas que nul ne peut écarter ni éviter. Mais c'est là une grâce que nul n'a jamais eue entièrement en partage ; c'est une satisfaction qui n'est pas accordée à tout
requérant. Si cette situation ne s'accompagnait de la crainte des
surprises du sort, cachées dans le secret des arrêts divins et telles que
la survenue d'une séparation involontaire ou la mort qui vient ravir
[un des amants] en pleine jeunesse, ou d'autres catastrophes analogues, je dirais que cette situation est bien éloignée de toute calamité
et exempte de tout trouble.
LE
PARTISAN (CHI'ITE) IDEAL D'APRES 'ALI
Il s'agit de 'Alî ibn Ali Tâlib, cousin idu Prophète, dont il épousa la fille
Fatima. Bien que soutenu par le clan hachémite à Médine, il ne put accéder au
califat qu'en 6 5 6. Il est le quatrième et dernier des califes dits orthodoxes. Après son
assassinat en 661, la communauté musulmane (ou mm a) se divisa en trois groupes : les
sunnites ou tenants de l'Islam officiel, les
chi'itcs ou partisans de 'Ali et de ses descendants et les khai-((Ijit(,s qui s'opposent à
b fois aux deux partis précédents. Le
chi'isme a connu bien des succès politiques
(gouvernement des Fatimides surtout en Afrique du Nord, 909-969, puis en Egypte,
969-1171). Mais son rôle intellectuel a été
encore plus important (cf. ici le texte de
Ahsâ'î)
'Ali
:
.
Natif al-Bikali : traditionniste de Syrie mort
entre 708 et 718.
Le dirhem est une monnaie d'argent ; le
fais une monnaie de cuivre d'origine byzantine.
Cette formule cst réservée aux prophètes : pour l'Islam, en effet, Jésus n'est qu'uii prophète au
même titre que Moïse et Mahomet.
« Que le salut soit sur lui »
:
îbn Batta
(917-997)
Profession île foi, p. 75-76. — Trad. H.
Laoust. — Institut français de Damas, 1958.
LES DEVOIRS DU CADJ
Alî dit à Nauf al-Bikâlî qui se trouvait avec lui sur la terrasse
[d'une maison] : « Sais-tu, ô Nauf, qui sont mes partisans (chî'a) ?
Ali, sont des
— Non, par Dieu, dit Nauf — Mes partisans, continua
hommes aux lèvres maigres, au ventre creux ; on voit sur leur
visage [la marque] de la vie monastique et de la dévotion à Dieu.
Ce sont des moines pendant la nuit et des lions pendant le jour.
Quand vient l'obscurité de la nuit, ils s'enveloppent le corps dans
leur tunique et les membres dans leur manteau. Ils mugissent comme
des taureaux qui cherchent à se libérer de leur joug. Mes partisans,
ce sont ceux qui, lorsqu'ils portent témoignage, ne sont pas connus ;
qui, lorsqu'ils sont fiancés, ne se marient pas ; qui, lorsqu'ils
sont malades, ne reçoivent pas de visites ; qui, lorsqu'ils sont
absents, ne sont pas recherchés. Mes partisans, ce sont ceux
qui donnent leurs biens en oeuvres charitables et qui dépen-.
sent pour Dieu dirhem après dirhem, fais après fais, vêtement
après vêtement, car, sans cela, ce ne seraient pas mes partisans..Mes
partisans, ce sont ceux ,qui ne gémissent pas à la façon des chiens ;
qui ne convoitent pas à la façon des corbeaux ; qui ne demandent
jamais l'aumône, quand bien même mourraient-ils de faim. Ce sont
lorsqu'ils
ceux qui, lorsqu'ils voient un croyant, l'honorent et qui,
voient un grand pécheur, le fuient... Nul mal n'est à craindre d'eux ;
leurs cœurs sont sûrs, leurs besoins modiques et leurs âmes chastes. Si
les pays où ils se trouvent sont différents, leurs coeurs sont semblables
les uns aux autres. La nuit, ils rangent leurs pieds l'un contre l'autre,
ils mettent leur front sur la terre ; les larmes coulent sur leurs joues
et ils supplient Dieu de les préserver de l'enfer. Le jour, ce sont des
de
gens pleins de patience, de science, de noblesse, de générosité,
bonté et de piété. 0 Nauf, mes partisans ce sont ceux qui ont pris
la terre pour tapis, l'eau pour parfum, la prière pour parure. Ils
ont donné en prêt toute leur vie d'ici-bas pour une religion — à
l'exemple de Jésus fils de Marie (Que le salut soit sur lui !).
Druit
Rendre la justice est une obligation divine rigoureuse et une tradition qu'il faut suivre. Quand on vient te soumettre une affaire,
comprends-la bien, car à quoi servirait de proclamer un droit si
cela reste sans effet ? Que ton visage, ta justice et ton tribunal
soient les mêmes pour tous les hommes de sorte que le noble ne
puisse compter sur ta partialité, ni le faible désespérer de ta justice !
Interdit... autorisé... La loi musulmane (charî'a) applique à tout acte humain et à toute
chose une des cinq qualifications suivantes
:
interdit, indifférent ou permis, blâmable, recommandé, obligatoire.
Le Livre de Dieu — le Très Haut — et
la Tradition de son Prophète : Le Coran et
la tradition prophétique (sounna) constituent les deux premières sources (ousoul)
auxquelles le juge, ou le docteur de la Loi
doit se référer pour prononcer une qualification juridique. Les deux autres sources du
droit musulman (fiqh) — à savoir l'idjmâ
ou accord unanime des savants et le qiyâs
ou raisonnement par analogie — ont une
importance variable selon les écoles.
Apprécie les cas d'après leurs analogues :
Cette phrase qui fait allusion au qiyâs trahit
le caractère apocryphe de la lettre. En effet,
le qiyâs a été imposé tardivement pour limiter le libre exercice de l'opinion personnelle (ra'y), autrement dit empêcher que
la législation s'éloigne trop de celle déjà
définie dans les textes sacrés (Coran et Sounna) . En obligeant le juge à rechercher un
antécédent semblable au cas auquel il est confronté, le qiyâs empêche l'adoption d'une
solution absolument neuve répondant à des
critères purement pragmatiqucs.
Le calife Omar
(580-644)
Lettre attribuée au Calife Omar. — Trad.
M. Arkoun.
LES DEVOIRS DE
La preuve incombe au demandeur et le serment à celui qui oppose
des dénégations. La transaction est permise entre musulmans, à moins
qu'elle ne rende licite ce qui est interdit, ou qu'elle ne défende ce
qui est autorisé. Qu'une sentence rendue la veille et sur laquelle la
réflexion que tu fais le lendemain t'amène à rectifier ton opinion
ne t'empêche point de revenir à la vérité, car la vérité est éternelle et il est préférable d'y revenir que de persister dans l'injustice.
Réfléchis ! Réfléchis aux opinions diverses qui se présenteront à
ton esprit et qui ne s'inspireront ni du Livre de Dieu — le Très Haut
— ni de la Tradition de son Prophète. Puis sache bien quelles sont
les affaires identiques ou comparables et apprécie les cas d'après
leurs analogues.
A celui qui prétend l'absence d'un titre ou d'une preuve, accorde
un délai qui doit être respecté jusqu'à son expiration. Celui qui
apporte la preuve, tu prononceras en sa faveur ; s'il ne l'apporte pas,
tu le condamneras...
Les musulmans servent de témoins honorables les uns à l'égard
des autres à moins qu'ils n'aient encouru une peine légale, ou
n'aient
été connus comme faux témoins, ou ne soient suspects en raison
de leurs relations de clientèle ou de parenté [avec le plaideur].
Evite de trahir devant les parties de l'impatience, de l'ennui et
un manque d'intérêt total [aux affaires]. Etablir la vérité là où elle
se trouve permet d'obtenir que Dieu augmente considérablement et
rende plus beau le culte [que nous lui offrons].
L'IMAM
Droit public
Maintenir la religion selon les principes fixés et ce qu'a établi
l'accord des plus anciens musulmans...
1.
Exécuter les décisions rendues entre plaideurs et mettre fin
aux procès des litigants, de façon à faire partout régner la justice.
3. Protéger les pays d'Islam et en faire respecter les abords pour
que la population puisse gagner son pain et faire librement les
déplacements qui lui sont nécessaires sans exposer ni sa vie, ni ses
2.
biens.
...soit d'un protégé : les membres des religions révélées, principalement juifs et chrétiens, jouissaient d'un statut de protection
(dhimma). En retour de cette protection, les
dhiml11¡ ou protégés payaient au gouvernement musulman l'impôt distinctif de capi-
-ttion (djizya).
4. Appliquer les peines légales pour mettre les prohibitions édictées
par Allah à l'abri de toute atteinte...
Approvisionner les places frontières et y mettre des garnisons
suffisantes pour que l'ennemi ne puisse, profitant d'une négligence,
y commettre des méfaits ou verser le sang soit d'un musulman, soit
d'un protégé.
5.
Combattre ceux qui...
se refusent...
On
a là
une définition des conditions dans lesquelles
doit être mené le djihâd ou guerre sainte.
Le fay' est le butin fait sans combat.
Délégations d'aittot-ité : Sous son allure purement théorique, le volumineux traité de
droit public de Mâwardî comporte des allusions très claires à la décadence des institutions en son temps (fin du xe, première moitié du XIe siècle). A partir de 945 les califes
abbasides ont été contraints de déléguer pratiquement tous leurs pouvoirs à des émirs
étrangers : les bouyides puis les seldjoukides.
Avant cette usurpation du pouvoir califal,
le calife déléguait aussi une partie de ses
pouvoirs aux grands cadis, aux gouverneurs
de provinces et, naturellement, à ses vizirs.
Mâwerdî
(Mort en 1058)
Les statuts gouvernementaux, p. 3 0-3 2. —
Trad. E. Fagnan. A Jourdan, Alger, 1915.
Combattre ceux qui, après avoir été invités, se refusent à
embrasser l'Islam jusqu'à ce qu'ils se convertissent ou deviennent
tributaires, à cette fin d'établir les droits d'Allah en leur donnant
la supériorité sur toute autre religion.
7. Prélever le fay' et les dîmes aumônières conformément au
texte des prescriptions sacrées et à leur consciencieuse interprétation
et cela sans crainte ni injustice.
8. Déterminer les traitements et les charges du Trésor sans prodigalité, ni parcimonie et en opérer le paiement au temps voulu sans
avance, ni retard.
9. Rechercher des gens de confiance et nommer des hommes
loyaux du double point de vue des postes dont il les investit et des
sommes dont il leur remet le soin...
10. S'occuper personnellement de la surveillance des affaires et
étudier les circonstances diverses à l'effet de pourvoir à l'administration de la nation et à la défense de la religion, sans trop se fier
à des délégations d'autorité grâce auxquelles il pourrait se livrer
lui-même aux plaisirs ou à la dévotion, car un homme de confiance n'est pas toujours sûr, un conseiller sincère peut devenir
fourbe.
6.
UN CRITIQUE JUGE UN ECRIVAIN
Abou NOltll/âs: : nous avons cité plus haut
un échantillon de la poésie de cet auteur.
Littérature
Abou Nouwâs fut le premier à répudier toute imitation, en abandonnant la voie suivie jusque là et en s'écartant de la manière tenue
pour idéale. Avec lui, le sérieux devient badinage et la difficulté,
aisance ; il a allégé la trame la plus serrée, embrouillé la composition
la plus ordonnée et ébranlé la construction la plus robuste ; délaissant les piliers, il a bâti sur un terrain mouvant et sur l'eau ; mais
comme il s'est présenté à un moment où les esprits étaient las, où les
bases de la langue arabe étaient sapées et décomposées, où les vrais
talents paraissaient ennuyeux et fastidieux, le public prit goût et
s'attacha à la poésie d'Abou Nouwâs qui lui dépeignait ce qu'il
connaissait bien et ce à quoi il était accoutumé ; si bien que l'on se
mit à s'offrir réciproquement ses vers dont on augmenta ainsi la
valeur. On s'éprit de ses productions les plus ineptes et on s'engoua
pour ses compositions les plus faibles, de sorte que sa puissance
s'accrut et que son flambeau devint plus lumineux. Mais il n'avait
RELIGION, PHILOSOPHIE, LITTERATURE, SCIENCES
œuvres les plus vendables et n'avait offert que les
plus convenables. Par son opposition à la doctrine poétique, il acquit
célébrité et renom et par ses excentricités il devint fameux et
on le
jugea spirituel... Voyant bien cependant qu'on jugeait [S1 poésie]
faible et redoutant le mépris qu'elle rencontrait, il
corrigea très heureusement une partie de sa première manière et réussit ainsi à gagner
les suffrages de nombreux amateurs qui s'étaient à bon droit détournés de lui. Il ne devait ce mépris qu'à la légèreté de son esprit libertin
et à la facilité de sa langue faible et incorrecte, toutes choses qui
plaisent au commun, mais répugnent à l'élite.
présenté que
Ibn Charaf al Qayrawani
(Mort en 1067)
Qucstions de critique littéraire, p. 29-31. —
Trad. Ch. Pcllat, Carbonel, Alger, 1953.
OBJET DE L'ACTIVITE DE L'HOMME
ses
Philosophie
Tout être, animal, végétal ou minéral — et de même ses éléments
simples, c'est-à-dire le feu, l'air, la terre, l'eau — tout corps céleste
aussi a des facultés, des habitus et une façon d'agir qui font que
cet être est ce qu'il est et se distingue de tout autre que lui. Il a aussi
des facultés, des habitus et une façon d'agir par lesquels il est en
communauté avec d'autres êtres que lui.
L'homme étant parmi tous les êtres celui qui recherche un caractère moral qu'on puisse louer et des actions qu'on puisse approuver,
Miskawayh
(931-1030)
Traité d'éthique (Tahdhîb al-akhlâq), p. 1314. — Trad. M. Arkoun.
nous n'avons pas à examiner ici les facultés, les habitus et les actes
qu'il partage avec les autres êtres. Cet examen relève, en effet, d'une
autre discipline scientifique appelée science physique. Pour ce qui
est des facultés, des habitus et des actes qui lui sont propres en tant
qu'homme et par lesquels se parachèvent son humanité et ses vertus,
ils relèvent des faits volontaires auxquels est liée la puissance de la
pensée réfléchie et du discernement. L'étude s'y rapportant s'appelle
philosophie pratique.
Les choses volontaires se rapportant à l'homme se divisent en biens
et en maux, car c'est en fonction de la fin qui est en cause quand il
s'agit de l'existence de l'homme que celui d'entre nous qui entreprend de l'atteindre doit nécessairement être appelé bon et heureux.
Celui que d'autres obstacles tiennent en deçà de cette fin est le méchant malheureux. Les biens sont donc les choses que l'homme
arrive à acquérir en déployant sa volonté et son zèle pour les dégager
de tous les obstacles qui l'en séparent. Autrement dit, c'est ce en vue
de quoi il a reçu l'existence et ce à cause de quoi il a été créé. Les
maux, par contre, ce sont les choses qui l'empêchent d'atteindre ces
biens par suite de sa volonté et de son zèle appliqué ailleurs ou de sa
paresse et de son indifférence.
ECHELLE ETHICO-BIOLOGIQUE DE LA CREATION
(Les stades dévolution des êtres)
1.
Philosophie
Du règne minéral au règne végétal
Tous les corps naturels ont une définition commune qui les
englobe. Mais leur supériorité est fonction de leur capacité de recevoir les marques nobles et les formes qui interviennent en eux.
Ainsi, si tel corps inanimé reçoit une forme recevable par les
hommes, il devient, de ce fait, supérieur à la matière première qui
ne recevait pas cette forme. S'il va jusqu'à recevoir la forme du
végétal, il dépasse [le stade de] l'inanimé du fait des [fonctions]
supplémentaires introduites par cette forme. Ces fonctions consistent dans la capacité de se nourrir, de croître, de s'étendre à travers
les régions, de puiser dans le sol et l'eau ce qui lui convient — ce qui
ne lui convient pas étant écarté — d'éliminer de son corps et
sous forme de gomme, les déchets résultant de sa nutrition...
!L Du règne végétnl au règne animal
Ce stade plus évolué qui classe le végétal au-dessus de l'inanimé
est lui-même hiérarchisé. Tel végétal, en effet, se distingue fort peu
de l'Inanimé ; c'est le cas du corail et autres types semblables. Puis il
y a évolution graduelle et acquisition progressive [des fonctions]...
Et ainsi, les végétaux passent par des stades de plus en plus nobles
et s'étagent jusqu'à atteindre leur horizon ultime et à se trouver sur
le [premier] horizon du règne animal. C'est, par exemple, le cas
des arbres nobles comme l'olivier, le grenadier, la vigne et les divers
[arbres] fruitiers... Quand le végétal se meut, quitte son horizon,
attendant que
se déplace pour se nourrir, n'est pas rivé à sa place
sa nourriture lui parvienne ; quand il est pourvu de nouveaux organes avec lesquels il se procure ce dont il a besoin pour assurer sa perfection, c'est qu'il est devenu un animal.
III. Du règne animal à l'homme
...L'animal continue de recevoir ainsi une vertu organique de plus
en plus grande jusqu'à l'apparition de la faculté de ressentir le plaisir et la douleur... Ceux d'entre les animaux qui parviennent à s'accoupler, à vouloir procréer, à préserver et élever le petit, à l'entourer de tendresse en l'abritant dans un nid..., en le nourrissant soit de
lait, soit de ce qu'ils lui ramènent, ceux-là sont supérieurs à ceux qui
ne sont portés à aucune de ces activités...
[Avec le singe se trouve atteint] l'ultime horizon du règne animal. Si l'animal le franchit en recevant la moindre addition, il quitte
son propre horizon pour entrer dans celui de l'homme. Celui-ci
reçoit l'intelligence, le discernement, la parole, les organes dont il fait
usage et les formes qui leur conviennent. Parvenu à ce grade, il se
meut vers les connaissances, désire les sciences et, grâce aux facultés,
aux habitus et aux dons de Dieu qui font leur apparition en lui,
il devient capable de poursuivre son ascension dans ce grade
comme cela s'est produit dans les autres grades que nous avons
cités.
IV. De l'homme à
Gog et Magog : deux peuples signalés dans
la Bible (GCIl.,X, 2) et fréquemment cités
dans l'eschatologie musulmane ; ils sont mis
en rapport avec le nord-est du monde aiitique.
Les noirs
j: :
Zen
tribus nègres de la côte
orientale d'Afrique ; leur nom est donné par
les historiens arabes à des esclaves rebelles en
basse Mésopotamie ; la révolte de ces esclaves
contre Bagdad (868-883) est souvent comparée à celle de Spartacus contre Rome.
Miskaivayh
(931-1030)
Traité d'éthique (Tahdhîb al-akhlâq), p. 788 5. — Trad. M. Arkoun.
LES VERTUS CARDINALES
Ce texte contient une des formulations les
plus nettes du schéma platonicien des trois
âmes (raisonnable, irascible et appétitive ou
bestiale) auxquelles correspondent quatre vertus cardinales. Toute la réflexion éthique
repose sur ce schéma.
l'ange
Le premier horizon humain qui coïncide avec l'ultime horizon du
règne animal, est occupé par les habitants des confins septentrionaux
de la Terre. Ce sont, par exemple, les Turcs lointains du pays de Gog
et Magog, les noirs Z en) des régions reculées, bref tous les peuples
qui leur ressemblent et qu'une infime supériorité distingue des
singes.
Plus on se rapproche des régions centrales, plus les facultés de
discernement et d'entendement s'accentuent chez les hommes, si
bien que, dans ces régions mêmes, se font jour en eux la sagacité,
l'entendement rapide et la réceptivité aux vertus. Ici s'arrête l'action
de la nature à qui Dieu a confié la charge des êtres sensibles... Une
fois parvenu là, l'homme touche au premier horizon des anges, ce
qui, pour lui, représente le grade le plus élevé où les êtres s'unifient.
C'est ce qu'on nomme le cercle de l'existence...
Philosophie morale
Quand le mouvement de l'âme raisonnable est équilibré et mesuré,
sans sortir des limites de son essence, et quand son désir la porte vers
les connaissances authentiques et non vers celles qui, présumées telles, sont en réalité un tissu d'ignorances, elle donne naissance à la
vertu de science qu'accompagne la sagesse.
Quand le mouvement de l'âme bestiale est équilibré et mesuré,
se pliant à la conduite de l'âme raisonnable, sans rechigner contre le
rôle que celle-ci lui assigne, ni se perdre dans la poursuite de sa passion, elle donne naissance à la vertu de tempérance qu'accompagne
celle de libéralité.
Leurs Pères et leurs ancêtres : toute la
poésie classique et plus spécialement la poésie bédouine célèbre avec insistance les titres
de gloire des ancêtres de la tribu et, par
la
contraste, dénonce les titres d'ignominie de
plus
tribu adverse. Nous avons cependant cité
haut un poème exaltant la valeur personnelle, poème dont l'auteur, Moutanabbi, était
réputé pour son orgueil écrasant.
Miskawayh
(931-1030)
Traité d'éthique (Tahdhîb al-akhlâq), p. 1920. — Trad. M. Arkoun.
Et quand le mouvement de l'âme irascible est équilibré et mesuré,
raisonnable, sans entrer
se conformant au rôle que lui assigne l'âme
en effervescence inopportunément, sans se libérer plus qu'il ne lui
convient, elle donne naissance à la vertu de magnanimité qu'accompagne celle de courage.
Ces trois vertus, du fait de leur juste équilibre et de leurs relations réciproques, donnent naissance à une quatrième vertu qui en
est la perfection et le parachèvement : c'est la vertu de justice.
Aussi les philosophes sont-ils unanimes à considérer que les genres
de vertus sont au nombre de quatre, à savoir : la sagesse, la tempérance, le courage et la justice. C'est pourquoi ce sont les seules dont
on se vante ou s'enorgueillisse.
Ceux qui se prévalent de leurs pères et de leurs ancêtres le font
seulement parce que ces derniers avaient acquis tout ou partie de
ces vertus.
L'ASTROLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE?
Les jugements astrologiques sont-ils valables ou non ? La question fait l objet d une
discussion entre plusieurs philosophes, chacun
fournissant sa réponse. C est l une d entre
elles qui est reproduite ici.
conféré aux mitres une certaine part
d'existence : autrement dit, il existe un lien
vital entre le monde céleste et le monde de
la génération et de la corruption. Tout ce
texte réfère aux conceptions grecques (platonisme et néoplatonisme) sur l'univers dont
on avait la vision cosmobiologique (Cf. J.
Moreau, L'idée d'univers dans la pensée antique, Turin, 19 5 3 ).
...Oiit
Ta,ivhidi
(922-1014)
MOJJqâbasât, p. 126. — Trad. M. Arkoun.
Astrologie
Les jugements astrologiques ne sont ni tous valables, ni totalement
faux. Ils ne sont pas, en effet, chose aisée, si l'on y consacre une longue réflexion, une attention soutenue et si l'on vise l'utilité, sans se
laisser aller à la passion, ni entraîner par le parti-pris. C'est que les
êtres sont de deux sortes : ceux qui ont une existence vraie [et les
autres]. Les êtres jouissant d'une existence vraie ont conféré aux
autres une certaine part d'existence, mais ils leur reprennent la réalité ainsi conférée.
S'il arrive à celui qui émet un jugement après un sérieux examen
et qui cherche à découvrir de tels mystères d'être dans le vrai, c'est
dans la mesure où ce monde d'en-bas tient son existence de ce monde
d'en-haut ; s'il est dans l'erreur, c'est du fait de ce qui sépare ce
monde d'en-bas de ce monde d'en-haut.
Atteindre le vrai dans les réalités fluides et changeantes de ce
monde-ci, c'est atteindre un accident ; tandis qu'atteindre le vrai
en ce qui touche à la sphère céleste, c'est atteindre l'essence...
Ce qui soutient et confirme solidement ce point de vue, c'est que
ce monde-ci, malgré son changement à toute occasion et ses transformations à chaque instant, est réceptif au monde d'en-haut dont
il désire la perfection, dont il aime ardemment la beauté et auquel
il cherche à ressembler. C'est dans le même sens que l'homme parfait est réceptif à l'ange et que l'ange est réceptif au Créateur, de
même que la nature physique est réceptive à l'âme, l'âme à l'intellect, l'intellect au Créateur.
DE LA FORME DES CIEUX ET DE LA FIGURE DE LA TERRE
Abou Ali al Hassan
-
Traité des instruments astronomiques.
Trad. J.-J. Sédillot, t. I, p. 71-73. — Imprimerie Royale, Paris, 1834.
...Après ces notions préliminaires, nous pouvons dire qu'on démontre en astronomie que la forme des cieux est sphérique, que leur
mouvement se fait sur un axe fixe et que l'espace qu'ils renferment
se divise en neuf sphères concentriques qui roulent les unes dans
les autres autour de la terre.
Ces neuf sphères, dont la plus proche de la terre est celle de la
lune, sont placées dans l'ordre suivant : sphère de la lune, de Mercure, de Vénus, du Soleil, de Mars, de Jupiter, de Saturne, des étoiles
fixes et la sphère supérieure.
Le mouvement propre de la sphère supérieure comparé à celui de
chacune des autres sphères est beaucoup plus rapide qu'aucun de ces
mouvements ; il est en outre constamment égal, c'est-à-dire qu'il
n'éprouve ni accélération, ni retardement. C'est en vertu de ce mouvement propre à la sphère supérieure, mouvement qu'elle communique à toutes les autres, que celles-ci sont transportées chaque jour
d'Orient en Occident, sans que pour cela aucune d'elles cesse d'obéir
à son mouvement propre d'Occident en Orient...
On démontre aussi en astronomie que la figure de la terre est
totalement sphérique et que les montagnes et les vallées ne sont
que de petites inégalités de sa surface ; qu'elle est placée au milieu
des cieux et que son centre est le centre des cieux ; que sa grosseur est insensible relativement à l'étendue de la sphère étoilée...
On démontre encore que la terre est immobile et qu'en raison de
surface est toujours sur la
sa sphéricité tout homme placé sur sa
direction d'un rayon terrestre... En quelque point de la terre qu'un
homme soit placé, il voit la moitié du ciel, à une quantité insensible
près, et l'autre moitié lui est cachée à une quantité près, aussi insensible.
LA CREATION A UN AUTEUR ET UN ORDONNATEUR
dit de la théologie musulmane qu'elle
apologie défensive ».
a été avant tout « une
Le texte que nous donnons ici montre justement comment un grand représentant de la
théologie sounnite recourt à des procédés
logiques empruntés aux philosophes pour prouver l'exactitude des enseignements coraniques.
Ainsi, les états successifs de la croissance de
On
a
Astronomie
Théologie
Question. — Qu'est-ce qui prouve que la création a un Artisan
qui l'a façonnée et un Ordonnateur qui l'a organisée ?
Réponse. — Ce qui prouve cela, c'est que l'homme parfaitement
constitué a commencé par être une goutte de sperme, puis
du
un caillot, puis une masse flasque, puis de la chair, des os et
lui-même son
sang. Or nous savons qu'il n'a pas provoqué
effet, que
passage d'un état à un autre. Nous observons, en
l'homme sont énumérés dans le Coran :
« Nous avons ^certes créé l'Homme d'une
masse d'argile ; puis Nous l'avons fait une
goutte de sperme dans un réceptable solide ;
puis Nous avons changé la goutte de sperme
en caillot et Nous avons changé le caillot
changé
en une masse flasque ; Nous avons
la masse flasque en ossature et Nous avons
revêtu de chair l'ossature... » (Sourate XXIII,
versets 13-14). En rationalisant ainsi le
donné révélé, la théologie se défendait contre les diverses explications répandues par
les philosophes et les nombreuses sectes qui
sont apparues à partir du VIllo siècle.
Al Ach'arî
Ki/db iil-IoiiMit', p. 6. — Trad. M. Arkoun.
l'homme en pleine possession de sa maturité physique et mentale est
incapable de se doter soi-même d'une ouïe, ni d'une vue ; il ne peut
davantage créer pour lui-même une partie de son corps. Cela prouve
qu'il est encore plus incapable d'accomplir une telle action dans
son état de faiblesse et d'imperfection. En effet, ce qu'il peut réaliser dans son état d'imperfection, il pourra a fortiori le réaliser dans
son état de perfection ; et ce qu'il ne peut réaliser quand il est
parfait, il peut encore moins le réaliser quand il est imparfait.
Nous observons aussi que l'homme est d'abord enfant, puis jeune,
puis adulte, puis vieux. Or, nous savons qu'il n'a pas provoqué luimême son passage de la jeunesse à la vieillesse et à la décrépitude.
Car, si l'homme s'efforçait de se délivrer de la vieillesse pour retrouver son état de jeunesse, il n'y parviendrait point.
Ce que nous venons de dire prouve donc que ce n'est pas de son
propre fait que l'homme passe par ces états, mais qu'il y a un
Agent qui le fait passer d'un état à un autre et qui l'a constitué
tel qu'il est. Il est impossible, en effet, que son passage d'un état
à un autre ait lieu sans un Agent transformateur et ordonnateur.
LA REFLEXION CRITIQUE EN MATIERE RELIGIEUSE
Madhhab : système théorique construit à
partir du donné révélé.
î: :
adepte du sens caché et symbolique des Ecritures.
Bâtill
Zâhiri : s'oppose au précédent et s'en tient,
au contraire, au sens apparent et littéral des
Ecritures.
Philosophie
Sachez que la diversité des religions et des croyances parmi les
hommes d'abord, que la diversité des 1nadhhab dans la communauté
musulmane ensuite avec la multiplicité des groupes et des divergences de voies, [sachez donc que cet état de fait] est une mer profonde où beaucoup ont sombré. Seul un petit nombre en a été
sauvé. Or, chaque groupe se croit être dans le salut, « chaque
fraction se réjouissant de ce qu'elle détient » (Coran, XXX, 32)...
Pour ce qui me concerne, dès ma première jeunesse... je n'ai jamais
cessé d'affronter l'abîme de mer profonde ; je plonge dans ses gouffres en audacieux et non en homme timoré et craintif... J'examine
les aspects cachés du
en détail la croyance de chaque secte ; je scrute
rnadhbab de chaque groupe religieux.
Je le fais pour distinguer entre celui qui est dans le vrai et celui
qui est dans la vanité, entre celui qui suit la Loi religieuse et celui
qui innove. Je ne me sépare pas d'un bâtinÍ sans avoir le désir de
savoir ce qu'il a en lui de caché ; de même avec le zâhirî, je cherche
à connaître le sens de son attachement à l'apparent. Pour le philosophe, je tiens à connaître la réalité de sa philosophie ; le théolo-
Ghazâlî
(1058-1112)
Al MOllqrdh. — Trad. F. Jabrc, La notion
de certitude chez Ghazalî. — Vrin, 1958.
gien aussi : je fais effort pour savoir à quoi mènent sa théologie et
sa dialectique ; le mystique enfin : je ne puis penser à lui sans me
sentir avide de pénétrer le secret de sa limpidité intérieure. J'examine attentivement l'homme assidu aux pratiques cultuelles pour
voir quels résultats il en tire pour sa vie ; j'observe l'athée nihiliste
connaître, à son insu, les motifs de son audace dans
avec je souci
m *1,
.
ses négations
et son nihilisme.
DEFINITION DE LA RAISON
Ghazâlî
(1058-1112)
Ihyâ, I, 75-76. — Trad. F. Jabre, La notion
de certitude chez Ghazalî, — Vrin, 1958.
Philosophie
Dans un premier sens, le terme « raison » désigne la qualité par
laquelle l'homme se distingue de tous les animaux. Il a été, par elle,
rendu apte à accueillir les sciences spéculatives et à user des techniques délicates et cachées de la pensée...
Dans un deuxième sens, la raison est l'ensemble des connaissances
qui surgissent chez l'enfant lui-même, lorsqu'il parvient à distinguer la possibilité des possibles et l'impossibilité des impossibles ; à
savoir, par exemple, que deux est plus grand qu'un ; qu'une seule
personne ne peut être en même temps en deux lieux différents...
Dans un troisième sens, la raison est le savoir acquis par l'expérience au hasard des circonstances. L'homme devenu habile par l'expérience, assoupli par les frottements de la vie, est généralement
appelé « raisonnable ». Dépourvu de ces qualités, il sera appelé
« sot », « inexpérimenté », « irréfléchi ».
Enfin, dans un quatrième sens, le mot « raison » désigne la raisoninstinct arrivée chez l'homme à un degré tel qu'il peut, par elle,
connaître les conséquences de ses actes et s'opposer, pour la vaincre,
à la concupiscence qui appelle au plaisir immédiat.
ACCORD DE LA RELIGION ET DE LA PHILOSOPHIE
Philosophie
préceptes religieux sont de bon aloi et s'ils invitent à la
spéculation qui conduit à la connaissance de l'Etre Véritable, nous
savons donc, nous, musulmans, d'une façon décisive, que la spéculation fondée sur la démonstration ne conduit point à contredire
Si ces
les enseignements donnés par la Loi divine. Car la vérité ne saurait
être contraire
sa faveur.
Ibn Rouchd ou Averroès
(1126-1198)
Traité décisif sur l'accord de la religion et
de la philosophie, p. 8-9. — Trad. L. Gauthier, Carboncl, Alger, 1948.
vérité
:
elle s'accroît avec elle et témoigne en
Cela étant, si la spéculation démonstrative conduit à une connaissance quelconque d'un être quelconque, alors, de deux choses
l'une : ou bien il n'est pas question de cet être dans la Loi divine, ou
bien il en est question. S'il n'en est pas question, pas de contradiction et le cas est le même que pour les dispositions légales dont
il n'est pas question dans la Loi divine et que le jurisconsulte infère
par le syllogisme juridique. Si, au contraire, la Loi religieuse en
parle, alors le sens extérieur du texte est ou bien d'accord avec les
conclusions auxquelles conduit la démonstration appliquée à cet être
ou bien en désaccord avec ces conclusions. S'il est d'accord, il n'y a
rien à en dire. S'il est en désaccord, alors il demande à être interprété. Interpréter veut dire faire passer la signification d'une expression du sens propre au sens figuré, sans déroger à l'usage de la langue
des Arabes, en donnant métaphoriquementà une chose le nom d'une
chose semblable, ou de sa cause, ou de sa conséquence, ou d'une chose
concomitante... Si le jurisconsulte agit ainsi pour beaucoup de dispositions légales, combien plus a droit de le faire l'homme qui possède la science de la démonstration ! Car le jurisconsulte ne dispose
que d'un syllogisme d'opinion, tandis que le métaphysicien dispose
d'un syllogisme de certitude.
Logique et grammaire
LA PENSEE ET LA LANGUE
Matta (Mathieu) bnou Younons : philosophe
chrétien mort en 93 2. La controverse dont
nous donnons ici un extrait l'a opposé à un
illustre grammairien, Abou Sa'îd al-Sîrâfî,
mort en 978. Pour en comprendre la portée,
il faut se souvenir qu'au Xe siècle l'organon
d'Aristote et plus généralement toute sa philosophie était abondamment commenté et enseigné. La terminologie des Catégories finissait par concurrencer celle de la grammaire
arabe, considérée comme indigène, donc irréductible à aucune autre.
à la
suffisent dans
— Le nom, le verbe et la particule, dit Matta, me
cette langue dont vous vous réclamez ; ils me permettent, à eux
seuls, d'aborder des sujets que les Grecs ont déjà facilités pour
mOl.
— Tu te trompes, rétorqua Aboû Sa'îd. En effet, ce nom, ce
verbe et cette particule, tu as besoin de les définir et de les construire
selon l'ordre établi chez ceux qui en usent naturellement. En outre,
tu as également besoin des voyelles qui affectent ces noms, verbes et
particules ; or, se tromper dans les voyelles et les déplacer, c'est
les désorcomme quand on se trompe dans les mouvements et qu'on
ganise. C'est là un point de vue qui t'échappe autant qu'il échappe
à tes amis et à tes quelques disciples. Mais ici gît un secret qui ne
t'a nullement effleuré et qui ne s'est point dévoilé à ton intellis'adapte parfaigence : sache, en effet, qu'il n'y a pas de langue qui
richesse r/ su rigueur
largesse
et son étroitesse.
sa
Sa
Le créateur de la logique
:
:
littéralement,
Aristote.
Tmvhîdî
(922-1014)
Imtâ, p. 115-116.
-
Trad. M. Arkoun.
tement à une autre langue à tous les points de vue, compte tenu de
ses caractéristiques bien définies concernant ses noms, ses verbes, ses
particules, sa manière de composer [la phrase], d'avancer, ou de
reculer [le mot], d'user de la métaphore, ou de la précision concrète,
de redoubler ou d'alléger [une consonne], concernant aussi sa
richesse et sa rigueur, sa poésie, sa prose libre et sa prose rythmée
et rimée (sadj') et bien d'autres points enfin qu'il serait trop long
d'énumérer.
Je ne vois personne qui, se fondant sur une lueur d'intelligence,
ou une part d'équité, rejetterait un tel jugement ou mettrait en doute
sa validité. D'où vient, dès lors, que tu sois obligé d'ajouter foi à
ce qui a été traduit dans les conditions que nous venons de préciser ?
Oui, tu as bien plus besoin d'apprendre la langue arabe que les idées
grecques. Les idées, vois-tu, ne sont ni grecques, ni hindoues à la
manière des langues qui peuvent être persane, arabe, turque. Et
pourtant, tu soutiens que les idées s'acquièrent à l'aide de l'intelligence, de la recherche et de la réflexion, omettant d'ajouter seulement les règles de la langue. Pourquoi mépriser de la sorte la langue
arabe alors que tu t'en sers pour commenter les livres d'Aristote et
que tu en ignores la réalité ?
Et que répondrais-tu à quelqu'un qui vient de te déclarer ceci :
« Je me trouve quant à la connaissance, l'examen et l'étude des
réalités, dans la même situation que ceux qui ont vécu avant le
créateur de la logique : je m'applique à comprendre comme ils se
sont appliqués, je réfléchis comme ils ont réfléchi. J'ai, en effet,
appris la langue par voie héréditaire tout en grandissant, tandis que
les idées je les ai acquises l'une après l'autre en usant de réflexion,
de jugement personnel et d'efforts répétés ».
Lui diras-tu que son jugement est incorrect et qu'un tel cas est
insoutenable parce qu'il n'a pas emprunté la même voie que toi
pour connaître les êtres ? Mais peut-être te réjouiras-tu de sa soumission à ton opinion — fût-il dans l'erreur — bien plus que de
son indépendance de jugement — fût-il dans le vrai ?
,
DE LA REPARTITION DES HOMMES DANS LE MONDE
Histoire des religions
Certains auteurs ont réparti les habitants du monde selon les sept
climats en attribuant aux habitants de chaque climat les caractères
et les mentalités qui leur reviennent en propre et que révèlent les
couleurs et les langues.
Cette division de la 'Terre héritée des
géographes grecs et persans est devenue courante dans la littérature géographique et
philosophique arabe. De même, toutes les
idées résumées dans ce textes sur les grandes
nations et les divisions religieuses se retrouvent dans bien des écrits arabes.
D'autres les ont répartis suivant les quatre régions de la Terre :
à savoir l'Est, l'Ouest, le Sud et le Nord, en nommant pour chaque région les traits spécifiques et les diverses lois qui la concernent.
D'autres encore les ont répartis en nations en disant que les grandes nations sont au nombre de quatre : les Arabes, les Persans, les
Grecs et les Hindous. Puis, groupant ces nations deux par deux, ils
ont indiqué que les Arabes et les Hindous se rapprochent par une
attitude commune : ils sont portés à retenir les particularités des
choses, à juger en se référant aux quiddités et aux vérités fondamentales, à faire état de données spirituelles ; les Grecs et les Perils sont surtout
sans se rapprochent par une attitude commune :
portés à retenir les natures des choses, à juger en se référant aux
modalités et aux quantités, à faire état de données matérielles.
D'autres enfin ont réparti les hommes selon les opinions et les
doctrines professées. C'est précisément ce que nous voulons faire
dans ce livre...
Ainsi, il y a ceux qui se réclament d'une religion en général
il
comme les zoroastriens, les juifs, les chrétiens et les musulmans ;
y a ceux qui professent des hétérodoxies et des opinions personnelles, comme les philosophes matérialistes, les sabéens, les adorateurs
des astres et des idoles, les brahmanes.
Chacun de ces groupes se subdivise en sous-groupes. Les doctrines
des hétérodoxes sont innombrables. En revanche, les écoles de ceux
Chahrastânî
(Mort en 1153)
Al-milal iva-l-nihal, p. 2-3. — Trad. M. Arkoun.
qui se réclament d'une religion sont en nombre déterminé conformément à la tradition prophétique selon laquelle les zoroastriens
sont divisés en 70 sectes, les juifs en 71, les chrétiens en 72 et les
musulmans en 73. De toutes ces sectes, une seule est promise au
salut. En effet, de deux propositions opposées, une seule contient la
vérité.
L'URBANISME A BAGDAD VERS 760
Géographie
Les faubourgs furent divisés en quatre secteurs et un ingénieur
fut commis à l'aménagement de chacun d'eux...
Chaque chef de secteur fut informé de la superficie de terrain à
accorder à chaque personne et à sa suite, de l'espace à réserver aux
magasins et aux marchés dans chaque faubourg : la consigne était
de prévoir de larges emplacements pour les boutiques, de façon qu'il
général, englobant tous
y ait dans chaque faubourg un marché
les articles de commerce. On devait réserver dans chaque faubourg,
pour les rues, ruelles et impasses, un espace équivalent à celui des
habitations. Chaque rue devait prendre le nom d'un officier ou d'un
16 coudées
S
0
coudces
:
un peu moins de
: environ
ijoip-t,s
8
mètres.
24 mètres.
Ya'qoûbî
-
(Mort en 900)
Les pays, p. 18-19.
Trad. G. Wiet. —
Institut Français du Caire, 1937.
S1DJ
1LMASSA
Sidjilmassa : ancienne ville dans le sud marocain, capitale du Tafilalet aujourd'hui ruinée. Centre et relais à la fois d'un commerce
important pendant tout le Moyen Age, Sidjilmassa était aussi avec Fès le lieu de rassemblement des pèlerins avant leur départ
pour le Hedjaz.
Qsour : Au Sahara ce mot, qui signifie
généralement château fort, citadelle, désigne
des bourgs.
Ibn Ha/llqal : Célèbre géographe mort après
977. Comme beaucoup d'autres orientaux,
il a parcouru le monde à la fois en tant que
commerçant et en tant que savant. Il aurait
ainsi traversé le monde musulman de l'Indus
jusqu'à l'Atlantique.
Hirdhawn : sorte de gros lézard.
Ibn Fadbl Allah al-Omari
(1301-1348)
Masalik al Absâr, p. 74-75. — Trad. Fagnan. Extraits inédits relatifs au Maghreb.
— Carbonel, Alger, 1924.
notable y résidant, ou encore de la nationalité des individus qui y
habitaient. On imposa aux chefs de secteur de donner aux avenues
une largeur de 50 coudées noires et aux rues une largeur de 16 coudées. Ils devaient construire dans tous les faubourgs, marchés ou
rues, des mosquées et des bains en nombre suffisant pour l'usage des
habitants du quartier. Enfin, il leur fut enjoint de prendre sur les
concessions des officiers et de la troupe des terrains déterminés,
réservés aux négociants qui devraient y faire bâtir et y habiter, aux
petits détaillants et aux étrangers.
Géographie
Quant à Sidjilmassa, c'est une ville grande et populeuse, fréquentée par les voyageurs, ayant de nombreux vergers et jardins et dont
l'intérieur et les environs sont beaux. Elle n'a point de citadelle et
ne constitue qu'une suite de qsour, d'habitations et de champs cultivés, s'étendant sans interruption le long d'une rivière venant de
l'est du côté du Sahara. Pendant l'été, cette rivière subit, tout comme
le Nil, une crue et ses eaux servent aux ensemencements, tout
comme en Egypte. Les champs donnent des produits abondants
et assurés ; souvent quand il y a une succession de fortes crues, on
récolte sans semer les mêmes produits que l'année précédente. Mais
le plus souvent on procède aux ensemencements après le retrait des
eaux de l'inondation, on moissonne les grains arrivés à maturité
et on laisse les éteules jusqu'à l'année suivante, où le grain repousse
sans qu'on ait eu besoin d'ensemencer de nouveau. Ibn Hawqal
raconte qu'il suffit d'ensemencer une année pour pouvoir récolter
pendant sept années consécutives...
Il y a beaucoup de dattiers qui produisent des dattes d'espèces
différentes... Les habitants cultivent aussi le coton, le cumin, le
carvi, le henné, produits qui s'exportent dans tout le Maghreb et
ailleurs... Ils mangent l'animal appelé hirdhawn. Leurs femmes ont
recours à cette chair pour engraisser et acquérir le très grand embonpoint qui les caractérise. Il n'y a que peu d'entre eux qui ont les
yeux sains, la plupart les ont chassieux.
CONSIDERATIONS SUR L'UTILITE DE L'HISTOIRE
Histoire
Après examen des chroniques des nations et des biographies des
rois, après lecture des récits sur les pays et des livres d'histoire, je
me suis avisé qu'il y avait là matière à tirer une expérience au sujet
d'événements qui ne cessent de se reproduire identiques à eux-mêmes
et qui laissent présager qu'il s'en produira de semblables et d'analogues.
C'est le cas quand on évoque les débuts des dynasties et la naissance des royaumes, le relâchement qui s'y introduit ensuite, le relèvement que sait y apporter à temps celui qui s'y applique jusqu'au
rétablissement d'une situation meilleure, l'inattention [au contraire]
dont fait preuve celui qui laisse le processus se développer jusqu'à
la désintégration et à la disparition [du royaume]. C'est le cas
aussi quand on fait état des initiatives politiques que cela suppose
pour mettre en valeur le pays, pour instaurer l'entente entre les
sujets, pour maintenir l'armée dans de bonnes dispositions, pour
[parer] aux ruses de guerre, aux perfidies des hommes en faisant
la part de celles qui ont réussi contre l'ennemi et de celles qui se sont
retournées contre leur auteur. Il en va de même aussi pour les
moyens qui ont permis à certains de se rapprocher du souverain
et les conditions qui ont fait que d'autres sont restés en retrait ; les
initiatives dont les premiers résultats sont bons, mais les suites mauvaises et, par suite, leurs aboutissements ; celles qui, du début à la
fin, ont suivi le même cours. Il y a aussi les commandements assumés par les vizirs et les chefs d'armées, par ceux qui, ayant reçu la
charge d'une guerre, d'une politique, d'une administration, d'une
province, ont réussi à y satisfaire pleinement, ou y ont, au contraire,
échoué.
Il m'est apparu que si l'on connaît de ce type d'événements un
exemple passé et une expérience vécue qu'on prend ensuite comme
règle de conduite, on évitera tout ce qui a été source d'épreuve pour
les uns, tandis que l'on s'attachera à ce qui a fait le bonheur des
autres. C'est qu'en ce monde les faits se ressemblent et les situations
sont apparentées. Aussi, tout ce que l'homme retient en ce domaine
constitue pour lui comme autant d'expériences qu'il aurait été amené
à faire et qui l'eussent mûri. Il serait alors comme quelqu'un qui
aurait vécu tout le temps de ces expériences et qui se serait trouvé
personnellement dans les situations considérées. Il ferait alors face à
ses affaires personnelles en homme averti ; il en aurait connaissance
avant même qu'elles interviennent ; il les aurait constamment sous
son regard vigilant, il s'y préparerait par des mesures adéquates et
y ferait face comme il convient.
Miskawayh
(931-1030)
Tajârib al-Umam. — Trad. M. Arkoun.
Quelle différence entre celui qui répond à ce portrait et celui qui,
dénué d'expérience, ne discerne le sens de l'événement qu'après
coup et ne l'observe que d'un œil étranger ; il reste embarrassé
devant toute affaire et interdit devant tout ce qui lui arrive de
nouveau.
LES CONSEQUENCES ECONOMIQUES GENERALES DES BAS PRIX
ET DES PRIX ELEVES
Economie
politique
Le bas prix des marchandises nuit à ceux qui doivent en tirer leur
gagne-pain. En effet, l'acquisition des richesses et de subsistances
ne se réalise que par l'exercice d'un métier ou par le négoce. Celuici consiste à acheter biens et marchandises pour les stocker en attendant des variations avantageuses de cours ; c'est là l'origine de ce
que l'on nomme « profit » et il procure, de façon permanente,
richesses et subsistances à ceux qui se livrent au commerce.
maintenant, la baisse des cours se prolonge, frappant une marchandise, ou un bien quelconque : nourriture, vêtements ou autres
susceptibles d'enrichir le négociant, celui-ci ne peut plus profiter
d'une variation de cours, le profit est perdu et son avoir ne s'accroît
pas tant que dure cette situation. Dans cette branche le marché
étant engorgé, les négociants ne rencontrent que des difficultés. Ils
cessent de se donner de la peine et les capitaux engagés par eux subissent des pertes...
La hausse des cours, elle aussi, a des effets du même genre. Mais,
parfois, en de rares occasions, c'est une cause d'augmentation des
richesses chez les négociants grâce à l'accaparement auquel ils se
livrent...
Si,
Ibn Khaldoun
(1332-1406)
Monqaddima, p. 34-3 5. — Trad. G. H.
Bousquet, Les textes économiques de la Monqaddima. — M. Rivière, 1961.
COMMENT LA VIE A LA CAMPAGNE
PRECEDE CELLE DES VILLES ET LUI .DONNE NAISSANCE.
DE LA DECADENCE ECONOMIQUE DES VILLES
Sociologie
—
Il faut savoir que les différences dans les manières de vivre des
groupes humains s'expliquent seulement par celles qui ont trait à
la façon dont ils obtiennent la portion de biens leur permettant de
vivre. Leur réunion en société n'a d'autre but que de s'entraider pour
l'obtenir.
Au commencement, ils ont en vue ce qui est indispensable et
simple en cette matière, puis ce qui convient à des besoins moins
urgents, enfin ce qui en parachève la satisfaction.
Ainsi donc, les uns s'adonnent-ils à l'agriculture ; d'autres à l'élevage d'animaux... Ces agriculteurs et ces éleveurs doivent bien suivre
l'appel inéluctable des grands espaces déserts, car là où les gens sont
en résidence fixe, il n'y a pas assez de place pour semer, ni pour
mettre les animaux à l'engrais ou les laisser paître librement.
Mais ensuite, ces gens, s'efforçant de gagner leur subsistance, se
trouvent dans des conditions plus aisées ; ils obtiennent alors plus
que le strict nécessaire ; leur richesse et leur bien-être les incitent à
vivre tranquillementet de façon plus agréable... Voilà pourquoi nous
trouvons que la vie urbaine est le but du bédouin, ce vers quoi il
tend par tous ses efforts...
Ce qui nous prouve, entre autres, que la vie sédentaire a bien la
campagne pour origine, dans le temps, c'est ceci : si on examine les
gens des grandes villes, on trouvera que la plupart d'entre eux sont
issus de familles campagnardes des alentours, bédouins ou vivant
dans des villages.
Les sciences, elles aussi, ne sont florissantes que là où il en va de
même de la civilisation et où la vie sédentaire a atteint un haut
niveau. La cause en est que l'enseignement fait partie de l'ensemble
des arts dont nous avons dit plus haut qu'ils ne sont nombreux que
dans les grandes villes et ce en proportion de la civilisation que l'on
y trouve, de l'extension de la vie sédentaire et du luxe : tel est le
Ibn Khaldoun
(1332-1406)
Mouqaddima, p. 41-43. — tfrad. G. H.
Bousquet, Les textes économiques de la Mouqaddi/lla. — M. Rivière, 1961.
rapport qu'on observe entre ceci et cela...
On en a un exemple dans ce que nous avons établi quant à l'état
de choses à Bagdad, à Cordoue, à Kairouan, à Bassora, à Koufa : lorsl'Islam,
que la civilisation y était à un haut niveau, aux débuts de
et que la culture des sédentaires s'y manifestait, l'océan des sciences
débordait, mais, lorsque la civilisation vint à y décroître et que leurs
habitants se dispersèrent, le tapis de la science fut replié et enlevé
avec ce qu'il y avait dessus.
LE CORPS DE RESURRECTION
De récentes études (cf. G. Bachelard, Mircea Eliade, S. Hutin, etc.) ont heureusement
réhabilité l'alchimie telle que l'ont conçue
et pratiquée les grands spécialistes du MoyenAge. Au VIne siècle, l'illustre Jâbir ibn
Alchimie
Sache que ce qui rejoint le paradis, c'est-à-dire ici le paradis terrestre, c'est ce que recueille l'Ange de la mort et c'est la réalité essentielle de l'homme, l'homme au sens vrai. La source et principe de son
être est en effet constituée de cinq choses : l'intellect, l'âme, la
nature essentielle, la l1zateria prima, l'Image ou forme archétype.
L'intellect est dans l'âme. L'âme avec tout ce qu'elle implique est
Hayyân a recueilli les traditions grecques
et orientales relatives à cette science et parvint à des résultats appréciablcs (en particulicr méthode de purification des corps par
cristallisation, secrets des alliages et amalgames de métaux, etc). Mais au-delà de cette
recherche que nous qualifierions aujourd'hui
de « scientifique », il y a une recherche
spirituelle sur laquelle débouche nécessairement l'alchimie. C'est ce dernier aspect, peu
connu jusqu'ici, que nous avons préféré évoquer dans le texte qu'on va lire.
l'our bien comprendre toutes les dimensions de ce texte, nous recommandons la lecture du livre de M. H. Corbin cité à la fin.
L'extérieur transparaît à travers l'intérieur,
l'intérieur transparaît à travers l'extéricitr :
La définition de l'opération alchimique est
exactement celle de l'herméneutique spirituelle : occulter l'apparent, manifester l'occulte.
Cf. Mircea Eliade, Alchimistes et Forgerons,
Paris, 1956.
Shaykh Ahmad Ahsâ'i
(Mort en 1826)
Jawiii al Kalvii, ,p. 302-307. — Trad. H
Ccrbin, Terre céleste et corps de résurrection. — Buchet-Chastel Corréa, 1960.
dans la nature incorruptible. Toutes trois ensemble sont dans la
llzaterÍa prima avec ce qu'à son tour celle-ci implique. Lorsque à
cette dernière se conjoint l'Image ou forme archétype, alors se
trouve réalisé le corps originel essentiel, le corps archétype, c'est-àdire le corps qui est occulté dans l'enveloppe matérielle visible, dans
le corps élémentaire constitué des quatre éléments sublunaires : le
Feu, l'Air, l'Eau et la Terre.
Ce corps matériel élémentaire est celui qui reste dans la terre et
dont l'apparence visible y est anéantie. C'est le corps organique qui
passe par le phénomène de la croissance en assimilant les éléments
subtils de la nourriture... Son élément caché est invisible, son « ésotérique » surexiste, c'est le corps spirituel qui est constitué non pas
des éléments sublunaires, mais des quatre éléments du monde de
Hûrqalyâ, lesquels sont soixante-dix fois plus nobles et précieux que
les éléments du monde terrestre. C'est ce corps spirituel qui repose
dans la quiétude à laquelle fait allusion un verset coranique... Il est
dit : « Pour celui qui est au nombre des Rapprochés de Dieu, pour
celui-là, subsistance et séjour paradisiaque » (Sourate LVI, versets
87-88)...
De nombreux symboles sont à méditer ici ; nous en mentionnerons quelques-uns. Voici, par exemple, le verre ; il provient de la
silice et de la potasse ; toutes les deux denses et opaques, sont des
homologues du corps matériel élémentaire (corps de chair périssable) que tout le monde connaît. On les soumet à la fusion ; impureté et ternissure s'en vont ; c'est maintenant du verre diaphane :
l'extérieur transparaît à travers l'intérieur, l'intérieur transparaît
à travers l'extérieur. C'est alors l'homologue du corps spirituel,
celui qui surexiste « dans la tombe », c'est-à-dire en Hûrqalyâ et
auquel sont donnés « quiétude et séjour paradisiaque », tandis
que la densité opaque... était l'homologue du corps élémentaire
matériel. Médite comment de la silice et de la potasse, denses et
opaques, est sorti un corps à l'état diaphane et subtil. Celui-ci, c'est
bien la même substance minérale et pourtant non, c'est quelque
chose d'autre.
Maintenant, que ce verre soit à son tour soumis à la fusion, que
l'on projette sur lui certaine drogue appropriée qui en compénètre la masse, il devient du cristal. Que sur ce cristal on projette la
« drogue des philosophes », laquelle est l'Elixir de blancheur, il
devient alors un cristal qui flamboie au soleil (le « verre de lentille »)
parce qu'il fait converger les rayons solaires qui frappent sa surface... ce cristal incandescent est l'homologue du corps astral qui
accompagne l'Esprit au moment de l'exitus, lorsque celui-ci sort de
son corps matériel élémentaire... Eh bien ! qu'à son tour ce cristal
flamboyant soit soumis à Ja fusion ; que l'on projette sur lui l'Elixir
blanc, voici qu'il devient du diamant. C'est encore du cristal et
pourtant non, c'est quelque chose d'autre, et pourtant si fait, c'est
bien lui-même, mais passé par toutes ces épreuves...
QUELQUES OPERATIONS
Médecine et chirurgie
Cautérisation dans le cancer
Quand le cancer débute et qu'on veut en arrêter le progrès, il
faut cautériser tout autour en en suivant les contours. Quelques
médecins recommandent de cautériser au milieu : ce n'est pas mon
opinion. Je crains qu'il ne s'ulcère et je l'ai observé plusieurs fois.
Il vaut mieux cautériser avec un cautère circulaire ou circonscrire
le cautère par plusieurs pointes de feu.
De l'incision du larynx
ont parlé de l'incision du larynx, mais je n'ai connu
personne dans notre pays qui ait pratiqué cette opération... Mais
dans les cas d'inflammation à la bouche, à la gorge, aux amygdales,
si la trachée est saine, il faut inciser le larynx pour éviter la mort
par suffocation.
Une fois l'opération décidée, il faut inciser au-dessous du troisième
ou quatrième anneau de la trachée, peu largement et en travers,
entre deux anneaux, de manière à ne point intéresser les cartilages,
mais seulement la membrane (intercartilagineuse)... Laissez quelques
temps la plaie ouverte. Quand vous jugerez qu'il n'y a plus danger
de suffocation, vous réunirez les deux lèvres de la plaie, mais en ne
comprenant dans la ligature que la peau et non les cartilages. Vous
panserez ensuite avec des médicaments qui excitent les chairs jusqu'à
Les Anciens
Al-Xahrâwî
(Mort en 1107)
La Chirurgie, p. 53. — Trad. L. Leclerc. —
Paris, 1861.
la guérison.
INDEX
AUTEURS CITES
ABOU BAKR al-SIDDIQ : Premier successeur du Prophète
(calife) à Médine. Son règne n'a duré que deux ans (632-
634).
ABOU-1-ATAHIYA(748-825) : Poète d'origine bédouine ;
a été potier à Koufa avant de se faire admettre à la cour
des califes à Bagdad.
des plus
: C'est un
grands poètes arabes ; moderniste dans son inspiration et
sa technique, il a été un des grands protagonistes d'une
ABOU NOUWAS (mort vers 815 )
querelle des Anciens et des Modernes.
AHMAD AHSA'I (mort en 1826) : Fondateur de l'Ecole
cbœykhie (les maîtres spirituels) en Iran. C'est une personne « hors série » dit M. Corbin.
ANTARA BNOU-CHADDAD : Un des grands poètes
anté-islamiques (avant le vIre siècle) dont la biographie
relève de la légende plus que de l'histoire.
BACHCHAR IBN BORD (exécuté en 783) : C'est un
grand représentant de la tendance légère et même licencieuse dans la poésie arabe. Bien qu'officiellement converti
à l'Islam, il est resté attaché à ses origines persanes et à sa
religion mazdéenne.
BOUHTOURI (mort en 897). Poète de cour, très introduit
auprès des califes et des grands dignitaires à Bagdad.
CHAHRASTANI (mort en 1153)
Historien des religions
et des doctrines philosophiques. Son œuvre est d'autant
plus précieuse qu'il demeure toujours objectif.
DJAHIZ (776-868) : Un
:
des écrivains arabes les plus fé-
conds et les plus doués. Elevé à Bassora, il a été attiré à
Bagdad par le grand calife Ma'moun (mort en 83 3 ). Là,
il s'est fait le défenseur de la dynastie abbaside et le propagateur des idées nouvelles.
GHAZALI (1058-1112) : Grand théologien d'origine iranienne, il donna à Bagdad un enseignement qui eut un
retentissement durable dans l'Islam.
HALLADJ
(8 58-922)
:
C'est le mystique le plus influent
et le plus attachant dans l'histoire de l'Islam. Il a été
« flagellé, mutilé, exposé sur un gibet et finalement
décapité et brûlé » (L. Massignon).
HAMADHANI (968-1007) : Brillant prosateur qui a créé
un genre littéraire nouveau : la maqâma, ou séance. Il
s'est distingué aussi comme épistolier. Il a vécu surtout
dans les grandes villes d'Iran (Rayy, Nichapour).
HASSAN al-HIDJAZI (mort en 1719): Cheikh de l'Université Al-Azhar au Caire. Ses poèmes à intention didactique offrent aussi l'intérêt de parler des mœurs et des événements de son temps.
IBN BATTA (917-997) : Traditionniste et jurisconsulte de
l'école hanbalite, il voyagea beaucoup à la recherche de
la « science », c'est-à-dire des traditions prophétiques authentiques.
IBN CHARAF (mort en 1067) : Poète et lettré raffiné ;
naquit à Kairouan, mais dut émigrer en Andalousie après
la seconde invasion arabe en Afrique du Nord.
IBN FADHL ALLAH al-OMARI (1301-1348) : Damascain qui exerça au Caire des fonctions de cadi et de
secrétaire d'Etat. Il a laissé un tableau intéressant de l'état
du monde en son temps.
IBN HANI' (mort en 973) : Poète andalou ; obligé de
quitter l'Espagne, il s'est fait le panégyriste du calife
fatimide al-Mo'izz à Kairouan, puis en Egypte.
IBN HAZM (994-1064) : Polygraphe et fin lettré, il a
brillamment illustré la culture arabe en Espagne.
IBN al-MOQAFFA' (exécuté en 757) : D'origine iranienne,
il est considéré comme le créateur de la prose arabe, tant
à cause de ses belles traductions du pehlevi (ancien persan)
que de ses œuvres originales.
IBN KHALDOUN (1332-1406) : Célèbre historien et homme politique maghrébin. Il a fait preuve dans ses Prolégomènes, ou son Introduction à l'histoire des Berbères,
d'une admirable intelligence critique et analytique, s'élevant, en plein Moyen Age, jusqu'à l'ébauche d'une sociologie.
IBN ROUCHD (AVERROES) (1126-1198) : Philosophe
et jurisconsulte andalou, il s'efforça de concilier la philosophie et la religion. Son œuvre a été très étudiée par
la scolastique chrétienne.
IBN ROUMI (836-896) : Irakien d'origine byzantine, il a
laissé des descriptions témoignant d'un sens profond de
la beauté. Mais ses satires lui valurent de mourir empoisonné.
IBN SINA (Avicenne) (980-1037) : Médecin et philosophe iranien, surnommé « le prince des médecins ».
IMROU-1-QAYS : Poète antéislamique d'origine princière ; il
passe pour avoir fixé la forme du prologue amoureux que
doit comporter tout qasîda.
MA'ARRI (ABOU-l-'ALA al-) (979-105 8)
Devenu aveugle très jeune, il se distingue des autres poètes arabes par
la profondeur de son inspiration et ses audaces intellectuelles. A vécu en Syrie et en Irak.
:
MAS'OUDI (mort en 956) : Ecrivain au savoir encyclopédique ; il voyagea en Inde, Chine, Perse, Syrie, Egypte
pour satisfaire sa curiosité scientifique.
MAWERDI (mort en 1058) : Jurisconsulte qui vécut à Bagdad. Il a laissé des ouvrages de morale et de droit devenus
classiques.
MISKAWAYH (931-1030) : Historien et philosophe aux
convictions humanistes. Son œuvre témoigne d'une passion de comprendre l'homme et d'enrichir sa réflexion
morale.
:
Après avoir acquis dans le
désert, une connaissance étendue de l'arabe, il a fait de la
poésie un moyen de s'imposer aux grands, c'est-à-dire de
satisfaire ses ambitions démesurées.
MOUTANABBI (915-955)
NA\VAWI (ABOU ZAKARIYA) (1233-1278)
:
Tradition-
niste méticuleux, jurisconsulte et grammairien d'origine
syrienne.
OMAR BNOU-1-KHATTAB(mort en 644, né à la Mekke
vers 5 80) : C'est le second des califes dits « orthodoxes ».
Il dut faire face à des problèmes difficiles posés par d'importantes conquêtes (Syrie, Perse, Egypte).
OMAR KHAYYAM (mort vers 1214) : Poète persan surtout connu pour ses Quatrains où triomphent un aimable
scepticisme et un sens voluptueux de la vie.
CHIITE
Au sens propre : partisan ; il s'agit des musulmans qui tiennent le calife Alî et ses descendants pour
:
:
seuls successeurs légitimes du Prophète.
propos, causerie ; par suite,
ensemble des propos tenus par le Prophète et pieusement
transmis et appliqués : d'où le sens de tradition prophétique.
vécu.
YA'QOUBI (mort vers 900) : Historien et géographe qui
passa sa vie à voyager pour étendre son savoir.
ZAHRAWI (ABOU-1-QASIM) (mort à Cordoue en 1107) :
Médecin dont l'influence sur la chirurgie en Occident a été
grande.
IFRIQIYA : Entité politique et administrative comprenant
une partie de la Tripolitaine, la Tunisie actuelle et la moitié est de l'ancien département de Constantine.
IMAM : Au sens propre : celui qui se tient devant ; d'où
deux sens : celui qui dirige la prière des fidèles à la mosquée; le dirigeant suprême de la communauté musulmane,
c'est-à-dire le calife.
MAGE : Prêtre de la religion de Zoroastre chez les anciens
Perses.
MOU'TAZILITE : Membre de l'école philosophico-théologique qui connut un grand succès sous le calife Ma'moun
(813-833 ).
QACIDA : Poème d'une certaine longueur répondant à un
schéma classique.
SOURATE : Un des 114 chapitres que compte le Coran ;
chaque sourate comprend un certain nombre de versets.
SOUNNA : Pratique traditionnelle ; autre nom donné à la
Tradition du Prophète.
INDICATIONS
BIBLIOGRAPHIQUES
Nous nous contentons de donner quelques titres d'ouvrages généraux, dont la lecture permettra de mieux connaître
le cadre historique et social dans lequel s'est développée la
pensée musulmane classique.
(R.). — GRAMMAIRE ET THEOLOGIE
CHEZ IBN HAZM DE CORDOUE, Essai sur la structure et les conditions de la pensée islamique, Vrin,
ARNALDEZ
1956.
QUELQUES TERMES
DE LA
:
HACHEMITE : Qui appartient à la famille des Banou Hachem, c'est-à-dire du Prophète.
RABI'A al-'ADAWIYA : Vécut dans l'ascétisme à Bassora
où elle mourut en 801. On lui doit les premières formulations littéraires du « pur amour ».
TAWHIDI (922-1014 environ) : Esprit exigeant dont toute
l'œuvre est une dénonciation intransigeante de l'humanisme formel et une fervente revendication d'un humanisme
Au sens propre
HADITH
CIVILISATION MUSULMANE
(R.). — HISTOIRE DE LA LITTERATURE
ARABE DES ORIGINES A LA FIN DU XVe SIECLE,
BLAcHÈRE
Tome I, A. Maisonneuve, 1952.
BRUNSHVIG
CADI : C'est le juge musulman dont la compétence est plus
étendue que celle d'un simple juge de paix.
CALIFE : Au sens propre : successeur ; c'est le « vicaire »
du Prophète.
(R.) et YON GRUNEBAUM.
-
CLASSICISME
ET DECLIN CULTUREL DANS L'HISTOIRE DE
L'ISLAM, Paris 1957.
CAHEN
(Cl.). — L'ELABORATION DE L'ISLAM, Collo-
que de Strasbourg, P.U.F., 1961.
(Cl.). — LEÇONS D'HISTOIRE MUSULMANE,
CAHEN
Cours de Sorbonne, s.d.
CHELI-IOD(J.).
— INTRODUCTIONA LA SOCIOLOGIE
DE L'ISLAM. De l'animisme
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KRAUS
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Caire, 1942.
(H.). — CONTRIBUTION A UNE ETUDE DE
LA METHODOLOGIE CANONIQUE d'A. IBN
TAYMIYYA, Le Caire, 1939.
LAOUST
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— LE CULTE DES SAINTS DANS
L'ISLAM MAGHREBIN, Paris, 1954.
LEWIS
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DERMENGHEM (E.).
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(L.). — LA CITE MUSULMANE, 2" ed. Vrin
1961.
et ANAWATI. — INTRODUCTIONA LA THEOLOGIE MUSULMANE. Essai de théologie comparée,
GARDET
Vrin, 1948.
et ANAWATI. — MYSTIQUEMUSULMANE : ASPECTS ET TENDANCES. — EXPERIENCES ET
TECHNIQUES, Vrin 1961.
IBN KHALDOUN. — LES PROLEGOMENES,
3
ESPAGNE. Vue générale, Besson-Maisonneuve,1961.
(B.). — LES ARABES DANS L'HISTOIRE, A la
Baconnière, 195 8.
(Y.). — L'ISLAM, Casterman, 1962.
NADER (A.). — LE SYSTEME PHILOSOPHIQUE DES
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MOUEARAC
PELLAT (Ch. ).
GARDET
trad. de Slane,
vol., Paris 1932-3 3.
PÉRÈS
(H.). — LA POESIE ANDALOUSE EN ARABE
CLASSIQUE AU XIe SIECLE. Ses aspects généraux, ses
principaux th èmes et sa valeur documentaire, 2e éd.
A. Maisonneuve 1961.
(E.). — INSTITUTIONS DE DROIT PUBLIC MUSULMAN, Tome I, Le Califat ; Tome II, Le Sultanat,
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LES INSTITUTIONS
MUSULMANES, Flammarion, 1946.
TYAN (E.).
GAUDEFROy-DEMOMBYNES(M.).
-
— LANGUE ET LIY.TERATURE ARABES,
A. Colin 1952.
(F.). — LA NOTION DE CERTITUDE SELON
GHAZALI DANS SES ORIGINES PSYCHOLOGIQUES ET HISTORIQUES, Vrin, 1958.
JABRE
— LA CIVILISATION ARABE EN
Recueil Sirey 1954-57.
— HISTOIRE DE L'ORGANISATION JUDICIAIRE EN PAYS D'ISLAM, Leyde 1960.
ASPECTS
de la
PENSÉE MUSULMANE
CLASSIQUE
par
Mohammed ARKOUN
SOMMAIRE
Préface, par Claude Cahen
...
1
Avertissement
2
Quarante-quatre textes
4
Poésie
6
Religion, philosophie, littérature,
sciences
15
Auteurs cités ; Quelques
termes de la civilisation musulmane ; Indications biblio42
graphiques
Index
:
.................
(0
13
cc
<
0.
CI)
0
Le théâtre : documents pour une ..
lustoire des conditions matérielles de la
....
Architecture' ogivale et géométrie en
Quatrième, par Mireille Clavier.
représentation, par Yves Mahé.
,
Le
sentiment de la nature à travers
1art des jardins, par Jean Delannoy.
Le cartonnage, par R. Larher.
,
L 'antisémitisme, par Geneviève Legrand.
Le mouvement ouvrier en France
1870), par F. Eustache.
(1830-
iLI
3
Poèmes et paysages chinois, par
Mireille
CE
Z
Le
Deux hommes sur trois ont faim, par
Geneviève Legrand.
Anachronismes et couleur historique, par
Jean Delannoy.
Loi.
directeur de la publication
:
F.
Goblot, 7, rue
Touze.
Jean-Marie
Imp. Nat. X 344.224 - I.B. - Dépôt légal no
3061
La religion romaine, par Daspre et Le
trimestre
Qu'est-ce qu'un journal? par Jacques
Kayser.
..
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chefeu.
pour Homere, par
1963
..
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Tou-
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-
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