Histoire_russie_XXe_Doc-de-Trav-etud-2a

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Lilit Tabirian
Travail sur les textes de Chpet et de Frank
Il faut donner l’intitulé exact du travail
Très bon travail, très bien argumenté, avec une bonne inrégration des citations qui sont bien
traduites. C’est très bien ! Il y a seulement un petit problème méthodologique dans
l’introduction : 18/20
Introduction
Frank et Chpet, penseurs contemporains, tous deux séduits dans leur jeunesse par les thèses
marxistes, comme ce fut le cas pour la plupart des jeunes intellectuels de la fin du XIXème siècle, s’en
détournent rapidement pour les considérer sous un angle plus critique. Dans les années 20, parvenus à
leur maturité, ils exposent leur point de vue sur l’histoire des idées et de la philosophie russes. Ils sont
donc représentatifs de la culture russe de l’époque : Frank, forcé d’émigrer, s’intéresse et donne son
point de vue sur l’histoire de la philosophie russe depuis l’étranger, tandis que Chpet, resté au pays,
livre le sien depuis l’intérieur.
Dans les deux textes, leurs idées sur la philosophie et sur son passé ainsi que leur conception
de la révolution, présentent des caractéristiques communes, tout en conservant des différences
notables.
Comparaison
Les auteurs exposent leur conception de la philosophie. Bien que dans cet extrait Chpet se
penche sur la philosophie en général et Frank sur la philosophie russe, tous deux considèrent qu’il
s’agit d’une science, d’un savoir. Chpet écrit :
« Je suis, en effet, partisan de la philosophie comme science/savoir, et non pas d’une philosophie comme morale, idéologie,
ou vision du monde. Je pose que la philosophie comme savoir est le degré historique et dialectique supérieur de la
philosophie (…). »
Frank, partage cette vision ; la philosophie russe est un enseignement, un domaine de savoir parmi
d’autres :
« Il va de soi que, toute cette œuvre de textes (philosophiques) peut devenir l’objet d’une étude historique (…). »
« La toute première œuvre philosophique que l’on peut considérer comme étant à la fois nationale, scientifique et
systématique est « Les questions positives de la philosophie » de Lev Lopatin, publiée à la fin des années 80 du XIXème
siècle (…) »
« Mais c’est seulement avec le travail de Nicolaj Loskov intitulé « Les fondements de l’intuitivisme » qu’apparait une école
philosophique spécifiquement russe, scientifique et systématique, qui se transformera, plus tard, peut-être, en une référence
inédite pour la tradition russe de la philosophie scientifique, à l’aune de ce qu’est l’idéalisme allemand pour la philosophie
en Allemagne. »
Pour appuyer leur définition, les deux penseurs adoptent la même méthode : ils remontent dans
l’histoire et concluent que la philosophie russe n’en est qu’à son début :
« L’on peut reconnaitre avec une grande modestie que les recherches philosophiques en Russie, tout comme les recherches
en général, sont encore très récentes et se trouvent au point de départ de leur propre exploration ». Frank.
« Je pose que la philosophie comme savoir est le degré historique et dialectique supérieur de la philosophie, mais par cela je
ne nie pas, au contraire, j'affirme la présence d'une période historique de préparation, pendant laquelle la philosophie
trouve une place dans le savoir. Ma conviction est que la philosophie russe a commencé précisément à s'approcher de ce
stade de développement.» Chpet.
En revanche, si les deux philosophes estiment que cette science n’est qu’au début de sa
« professionnalisation », ils ne sont pas du même avis quant à son origine. Pour Chpet, la philosophie
semble débuter à partir de la Révolution bolchévique et n’a donc pratiquement jamais existé en Russie.
Tandis que pour Frank, bien qu’elle n’acquière un caractère véritablement sérieux que plus tard, la
philosophie russe existe et s’enseigne déjà au milieu du 18ème siècle :
« Les professeurs de philosophie, ou plutôt, de façon plus générale, les philosophes de profession, parmi lesquels un bon
nombre de chercheurs compétents et talentueux, sont apparus en Russie lorsque la question de l’enseignement supérieur
préoccupa le gouvernement, c’est-à-dire dès le milieu du 18ème siècle. »
En dépit de cette différence, à la fin de son texte, Frank finit par se rapprocher du point de vue de son
contemporain quant à la nécessité d’un travail systématique sur la spécificité de la pensée russe. En
cela, il rejoint Chpet lorsque celui-ci déplore l’état des bibliothèques russes des années 1920.
« Dans tous les cas, il est clair que dans l’œuvre philosophique russe, il n’existe pas encore de travaux systématiques, qui
ressembleraient, dans une forme conceptuelle et dans une expression complète, les idées et les tendances fondamentales de la
vision du monde russe. Comme cela a été dit plus haut, ce travail commence maintenant ». Frank.
Vous auriez pu introduire le passage de Chpet sur les bibliothèques
En outre, la question du caractère national de la philosophie occupe les deux penseurs et en ce souci du
« spécifiquement russe » réside une autre ressemblance. Chpet distingue la philosophie russe de la
philosophie en général ; seule la seconde peut avoir un caractère scientifique parce qu’elle est la seule
à apporter des réponses universelles aux questions posées par différents pays, questions ne pouvant
être scientifiques car entachées et influencées par les singularités et les habitudes nationales. Il écrit
que la science, de manière générale, ne peut être nationale :
« La philosophie acquiert un caractère national non pas dans les réponses qu'elle donne - une réponse de nature scientifique
est la même, en effet, pour tous les peuples et toutes les langues - mais dans la façon de poser les questions, dans leur choix,
dans leurs modifications. »
Frank en revanche ne distingue pas la philosophie générale de la philosophie russe. Cette dernière
s’enseigne, au même titre que les philosophies étrangères, et bien qu’elle ait été enrichie par la
philosophie occidentale, « elle est, à la fois, liée à la spécificité profonde de la pensée nationale ».
Frank détaille ces spécificités, cite les auteurs marquants et affirme que la philosophie peut être
nationale, scientifique et systématique. De plus, selon Frank, la philosophie ainsi définie n’est
nullement fermée et peut englober des textes littéraires et poétiques. Chpet, quant à lui, n’en parle pas
dans cet extrait, laissant sous-entendre que ces auteurs-là sont seulement des précurseurs et non pas
des penseurs rigoureux
« Pour moi ce n'était pas une contradiction mais, au contraire, une nécessité intérieure que de faire le bilan de ce
développement antérieur avant d'entrer dans la période de la maturité. »
En cela, l’un comme l’autre sont des penseurs de l’idée russe et cherchent à la souligner. Toutefois
Chpet ne l’érige pas au rang de science par précaution car il s’intéresse aux penseurs russes qui ne
pourraient pas être considérés comme valables par les bolchéviques. Frank, quant à lui est éloigné de
la culture russe et cite librement les auteurs qu’il considère comme pouvant être
philosophes scientifiques.
En ce qui concerne leur rapport à la révolution, les deux philosophes n’en parlent pas en termes
sociaux et politiques mais du point de vue de l’histoire des idées. En revanche, une différence
demeure. Frank ne se réfère pas à la même révolution que Chpet : pour lui, l’année 1905 est une année
de crise et constitue déjà un tournant en ce qu’il y a une renaissance de la spiritualité par rapport aux
idées qui prédominaient jusqu’alors.
« La profonde crise spirituelle apparue suite à la révolution de 1905 dans les hautes sphères des penseurs russes a d’ores et
déjà conduit à la renaissance de la philosophie religieuse … »
Pour Chpet, au contraire, qui n’approuve pas les idées des représentants de la renaissance
philosophico-religieuse dont parle Frank, se réfère directement à la Révolution de 1917. Il n’y a donc
pas selon lui de révolution d’un point de vue philosophique et culturel en 1917 non plus (en parlant de
la révolution bolchévique : « à la lumière du philosophique et culturel, il ne s’agit là que d’un
changement de formes et de protagonistes »).
Malgré cela, les deux auteurs partagent le même optimisme en formulant leur espoir quant à une
« vraie » révolution qui passerait par un développement culturel et philosophique. Chpet espère que la
révolution de 1917 va permettre à la philosophie de s’engager dans une période de construction et que
dans la nouvelle ère, toute la compréhension et appréhension du monde seront différentes car il est
dans une orientation différente. Frank quant à lui espère un développement de la philosophie
spécifiquement russe, qui émergerait de la crise spirituelle déjà existante.
Conclusion
Les deux textes présentent des caractéristiques communes quant à la forme mais leurs idées et
leur localisation étant différentes, les deux penseurs n’ont pas la même conception de la philosophie.
L’un livre une vision plus large et ancienne, l’autre est forcé d’adopter une vision plus stricte et étroite.
De la même manière, leur style diffère, Chpet se doit d’être précautionneux, tandis que Frank est plus
explicite, car il est à l’étranger. Cependant, malgré leur différence idéologique, ils se rejoignent dans
leur optimisme et dans leur désir de voir la culture russe prendre un nouvel essor.
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