Evidence - Guillaume Pigeard de Gurbert

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Pigeard de Gurbert 1
Colles
Première Supérieure
Gay-Lussac
Cours commun / Oral
2012-2013
L’EVIDENCE
A l’évidence, on se rend….
Dans son roman Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez décrit
l’émerveillement des habitants du village de Macondo devant cette chose extraordinaire
d’où sort une voix, le téléphone : « C’était comme si Dieu avait résolu de mettre à
l’épreuve leur faculté de s’étonner […] tant et si bien qu’à la limite, nul ne savait déjà plus
de science certaine où commençait et où finissait la réalité. » On comprend bien que ce
n’est pas le téléphone en lui-même qui est réellement une chose étrange, mais qu’il semble
tel aux habitants de Macondo parce qu’ils n’en ont jamais vu. L’effet d’étrangeté est donc
produit non par la réalité du téléphone mais par l’ignorance de l’esprit. A partir de cet
exemple, on peut tirer une conclusion générale : face à quelque chose qui étonne la
pensée, celle-ci doit chercher à comprendre ce que c’est afin de sortir de son étonnement.
C’est cela qu’illustre parfaitement la fable de La Fontaine intitulée « Le chameau et les
bâtons flottants » (Fables, livre IV, fable X) :
« Le premier qui vit un chameau
S’enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le dromadaire.
L’accoutumance ainsi nous rend tout familier.
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
S’apprivoise avec notre vue. »
On peut ainsi dire de tout ce qui nous apparaît étrange, inconnu ou incompréhensible, en
un mot obscur, ce que La Fontaine dit de ses « bâtons flottants » : « De loin c’est quelque
chose, et de près ce n’est rien. »
Pigeard de Gurbert 2
Colles
b) DEVELOPPEMENT
DU MYSTERE A L’ENIGME DU REEL
La rencontre d’une chose ou d’une situation qui nous paraît obscure ne doit donc pas
susciter l’émerveillement mais l’étonnement. L’émerveillement plonge la pensée dans un
état de fascination qui neutralise ses capacités d’analyse, d’examen et de critique. Dans
l’émerveillement, la pensée subit, impuissante, le spectacle d’une présence mystérieuse qui
la subjugue. En un mot, l’émerveillement, c’est le dimanche de la raison. A l’opposé,
l’étonnement sonne le réveil de la raison. Il ne s’agit pas de céder à la fascination devant
un supposé mystère mais de mobiliser les pouvoirs critiques de la raison pour transformer
le mystère en énigme à résoudre. Le mystère engourdit la raison alors que l’énigme la
dégourdit. Le mystère impose une obscurité ; l’énigme, elle, fait appel aux lumières de la
raison.
La démonstration est un parcours rationnel c'est-à-dire c’est le chemin que parcourt la raison
pour arriver à la certitude. La démonstration définit la vérité comme un résultat, comme une
construction de la raison. La vérité n’est donc pas une donnée immédiate qui se constate. La
raison a besoin que la vérité soit démontrée. La raison ne peut pas se contenter de l’évidence.
Le besoin de démonstration est un besoin de la raison qui se méfie de l’évidence. Ex : Euclide,
grand maître mathématique, dans le livre III des Eléments, prend la peine de démontrer un
théorème géométrique qui semble pourtant évident à savoir que la droite qui joint deux points
distincts placés sur la circonférence d’un cercle passe nécessairement à l’intérieur du cercle.
Plutôt que de se soumettre à l’évidence, la philosophie a pour tâche de faire
comme si ce qui va de soi n’allait pas de soi, à voir le problématique de
l’évidence même.
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